P1. VIII
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cupa des affaires étrangères. Il reprit aux Turkomans Jérusalem, ainsi que la plus grande partie de la Palestine et on aurait pu croire que les grands règnes d'el Mo‘ezz et d'el‘Azîz se renouvelaient, lorsqu'un nouveau danger apparut à l'Occident : la première croisade avait commencé.
Il ne peut être ici question de la genèse des croisades :; nous ne nous en occuperons qu'en ce qu'elles concerneront l'Égypte. Qu'il suffise de répéter que les hostilités récentes entre les Fatimides Chi'‘ites et les Turkomans sunnites, qui avaient abouti à la reconquête de Jérusalem, avaient ouvert le chemin aux Croisés. Leurs victoires successives sur les souverains abbassides d'Edesse, d'Antioche et autres, firent concevoir à el Afdal l'espérance qu'il pourrait conclure avec eux une alliance contre ses ennemis ‘abbassides et aussi en vue de la perpétuelle menace des Mongols en Orient. Il ne tarda pas à être désillusionné. Les Francs assiégèrent Jérusalem, s'en emparèrent après quarante jours, et massacrèrent la population ; plus de soixante-dix mille musulmans sans défense furent passés au fil de l'épée. D'autres villes de Palestine tombèrent l’une après l'autre. Enfin el Aîfdal réussit à arrêter l'in-. vasion franque à Ascalon, qui était tout ce qui restait aux Fatimides de leur empire syrien. Une expédition contre
l'Égypte, conduite par Baudouin, qui avait succédé à Gode-
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froy de Bouillon comme roi de Jérusalem, fut interrompue à el ‘Arîche par une violente maladie et la mort de Baudouin.
El Afdal, qui avait gouverné pendant le règne entier du fils de Moustancer, el Moust'aly, et pendant vingt ans de celui de son successeur, el Amer, fut assassiné en 1121 par ordre de ce dernier et remplacé par le vizir el Batâihy, fondateur de la délicieuse petite mosquée d'’el Aqmar (P1. 9)
A partir de la mort d'el Afdal, le déclin de la dynastie fatimide s'accentua rapidement et il ne lui fallut que cinquante ans pour finir sans gloire. Quelques charmants mausolées furent construits pendant cette décadence politique, surtout pour de saintes femmes qui passaient pour avoir appartenu à la famille du Prophète ; celui de Sayeda Rouqîya est un pur chef d'œuvre (P1. 11).
Les Khalifes, chacun plus faible et plus incapable que son prédécesseur, devinrent de simples rois fainéants gouvernés par une série de vizirs qui étaient eux-mêmes en proie à des intrigues de palais. Les frontières, oubliées, restaient sans défense et les Croisés saisirent l'occasion de s'emparer de la ville d'Ascalon, en 1135.
A la fin, un de ces vizirs alla jusqu'à faire assassiner
le Khalife et ses deux frères pour satisfaire une ven-
C1. Creswell.
Arcades de la mosquée el Aqmar (1125).
geance particulière ; un malheureux enfant de cinq ans, el Fâ‘edh, fut proclamé Khalife au milieu d'une épouvantable scène de carnage qui l'aftecta à un tel point qu'il en devint sur le coup épileptique et eut désormais de fréquents accès dont il finit par mourir six ans plus tard. L’assassin ne put pas profiter de son crime : les dames de la cour envoyèrent des mèches de leurs cheveux, ce qui était considéré comme un signal de détresse, au gouverneur d'Achmounein dans la Haute-Égypte, nommé Çâleh Telaye’ ibn Rouziq, chef puissant et capable auquel un saint ermite avait promis qu'il serait un jour gouverneur de l'Égypte.
Çâleh attacha les tresses de cheveux à sa lance et s'empressa d'accourir, à la tête de troupes noires. S'étant emparé du pouvoir sans difficulté, il se mit de suite à gouverner l'Égypte au nom d'elFa‘edh, avec sagesse et vigueur. Çâleh Telaye’ était un homme pieux et fort cultivé ; il aimait à réunir chez lui des poètes et des docteurs et se montrait capable de discuter avec eux des questions théologiques et même de lire à haute voix des vers de sa composition après avoir applaudi ceux de ses invités. Il construisit une belle mosquée destinée à servir de sanctuaire à une sainte relique, la tête de Hussein, petit-fils du Prophète,
tué à la bataille de Kerbela ; les pieux Fatimides l'avaient
recueillie à Ascalon et, à l'approche des Croisés, elle avait été précipitamment apportée au Caire. Cependant le jeune Khalife refusa de permettre que la tête du martyr fût placée ailleurs que dans une mosquée royale et ordonna que l'on lui bâtisse un sanctuaire près du palais, sur l’'emplacement actuel de la mosquée de Sayedna Hussein, où la relique, dit-on, existe encore à présent. Çâleh termina méanmoins sa mosquée ; d’après une légende populaire quelques planches encastrées dans la façade de la cour portent des taches de sang de Hussein (1) (P1. 10).
Çâleh fut assassiné par ordre d'une tante du Khalife el ‘ Aded, qui avait succédé à l'épileptique el Fa‘eäh. Son fils, Rouziq ibn Telaye’, qui l'avait remplacé, ne lui survécut pas longtemps et le vizirat tomba aux mains d’un Arabe nommé Châouar qui était destiné à être cause de la chute de l'empire fatimide. Ayant été supplanté par un rival, il se rendit en Syrie et implora l'assistance du prince sunnite de Damas, le célèbre Noûr-ed-Dîn. Ce dernier lui envoya son meilleur général, un Kurde nommé Chirkouh qui était accompagné d'un fils de son frère Ayoub, jeune officier
intelligent et modeste nommé Çalâh-ed-Din, que nous
(4) Çâleh Telaye’ fut également le fondateur d'une mosquée à Qoûs, dans la Haute Égypte, restaurée ensuite au XIII° siècle, et la superbe chaire en boiserie qui s’y trouve encore porte son nom.