‹ L'ÉgypteChapitre 11 sur 20 · HERMONTIS. — ESNEH. — EDFOU. — OMBOS. — EL-KAB · texte numérisé non relu

HERMONTIS. — ESNEH. — EDFOU. — OMBOS. — EL-KAB

OU ÉLÉTHYA. — SYÈNE. — ÉLÉpHANTINE ET PHILOE.

Herment, bourg arabe de quatre à cinq cents âmes, est bâti sur l'emplacement d’une des plus anciennes cités de l’Égypte, Hcrmontis, jadis chef-lieu d’un nome. Hermontis se révèle encore de nos jours par les ruines d’un temple qui, isolé sur un monticule, ne dissimule rien de sa hauteur, et rappelle à l’Européen des proportions d’architecture qui lui sont familières. Ce temple se compose d’un massif en grès et d’une colonnade extérieure. Le massif est très-bien conservé ; mais il ne reste dans tous les péristyles extérieurs que quelques fûts intacts, les autres sont rasés; leurs archi-

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traves, leurs corniches, et le plafond même qui surplombait la galerie, gisent pêle-mêle sur le sol. Cette destruction a été faite de main d’homme.

Le temple d’Hermontis est évidemment un petit temple égyptien, ce que l’on nommait un typhonium. Un détail remarquable des trois salles qui le composent, c’est le triple ordre de colonnes qui est employé; celui de la galerie plus petit, celui du dehors plus grand, celui de l’enceinte intermédiaire entre l’un et l’autre. Des tableaux hiéroglyphiques couvrent les parois de ses salles, et attestent que ce temple a été construit sous le règne de Cléopâtre, fille de Ptolémée Aulète, en commémoration de la naissance de Ptolémée Césarion, fils de J ules César. C’est, particulièrement l’inscription d’un bas-relief de la chambre dite de l’accouchement qui fournit la preuve de ce fait. Une autre scène, sculptée sur la paroi gauche de la seconde pièce, représente les relevailles de la reine Cléopâtre. Toutes les dédicaces et inscriptions qui se trouvent , tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du monument, sont au nom de Ptolémée Césarion et de sa mère. Jules César n’y est point nommé. L’édifice, quoique trèspetit, est digne d’attention par l’originalité du plan et par ses sculptures , dont aucun temple de l’Égypte n’offre l’analogue. Il ne paraît pas avoir jamais été achevé. Les chapiteaux des colonnes du pronaos sont demeurés avec leurs masses seulement dégrossies, et attendant encore les sculpteurs. 11 n’y a guère que le sanctuaire qui se trouve complètement terminé. Un kachef s’est installé dans ces ruines, et s’y est construit une maison, une basse-cour et un pigeonnier, en élevant des murs en terre blanchis à la chaux, qui coupent et masquent le monument. Non loin du temple d’Hermontis est une église cophte, construction moderne faite de matériaux antiques. Cette église consiste

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en deux galeries à deux rangs de colonnes en granit de Syène.

Esneh, l’ancienne Latopolis , est située sur la rive gauche du Nil entre Thèbes et la première cataracte. Entourée d’une campagne généralement ingrate, elle offre pourtant un coup d’œil assez pittoresque avec ses maisons de briques et son rivage bordé dé barqué . Le courant du fleuve y est tel qu’il mine la berge, et la fait ébouler graduellement. Esneh , quelque peu commerçante, a dés fabriques de toiles de coton et de châles dits mélayeh, dont on fait un grand usage en Égypte; des fabriques de poteries et d’huile de laitue. Le monument antique le plus remarquable que l’on trouve à Esneh est le portique d’un temple situé sur la grande place, près du bazar, et qui, à l’époque de notre voyage, servait de magasin pour les récoltes de coton. Ce portique est composé de vingt-quatre colonnes, engagées jusqu’au tiers de leur hauteur, et couvertes, de la base au sommet, d’hiéroglyphes et de sujets religieux taillés en relief. Dans le plafond se trouve figuré un zodiaque qui, comme celui de Dendérah, a eu l’avantage de soulever des discussions scientifiques. Les savants de l’expédition d’Égypte l’ont cru antérieur à la fondation de Thèbes; mais Champollion jeune a démontré que le temple et le zodiaque d’Esneh sont de l’époque romaine. Le portique, seul reste subsistant de ce sanctuaire, qui ! était dédié au dieu Chnouphis, a été construit, orné, augmenté à diverses époques, sous les empereurs Claude, Vespasien, Titus, Antonin, Marc-Aurèle, Commode, Trajan, Adrien, Domitien, Septime-Sévère et Géta, dont Champollion a retrouvé les cartouches audessus de leur image, faisant des sacrifices au dieu Chnouphis. La surface intérieure et extérieure des parois du portique, d’environ cinq mille mètres, est,

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comme les colonnes elles-mêmes, toute couverte d’hiéroglyphes. Ce portique est en grès; les pierres du plafond ont de sept à huit mètres de largeur sur deux de longueur. Un des plus beaux détails du grand temple d’Esneh, c’est le dessin varié des chapiteaux, qui ont, les uns la forme du palmier et du lotus, les autres celle du jonc et de la vigne. Les plantes paraissent attachées sur le fût de chaque colonne par cinq liens horizontaux, qui contribuent à l’effet de la décoration.

Il y a trente ans on voyait encore près de là, sur la rive droite orientale du Nil, un autre temple beaucoup moins grand, mais très-pittoresque et qui se distinguait par la régularité de son plan et la beauté de ses ornements. C’était le temple de Contra-Lato ou Contra- Latopolis. Aujourd’hui, il n’existe plus. Les habitants d’Esneh l’ont démoli pour consolider le quai de leur vilU, que le fleuve menace d’emporter. Ce monument était un des plus vastes de l’Égypte. Il se composait d’un portique formé de quatre colonnes de face, de deux pilastres et de deux colonnes de profondeur. Les deux colonnes du milieu étaient surmontées de chapiteaux à tète d’Isis, les deux autres avaient des chapiteaux évasés. Une porte était prise dans l’épaisseur du mur latéral à droite du portique et servait sans doute de petit sanctuaire pour déposer les offrandes. Le grand sanctuaire était au milieu du temple avec deux pièces latérales dont une seule subsistait. Quoique dans un état d’extrême dégradation, les accessoires ne laissaient pas d’être assez bien conservés. La petite ville de Contra- Latopolis était bâtie auprès de ce monument, dont l’enceinte s’élevait un peu au-dessus de ses habitations.

