‹ L'ÉgypteChapitre 65 sur 186 · LE BOURG DE BÉDRÉSHBIN · texte numérisé non relu

LE BOURG DE BÉDRÉSHBIN

pour abattre les branches, féconder artificiellement les fleurs et cueillir les régimes de dattes.

Derrière les bois de palmes, des champs verts bien cultivés. Du haut du monceau de ruines le plus considérable qui s'élève dans la plaine, on domine tout le large espace sur lequel était jadis la célèbre cité des pyramides. Ici, se dressent les maisons du bourg arabe de Mit-Rahinèh ; au sud, la villa d’un riche Arménien ; au sud-est, les restes les plus importants de la ville; plus au nord, des débris de temples; plus au sud, le colosse renversé de Ramsès IT. Dans la hutte qui l’avoisine, sont conservés les fragments trouvés par M. Mariette sur l'antique emplacement de Memphis. Si on regarde au nord, on ne voit que bois de palmiers et terres de labour :

à l’ouest, l'œil, après avoir passé par-dessus la plaine cultivée et cherché à embrasser toute l’é-

tendue de l’horizon, est retenu par un panorama de la nature la plus remarquable. La montagne de calcaire jaunâtre qui, sur des milles de longueur, barre, comme un mur, l’occident de ses pentes nues et sans végétation n’est ni divisée en un grand nombre de rameaux, ni assez haute pour être imposante, ni taillée d’une coupe agréable; mais, en guise de dômes pittoresques ou de glaciers étincelants, elle est, aussi loin que l'œil atteint, couronnée de pyramides. Il semble qu’elles aient poussé avec les rochers sur lesquels elles se dressent et qu'elles doivent durer autant qu'eux.

Si la colline, au sommet de laquelle nous sommes établis regardant l’ouest, portait réellement

la citadelle de Memphis et le palais des rois, le choix de l'emplacement était des plus heureux. Déjà Lepsius avait fait remarquer que c'était peut-être le seul point duquel on pouvait dominer tout Memphis, et qui permit à chaque constructeur royal de surveiller l'avancement de sa pyramide. Même le groupe le plus septentrional d'Abou-Roâsch pouvait être aperçu ici avant qu'on leût ruiné. A présent, il n’y a plus de visible sur l'horizon septentrional que les grandes pyramides, celles qu'on nomme les pyramides de Gizéh d’après le bourg voisin, puis, plus au sud, les groupes de Zaouyet el Aryân et d’Abousir. Sur notre droite et à petite distance, l'orgueilleuse pyramide à degrés de Sakkarah avec ses sœurs très endommagées, et, plus au sud, le groupe des pyramides de Dashoûr, qui appartient à l'espèce de ce qu'on à appelé Pyraimides tronquées. Les plus méridionales de toutes, celles qu’on ne peut pas apercevoir de notre colline, n’appartiennent plus à proprement parler à la nécropole de Memphis; même sans les compter, il n’y a pas ici moins de quatre-vingts de ces mausolées surprenants. Et que de syringes à façade plus où moins richement découpée s'ouvrent sur les pentes de la montagne et sont recouverts de sable! Ce cimetière, le plus grand de tous les cimetières, s'étend, si on y comprend la py-

ramide de Méidoûm, sur une longueur de soixante-treize

kilomètres : ces proportions énormes forment comme une échelle, à laquelle on peut mesurer, et la grandeur de l'antique Memphis, et sa longue existence.

