CI. Creswell
Mosquée el Goyouchy sur le Moqattam.
sage secret au gouverneur des provinces syriennes restées fidèles, l'Arménien Badr el Gamäâly, qui s'était distingué comme général et comme administrateur, l'appelant à son secours et lui offrant un pouvoir sans limites et des titres à discrétion.
Badr ne posa qu'une condition : la permission d'amener avec lui les troupes qu'il avait lui-même Lords composées de Syriens et d'Arméniens bien disciplinés ; il savait ce qu'étaient les prétoriens turbulents du Khalife, turcs ou nègres. Il arriva très rapidement, ayant audacieusement décidé de venir par mer, en plein hiver, et ayant été favorisé par le vent. Son premier soin, en arrivant, fut de tendre un piège aux chefs de la garde turque, qui ignoraient que le Khalife l'avait appelé, et qui furent promptement exterminés par ses officiers. D’autres furent exécutés peu après, avec un simulacre de jugement. En province, particulièrement dans la Haute Égypte, l'état du pays changea du tout au tout sous le règne sévère du nouveau dictateur ; les rebelles furent défaits, l'ordre rétabli, l'agriculture et le commerce protégés.
L'indolent Khalife était heureux de laisser toute l'administration aux mains habiles de son sauveur; le royaume, maintenant paisible et prospère, rendait de gros revenus
et Badr put en dépenser une partie à construire et à répa-
rer des mosquées et surtout à fortifier el Qâhera. Il paraît avéré que c’est de lui que date la mosquée dite El Goyoüûchy (d'Emir el Goyoûch, chef des armées), qui s'élève si pittoresquement sur la crête du Mogqattam et dont le minaret est le seul de cette époque qui ait conservé son sommet (P1.7). La muraille de Gauhôr, faite de briques crues, n'avait pas duré et fut remplacée par de superbes fortifications en pierre de taille dont il reste une partie très intéressante qui comprend Bâb el Foutouh et Bâb el Naçr; la mosquée d’'el Hâkem, qui s'y trouva enclavée, avait été bâtie immédiatement en dehors de la muraille de Gauhâr (P1.8).
Badr était encore en pleine activité lorsqu'il mourut à l'âge de quatre-vingts ans, en 1094, quelques jours avant son maître.
Moustancer eut le temps, avant de mourir, de confier à Ghâhinchâäh surnommé el Aîdal, fils de son fidèle ministre ; la haute dignité que son père avait occupée, et de désigner comme son propre successeur son plus jeune fils, el Moust’aly, à l'exclusion de Nizâr, son aîné.
El Aîdal confirma les décisions du Khalife mourant par des procédés sommaires et efficaces ; puis, s'étant assuré que les méthodes administratives instituées par son père
continuaient à fonctionner avec ordre et régularité, il s'oc-