A trois quarts de lieue, au nord d’Esneh, dans la plaine, sur la droite de la roule d’Hermonlis, et à deux cent- cinquante mètres environ des bords du Nil, s’éten-

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dent les ruines isolées d’un autre petit temple fort dégradé. Des fondations assez peu solides, ou un sol mouvant ont occasionné des affaissements qui ont hâté la destruction de la plus grande partie de l’édifice. Plusieurs colonnes ont perdu leur aplomb, l’une d’elles est enfoncée de près d’un mètre, et les plates-bandes qui formaient le plafond du portique se sont déplacées ou écroulées par morceaux. La chute de deux autres colonnes de la façade a entraîné celle de la corniche et de l’architrave. Les murs latéraux des portiques se composaient d’un double parement qui laissait entre eux un espace vide. Quant à la décoration, elle semble avoir été assez négligée, particulièrement dans les pièces qui se trouvent derrière le portique. Le sanctuaire n’existe plus. Il paraît qu’une galerie extérieure régnait autour du temple'. On a pu reconnaître, par des fouilles, que d’autres constructions ont existé autrefois devant cet édifice, à une distance de quelques mètres. Son portique est supporté par huit colonnes d’environ quatre pieds de diamètre sur plus de seize pieds de hauteur, avec des chapiteaux évasés, ornés de lierre, de feuilles» de vigne, et de rameaux de palmiers chargés de fruits. Ces colonnes sont disposées sur un double rang parallèle à la façade. Quatre d’entre elles se trouvent en gagées dans les murs d’entre-colonnement et dans la porte d’entrée, percée au milieu de l’édifice. En avant du temple, sont des décombres provenus d’une cour ruinée. Les murs extérieurs et intérieurs du portique sont couverts d’hiéroglyphes d’un style maigre et d’une molle exécution. Le plafond du portique est décoré d’un zodiaque semblable à celui du grand temple d’Esneh. Celte circonstance avait déterminé MM. Jollois et Devilliers à attribuer à ce monument une très haute antiquité ; mais il est prouvé aujour-

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d’hui que le petit temple, au nord d’Esneh, est un des plus récents de l’Égypte. Les sculptures, comme l’a remarqué M. Gau, appartiennent évidemment à la dernière époque de l’art égyptien. Elles sont toutes du même style, sans excepter le zodiaque, et l’on ne peut douter qu’elles ne soient toutes du même temps. Les couleurs qui les recouvrent ont partout le même éclat, la même fraîcheur, et il paraît qu’elles ont été appliquées par la même main. Les inscriptions grecques qu’on lit sur les sculptures des colonnes confirment cette appréciation et démontrent que l’édifice n’est pas antérieur au règne d’Antonin le Pieux. Une de ces inscriptions, placée à environ seize pieds de hauteur audessous de la deuxième colonne du fond, et contiguë à la porte du naos, a été traduite ainsi par M. Letronne : « Au dieu très-grand Ammon... tels et tels... (les noms sont effacés)... et Harpocras, fil§ de Tithoétès, ont fait faire la sculpture et. la peinture de cette colonne par piété, pour un hut utile , la dixième année d’Antonin le Seigneur, le... de Pachon. » Cette date se rapporte au mois d’avril ou-de'mai del’an 147 del’ère chrétienne (1).

Le village d 'Edfou, situé sur la rive gauche du Nil,

environ mille mètres du fleuve, et à cinqmyriamètres au-dessus d’Esneh, a conservé d’importantes antiquités comme héritier de la ville d ’Apollinopolis Magna. Son étendue est assez considérable. Il est peuplé en grande partie de mahométans ; le reste est composé de copiâtes et de chrétiens. On rencontre à Edfou une grande quantité d’Arabes de la tribu des Abadeli, tribu fort curieuse par ses mœurs, sa physionomie, et surtout par l’usage des cheveux longs qu’ils portent comme les Arabes des bords du Jourdain, et qui les distinguent

(1) Letronne , Recherches pour servir à l’histoire de l'Égypte, page û56.

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au milieu de tous les peuples orientaux. On voit quelquefois les Abadeh arriver à ce village par grandes troupes, descendant le Nil à cheval sur des faisceaux de joncs et de roseaux, ou sur des troncs de dattiers, avec leurs habits et leurs armes sur la tète. La principale industrie d’Edfou est la fabrication des poteries. Les vases qui sortent de ce pays jouissent d’une grande réputation par | leurs belles formes, et l’identité de leur galbe avec ce qu’on voit d’analogue dans les anciennes peintures i\ égyptiennes.

Mais ce qui signale surtout Edfou aux voyageurs, ce i<i sont deux édifices d’une grande beauté, restes pré- : cieux de l’antique Apollinopolis Magna, dont le village,

: | comme nous l’avons dit, occupe aujourd’hui la place, s Ces monuments consistent en deux temples de proportions bien différentes , désignés l’un par le nom de grand temple, l’autre par celui de petit temple. Peu éloignés l’un de l’autre, on les rencontre tous deux vers [J le nord-ouest du village, au pied d’une chaîne de monticules provenant des ruines de l’ancienne ville ensevelie sous les sables. De même que dans tous les lieux où nous avons vu de ces monticules, les sommets de ceux-ci sont parsemés de tessons de poteries , de fragments de briques et de toutes sortes de débris.

De plus de deux lieues d’Edfou on aperçoit le grand Il temple, qui s’élève au-dessus du village et domine tous les environs. Les habitants du pays ont bâti leurs demeures au pied et sur le faîte du monument; une grande partie du village se trouve ainsi agglomérée sur la terrasse même du temple, et produit l’effet le plus singulier. A l’aspect de ces misérables masures superposées sur la plateforme comme une exubérance parasite, on se demande si les hommes qui les habitent aujourd’hui sont bien les descendants de ces peuples

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puissants qui construisirent les colossales murailles que l’on a devant les yeux. La grandeur du passé, la faiblesse du présent, confondent la pensée, et feraient presque croire à une nature dégénérée, si l’on ne savait tout ce que peuvent les lois et les doctrines religieuses sur les hommes.

Le grand temple d’Udfou est, parmi les monuments de l’Égypte, un des plus complets et des plus riches dans son ensemble et dans ses détails, bien qu’il soit loin d’être un des plus anciens. Quoique d’une grande étendue, il n’a rien de compliqué dans ses distributions. 11 se compose d’un sanctuaire parfaitement isolé tout autour, par des corridors, de deux salles et de deux portiques qui précèdent le sanctuaire. Une enceinte générale enferme ces différentes parties; au bout de l’enceinte est la porte comprise entre deux massifs pyramidaux qui la flanquent de chaque côté. Un grand espace vide, entouré de colonnes, se trouve ainsi entre cette porte et celle du portique : c’est le péristyle. Le temple et l’enceinte ont tous deux la forme d’un T. La cour, sur les quatre côtés, est environnée de colonnes. Celles de la façade du portique sont au nombre de six et plus grandes que les autres ; on en compte dix du côté opposé, et douze sur la face latérale, ce qui ne fait cependant que trente-huit en tout, à cause des angles où la même colonne sert à deux rangées. Une belle galerie couverte est formée par ces colonnades et se continue jusqu’à l’entrée où elle est interrompue.

Ce qu’il y a surtout de remarquable dans cette galerie et dans cette cour, c’est le rapport qu’on a observé dans la hauteur des colonnes. Chacune d’elles, en avançant vers le portique, a sa base plus élevée que la précédente; en sorte que tout cet espace, qui est de cent trentedeux pieds, se trouve divisé en douze degrés de la lar-

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geur de l’entrecolonnement, c’est à dire de douze pieds. Malgré cette étendue, les marches n’ont guère que quatre pouces et demi d’élévation. La dernière supporte le portique et sert de parvis au temple. D’une pareille inclinaison devait résulter, dans les grandes cérémonies, le spectacle le plus magnifique. Qu’on se figure le cortège des prêtres escortant le prince entouré des principaux personnages de sa cour richement vêtus, debout sur ce majestueux perron, tandis que la foule des initiés occupe les degrés inférieurs, suivie des guerriers, puis du peuple qui s’agite au bas du péristyle. Combien devait être grand et solennel le tableau de cette multitude partagée ainsi en douze étages gradués, s’avançant lentement au chant d’un hymne religieux !

