LA HAUTE ÉGYPTE
Syout ; couvent Rouge et couvent Blanc ; Girgeh ; ruines d’Abydos ; El-Akmyn (Panopolis ou Chemnis), tombeau du cheik El-Aridi ; temple d’Antœopolis; Dendérah (Tentyris); Keneh. — Ruines de Thèbes; hypogées; Karnak; Louqsor; Médinet-Abou; le Memnonium ; les colosses. — Herment (Hermontis) ; Esneh (T.atopolis)]; Edfou (Apollinopolis magna), grottes de Selseleb (SilsilUs,, ‘^triple d’Ombos; El-Kab (Elethya); Assouan (Syène); l’île d’Eléphantn. . Philœ; les cataractes du Nil ; les oasis ; les frontières de la Nubie; les pays des Barabras ; temple d’El-Derri ; monuments d’Ibsamboul ; temple de Dakkah (Psalcis); Méroé.
SYOUT ; — GIRGEH ; — ABYDOS ; — PANOPOLIS J — ÀNTCEO- POLIS; — DENDÉRAH.
A Syout commence la haute Égypte. Syout est une ville importante située à une demi -lieue de la rive
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gauche du Nil, sur le canal d’Abou-Assi. Elle a pour port, sur le fleuve, le petit village d’El-Hamrah avec lequel elle communique par une digue qui reste à sec, même dans les années de grande inondation. L’aspect de Syoüt est agréable; son commerce, qui consiste en produits du sol et en échanges avec la Nubie, est assez important. Les cultures, très-soignées dans toute la province, comprennent le froment, l’orge, le dourah, le lin, les fèves, le coton et l’indigo. Des jardins d’un . grand rapport forment autour de la ville une ceinture verdoyante de figuiers, d’abricotiers, de grenadiers, de nabkas et de sycomores.
Syout, en fait de vestiges antiques, n’a guère qu’une butte de décombres, et ses hypogées qui, creusés dans la chaîne libyque, montent comme par étages jusqu’à la moitié de sa hauteur. Ces souterrains ont été visiblement pratiqués à diverses époques. Les uns n’ont été exploités que comme carrières, les autres ont servi à la sépulture des Égyptiens; d’autres, enfin, ont abrité les chrétiens persécutés. L’hypogée principal est situé en face de la route qui conduit de la ville à la montagne. Quand on y entre, on est frappé de la vue du plafond que décorent des étoiles jaunes , parsemées sur un fond bleu. Les parois offrent des arabesques disposées en carreaux ou en losanges, et .combinées aver aes fleurs de toute espèce. Les dessins et les sculptures du lieu représentent presque tous des offrandes de victimes, des sacrifices d’animaux qui rappellent les cérémonies païennes. Les traditions s’accordent à nous donner une idée imposante du culte que les Égyptiens rendaient aux morts. Sans doute, à de certains jours de l’année, on se réunissait dans les nécropoles pour y célébrer des fêtes funèbres, et ces monuments souterrains devenaient ainsi tout à la fois des temples et des hy-
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pogées. Dans ces cavaux sombres, où pas un rayon de soleil ne pénétrait, quel spectacle plein d’émotions devait présenter ce long cortège de parents et d’amis, qui, une torche à la main, venaient renouveler leurs adieux au mort, dire ses vertus, raconter sa vie, et pleurer sur luil Combien ces cérémonies lugubres s’accordaient avec le caractère grave et moral des Égyptiens, avec leurs idées d’éternité et de vie future!
L’hypogée principal de Syout est flanqué d’une foule d’hypogées plus petits, qui tantôt ont leur ouverture sur le flanc de la montagne, tantôt n’ont qu’une correspondance intérieure avec l’excavation principale. Ainsi , la montagne forme un labyrinthe souterrain , souvent profané par les Arabes qui y cherchent des momies d’hommes et d’animaux. Plus loin , et en se dirigeant vers le sud, se montrent de vastes carrières d’ou l’on tire des blocs calcaires disposés par couches horizontales. Ces catacombes ont été peuplées jadis de chrétiens voués à une vie de solitude et de contemplation. Le ciel de l’Égypte se prêtait plus que tout autre aux extases de l’âme et aux élans vers un monde inconnu.
