‹ L'Égypte musulmane et les fondateurs de ses monumentsChapitre 18 sur 46 · P1. XVII · texte numérisé non relu

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de Qalaoûn (1283).

ièur du mausolée

Intér

chevaucha incognito jusqu'au Caire pour constater par luimême la façon dont son fils s'acquittait de la régence, et rentra secrètement dans sa tente pour feindre une convalescence aussi fictive que l'avait été sa maladie. Afin de s’armer contre la menace de l'empire Mongol, qui comprenait maintenant toute la Perse et la Mésopotamie, ils’allia avec une tribu tartare, la Horde d'Or, qui s'était établie sur les rives du Volga et s'était convertie à l'Islam. Les Francs, de leur côté, ayant ouvert des relations amicales avec les Mongols de Perse qui étaient encore chrétiens de nom, ceci fournit au rusé Mamelouk un prétexte pour les attaquer et, peu à peu, les forteresses des Croisés tombèrent entre ses mains, à l'exception de Tyr, Tripolis et Saint- Jean d'Acre. A l'occasion de la prise d'Antioche, il prit un plaisir diabolique à écrire une lettre cruellement ironique à Bohémond, prince d’Antioche, énumérant les horreurs commises par l'armée mamelouke et le félicitant de s'être trouvé absent (1).

Bibars mourut en 1277, ayant bu une coupe de poison qu'il avait préparé pour un autre. D'après quelques historiens arabes, un astrologue avait prédit qu'un prince mourrait ce mois-là et Bibars, croyant qu'un petit-fils

(1) V. ce remarquable document en détail dans Quatremère, Sultans Mamlouks, t. I, 2"° partie, p. 190 (appendice).

du triste Tourânchâh, Naçr-ed-Dîn Daoud, conspirait contre lui, offrit à cet émir une coupe qui fut par mégarde remplie à nouveau lorsque sa victime ne l'avait vidée qu’à moitié. Bibars ne sachant pas qu'il restait du poison dans la coupe, but la liqueur, une sorte de lait fermenté dont les mamelouks étaient très friands, et mourut.

Il ambitionnait d'être considéré comme un émule de Saladin, mais son caractère était tout l'opposé de celui du généreux Kurde. Mélange bizarre de courage, de ruse, de charité et de cruauté, il sut régner avec tant de succès que son souvenir est resté populaire et qu'encore maintenant les conteurs arabes redisent dans les petits

cafés du Caire les exploits du grand sultan mamelouk. Le nom de Bibars signifie en turc Prince Panthère, et un fauve qui pourrait être un lion sans crinière ou une panthère est représenté sur ses monuments, armes parlantes dont l’art héraldique des mamelouks ne nous offre que peu d'exemples (1). Son fils aîné lui succéda, mais , S'étant montré tout à fait dénué des capacités de son père, les Mamelouks le déposèrent et proclamèrent son frère, âgé de sept

ans, avec un des leurs, l'émir Qalaoûn, comme Régent.

(1) Un spécimen très-intéressant en existe dans les environs du Caire, près de Qalioub, en pleine campagne : le pont de l’ancien canal d’Aboul Menagga dont un parapet est orné d’une frise de ces faunes.

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