Extérieurement et intérieurement, le grand temple d’Edfou est embarrassé par des amas de décombres qui en obstruent les issues et cachent des statues colossales dont on n’aperçoit plus que les immenses coiffures. Les propylées, ou massifs pyramidaux de l’entrée, ont chacun à peu près cent quatre pieds de long, trente-sept pieds de large et environ cent quatorze pieds de haut. Les dimensions de leurs bases vont en diminuant graduellement jusqu’aux sommets, qui n’ont que quatre-vingtquatre pieds de long sur vingt de large. Le temple, y compris les massifs de la façade, a une longueur totale de quatre cent vingt-deux pieds sur une largeur de deux cent douze.

Entre les môles s’élève la porte, de chaque côté de laquelle on voit saillir deux blocs de pierre destinés sans doute à porter deux statues. Sur la façade de chacun des môles sont deux longues niches. Trois rangées de figures très-bien sculptées ajoutent encore aux décorations de ces massifs pyramidaux. De beaux escaliers sont pratiqués dans l’intérieur de chacun d’eux, et

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conduisent à de grandes salles éclairées par de petites fenêtres percées sur les côtés.

Après avoir trouvé la porte dont nous venons de parler, on entre dans une cour environnée de piliers. Cette cour d’entrée, ou pronaos, est très-vaste et dans un meilleur état de conservation que ce que l’on voit en Égypte en ce genre, malgré le grand nombre de cabanes qui l'encombrent. Les Arabes ont bâti une partie de leur village jusque sur les combles, et y ont construit des étables pour leurs bestiaux. Une haute muraille peu épaisse enveloppe intérieurement le temple; cette muraille est couverte de ligures hiéroglyphiques. Celle du pronaos est entourée d’une belle galerie couverte.

L’enfouissement de l’édifice est tel, que des salles de dix mètres de haut, de vastes portiques, sont aujourd’hui de véritables souterrains où il est à peine possible de se mouvoir. Toutes les issues étant bouchées, on ne peut visiter les salles qu’un à un, et en y pénétrant par des ouvertures pratiquées sur la plate-forme, d’où il faut se glisser comme dans un puits.

Quoique ce monument soit d’un grand effet par sa masse, il porte néanmoins l’empreinte de la décadence de l’art égyptien. Il appartient tout entier au règne des Ptolémées, époque où la simplicité antique est remplacée par une profusion d’ornements qui signale la transition entre la majestueuse sévérité des monuments des pharaons et le mauvais goût qu’on remarque dans les édifices bâtis sous les empereurs romains. C’est à Plolémée Philopator que l’on doit la fondation des parties les plus anciennes du grand temple d’Edfou ou d’Apollinopolis Magna, c’est à dire de l’intérieur du naos et du côté droit extérieur. Les travaux furent continués sous Ptolémée Épiphane, ainsi que le prouvent les cartouches gravés sur le fût des colonnes et dans le pronaos, qui

ne s-’est achevé que sous Évergète II. Ce sanctuaire était consacré à la déesse Hathor (Vénus) et à Horus.

A une distance de cinq cent soixante-sept pieds environ au sud-ouest du grand temple, est le petit temple ou Typhonium d’Edfou , aujourd’hui presque entièrement détruit'. Sa forme est quadrangu taire ; il a trois cent quatorze pieds de longueur, quarante-cinq pieds de largeur et vingt-trois pieds et demi de hauteur. Il se compose de deux salles et d’une galerie de colonnes qui l’entoure des quatre côtés, ce qui l’a fait surnommer temple périptère. Des piliers massifs en terminent les angles. Chaque face latérale a six colonnes, les autres en ont deux. Celles-ci ont des entre-colonnements plus larges. A l’extérieur, les côtés latéraux des galeries sont enterrés jusques au-dessus des chapiteaux. Intérieurement, les galeries ont quatorze pieds de décombres. Les salles et l’entrée du temple sont beaucoup moins enfouies. La galerie du nord est celle où le sol est le plus exhaussé ; à peine y a-t-il la hauteur d’un homme entre le plafond et les décombres.

On montait sur la plate-forme du temple par un escalier fort étroit dont la largeur n’excède guère dixneuf pouces. Les marches en sont fort peu élevées, comme dans tous les escaliers égyptiens. lia deux rampes , et débouche dans le massif de la seconde porte. L’une des rampes est prise dans l’épaisseur de la muraille. Son exécution est assez belle, mais, à cause de sa disposition, la première salle manque un peu de symétrie.

Les colonnes de ce temple sont loin d’avoir les proportions de celles du grand temple qui est auprès; elles ont deux pieds huit pouces de diamètre; cinq diamètres et demi en font la hauteur. Si l’on divise l’élévation totale du temple en dix parties, la colonne entière

égale six de ces parties, le chapiteau une; le dé audessus du chapiteau, deux, et l’entablement, deux.

En général, les faces du dé qui surmonte les colonnes sont sculptées. Elles portent une figure de Typhon. Lorsque le dé n’offre point de sculptures, il y a lieu de croire que c’est toujours par défaut d’achèvement. Cette figure de typhon que l’on voit sur les faces des typhonium, est un peu moins grande que nature et presque en ronde-bosse. Son attitude a quelque chose de gêné; il a les mains appuyées sur les hanches et les jambes écartées ; une ceinture lui serre le tour du corps ; ses membres trop courts ont une grosseur disproportionnée. Mais c’est surtout la tête qui a un caractère grotesque : excessivement large, presque sans forme, la face couverte de barbe, elle est plus bizarre encore que monstrueuse. Les pieds de la statue reposent sur le chapiteau, qui lui sert de piédestal.

C’est ici le moment de dire ce qui a fait donner à ces édifices le nom de Typhonium. On appelle ainsi de petits temples composés de deux ou trois salles, comme celui dont nous faisons la description, où la figure de Typhon se trouve répétée de tout côté, principalement, ainsi que nous venons de le voir, sur un dé très-allongé et de même largeur que le fût. Cette décoration particulièreet ces dés extraordinairement élevés, constituent les principaux caractères du typhonium. On nomme aussi ces petits temples Mammisi (lieu d’accouchement]. Champollion a reconnu qu’ils sont toujours construits à côté des grands temples où l’on adorait une Triade; c’était, selon ce savant, le symbole de l’habitation céleste dans laquelle la déesse avait enfanté la troisième personnede la triade, que l’on trouve constamment figurée sous les traits d’un enfant. Le mammisi ou typhonium d’Edfou offre la représentation de l’enfance et de l’éducation du

jeune Har-Sont-Tho, fils d’Har-Hat et d’Hathor, auquel on a joint le roi Ptolémée Évergète II, représenté sous a forme d’un jeune enfant, et participant aux caresses dontles dieux comblent le nouveau né. L’interprétation récente des inscriptions hiéroglyphiques qui accompagnent ces figures, a prouvé que ce petit temple fut construit en commémoration de la naissance d’ Évergète II.

Parmi les bas-reliefs nombreux qui décorent l’intérieur du Typhonium, on remarque Isis allaitant son fils Horus, et dans un autre compartiment, Horus se tenant debout sur les genoux d’Osiris, groupe que nous n’avons rencontré nulle part ailleurs en Égypte. La frise de la galerie du nord et celle de la galerie du midi sont décorées d’un grand nombre de figures qui forment une sorte de procession. La plupart de ces figures ont à la main des arcs, des flèches, des couteaux ou des piques. On voit dans la frise du nord deux lions debout, armés de couteaux.