Au-dessus de Syout commencent les steppes ingrates de la haute Égypte. Là le désert se rapproche du Nil, et lui dispute l’étroite lisière qui le borde. On passe ainsi devant le Couvent- Rouge et le. Couvent- Blanc, l’un bâti en briques, l’autre en pierres de taille, situés tous les deux au pied de la chaîne libyque, et à une très-petite distance l’un de l’autre. Ces deux monastères ont la forme de vastes bastions s’abaissant en glacis rapide, et couronnés à une grande hauteur d’un double rang de fenêtres, percées sur des lignes parallèles et uniformes; l’un d’eux, le couvent Blanc, fut, diton, fondé par sainte Hélène. A peu de distance de ces
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couvents paraît la ville moderne de Girgeh, située près le Nil, qui la mine chaque jour par la base. La position intermédiaire entre le Caire et Syène rend cette ville le centre du commerce et de la navigation du fleuve. Elle a une lieue environ de circuit : des bazars, des mosquées, des places publiques ornent son enceinte. A cette latitude, la canne à sucre devient déjà plus commune: on en voit des champs entiers à côté de moissons de lin et de dourah à feuilles de roseau.
A quatre lieues de Girgeh, les savants de l'expédition française ont reconnu entre El-Kerbeh et Harabah, les ruines d 'Abydos, que Strabon nomme la seconde ville de la Thébaide. Ces ruines consistent en des fragments de colosses et en une construction ensablée, qui pourraient être le temple d’Osiris, l’une des merveilles d’ Abydos. C’est là que, parmi les débris, on a trouvé les fameuses tables chronologiques, connues sous le nom de tables d’Abydos, à l’aide desquelles les savants modernes ont pu reconstituer l'ordre de quelques-unes des dynasties égyptiennes. Au nombre des vestiges curieux qui se trouvent encore sur le sol de la ville antique, il faut citer la partie inférieure d’un corps humain, sculpté en granit noir. Le costume indique un prince : la ceinture est brisée en zigzags; les jambes et les pieds sont nus; enfin, le socle et le massif portent une foule d’inscriptions hiéroglyphiques. C’est un morceau achevé. Non loin de ce temple, était le palais d’Abydos, le rcgia Memnonis, composé de deux espèces de pierres, l’une de grès, l’autre calcaire. Par suite de l’ensablement graduel de ces décombres on n’y pénètre plus par les portes, mais par les terrasses. Au dedans, règne une longue suite de salles avec des colonnes englouties à peu près au tiers de leur élévation. Au dehors, l’édifice est encombré jusqu’à la hau-
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teur des sofites. Quant aux ornements intérieurs, ils sont dans un état parfait de conservation. Le bleu, le rouge, le jaune, y semblent dater d’hier. Autant qu’il est possible d’en juger, le palais d’Abydos devait avoir deux portiques, l’un de vingt-quatre colonnes, l’autre de trente-six, ce dernier semblable à la salle hypostyle de Karnak. Ces portiques, ces colonnes, donnent à l’édifice un aspect royal. La décoration en est sérieuse et simple. On y remarque peu de variété dans les colonnes, dans les chapiteaux et les corniches. L’architecte a sacrifié les ornements aux grands effets de la symétrie.
