PL XVIII
Minaret de la Mosquée de Mohammed Ibn Qalaoûn au Souq en Nahassin (1303).
Qalaoûn, ainsi que Bibars, avait été l'un des Hu S bahrys de Çâleh, et avait atteint un rang élevé à la cour et dans l’armée. On pouvait s'attendre à ce qu'il passât de la régence au sultanat, d'autant plus que la situation paraissait nécessiter un cheî vigoureux. Le jeune pupille de Qalaoûn fut donc détrôné et le nouveau sultan justifia le choix des Mamelouks par la défaite d’une nouvelle invasion mongole sous Abagha Khan et Mangoutimour en 1281. Il se tourna alors vers les villes qui restaient aux Croisés, détruisit Tripolis, et comptait en faire de même pour Saint-Jean-d'Acre lorsque la mort le surprit, à l’âge de 70 ans.
Il fut enterré dans un riche mausolée (P1. 17) attenant à une mosquée et à un maristân, ou hôpital pour les pauvres, qu'il avait construit en 1283 à l'instar de Noûr-ed- Dîn. Ce prince avait en effet fondé un hôpital à Damas et Qalaoûn lui-même avait eu l'occasion de se louer des soins qu'on y avait pu lui rendre. Les descriptions contemporaines de cet hôpital, dont il ne reste que quelques vestiges, donnent une impression surprenante des progrès de la science médicale au Moyen Age en Orient.
Mais ce groupe de monuments avait été construit trop vite et les cheikhs, se basant sur des motiîs d'ordre religieux,
refusèrent d'abord de sanctionner l'usage du culte dans
la mosquée qui faisait partie de l'édifice. Un palais fatimide en avait occupé l'emplacement et une princesse qui l'habitait avait été obligée de déménager un peu brusquement ; ses 8.000 dames d'honneur, esclaves, suivantes, etc, ; s'étaient éparpillées dans les rues comme des fourmis dont on aurait détruit la fourmilière et on avait crié au scandale. Les travaux avaient été exécutés par contrainte, des prisonniers de guerre, des esclaves, et des hommes libres travaillant tous ensemble, pêle-mêle, ce qui était contraire à la coutume ; on leur avait même adjoint des particuliers qui passaient par hasard et que des sentinelles avaient forcé à prendre part aux travaux. On blâmait aussi que les matériaux eussent été pris à un édifice plus ancien; cette objection paraît curieuse lorsque l'on constate que cette déplorable habitude est actuellement générale en Égypte et qu'elle a causé la destruction totale de bien des ruines intéressantes. Enfin, la provenance de l'argent dépensé semblait douteuse.
L'émir que Qalaoûn avait chargé de la direction des travaux répondit à cette dernière critique par la fableordinaire d'après laquelle un trésor aurait été découvert lorsque l'on creusait les fondations du monument. Les chroniqueurs arabes racontent sérieusement cette histoire et il est pos-
sible qu'elle ait été vraie dans ce cas-ci, puisque l'on se