Au centre du sanctuaire s’élève une colonne isolée, qui semble avoir autrefois soutenu le plafond. Sur la frise on voit Soukos ou Chronos (le Temps), avec une tête de crocodile et un corps gigantesque ; il se tient auprès d’Isis qui allaite Horus.

Une observation à faire sur la disposition des petits temples de ce genre, c’est que leur direction est en général perpendiculaire à celle des grands édifices qu’ils accompagnent. A Edfou , l’axe des deux temples forme un angle de quatre-vingt-dix degrés, en sorte que, comme le grand temple est tourné au midi, le Typhonium regarde le levant. Cette différence d’exposition avait sans doute un motif que nous ignorons aujourd’hui.

A une distance de quatorze mètres environ de l’entrée du Typhonium, on voyait il y a quelques années les

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chapiteaux de deux colonnes enterrées dans la poussière et le sable. Un seul de ces chapiteaux se montre encore au dehors. Plus loin, on découvrait aussi les restes d’édifices presque entièrement enfouis. Il est difficile de dire si tes constructions tenaient au plan général des temples d’Edfou.

Au-dessus d’Edfou, en remontant le Nil, se trouvent les carrières de Silsüis, aujourd’hui Gebel-el-Selseleh (montagne de la chaîne) , qui ont fourni des blocs de grès à tous les édifices de la Thébaïde. Ce grès est une pierre à grains quartzeux , dont l’assimilation la plus exacte est ce qu’on nomme à Paris le grès de Fontainebleau, et à Genève les molasses. On voit encore dans le roc les traces de cette exploitation.

Ces carrières, qui s’étendent sur les deux rives du fleuve, sont, les unes à ciel ouvert, les autres, moins considérables, taillées dans la montagne en forme de grottes. C’est principalement àl’ouest qu’on en rencontre un plus grand nombre. Rien de plus vaste, de plus extraordinaire que ces excavations. Elles surpassent, on peut le dire, tout ce qui existe en ce genre en Égypte, et peut-être dans le monde entier. Là vous trouvez, taillés dans le roc, des passages aussi larges que les plus belles rues de nos villes d’Europe, et fermés de chaque côté par des murailles de cinquante ou soixante pieds de haut, quelquefois droits, quelquefois s’allongeant en spirales immenses; vous les voyez s’étendant du bord de la rivière jusque dans les entrailles des montagnes, où ils aboutissent à de grandes places également taillées dans le rocher.

En se dirigeant vers le nord, on arrive à une multitude de chambres gigantesques, avec des colonnades prodigieuses qui courent autour de la base des montagnes. Le toit de ces chambres est formé dé blocs irré-

guliers supportés par des piliers de rocs massifs carrés ou polygones, ayant, pour la plupart, quatre-vingts ou cent pieds de circonférence.

Sur la pente de la montagne qui regarde le fleuve, on voyait encore, il y a cinquante ans, le sphinx décrit par Hamilton, mais la tête en a été brisée. D’énormes blocs de rochers, complètement séparés de la carrière, sont, en différents endroits, placés sur d’autres blocs plus petits et paraissent prêts à être mis en mouvement. D’autres encore plus gros ont été tout à fait tirés des carrières, et gisent à plus de quarante pieds de l’endroit d’où ôn lésa extraits. En pénétrant dans ces immenses labyrinthes, on ne peut se défendre d’un sentiment de profond étonnement à l’aspect de ces excavations qu’on dirait sans limites, de ces masses formidables revêtant toutes les formes, tantôt semblables à des tours, tantôt simulant des châteaux avec des avenues magnifiques.

On trouve dans ces grottes lès mêmes décorations, la même richesse d’ornements qüe dans les hypogées. Les Egyptiens faisaient servir ainsi leurs exploitations à là construction de monuments religieux, faciles et peu coûteux à bâtir. Tl en existe un grand nombre dont les ornements sont caractéristiques. On y voit, sur la façade, de longues bandes de figures hiéroglyphiques, et, au dessus de la corniche de la porte, dès globes ailés accompagnés de serpents à cou renflé, comme dans les édifices religieux. Les portes de communication répondant à l’entrée extérieure offrent aussi, comme elle, des globes ailés avec des serpents, et d’élégantes moulures à leurs corniches.

Bien que ces portiques, ainsi que les colonnes avec leurs chapiteaux et leurs entablements, soient taillés dans la masse du rocher, les couches naturelles de la pierre, en simulant des assises, les feraient prendre

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pour des constructions. Trois de ces chapelles souterraines sont particulièrement remarquables; on les rencontre en venant de Syène, sur la rive gauche du- Nil; elles sont d’une époque pharaonique et ont une grande ressemblance entre elles, soit pour le plan, soit pour la décoration extérieure ou intérieure. Deux colonnes formées de boutons de lotus tronqués s’élèvent de chaque côté du portique qui précède l’entrée. La première de ces chapelles, située au sud, est du règne d’Ousirei, de la dix-huitième dynastie ; elle se trouve en grande partie détruite. La seconde est du règne de Rhamsès II, et la troisième a été creusée par son fds ; ces deux dernières sont beaucoup mieux conservées. Toutes trois furent consacrées à Hapi-Mou, le père vivifiant de tout ce qui existe.

Par un portique percé de cinq ouvertures d’égales dimensions, on pénètre dans une espèce de galerie parallèle à la façade, d’une longueur de cinquante à cinquante-deux pieds sur neuf ou dix pieds de profondeur. C’est le plus important des monuments de Selseleh. Vers le milieu de cette galerie, on entre par une porte intérieure dans une grande salle, au fond de laquelle se dressent sept figures debout, sculptées presque en ronde-bosse. Plusieurs autres chambres voisines ont aussi des figures semblables, en nombres différents. Quelques-unes de ces statues paraissent avoir été mutilées par les cénobites qui habitèrent autrefois ces souterrains. Les plus anciens et les plus beaux bas-reliefs de cette espèce de musée historique, sont ceux du roi Horus ; ils occupent une portion de la paroi de l’ouest. Le pharaon debout, la hache d’arme sur l’épaule, y est représenté devant Ammon-Râ, qui paraît lui conférer quelque faveur. Dans plusieurs grottes, on trouve un certain nombre de figures des deux sexes , assises

Ordinairement en groupes de deux ou de trois. Les hommes se distinguent facilement à leur barbe étroite et longue, dont l’extrémité finit carrément. Leur coiffure diffère aussi de celle des femmes; elle est très-reconnaissable en ce qu’elle descend sur leurs épaules, tandis que celle des femmes leur tombe sur le sein dont elle cache une partie. Ordinairement la femme tient d’une main une fleur de lotus épanouie, et caresse de l’autre main la figure assise à côté d’elle. Un certain nombre de grottes offrent aussi, sur leurs parois, des peintures dont quelques-unes sont assez bien conservées; elles représentent généralement des offrandes faites aux dieux. On y voit des membres d’animaux découpés, des oiseaux, des pains, des ustensiles de différentes formes, des amas- de fruits. Comme dans tous les édifices égyptiens, ces peintures sont presque monochromes et toujours appliquées par teintes plates.