Presque en face des ruines d’Abydos, mais sur l’autre rive du Nil, est El-Ackmyn, l’ancienne Chemmis ou Panopolis. El-Akmyn est aujourd’hui peuplé de quatre à cinq mille Cophtes, prévenants et hospitaliers. Leur ville, bâtie en briques, est ornée d’assez beaux temples. Les restes de Chemmis sont au nord-ouest d’El-Akmyn. Nos savants d’Égypte y reconnurent deux temples bien caractérisés, l’un par une pierre zodiacale, l’autre par des emblèmes hiéroglyphiques sculptés en relief dans le creux. L’un et l’autre étaient sans doute dédiés à Pan, la divinité du lieu. C’est non loin de là que l’on montre le tombeau du cheik El-Harydy et son serpent, célèbre en Europe parles récits de Paul Lucas et de Savary. Savary raconte que le cheik Harydy, habile dans l’art des psylles, possédait un serpent qui avait dans la contrée la réputation de guérir toutes les maladies. Ce serpent opérait d’abord pour tout le monde, riches et pauvres ; mais, quand sa clientelle fut faite et son renom établi, il ne se dérangea plus que pour les grands seigneurs. Après avoir ainsi vécu sur la crédulité publique, le cheik Harydy passa dansun monde meilleur; mais son serpent lui survécut: le peuple lui avait donné un brevet d’immortalité.
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D’ailleurs les successeurs du cheik, non moins habiles que lui, renouvelaient de temps à autre une expérience solennelle pour prouver l’origine divine du reptile. Ils coupaient un serpent en morceaux, et le déposaient dans un vase, où il demeurait pendant deux heures. Au bout de ce temps, le miracle était accompli; au lieu de tronçons, on trouvait un serpent en vie Quand nos savants passèrent à El-Akmyn, ils voulurent approfondir cette fable populaire. Ils pressèrent de questions le propriétaire du serpent El-Harydy, qui nia les faits, et prétendit que tout ce qu’on en faisait était de jouer avec des serpents à la manière des psylles, pour divertir les pèlerins qui venaient visiter le tombeau du santon. 11 alla même jusqu’à proposer son serpent immortel aux voyageurs, qui le lui achetèrent pour cent médins.
C’est au-dessous de Girgeh que nous avons rencontré le premier échantillon des merveilles de Dendérah et de Thèbes. Cette belle ruine, c’était le temple d'Antœopolis, ou plutôt de Kaou-el-Kebir, village moderne. Ce temple, dédié au dieu égyptien Antée, était bâti en une pierre calcaire très-fine, d’un aspect grisâtre, et susceptible d’un beau poli, Comme il était ensablé jusqu’à mi-hauteur, il fallait, pour mettre à nu ses colonnes, fouiller assez profondément. La partie la plus intacte du temple était un portique caché au milieu de petits bois de palmiers. Il a dû consister en dix-huit colonnes alignées sur trois rangs ; du temps de Pococke, toutes étaient debout. Quand nous avons vu ce monument les deux derniers rangs paraissaient seuls complets ; celui de la façade n'avait que trois colonnes au lieu de six, et la chute des trois colonnes avait entraîné les architraves et les plafonds. Outre ce portique, on remarquait encore un sanctuaire monolithe d’une struc-
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ture tout à fait à part. Son sommet était en pyramide quadrangulaire , à l’angle fort aigu, ne formant pas un prisme droit, mais un prisme à faces légèrement inclinées. L’intérieur était creusé en forme de niche prismatique. La pierre de ce monolithe devait se prêter à une sculpure très- délicate, car le travail des ornements y affectait une finesse extrême; le relief était très- doux à l’extérieur. Le devant seul se trouvait sculpté ; les trois autres faces étaient lisses et polies. Sur la corniche et sur la frise, figuraient deux globes ailés; les trois côtés avaient été décorés d’hiéroglyphes, et l’intérieur de divers sujets religieux. Le monolithe d’Antœopolis était le seul que l’on eût trouvé en Égypte avec le sommet aigu, et figurant la pointe d’un obélisque.