Ménès, le premier roi d'Éeypte, la fonda, d'après la tra-

dition. Le nom, Men-nofri, signifie en égyptien « une

bonne place. » Afin de se procurer un emplacement ap- nn Un

proprié à la construction des principaux édifices, le Pha-

raon détourna le fleuve dans un lit nouveau, qui partageait la plaine entre les montagnes libyque et arabique en deux parties égales. Voilà ce que les prêtres contèrent à Hérodote : lors de son voyage en Égypte (454av.J.-O.), les digues de Ménès, au sud de laville, étaient encore inspectées avec soin et consolidées chaque année par les gouverneurs persans. Dès que le sol fut raffermi

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et qu'on eût pris les précautions nécessaires pour la rectification des berges du Nil, Ménès éleva au dieu Phtah un sanctuaire, qui fut le centre de la ville pendant les longs siècles de son existence, et fut agrandi et enrichi par tous les Pharaons jusqu'au temps des Césars romains. A la tête des dieux égyptiens, le premier et le plus ancien de tous est l'antique Phtah de Memphis. On l’appelait le créateur des mondes, l'être d’où sont sortis les germes, les lois, les conditions de toute existence. Il était au commencement; le premier de tous les dieux de lumière, il avait créé l'œuf, d’où sortirent, après qu'il l'eût ouvert, le Soleil et la Lune.

FE Phtah signifie l'ouvreur. Phtah-Sokar-Osiris, qui régnait sur la nécro-

pole de Memphis, et dont le nom s’est maintenu dans le nom de Sak-

karah, fournit au soleil couché et aux hommes morts les conditions d’un nouveau lever et la résurrection à la vie éternelle de l’autre côté de la tombe. Hapi était l'animal sacré de

Phtah, dans le temple duquel on lentrete- = nait soigneusement. Il reposait derrière un rideau d'étoffe précieuse, sur une molle couche, était nourri avec une bouillie de fine fleur de farine d'orge et de froment mondé, avec du lait et des pâtisseries au miel doux,

avait, dans un édifice spécial, un harem de

AR RO UE DE MOEEL vaches. Sa mère elle-même recevait des LE BŒUF HAPI. hommages : on la traitait avec richesse et

on Jui donnait une stalle particulière. Le nombre de ses serviteurs était grand : plus grand encore le nombre de ses visiteurs, car on lui attribuait la faculté de voir dans l'avenir. Il ne pouvait toutefois répondre que par un « oui » où un € non » aux questions qu'on lui posait. S'il prenait le fourrage d’un visiteur, l’oracle était favorable, s'il le refusait, c’est que les affaires qu'on avait soumises #2 petto à sa décision devaient tourner mal. Ce fut un présage de mort pour l’astronome Eudoxe de Cnide, quand le taureau, au lieu de lui manger dans la main, se mit à lui lécher le vêtement. Germanicus mourut bientôt après que l'oracle d'Hapi lui eut été défavorable. On adorait aussi avec Hapi un serpent sacré : sur le lac qui était toujours à côté des temples égyptiens, nageaient des barques somptueuses consacrées à la divinité, et sur ses bords verdissait un bois sacré. Tous les Pharaons qui se firent enterrer dans les pyramides servirent Phtah dans ce sanctuaire, dont le grand prêtre, le Sam, occupait le plus haut rang du sacerdoce égyptien. Les rois confièrent souvent cette dignité à leurs propres fils : elle survécut aux Pasteurs, et, dans le temps même de la plus grande gloire des Pharaons, fut remplie par

Khâmous, l'héritier du grand Ramsès, mort avant son père. Ce prince puissant, que les Grecs

appelèrent Sésostris et qui orna de monuments presque chaque ville des bords du Nil, donna

à notre temple un éclat souverain, en faisant dresser ses colosses devant les portes.

Nous connaissons l'événement qui amena cette consécration. Comme Sésostris revenait d’une de ses campagnes guerrières, le gouverneur infidèle qu'il avait laissé en Égypte lui offrit près de Péluse un grand banquet; après que le roi et les siens, échauffés par le vin, se furent retirés pour prendre leur repos, il fit mettre le feu au palais de bois qu'il avait élevé à cette intention. Ramsès échappa comme par miracle, et dans sa reconnaissance, orna le temple de Phtah de ces colosses. L'un d'eux, le seul grand monument qui reste de Memphis, la « ville

des vivants, » Onkh-toui, est étendu à mille pas au sud du bourg de Miît-Rahinèh, face contre

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