SECONDE ET TROISIÈME PYRAMIDE
funts. Isis mère recevait dans son sein la partie divine du mort, et le ressuscitait en Horus enfant, qui, à son tour, se développait en Osiris. L'âme de chaque mort ne retournait pas à Dieu, comme on nous le disait, mais, lorsqu'elle était trouvée pure et véridique, elle se fondait dans l'unité de l'esprit du monde, d’où elle était issue, et lui prenait son nom d'Osiris. C’est pour cela qu'on pouvait rendre des honneurs célestes à l'âme devenue Dieu des Pharaons. Aussi longtemps que l'Égypte fut gouvernée par des maîtres indépendants, il y eut des prophètes dOsiris Chéops (Khoufou), et des plus grands, parmi-les constructeurs de pyramides. Ils accomplissaient les cérémonies du culte dans les temples aujourd'hui détruits dont nous avons parlé, et appartenaient d'ordinaire aux plus anciennes familles de Memphis.
Il ressort clairement de tout cela qu'Hérodote était mal informé, quand il racontait que Chéops et Chéfrén étaient des rois méchants et impies, qui avaient fermé les temples, et
s'étaient à ce point attiré la haine de leurs sujets que, par rancune, aucun Égyptien ne voulait prononcer leur nom.
Descendons maintenant, non sans difficultés, jusque dans la nécropole qui s'étend à nos pieds, et visitons les mieux conservées parmi les tombes recouvertes de sable, qui s’alignent en rangées
bien ordonnées, ou examinons les syringes qui s'ouvrent
sur les pentes du plateau calcaire où reposent les pyramides. Nous réussirons de la sorte à nous faire, de l’époque de Chéops et de ses successeurs, une image qui
réhabilite complètement, et pour toujours, la mémoire
si ignominieusement flétrie de ces princes. Au contraire
des pyramides, qui ne portent aucune inscription, les
chambres intérieures des tombes appartenant aux
grands personnag sont cou-
s de ces temps primi
vertes entièrement de figures et d’hiéroglyphes. Les derniers nous font connaitre les liens qui unissaient le
défunt à ses suzerains, son titre, ses dignités, tout ce
qu'il avait possédé sur terre. Peu d’entre eux savent,
comme le général Ouna, nous raconter leurs actions
A GISÉH.
guerrières. L'époque de la construction des pyramides PORTE D'UN TOMBEAU,
est avant tout une époque de paix et de bien-être.
La vie des gens nous est révélée, dans son ensemble, par les représentations auxquelles je
faisais allusion. Chaque muraille de tombe est comme une page de pierre du plus ancien
livre d'images que nous ayons, miraculeusement conservé par le sable qui le recouvrait. —
Mais les procédés techniques du sculpteur étaient-ils assez perfectionnés, dans un temps si éloigné, pour donner aux formes multiples de la vie
une expression vraiment artistique ? Un simple « oui »
répondrait suffisamment à cette question, car en aucun
temps, la sculpture n'a modelé sur les bords du Nil aucune figure plus parfaite qu'en cette époque, primitive entre toutes, et séparée de nous par cinq mille ans. La figure et les traits du roi, du porte-flabellum et des officiers de la couronne, sont rendus avec une vérité un peu réaliste et sont des portraits exacts. Quand on à vu l’admirable statue de scribe, trouvée dans la nécropole de Memphis, et conservée aujourd'hui à Paris, on ne saurait douter qu'on a eu sous les yeux la ressemblance exacte de l’homme qu’elle représente. La composition des groupes
nombreux qui recouvrent la paroi des tombeaux ne mé-
ne li rite qu'un éloge restreint, mais quelle habileté possédait
la main qui a su tailler dans le calcaire, avec de mauvais instruments, des contours aussi nets et des formes aussi caractéristiques, et cela, sans leur
donner plus de quelques lignes de relief!