En parcourant ces décombres, nos savants y trouvèrent les débris incomplets d’une inscription grecque, dont une portion gisait sur le sol, et dont l’autre demeurait sur la portion de la frise restée debout. Ce ne fut qu’en 1801 que M. Hamilton put rapprocher tous les fragments, et retrouver l’intégralité de l’inscription dont nous empruntons la traduction à M. Letronne, qui l’a restituée et savamment commentée : « Le roi Ptolé- » mée, fils de Ptolémée et de Cléopâtre, dieux Epipha- » nés et Eucharistes, et la reine Cléopâtre, sœur du » roi, dieux Philométors, ont élevé ce pronaos à Antée » et aux dieux adorés dans ce temple. » Etau-dessous: a Les empereurs César Aurelius Àntoninus et Verus, » Augustes, en ont réparé la corniche, l’an quatrième » des Augustes, le 9 de paini. » Ainsi, trois dates existaient sur ce monument, la date égyptienne, la date grecque et la date romaine (1).
(1) Voy. Recherches pour servir à l’histoire de l'Égypte pendant la domination des Grecs et des Romains, par Letronne, p. h 2 et suivantes.
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Le village de Dendérah, l’ancienne Tentyris, est situé sur la rive gauche du Nil, en face de Keneh, petite ville de cinq mille âmes, qui s’étend sur la lisière droite du fleuve. Le site moderne n’offre rien de saillant, si ce n’est le grand nombre de dattiers qui l’entourent. Les fruits de ces arbres, renommés pour leur bonté, font sa principale richesse.
De tout temps Dendérah fut célèbre par ses temples et par ses monuments astronomiques. Savary, Norden, le père Sicard, Bruce, Brown, Sonnini, le visitèrent tour à tour au dix-huitième siècle. Ensuite arriva Denon , qui le vit en artiste, et en compagnie de l'officier d’artillerie La Tournemine. Ce dernier, en quittant ces belles ruines, écrivait : « Depuis que je suis en Égypte, » blasé sur tout, j’ai vécu mélancoliquement et ma- » lade. Tentyra m’a guéri; je ne regrette plus rien , et » quoi qu’il arrive, je me réjouirai de mon voyage. » Jollois et Devilliers arrivèrent après Denon , et c’est à eux que l’on doit la description la plus détaillée et la plus exacte de Tentyris et de ses temples.
Les restes de Tentyris sont à trois milles au sudouest de Dendérah, où ils couvrent un espace de dix-sept cents pas de longueur sur à peu près huit cents de largeur. Là, quand on cherche à réédifier ces divers débris, on reconnaît d’abord une construction qui n’a jamais été achevée, et à laquelle nos explorateurs donnèrent le nom d’édifice du Nord : il est terminé par une porte vraiment incomparable par la beauté de ses proportions et de ses sculptures. Rien de plus gracieux et de plus élégant que sa corniche décorée d’ornements d’un travail plus parfait que tout ce qu’on remarque dans les autres monuments de l’Égypte.
Ensuite vient un Typhonium, petit temple non achevé, et élevé sans doute en l’honneur de Typhon, le génie du
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mal. Le sanctuaire de ce typhonium contient encore des débris de langes et de momies. Mais, de toutes ces constructions, il n’en est aucune qui approche, pour les proportions et pour les beautés de détail, du grand temple de Tentyris. Six énormes colonnes, ayant pour chapiteaux des têtes gigantesques de la déesse Isis , placées sur chaque face, soutiennent l’entablement d’un immense portique. Ces Qgures sont pleines d’un sentiment grandiose, sévère et religieux.
L’ensemble de l’édifice a la figure d’un T, formé de deux parties, le portique et le temple. La longueur totale est de deux cent cinquante huit pieds. La largeur de la façade, qui dépasse de chaque côté le reste du monument, est de cent trente-six pieds, et la hauteur de soixante. De chacune des faces latérales sortent trois grandes figures de lion, à mi- corps, posées sur des socles qui font saillie.
