VUE GÉNÉRALE
Comment expliquer la fascination que cette ville étrange n’a jamais manqué d'exercer ? Même dans ses parties les plus attachantes, elle n’est nullement ce que nous entendons par une belle ville. La montagne à laquelle elle s'appuie est entièrement dénuée de végétation,
et ellemême est une des plus jeunes parmi les grandes villes de l'Orient. Par un côté seulement elle bat toutes les villes que je connais : elle est si féconde en changements que, dans l'espace d’une courte promenade, elle nous conduit à travers plus d'éléments divers de civilisation, plus de manifestations opposées de l’art, plus de contrastes naturels, que nul endroit au monde : ici, « les trois parties de la terre se touchent du front. »
Nous n'avons pas encore secoué la poussière que le vent du désert nous apportait parmi les restes orandioses de la cité des Pharaons, et déjà nous voici sur le trottoir soigneusement arrosé d’une rue, dont les deux côtés sont bor-
dés de maisons élégantes bâties à l’européenne.
Quelques pas plus loin, nous nous enfonçons entre les deux hauts murs de pierre d’une
ruelle sombre. Aucune fenêtre aux vitres écla-
tantes ne met gaiement la vie domestique en rapport avec le va-et-vient de la rue : des bal-
cons scrupuleusement grillés de treillages en bois font saillie devant nous, derrière nous, par-dessus nous, à droite et à gauche, et dérobent tout ce qui loge et s’agite au delà, aux regards du passant où des voisins. A travers les fentes et les ouvertures, l'œil de plus d’une femme arabe s'abaisse sur nous, car le mashrébiyèh, — c’est ainsi qu'on appelle ces cages, formées de lattes disposées sur un riche modèle et artistiquement tordues, — donne de l'air aux appartements des femmes et permet aux belles de voir sans être vues. Le nom de ces saillies qui sont parmi les particularités qu'on n'oublie pas du vieux Caire, vient de l’arabe skardb,
Loire : e’'est là, en effet, dans des cavités rondes ménagées
au plancher, qu'on met les goullèhs, vases en terre po-
reuse qui servent à rafraîchir l’eau. Ces ruelles vraiment