Auprès des grottes que nous venons de décrire, on remarque une espèce de pilier carré , dominé par un large chapiteau figurant’ à peu près la forme d’un champignon. Ce pilier bizarre et grossièrement taillé attire l’attention des voyageurs. Quelques-uns ont prétendu que c’était là une des colonnes auxquelles se trouvait attachée la chaîne qui traversait jadis le fleuve (1). Il est plus probable que ce n’est qu’un fragment laissé debout pour attester l’état ancien de la montagne avant l’exploitation.

Koum-Oumbou, l’ancienne Ombos , située un peu plus haut, n’est, à proprement parler, qu’une colline de

(1) Une tradition rapporte que le Nil était autrefois barré, dans cette partie de son cours, par une chaîne de fer attachée aux deux points les plus élevés des deux montagnes, de chaque côté du fleuve. Le nom de Gebel Selseleh, qui signifie, comme nous l’avons dit, montagne de la chaîne, rappellerait cette circonstance.

l’égyptê.

décombres, au bas de laquelle le Nil fait un coude et forme une espèce de port. Le sable semble régner dans ce rayon ; il a englouti la ville ancienne, il envahit chaque jour les habitations des fellahs, et descend même jusqu’au Nil pour lui disputer son lit. Ce sable est si brûlant, que les soldats français y purent faire cuire des œufs. Une île fertile, avec ses six villages, fait face à Koum-Oumbou.

De l’antique ville d’Ombos, il ne reste plus que le grand temple, situé vers le sud-est. Quoiqu’il soit à moitié enfoui, son apparence est encore imposante et grandiose. Il existait près de là un autre temple plus petit, probablement un typhonium, qui a été récemment renversé par une inondation.

Le grand temple d’Ombos n’a pas de propylée ; mais, ce qui le distingue de tous les édifiées religieux connus, c’est qu’il est divisé en deux parties parfaitement symétriques dans le sens de sa largeur ; d’où il résulte qu’il y a deux entre-colonnements plus larges que les autres dans la colonnade des deux portiques, et un nombre impair de colonnes.

Autrefois, une haute muraille en briques environnait le temple dans son entier et formait une vaste cour ; cette muraille est aujourd’hui presque entièrement détruite. On pénétrait dans le temple par deux entrées principales, ce qui pourrait faire penser qu’il était formé de deux édifices réunis. Sur la corniche de la porte du Sécos ou sanctuaire, aujourd’hui ensablé, ôn lit une inscription grecque dont voici la traduction :

« Pour la conservation du roi Ptolémée et de la reine Cléopâtre, sa sœur, dieux Philométor et Philadelphe, et de leurs enfants, à Aroéris, dieu grand, et aux divinités adorées, dans le même temple, les fantassins, les cavaliers et autres personnes stationnées dans le nome

l’égypte.

d’Ombos, ont fait ce séeos à cause de la bienveillance de ces divinités envers eux (1) . » C’est la partie gauche du temple qui, d’après cette inscription, paraît avoir été érigée sous Ptolémée Philométor. On y adorait avec Aroéris, la déesse Homenofré, sa femme, et leur fils Pnevtho. La partie droite est dédiée au vieux Sevek (le Temps ou Saturne), à tête de crocodile, à Hathor et à Khoms-Hor, triade d’un ordre plus élevé que l’airtre. Cette portion du monument paraît se rapporter au règne de Ptolémée Épiphane. Les constructions les moins anciennes sont de Ptolémée Évergète IL Attaqué par le courant du Nil qui, depuis quelque temps, prend une direction plus marquée vers la chaîne arabique, le temple d’Ombos estaujourd’hui en grande partie détruit ou enfoui. Les constructions qui subsistent encore occupent un espace de cent trente pieds de long; il est probable que la longueur totale de l’édifice était de cent quatre-vingts pieds, et sa largeur de cent quatorze pieds. La hauteur des colonnes du premier portique , à partir dn sol présumé jusqu’au soffite , était d’environ trente-sept pieds. On peut ranger ces colonnes parmi les plus grosses de l’Égypte; elles ont plus de six pieds de diamètre. Les chapiteaux sont trèsvariés. Ceux de la façade se distinguent surtout par leurs volutes. La belle corniche qui règne d’un bout à l’autre du portique est formée par des serpents en rondebosse, qui se dressent sur leur queue, et portent sur la tête un globe plat. Dans l’entre-colonnement, les plafonds offrent une suite de vautours aux ailes étendues, se détachant sur un fond bleu. Les figures et les hiéroglyphes sont peints en rouge, en bleu, en vert et en jaune, ce qui est d’un effet très-agréable. Ici on voit le

(1) Letronne. Recherches pour servir à l’histoire (le l’Égypte , page 76.

l’égypte.

crocodile sacré porté sur un autel, là l’hiéro-sphinx coiffé de la mitre, plus loin des dieux en bateaux, avec des étoiles à leurs pieds, et recevant les adorations de la foule.

Dans ce même rayon, mais de l’autre côté du Nil, à quelques lieues d’Esneh, se trouvent, au village arabe d 'El-Kab, les restes de l’ancienne Elethya ou Elythya, dans lesquels la commission d’Égypte releva d’importantes ruines. L’aspect de la rive sur laquelle gisent ces débris ressemble à ce qu’on voit presque tout le long des bords du fleuve au dessus du Delta. C’est une plaine rase, cultivée dans le voisinage du Nil, et desséchée, stérile, dans tout le reste. Un rideau de roches calcaires, nues et blanchâtres, borde le fond de cette plaine, qui n’est entrecoupée que par quelques sombres hypogées.

En arrivant à El-Kab, du côté du nord, on aperçoit en face une vaste enceinte carrée, qu’on dirait être une espèce de retranchement en terre au milieu duquel on voit le sommet d’un groupe de colonnes, et çà et là quelques pans de mur. Entre cette enceinte et le village d’El-Mohammed s’élevait encore, il y a cinquante ans, un petit temple isolé ; enfin, un peu plus loin on découvre une énorme masse de pierres avec une ouverture qu’on prendrait pour une carrière.

La grande enceinte, qui est celle de l’ancienne ville, offre un pourtour de plus de trois quarts de lieue. Ses murs, hauts de vingt-sept pieds, ont trente-quatre pieds six pouces d'épaisseur. Us sont construits en briques crues d’un brun cendré, qui ont plus de quatorze pouces de hauteur. Une porte colossale en pierre, flanquée de môles énormes, s’élevaitau milieu de l’un des côtés de la clôture; elle est détruite, tandis que l’enceinte, malgré sa fragilité comparative, s’est conservée.

l’égypte.

C’est au milieu de ce vaste espace, circonscrit par les murailles de briques, que les savants de la commission d’Égypte reconnurent les vestiges encore très-considérables de deux temples appartenant à la haute antiquité égyptienne. Ils avaient vu, en outre, hors de la ville et près du village de Mohammed, le petit temple isolé dont nous avons parlé. Depuis longtemps déjà tous ces monuments ont presque complètement disparu. Leurs matériaux renversés et enlevés, ont été employés par Méhémet-Ali à construire un palais près d’Esneh. Les rares fragments dispersés qu’on rencontre encore sur le lieu qu’ils occupaient, ont permis de constater que les temples d’Elethya étaient dédiés à Sevek et à Sowan (Saturne et Lucine). Ceux qui se trouvaient renfermés dans la ville avaient été érigés et décorés par la reine Amendé et par les pharaons ThothmèsouTouthmès III, Aménophis-Memnon et Rhamsès le Grand ou Sésostris. Deux autres princes, Amyrtée et Achoris, y avaient fait des réparations et des additions. Le temple situé hors de la ville appartenait tout entier au règne de Thothmès III. On ne trouve rien, à Elethya ou aux environs, qui rappelle l’époque grecque ou romaine.