Ce n’est pas l’art seulement, c’est toute la civilisation particulière aux Égyptiens, qui
Écvrre, I. 39
sort de ces vieilles tombes et nous apparaît achevée et en pleine fleur. L'écriture suit déjà
le même système qui est resté en usage jusque sous les Romains : la palette de scribe À
B = se montrent déjà parmi les signes hiéroglyphiques. Les plus
et le rouleau de papyrus importants des ouvrages de science et de religion sont mentionnés, dans les écrits postérieurs, comme ayant été composés en ces temps reculés. On s’entendait déjà à employer le calendrier éternel que forment les étoiles du ciel; un sacerdoce instruit et bien organisé enseignait au peuple une doctrine religieuse riche à l'excès dans ses développements. Chaque pierre des pyramides est mesurée avec soin; l'orientation de chacune des faces de ces monuments selon les points cardinaux, prouve que l'architecte, qui n'avait pas encore à sa disposition l'aiguille aimantée, travaillait de concert avec l’astronome. Le pays entier était
cadastré et divisé en districts administratifs. Chaque nome avait son gouverneur, et, au-dessus
de ces gouverneurs, le Pharaon régnait non seulement comme maître absolu par la grâce de Dieu, mais comme successeur des dieux célestes, comme fils et image humaine du dieu solaire, Rà. Une cour nombreuse entourait le roi, qu'on honorait sous le titre de Perâa, en hébreu, Pharaon, la « Double porte. » Des « conseillers secrets, » des « chambellans, » des « trésoriers, » des intendants de la guerre, du harem, des ouvriers, des greniers à blé, des chœurs de chant, même de la garde-robe et des bains du roi, sont nommés dans les textes. Les chefs de nome, et les personnages qui approchaient le maîtr
cevaient la dignité héréditaire d'Erpâ-hà ou prince du royaume, et, de si loin qu'ils fussent alliés à la maison des Pharaons, le titre de Souten-rokh, parents royaux. Les filles du roi étaient mariées à des gens de haut rang où à des fonctionnaires qui rendaient de grands services : nous savons que quelquesuns de ces derniers reçurent cet honneur, en dépit de leur basse extraction. Des enfants bien doués, de famille modeste, étaient élevés avec les fils du roi : parmi les précepteurs
des princes, on trouve jusqu'à des maîtres nageurs. Chaque Égyptien devait se contenter d’une femme légitime; une seule reine partageait le trône, et après sa mort, le tombeau de Pharaon. Cependant on parle aussi d’un harem, dans lequel vivaient nombre de femmes employées à différents offices pour le service du couple seigneurial, et que les rois se transmettaient par héritage de Fun à l’autre. La manie de construire, qui était la passion dominante de l’époque, nous frappe partout dans cette nécropole, et c'est bien une des plus fortes passions qui puissent se développer dans l'esprit de princes puissants. C’est ici qu’elle a vraiment débuté, pour se transmettre de race en race à tous les rois égyptiens, et même, vers la fin, à plusieurs membres de la famille des Ptolémées. Un historien spirituel à dit quelque part qu’on ne peut imaginer symbole matériel de la puissance d’un souverain plus solide qu'une grande construction. L'édifice même, exécuté rapidement avec des forces énormes, est déjà en soi une sorte d'image du souv
ain qui l’a fondé, et un 1
ren D ,
qu'il fait aux époques plus calmes.
Les Pharaons qui ont édifié les pyramides se sont livrés à cette passion avec toute l'ardeur 1l )
dont ils étaient capables. On ne peut pas s'étonner qu'ils aient donné aux architectes une
place d'honneur dans leur cour, ni que plusieurs des plus belles parmi les tombes que nous
parcourons, appartiennent aux architectes en chef de Pharaon.
Beaucoup des tombes qu'il faut visiter ici ne se composent pas, comme les nombreuses habi-
. . tations funéraires que nous examinerons, pendant notre voyage dans la haute Égypte, de chambres taillées dans le roc, mais de mausolées construits en plein air, et que les Arabes appellent mastaba (bancs). Elles sont bâties en pierres de taille; la base en est rectangulaire,
et les murs sont penchés vers le haut, si bien que l’ensemble forme une pyramide, tronquée
à peu de distance du sol. Chaque mastaba renferme une chambre principale et une niche, murée d'ordinaire, qu'on nomme serdéb (couloir), et dans laquelle on trouve fréquemment