‹ L'ÉgypteChapitre 71 sur 186 · CAL · texte numérisé non relu

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Écypre, I.

mauve, la ville des Califes s'élève avec ses mille mosquées, dominée de haut par la citadelle et par le minaret du mausolée de Mohammed Ali, le plus élancé de tous les minarets; citadelle et minaret sont les deux marques auxquelles on reconnaît vraiment le Caire et qui de-

meurent visibles de plus loin. Comme une couronne verte sur la tête d’un homme vivant, les jardins et les arbres entourent la ville. On ne saurait trouver ailleurs plus riche tableau de prospérité, de vie et de fraîcheur. Les filets argentés des canaux semblent une sève éclatante qui découle de ce charmant manteau de plantes. Le ciel est pur, et cependant des nuages passent sur la plaine : ce sont des volées d'oiseaux qui trouvent ici abondance de boisson et de nourriture. Combien est prodigue la bonté de Dieu, et combien le monde n'est-il pas riche et beau !

Les Bédouins nous ont quitté. Nous restons seuls sur la hauteur. Tout est calme. Aucun son ne nous arrive de près ni de loin. Nous nous tournons vers l’ouest, et l’œil n’aperçoit plus rien que murs de pyramides, tombes, rochers et sable, sable partout. Aucune herbe, aucun arbuste ne trouve à se nourrir sur ce sol avare. Du jaune, du gris, du brun terne; une monotonie ininterrompue recouvre tout en tout sens.

Ici et là seulement un point blane brille sur le sable : c’est le squelette de quelque animal resté sur place. Calme, désolé, hostile à tout ce qui vit, le désert se déploie devant nous. Où

finit-l? Des jours, des semaines, des mois ne suffiraient pas au voyageur pour en atteindre la

limite, quand même il réussirait à échapper au sable qui étouffe tout. Si la mort règne quelque part, c’est bien là. Ici, les Égyptiens voyaient chaque jour le soleil disparaître; ici, derrière la muraille que forme la chaîne libyque, commençait un monde qui était avec le pays fertile d'Orient dans le même rapport que le cadavre à l’homme vivant qui se meut à travers les luttes et les plaisirs de la vie. Nulle part sur terre il n’y a cimetière plus tranquille que ce

désert : aussi a-t-on établi ici tombe après tombe, et, pour cacher le secret de la mort, la

solitude à jeté son voile de sable sur les corps et sur les fosses. Ici, soufflent les terreurs de

l'infini. Iei, où l'éternité commence aux portes de l'au-delà, il semble que l’œuvre de l’homme soit soustraite au sort commun de toutes choses terrestres et participe à l'éternelle durée.

« Le temps défie tout, mais les Pyramides défient le temps, » dit un proverbe arabe mille fois répété. Nous détournons notre regard du désert et le reportons sur le cercle de monuments qui s'élèvent auprès du Chéops. Tous reposent sur la roche vive, qui forme le sol véritable de ce plateau envahi par le sable. Le choix de l'emplacement avait été dicté par une pensée profonde, et rendu nécessaire par des considérations qu'un peuple laboureur et civilisé, comme étaient les Égyptiens, ne pouvait jamais perdre de vue. Il fallait mettre le cadavre à l'abri des eaux de l'inondation, et n’enlever aux besoins des vivants aucune partie de la terre cultivable. Une inscription grecque qu'Arrien, le disciple d'Épictète, fit

graver sur le grand sphinx, exprime déjà cette idée. Elle commence ainsi :

Des dieux construisirent jadis ces formes qui brillent au loin,

Épargnant prudemment le sol des champs producteurs de froment,

Nulle part, dans toute la vallée du Nil, on n’a trouvé une tombe de l’ancien temps qu'atteigne linondation.

Si nous regardons au sud-ouest, nous apercevons tout près de nous une pyramide qui ne le cède que de fort peu en grandeur à celle de Chéops. La pointe garde encore son revétement, et elle fut construite par le roi Chéfrèn que les inscriptions nomment Khäfrà. C’est

seur de Chéops, et il paraît avoir achevé aussi le grand sphinx qu'on voit

le second succ plus à l’est. La troisième pyramide est notablement plus petite, mais est bâtie avec des matériaux choisis soigneusement. Elle servait de mausolée à Mykérinos (Men-ka-râ), qui appartenait à la même dynastie que les précédents. Les petites pyramides à l'est, droit sous nos pieds, et celles qui sont au sud du Mykérinos, renferment les restes mortels des fils et des filles des Pharaons, qui ont fait édifier les grands monuments qu’elles avoisinent. Sur la face est de chacune des trois grandes pyramides, on distingue encore des débris : c'étaient les temples consacrés à Isis, dans lesquels on venait faire l'offrande aux mânes des rois dé-

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