Les spéos ou grottes sépulcrales creusées près de là, dans la montagne, sont les plus remarquables de ce genre qu’on rencontre en Égypte, à l’exception des immenses tombeaux des rois à Thèbes. Ce sont des hypogées couverts de peintures, datantdes règnes d’Ahmosis, de Thotmès I, II et III, d’Aménophis I, et de Rhamsès le Grand. Les tableaux hiéroglyphiques de ces sépultures troglodytes ont été décrits par Costaz, un des membres de la commission d’Égypte , et, depuis, par Champollion jeune et par le docteur Lepsius. Ils retracent les scènes de la vie domestique des Égyptiens, les travaux des vendanges et de la moisson, les danses

champêtres, les fêtes , les jeux, les funérailles, enfin ce qui pouvait distraire ou occuper là vie de ce peuple religieux et moral. La plus remarquable de ces cavernes a vingt-quatre pieds de long sur douze de large; elle a été taillée pour servir de tombeau à la famille d’un hiérogrammate, attaché au collège des prêtres d’Elethya, et auquel Champollion donne le nom de Phapé. Quelques-unes dë ces sépultures renferment, suivant le docteur Lepsius, les corps de plusieurs hauts personnages qui portent le titre singulier de : Nourrice mâle d'un prince royal.

Nous voici arrivés maintenant presque aux limites de l’ancienne Égypte, à Syène , célèbre dans les fastes de l’occupation romaine. Sa position aux derniers confins de l’empire en avait fait un lieu d’exil, et Juvénal alla expier sous cette zone brûlante quelques vers satiriques contre l’histrion Paris, cher à Domitien. Syène était célèbre aussi dans le monde astronomique comme formant la limite tropicale dans la mesure de la terre attribuée à Ératosthène. Il n’était bruit dans les temps anciens que du puits de Syène qui, le jour du solstice d’été, à midi, était éclairé jusqu’au fond par un soleil perpendiculaire. Depuis les âges anciens, par suite de la Variation de l’écliptique, cet état de choses a changé, et Syène est aujourd’hui én dehors de la ligne du tropique.

La ville antique était au sud-ouest delà ville actuelle, bordée par le Nil d’une part, et de l’autre par des rochers de granit. Elle est aujourd’hui entièrement ruinée.

A en juger par le grand nombre de tombeaux qu’on rencontre aux environs, sa population doit avoir été considérable. Les anciens habitants adoraient un poisson fabuleux nommé Phagrus. Parmi les antiquités qui peuvent intéresser le voyageur à Syène, on remarque

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surtout un temple égyptien situé sur le versant de la montagne et qui est éloigné de la dernière maison de la ville actuelle d’environ trois cents pieds en allant vers l’est. Ce monument est à moitié enseveli dans les sables. On y pénètre par la plate-forme et à peine peub-on distinguer quelques colonnes appartenant à un portique dont on ne voit que la partie supérieure. La largeur du temple était de quarante pieds environ ; ce qui subsiste de sa largeur n’a plus qu’une trentaine de pieds. Son entrée regardait le fleuve. Il est construit en grès, quoique le granit soit très-abondant à Syène.

Près de l’emplacement de ta cité antique, a été bâtie une seconde ville que l’on peut appeler la ville arabe, car elle remonte aux jours de l’invasion mahométane. Celle-ci se présente avec ses habitations étagées et ses palmiers en parasol, qui sortent du sein de blocs de granit. Ce granit est partout, sur la terre et au milieu du Nil ; en aiguilles, en masses fondes, en angles brisés; tantôt plein d’aspérités, tantôt lisse et poli. La plage, couverte de sable.et de limon, offre plusieurs arbustes remarquables, comme Yasclépias gigantœa , dont les fruits sphériques et vésiculeux ont quatre pouces de grosseur, et une espèce d’acacia, haut de cinq à six pieds, que caractérisent ses feuilles violettes, ses grappes de fruits velus et d’un jaune doré, mais, surtout, la propriété sensitive qu’il possède à un degré rare.

Au-dessus de la ville arabe, pleine de débris de monuments et dont le double mur d’enceinte subsiste encore, paraît la ville modef ne, Assomn, que l’on croitavoir été bâtie du temps de Sélim Ier. Son emplacement est un peu plus au levant dans la vallée. Des jardins et un bois de dattiers la ceignent au nord-est; au midi est la montagne escarpée et remplie de carrières ; au levant, un grand espace occupé par des maisons rasées jus-

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qu au sol. Assouan n’a pas plus de quatre cents toises de longueur. Quoique la plupart des maisons y soient bâties en terre, elles n’en ont pas moins une grande solidité. Beaucoup de ces habitations, au lieu de planchers, ont des voûtes en briques formées d’un seul rang. Les naturels de Syène ou d’Assouan sont très-enclins à la paresse ; leur aspect est misérable ; on les rencontre dans les rues presque sans vêtements. Quant aux enfants, ils sont totalement nus ; aussi la peau des uns et des autres est-elle tellement basannée, qu’elle se rapproche de la teinte des nègres. Le port de Syène a un côté fermé par une barre d’écueils. De nos jours le commerce de ce port n’est pas ce qu’il était sous les Grecs, les Romains et les Arabes. Les caravanes ont pris une autre direction, et Syène est réduite à quelques échanges de séné et de dattes.

C’est au port de Syène ou d’Assouan que s’arrêtent les barques du Caire. Il est vaste et fermé d’un côté par une ligne de rochers, dont l’extrémité vient aboutir à une ancienne construction située au pied de la ville. Près de là était, dit-on, le fameux Nilomètre, dont la description se trouve dans les Éthiopiques d’Héliodore. On y voit encore, en effet, une tour basse et ronde qu’on appelle dans le pays le Mekyas d’Assouan. De ce côté, l’aspect de la ville sur le versant de la montagne entourée de roches nues, la vigueur de la végétation sur les bords du Nil, et le caractère à la fois pittoresque et sauvage que le fleuve emprunte de son archipel d’écueils hors du port, font de ce lieu le site le plus délicieux et le plus agreste des environs.

Mais ce qui ajoute encore à la beauté de ce point de vue, c’est la première cataracte du Nil. Brisé en mille endroits par une chaîne de granit hérissée de masses anguleuses, de mamelons noirs se dressant au-dessus

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des flots, il forme une multitude de rapides. Arrêtées dans leur marche par ces barrières multipliées, les eaux se refoulent , grossissent , montent par dessus l’obstacle et tombent en cascades nombreuses, hautes seulement de quelques pouces, qui produisent le coup d’œil le plus extraordinaire. Dans tout cet espace qui sépare Syène del’île d’Éléphantine, dont nous parlerons plus loin, on ne voit que tourbillons, gouffres et abîmes, où les eaux, couvertes d’écume, ont toutes sortes de directions selon que l’obstacle les force à dévier. Un bruit, semblable au mugissement des brisans sur le bord de la mer, remplit constamment l’air, et s’entend quelquefois à une lieue de distance.