L’intérieur des portiques formant un rectangle de trente-sept pas sur vingt, est soutenu par vingt-quatre . colonnes, distribuées en six rangées de quatre chacune. Tous les murs sont couverts de sculptures, et le plafond est à la fois sculpté et peint. C’est dans ce plafond que Jollois et Devilliers découvrirent un zodiaque plus grand que le zodiaque devenu depuis si célèbre. Ce zodiaque montre d’abord une double figure d’Isis à peu près nue, figure dont la pose et les proportions sont inusitées, et qui semble représenter l’emblème de la nature. Les soffites qu’embrassent ces deux figures énormes forment deux grands tableaux divisés et subdivisés en bandes hiéroglyphiques, et produisant, dans une des bandes, six des signes du zodiaque : le Lion , sous la forme de cet animal; la Vierge , désignée par une femme qui tient un épi, et qu’accompagnent d’autres femmes à tuniques striées; la Balance, figurée par
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deux bassins entre deux figures d’Harpocrate et d'Horus ; le Scorpion , précédé par deux femmes, dont l’une à tête d’épervier, et d’une grande figure à pied d’animal et à queue de scorpion; le Sagittaire, moitié homme, moitié cheval, et à queue de scorpion; le Capricorne, à tête de chèvre et à corps de poisson, accompagné de deux femmes.
Les six autres signes, dans une bande latérale, sont disposés comme il suit : le Verseau, représenté par un homme couronné de lotus, et suivi par un Horus à tête d’épervier; les Poissons, au-dessus et au-dessous d’un bassin rectangulaire; le Bélier courant à la suite de deux femmes et d’un Horus à tête d’épervier; le Taureau menaçant de ses cornes, précédé par deux femmes et suivi par deux hommes; les Gémeaux, figurés par un homme et une femme qui se donnent la main; enfin, le Cancer, qui n’est point à sa place dans la bande, mais qu’il faut aller chercher hors de ligne sur les jambes de la figure colossale d’Isis.
Du portique si l’on passe dans l’intérieur du temple, on trouve une vaste salle, dont le plafond porte sur deux rangs de colonnes, puis dans une seconde salle, suivie d’un vestibule comme la première, et donnant entrée dans le sanctuaire. Le sanctuaire, isolé au milieu des quatre galeries , a trente-deux pieds de long sur vingt de large, et vingt-deux de hauteur. Les sculptures qui le décorent forment divers tableaux de l’histoire d’Isis.
Quand on a pénétré dans l’intérieur de l’édifice, on se perd dans le nombre des salles qui composent ses deux étages et ses profonds souterrains. Des escaliers pratiqués sur tous les points conduisent aux appartements extérieurs et aux terrasses qui les dominent, dominées elles-mêmes par les ruines d’un village arabe.
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Toutes ces pièces sont décorées avec plus ou moins de soin de tableaux hiéroglyphiques, représentant des scènes de guerre ou des scènes religieuses , quelquefois même des sacrifices humains. C’est dans l’une d’elles que l’on a trouvé le zodiaque qui est aujourd’hui à Paris, dans l’une des salles basses de la Bibliothèque impériale. Ce planisphère diffère peu de celui du portique : comme lui il commence par le signe du Lion. On sait à quelles discussions scientifiques a donné lieu ce monument. Volney , Dupuis, Saint- Martin, Visconti, Tardieu, Ferlus, Saulnier, d’Ayzac, Fourier, Champollion, Richardson, M. Biot, ont tour à tour expliqué et commenté ces signes, en cherchant à y trouver les preuves historiques de l’âge du monde et des connaissances de l’Égypte en matière d’astronomie. Mais le zodiaque de Dendérah a beaucoup perdu de l’importance scientifique qu’on lui avait attribuée, depuis qu’il a été reconnu que ce monument ne remonte qu’au premier siècle de l’ère chrétienne.
