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UNE FIGURE DE SPHINX D'AUJOURD'HUI

tiples qu'il revêt, et aussi celle de notre sphinx, ont renversé le révolté. Harmakhis, dans la ville des tombes, est pour les morts la résurrection; Harmakhis, qui est apparenté étroitement au matin, et dont le visage est frappé en plein par l'éclat lumineux du soleil levant, apporte au monde, après la nuit sombre, le jour nouveau; Harmakhis, sur la lisière de la terre fertile, bat la stérilité et empêche les sables d’envahir les champs. De là vient que son image, le sphinx, a été appelée, par les Égyptiens eux-mêmes, d'abord How, puis Belhit, ce qui, dans les deux cas, signifie le gardien, et par les Grecs Agathodémon. Chaque Pharaon passe pour être

une incarnation terrestre du dieu solaire; et c’est pourquoi les rois choisissaient de préférence la forme de sphinx pour représenter allégoriquement la nature divine de leur être. L'esprit était conduit, par le corps du lion puissant et prompt à s’échauffer, jusqu'à la conception d’une force matérielle ardente et irrésistible, par la tête d'homme, à la conception de la force intellectuelle la plus haute. C

fut une inspiration heureuse que de choisir l'union de ces deux éléments, comme symbole d'un être à la fois tout-puissant et omniscient.

L’érection du sphinx était déjà commencée au temps de Chéops. Il fut achevé sur l’ordre de Chéfrèn, le constructeur de la seconde pyramide, et dédié à Harmakhis. C’est ce que nous apprend une grande stèle recouverte d’hiéroglyphes et dressée contre sa poitrine : elle nous raconte également que sous les princes de la XVIII dynastie, 1,500 ans avant notre ère, il fallut déjà déblayer notre monument du sable qui le recouvrait. Thoutmès IV, pendant la

première année de son règne, avait l'habitude d'aller chasser par là le lion et la gazelle, et de rendre ses devoirs à Harmakhis, c'est-à-dire au sphinx, quand il se reposait dans le voisinage. II s’endormit une fois à l'ombre du géant, et rêva que le dieu lui parlait de sa propre bouche, « comme un père à son enfant, » pour lui ordonner de débarrasser son image ensevelie sous les sables. Au réveil, il se souvint de l'avertissement céleste. En souvenir de cette vision et des fouilles qui suivirent, il fit dresser une stèle commémorative qui existe aujourd’hui et n’est mutilée que dans quelques endroits.

D'autres inscriptions encore, de temps bien postérieurs, nous parlent des combats livrés au sable, qui tantôt montait imperceptiblement, tantôt, quand le khamsin soufflait, se précipitait à l’assaut en nuages de poussi

ère ardente. Parmi les textes rédigés en grec se trouvent quelques vers remarquables de l'historien Arrien; la plupart des autres n’ont trait qu'aux visites des Césars et aux travaux de restauration qu'on faisait, soit au dallage de notre monument, soit aux murs qui en tenaient le sable éloïgné. Dans les derniers temps, aucune main ne se leva pour le défendre de la destruction : même, au siècle dernier, pendant les exercices d'artillerie des mameloucks, on tira au visage du Père de l'épouvante, à ce visage dont Abd-el- Latif disait, qu'il portait l'empreinte de la douceur et de la beauté, qu'il était embelli par un sourire plein de charme. Quand on demandait à ce voyageur arabe ce qu'il avait vu de plus merveilleux, il répondait : « L’exactitude des proportions de la tête du sphinx! » Aujourd’hui, cette figure géante a pris, par la perte du nez, l'aspect hideux d’un nègre.

Pourquoi l'homme détruit-il si volontiers les œuvres de l’homme? La main des dévastateurs s’est étendue même sur les pyramides. Quelques princes désirèrent en employer les blocs bien taillés; d’autres, dans leur rage fanatique contre l'ouvrage des païens, les raser jusqu'à terre. L'idée de les faire sauter au moyen de la poudre ne fut abandonnée, plusieurs fois, que par la crainte de mettre le Caire en dange

. Le sable, ennemi des œuvres élevées ici, s’est montré en même temps leur ami : cela seul qu'il a caché et protégé est arrivé intact jusqu'à nous, cela et aussi la partie de la nécropole de Memphis qu'on appelle Sakkarah. Détournons-nous de Gizéh et marchons vers le sud. Nous nous tenons sur la lisière du terrain cultivé; laissons sur la gauche les cimetières de Zaouiêt el Ariân et les groupes majestueux des pyramides d’Abousir; arrivés près d’un petit étang, autour duquel volettent des pluviers et où les bergeronnettes viennent boire, nous commençons à escalader les buttes nues et houleuses qui forment la lisière du désert. Après quelques instants de marche sur un sentier sablonneux, au silieu de monticules, de tombes à moitié comblées, d’ossements blanchis, de linges de momie qui sortent à demi du sable, la vérandah spacieuse d’une maison

fort simple vient frapper agréablement nos regards. C’est la Bêt Mariette, comme disent les Arabes, le pied à terre de l’homme qui a réussi, à force de pénétration, de zèle et de courage, à arracher au sable de la nécropole de Sakkarah des milliers de monuments dont beaucoup d'importance capitale. Les gardiens de cette maison, bons Arabes à barbe orise, nous offrent des sièges et de l’eau filtrée. Le déjeuner prend une saveur exquise à l'ombre de cette vérandah après notre chevauchée à travers le désert.

Un des vieux surveillants nous mène avec plaisir aux monuments que nous lui indiquons. Nous voyons d'ici l'un d’entre eux, la pyramide à degrés; mais beaucoup d’autres que nous connaissons par des descriptions sont introuvables, même avec l’aide des gardiens, car le

sable infatigable, à qui Mariette les avait arrachés, les a déjà reconquis.

Des ruines de Memphis, nous apercevions la pyramide à degrés : nous tournons au sud-ouest pour arriver jusqu’à elle. Elle se compose, — qu’on me pardonne l'expression, — de

six étages dont le dernier, qui est le plus élevé, mesure onze mètres et demi. Si nous l’examinons

de plus près, nous trouvons qu'elle se distingue de ses sœurs sous plus d’un rapport. Elle n’est

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