Vis-à-vis de Syène est l’île d’Éléphantine, capitale prétendue d’un royaume dont l’existence est encore un doute. Éléphantine ou l’île Fleurie est dans une position charmante. Des mûriers, des dattiers, des acacias, des napecas sont, avec le dourah et le dattier, les arbres que l’on y rencontre le plus fréquemment. Les Égyptiens, les Grecs, les Romains, les Arabes ont tous entretenu une garnison à Éléphantine, qui a toujours passé pour l’une des clefs de l’Égypte.

Sa fécondité, la beauté de son paysage lui ont fait donner le nom de Jardin du Tropique. On est délicieusement surpris, en arrivant dans cette île, de trouver auprès des sables étincelants qui commencent la Nubie, une terre qu’on dirait enchantée. Du milieu de l’île, la vue est ravissante. Le fleuve apparaît étroitement serré de tout côtés ; au sud, il se fraye en mugissant un passage à travers les rochers et les terrasses de granit. Aussi loin que la vue peut s’étendre, on le voit brisé par des centaines d’îles, tantôt sortant du sein des eaux en pointes noires et stériles, tantôt ces îles couvertes de roseaux de tamaris ou de grandes herbes. Le tableau est enca-

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dré par la chaîne lybique, dont la base est enterrée dans des flots de sable apportés incessamment par les vents du désert et dispersés à ses pieds par courches immenses. La partie méridionale d’Éléphantine est rocheuse, escarpée et stérile. Vers le nord, la surface de l’île s’affaisse graduellement et forme une plaine couverte de riches champs de blé, de troupeaux paissants dans de gras pâturages, de bosquets de dattiers et de petits hameaux. En descendant du sommet de l’île, qui est couvert de ruines et tout à fait sans culture, on rencontre une statue d’Osiris, placée sur le versant de la colline au milieu de débris de poteries. Le dieu est représenté assis, les bras croisés sur la poitrine, tenant une crosse dans une main et un sceptre dans l’autre. Cette statue est assez bien conservée, à l’exception du visage, qui a été complètement mutilé. Nous avons vu à Éléphantine deux temples admirables ; maintenant, ils n’existent plus. Leurs matériaux ont servi, il y a quelques années, à la construction d’une caserne et d’un magasin àAssouan. L’ancienne ville d’Éléphantine est remplacée par un hameau situé au pied d’un monticule de décombres. Au nord de l’île on trouve un village plus considérable, peuplé, comme le premier, par des Barabras et des Nubiens. On ne désigne ces villages par aucun nom particulier, et l’ile elle-même n’a pas d’autre dénomination que celle de Geziret- Assouan, l’île d 'Assouan.

En sortant de Syène pour aller à Philœ, on trouve les carrières dans lesquelles les Égyptiens ont puisé leurs colosses et leurs obélisques. 11 est aisé d’y reconnaître* à des indices parlants, des tfaces de l’exploitation ancienne. Ici des rocs immenses ont été arrachés, et leur place reste vide; là le travail n’est qu’ébauché, et l’on cherche dans les premiers coups de ciseaux la peh-

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sée finale de l’artiste ; ailleurs les masses sont presque détachées de la montagne, et, à les voir ainsi pendantes, on dirait qu’elles attendent une destination. Parmi les morceaux d’architecture achevés, on remarque surtout une colonne, un soflite et un obélisque.

Nous touchons aux confins de l’Égypte en abordant à l’ile de Philœ, limite de la domination romaine et de la conquête française. Philœ ( Geziret-el-Birbeh ou l’île du Temple) est comme le chef-lieu d’un petit archipel que forme le Nil à la hauteur des cataractes. Elle est quelquefois déserte, quelquefois peuplée de fiarabras nomades qui viennent loger au sein de ces ruines. Le nord de l’île avait autrefois des constructions dont il ne reste plus que des décombres; mais, vers le sud-ouest, existent des temples qui méritent l’attention des voyageurs, quoiqu’ils soient loin d’égaler les grands monuments, bien plus anciens, de Thèbes.

Ces temples, flanqués de deux petits obélisques en grès, se composent d’une première enceinte de quatorze ou seize colonnes, suivie d’une longue colonnade formant galerie, et opposée à une autre colonnade qui ne lui est point parallèle. Le grand pylône vient ensuite, immensë porte avec deux massifs semblables : des obélisques et des lions en granit rouge existaient devant ce pylône; on n’en voit aujourd’hui que les fragments. Quand le pylône est franchi, on trouve le péristyle du grand temple, qui, comme le premier, manque de régularité dans la position des colonnades. De ce péristyle on arrive à un second pylône, puis au portique, enfin au temple, lequel se compose de trois salles principales et du sanctuaire avec sa niche monolithe. Cette niche, haute de sept pieds, figure une espèce de cage : c’était eelle de l’oiseau sacré, emblème d’Isis, à qui ce temple avait été dédié. Sur les terrasses qui surplombent ces

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constructions, est assis un petit village de Barabras, qui, comme les fellahs de Thèbes, campent aussi sur des monuments. A côté des constructions principales et comme attenances, paraissent une foule de petits temples, engagés dans les galeries et dans les colonnades du grand, et qui étaient consacrés à des divinités spéciales, telles qu’Imoutph (Esculape) et Horus. Parmi les divinités qu’on adorait à Philœ, il faut citer encore Toth-Ibiocéphale, le dieu des lettres. Une figure, placée près de la terrasse du grand pylône du temple d’Isis, le représente assis, tenant d’une main une croix ansée et de l’autre un sceptre. Son long cou est terminé par une tête d’ibis entourée de larges bandelettes. A côté de lui, on lit la légende « Toth, dieu des lettres, seigneur de la

terre, etc . » Toutes les décorations de ces édifices

représentent des sujets religieux et symboliques. Les sculptures et les inscriptions qu’on y trouve attestent qu’ils ont ôté bâtis, pour la plupart, sous les rois Ptolémée Épiphane, Ptolémée Philométor et Ptolémée Évergète II , et que les empereurs Auguste et Tibère y ont fait exécuter quelques travaux accessoires. Sur les terrasses, sur les portes, sur les colonnes, on trouve un grand nombre d’inscriptions démotiques et grecques, parmi lesquelles il y en a beaucoup qui appartiennent à l’ère chrétienne.

De tous les édifices de Philœ il n’en est point de comparable à celui de l’Est. La colonnade percée à jour frappe de loin le regard, et comme elle peut être vue de tous côtés, elle sert de point de reconnaissance à Pile du Temple. Ce qui frappe d’abord quand on en approche, c’est une enceinte sans plafond de vingt et un mètres de long et de quinze de large. Quatorze hautes colonnes, avec des entre-colonnements bâtis au tiers de leur hauteur, forment cette enceinte, dont le grand axe est à

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peu près perpendiculaire au bord du fleuve. Elle a deux portes qui se correspondent. Quelques voyageurs lui ont donné le nom de lit de Pharaon. D’après cette dénomination on a supposé que ce pouvait être le fameux tombeau d’Osiris, mais cette supposition n’a aucun fondement. Suivant l’expression de Cliampollion, tout est moderne à Philœ, c’est-à-dire de l’époque grecque ou romaine. Il fau,t en excepter seulement un petit temple d’Hathor et un propylée engagé dans le pylône extérieur du temple d’Isis. Ces monuments appartiennent au règne de Nectanèbe I, et peuvent être regardés comme ce qu’il y a de plus ancien dans l’île.