La dernière particulàrité saillante qu’offre le temple de Tentyris, c’est le propylon d’Isis, espèce de porte qui, de ce côté, coupe une grande enceinte quadrangulaire en briques. Sur chacun des listels de la corniche, on trouve répétée l’inscription suivante, en trois lignes de beau caractère grec :
« Pour la conservation de l'empereur César, fils du » divin (César) Jupiter, libérateur , Auguste; Publius » ctavus étant préfet, Marcus Claudius Posthumus » étant épistratège; Tryphon étant stratège; les habi- » tants de la métropole et du nome ont dédié ce Pron pylon à Isis, déesse très-grande, et aux dieux adorés » dans ce même temple, la trente-unième année de Cé- » sar, au mois de thoth, le jour d’Auguste (1). »
(1) Letronne, Recherches pour servir à L’Histoire de l’ Égypte, p. 155.
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Sur le listel de la corniche du pronaos du temple on lit une autre inscription grecque aussi en trois lignes, attestant que ce pronaos a été élevé sous le règne de Tibère, Publius Avillius Flaccus étant préfet de l'Égypte, et Sarapion Trychambe, stratège (1).
Voici quelles impressions résultèrent de la visite de Champollion au temple de Dendérah.
«Le 16 novembre 1828, dit-il, nous arrivâmes le soir à Dendérah. Il faisait un clair de lune magnifique, et nous n’étions qu’à une heure de distance des temples. Pouvions-nous résister à la tentation? Souper et partir sur le champ furent l’affaire de quelques minutes : seuls et sans guides, mais armés jusqu’aux dents, nous prîmes à travers champs, présumant que les temples étaient dans la ligne droite de notre maasch. Nous marchâmes ainsi, chantant les airs variés des opéras les plus nouveaux , pendant une heure et demie sans rien trouver. On découvrit enfin un homme; nous l'appelons; mais il s'enfuit à toutes jambes, nous prenant pour des Bédbuins ; car, habillés à l’orientale et couverts d’un grand burnous blanc à capuchon, nous ressemblions, pour l'Égyptien , à une tribu de Bédouins, tandis qu’un Européen nous eut pris, sans balancer, pour un chapitre de Chartreux bien armés. On m’amena le fuyard, et, le plaçant entre quatre de nous, je lui ordonnai de nous conduire aux temples. Ce pauvre diable , peu rassuré d’abord , nous mit dans la bonne voie, et finit par marcher de bonne grâce ; maigre, sec, noir, couvert de haillons, c'était une momie ambulante; mais il nous guida fort bien, et nous le traitâmes de même. Les temples nous apparurent enfin. Je n’essayerai point de décrire l’impression que nous fit le propylon, et surtout le portique du grand temple.
(1) Letronne, Recherches pour servir à l’Histoire de l’Ègjptc , p. 180,
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On peut bien le mesurer; mais en donner une idée, c'est impossible. C’est la grâce et la majesté réunies au plus haut degré. Nous y restâmes deux heures en extase, courant les grandes salles avec notre pauvre fellah , et cherchant à lire les inscriptions extérieures au clair de la lune. On ne rentra au maasch qu’à trois heures du matin, pour retourner aux temples à sept heures. C’est là que nous passâmes toute la journée du 17. Ce qui était magnifique à la clarté de la lune, l’était encore plus lorsque les rayons du soleil nous firent distinguer les détails. Je vis dès lors que j’avais sous les yeux un chef-d’œuvre d'architecture, couvert de sculptures de détail du plus mauvais style. N'en déplaise à personne, les bas-reliefs de Dendérah sont détestables, et cela ne pouvait pas être autrement; ils sont d’un temps de décadence. La sculpture s’était déjà corrompue, tandis que l’architecture, moins sujette à varier, s'était soutenue digne des dieux de l’Égypte et de l'admiration de tous les siècles. Voici les époques de la décoration : la partie la plus ancienne est la muraille extérieure à l’extrémité du temple, où sont figurés, de proportions colossales, Cléopâtre et son fils Ptolémée César. Les bas-reliefs supérieurs sont du temps de l’empereur Auguste, ainsi que les murailles latérales extérieures du naos, à l’exception de quelques petites portions , qui sont de l’époque de Néron. Le pronaos tout entier est couvert de légendes impériales de Tibère, de Caïus, de Claude et de Néron; mais, dans tout l’intérieur du naos, il n'existe fias un seul cartouche sculpté : tous sont videsœt rien n’a été effacé; mais toutes les sculptures de ces appartements, comme celle de l’intérieur du temple, sont du plus mauvais style, et ne peuvent remonter plus haut que les temps de Trajan ou d’Antonin. Elles ressemblent à
celles du propylon, qui est de ce dernier empereur, et qui, étant dédié à Isis, conduisait au temple de cette déesse, placé derrière le grand temple, qui est bien le temple de Hathor (Vénus), comme le montrent les mille et une dédicaces dont il est couvert, et non pas le temple d’Isis, comme l’a cru la commission d’Égypte. Le grand propylon est couvert des images des empereurs Domitien et Trajan. Quant au Typhonium, il a été décoré sous Trajan , Adrien et Antonin le Pieux. »
Ces remarques de Champollion jeune, sur la date des temples deDendérah, se trouvent confirmées par les inscriptions citées plus haut, et ont été admises par tous les égyptologues. Il est donc maintenant reconnu que, môme dans l’ère romaine, c’est-à-dire à une époque où l’Égypte avait subi les invasions persane et grecque, on y élevait des monuments qui, pour l’architecture du moins, sont encore des modèles et des chefs-d’œuvre.
Vis-à-vis des ruines de Tentyris, et de l’autre côté du Nil, sur la rive droite, est placée, comme nous l’avons dit, la petite ville de Kéneh, dont les mosquées, assez vastes, se distinguent par un caractère d’architectecture différent de tout ce que nous avions vu dans la basse et la moyenne Égypte. Ce n'est plus maintenant la richesse des broderies sur la pierre, l’élégance et la profusion des détails ; les murs extérieurs sont simples, nus, percés de fenêtres, et seulement couronnés d’un feston, Déjà à Minieh, à Syout nous avions rencontré quelque chose de ce style, qui s’assombrit et dédaigne les accessoires. Ici la beauté n’a plus le même caractère. Le minaret qui dans la basse Égypte et au Caire, porte vers le ciel ses triples galeries entourées de colonnes, d’arceaux, de balustres, et présente toutes
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ses faces travaillées comme un ouvrage de fantaisie, n'est plus à Kéneh qu'une tour en pain de sucre * espèce de pyramide ronde, qui n’a d’autre mérite que sa solidité. Cependant les dômes offrent une courbe gracieuse et qui n’est pas sans majesté. Ils sont percés généralement, à la circonférence, de plusieurs rangs d’ouvertures pour laisser sortir la fumée qui s’échappe des lampes. Au pied d’une ces mosquées nous avons remarqué un sycomore d’une taille et d’une grosseur prodigieuses. Plus loin s’élèvent quelques tombeaux , qui n’ont pas la magnificence et le grandiose des monuments de ce genre que l’on voit aux environs du Caire. De grands arbres ombragent ces pierres sépulcrales, et leur végétation forme un heureux contraste avec l’aridité des sables qui entourent le pied de la chaîne arabique. Les plus apparentes de ces tombes musulmanes sont de grandes constructions de forme quadrangulaire, avec des murs bas et percés de fenêtres tout autour sur une ligne régulière, ou des espèces de pavillons carrés surmontés de coupoles. Comme les dômes des mosquées, ceux des tombeaux sont criblés de petites ouvertures pour donner passage à la fumée des lampes que la piété y entretient. Nous avons rencontré dans ces parages de nombreuses volées d’éperviers et de cigognes, traversant l’espace au-dessus du champ des morts.