S’il fallait juger du temple de l’Est par analogie avec d’autres monuments dont la destination est connue, il y aurait quelques raisons de croire que c’était un typhonium. En effet, l’enceinte de Philœ a la plus grande ressemblance avec celle d’Hermontis. Les colonnes de l’une et de l’autre sont surmontées d’un dé carré portant la figure de Typhon sur chacune des faces. D’autres ornements sculptés dans différentes parties des constructions encore subsistantes sembleraient corroborer cette assertion. Toutefois, il y a peut-être lieu de douter encore, à cause des grandes dimensions de l’édifice qui ne s’accordent point avec celle des typhonium, lesquels sont toujours de petits temples.

Les colonnes de l’enceinte de l’Est dépassent en grosseur toutes celles que l’on rencontre dans l’île. Elles ont treize mètres de haut, et plus d’un mètre et demi ou neuf pieds de diamètre. On y distingue trois espèces de chapiteaux, répartis symétriquement dans chaque rang de colonnes. Les murs d’entre-colonnements sont ornés de sculptures représentantdesolfrandesaux dieux. L’encadrement de ces bas-reliefs est formé d’un cordon entouré d’un ruban d’une exécution remarquable.

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A la gauche du temple de l’Est on voit s’élever deux pylônes dignes d’être placés parmi les monuments les plus importants de l’île. Leurs portes sont d’une élégante proportion; elles ont une hauteur double delà largeur. 11 semble qu’elles aient été fermées autrefois par des clôtures battantes.

Le pylône extérieur, ou grand pylône, dépasse de beaucoup, dans ses dimensions, le pylône intérieur, et se trouve aussi bien mieux conservé. Sa hauteur est de dix huit mètres, sa largeur de plus de quarante, et son épaisseur de six environ. Des chambres sont pratiquées dans le massif de droite, ainsi qu’un escalier en rampe douce conduisant dans l’intérieur du monument. Dans le massif de gauche, l’escalier ne commence qu’au-dessus de la hauteur de la porte. On y arrive par l’escalier de droite, après avoir traversé les chambres supérieures. Une porte latérale, ouverte dans ce massif, donne entrée à deux chambres obscures et encombrées. Les faces extérieures du grand pylône sont couvertes de sculptures exécutées en creux. Sur la face antérieure de chaque massif on voit trois scènes bien distinctes : deux dans la partie supérieure, et une dans le bas. Osiris y est représenté, tantôt avec une tête d’homme, tantôt avec une tête d’épervier. La tête d’Isis est coiffée de la peau d’un vautour. La déesse tient à la main son bâton augurai, qui est terminé par une lleur de lotus. Des compartiments égaux divisent la corniche du pylône. Chacun d’eux contient les mêmes ligures, distribuées de façon à présenter à l’œil une décoration très-riche et trèsagréable. La moulure inférieure de la corniche, qui descend en forme de rouleau le long des angles, est entourée d’un ruban roulé alternativement en vis et en cercle.

Le second pylône a, comme le premier, des escaliers intérieurement qui conduisent sur les terrasses. Il ne

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possède aucune chambre, ce qui vient du peu d’épaisseur des massifs. Moins grand que celui qui flanque l’entrée extérieure du temple, il n’est pas dans un aussi ben état de conservation. Toute la corniche de la partie gauche et le rang de pierres qui est au-dessous sont détruits. Les sculptures de la face antérieure offrent des sujets fort peu différents de ceux qui sont représentés sur la face analogue du grand pylône. Un bloc de granit rouge de cinq mètres environ, en tous sens, cache une partie des bas-reliefs dans la partie droite inférieure. Intérieurement ce bloc est creusé, et renferme des sculptures. Quelques personnes le regardent comme une chapelle monolithe. Il ne paraît pas qu’il ait fait partie originairement de la construction du pylône. Une particularité très-remarquable, et dont on ne trouve guère l’analogue qu’une fois à Thèbes, c’est la disposition de ce pylône par rapport au portique. Lié à ce dernier dont il est la partie antérieure, il se trouve ainsi former luimême la façade du temple. Le portique, par cette ordonnance, est entouré 'de toutes parts. Comme une pareille disposition l’eut privé de lumière, on a laissé dans le plafond une grande ouverture, en sorte qu’il ressemble à une espèce de cour environnée de trois côtés par des colonnes, et venant s’appuyer par ses parties latérales contre les massifs de la porte. Quant à la cour qui précède le pylône, elle est formée, à droite par une galerie, et à gauche, par le temple de l’Ouest. La galerie est composée de dix colonnes d’un fini remarquable. Mais c’est surtout la corniche qui fixe l’attention. Surmontée d’un couronnement d’une belle forme, on dirait deux corniches superposées l’une sur l’autre. Cette partie de l’édifice est composée d’une suite de serpents à cou renflé, appelés urœus, que l’on voit dressés sur leur poitrine avec un disque sur la tête. Ces ornements,

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d’une belle composition, sont sculptés en ronde bosse. Il en résulte cependant qu’ils donnent à l’entablement une grande épaisseur. A l’extrémité de la galerie est une porte qui conduit au pylône. Elle est maintenant obstruée. Cinq autres portes qu’on trouve sous la galerie communiquent à de petites chambres dont on ignore la destination. Des tableaux sculptés fort remarquables ornent ces espèces de cellules, ainsi que le dessous de la galerie. L’un de ces tableaux, recueilli sous la colonnade, représente Osiris et Isis à tête d’épervier. Un prêtre est devant eux, ainsi que la barque symbolique portée sur un traîneau.

Tels sont les monuments que la religion des anciens Egyptiens a laissés à Philœ. Les souvenirs des Romains du Bas-Empire y sont représentés par une espèce d’arc triomphal qui est dans un délabrement complet. C’est une porte en plein cintre, près de laquelle on trouve une construction de forme carrée, que plusieurs archéologues croient être les restes d’une caserne bâtie par Dioclétien lorsqu’il fortifia Philœ. De leur côté, les légions romaines ont gravé sur le? parois des pylônes du temple d’Isis l’attestation de leur passage, et notre armée française, voulant aussi consacrer le souvenir de son séjour, y a écrit ces lignes : « L’an VI de la » République, le 13 messidor, une armée française, com- » mandée par Bonaparte, est descendue à Alexandrie. » L’armée ayant mis, vingt jours après, les Mameloucks » en fuite aux Pyramides, Desaix, commandant la pre » mière division, les a poursuivis au delà des Cataractes, » où il est arrivé le 13 ventôse de l’an VII ; les généraux » de brigade Davoust, Friant et Belliard; Donzelot, chef » de l’état-major ; Latournerie, commandant l’artillerie; » Eppler, chef de la 21e légère, le 13 ventôse an VU de » la République, 3 mars, an de J.-C. 1799. »

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Plus loin, sur la surface du mur qui ferme le temple à l’orient, on lit : « R. F. An VIL Balzac, Coque- » bert, Corabœuf, Costaz, Coutelle, Lacipilère, Ri- » peault, Lepère, Méchain, Nouet, Lenoir, Nectoux, » Saint-Genis, Vincent, Dutertre, Savigny. Long, de- » puis Paris, 30, 34, 16. Lat. boréale, 24, 1, 34. »

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