‹ L'Égypte musulmane et les fondateurs de ses monumentsChapitre 23 sur 46 · AAA ANA NN ANS NE NAN AN · texte numérisé non relu

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C1. Vict. et Albert Mus.

Brûle parfums au nom du sultan Mohammed ibn Qalaoûün.

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obéit et revint au Caire où il fut jeté en prison pour y mourir de faim. On raconte que le sultan eut pitié de lui au dernier moment et lui envoya de la nourriture, mais trop tard pour le sauver. Sangar enterra son malheureux ami dans la belle mosquée qui porte son nom, la Gaouliya, dont les coupoles jumelles sont si caractéristiques et, détail touchant, fit décorer la chapelle funéraire de Silâm beaucoup plus richement que la sienne propre (P1. 21). Sangar devint gouverneur de Palestine après ces événements dramatiques et, plus heureux que la plupart de ses contemporains, vécut en paix jusqu'à un âge avancé. Délivré enfin de ses oppresseurs, le fils de Qalaoüûn, maintenant âgé de vingt-cinq ans, remonta sur le trône pour la troisième fois et y resta jusqu'à sa mort, trente ans plus tard. Ce fut en somme un règne paisible et prospère. La ville du Caire s'enrichit de nombreux édifices d'utilité publique aussi bien que de belles mosquées (P1. 18 et 19). Les grands émirs, pour la plupart membres de la famille royale, le sultan ayant marié onze de ses filles aux principaux d'entre eux, suivirent l'exemple de leur maître et se firent construire de magnifiques mausolées. Les artistes et les artisans furent protégés et encouragés et les plus beaux objets de métal travaillé qui se trouvent encore

dans nos musées datent de cette époque (P1. 22).

L'écriture naskhy, introduite en Égypte par Saladin, avait atteint au XIVe siècle une forme allongée du plus beau style, et des inscriptions, soit en rosaces concentriques, soit en longues bandes, constituent un ornement caractéristique sur les objets de bronze ou de cuivre où l'on peut déchiffrer le nom d'en Nâcer Mohammed. C'est aussi de ce règne que datent les plus anciens spécimens de ces merveilleuses lampes de mosquée en verre émaillé dont le Musée arabe possède une collection si complète (P1. 23). Les plus belles et les plus nombreuses proviennent de la mosquée du sultan Hassan, fils de Mohammed, mais il en reste quelques-unes plus anciennes, dont l'une, de forme assez originale, fut faite pour la mosquée de Sangar el Gaoûly, l'ami de Silâr.

On dépensait alors des sommes fantastiques ; l'épouse favorite de Mohammed, pour accomplir le pélerinage, dépensa 100.000 pièces d'or, prises dans le Trésor royal. Lorsque le sultan avait besoin d'argent, il n'hésitait pas à faire accuser et condamner quelque riche émir d’un crime imaginaire, afin de confisquer ses biens ; il paraïîtrait même qu'il donnait aux grands fonctionnaires toute facilité de s'enrichir d'abord pour que les fortunes à confisquer fussent plus importantes, — comme on engraisse une vo-

laille avant de la manger. Il est juste cependant d'ajouter

PI. XXIIIT,

C1. ’Abd el ‘Azim,

Lampe de mosquée en verre émaillé portant le blason du porte-maillet, au nom de l’émir Ilmelik (vers 1319).

qu'il protégea les pauvres, faisant fouetter publiquement les boulangers qui provoquaient une hausse artificielle dans le prix du pain, et que les chrétiens et les juifs nefurent pas persécutés sous son règne comme ils l'avaient été sous celui de Bibars II.

Mohammed mourut pieusement à l’âge de cinquantehuit ans, après avoir désigné un de ses huit fils pour lui succéder. Ces princes insignifiants régnèrent tour à tour, couronnés ou déposés comme des marionnettes par les différents émirs et leurs partisans, et il est inutile d'en nommer ici plus d’un, le sultan Hassan, dont la mémoire a été consacrée par sa mosquée, monument qui compte parmi les plus grandioses du monde entier et qui est un des joyaux les plus précieux du diadème de l'Égypte (P1. 24).

Hassan régna d’abord avec l'aide puissante et même loyale de son régent, l'émir Altemich ; il fut ensuite déposé, emprisonné et supplanté par l'un de ses frères. En 1354, il fut libéré par un nouveau complot et régna encore pendant sept années, au bout desquelles il fut renversé et peutêtre assassiné ; les historiens ne sont pas d'accord sur ce point et nous ne savons si son corps se trouve ou non dans sa tombe.

Après sa disparition en 1360, quelques-uns de ses

neveux, descendants de Qalaoûn, se succédèrent au

milieu de scènes continuelles de violences, de désordres et d'assassinats. Ces princes falots, placés sur le trône tout enfants par des émirs ambitieux qui voulaient gouverner en leur nom, étaient assassinés l'un après l’autre lorsqu'ils atteignaient l'âge d'homme et le même drame recommençait, quelque autre malheureux enfant tenant le rôle principal.

Les deux derniers, ‘ Aly, qui mourut en 1281 à l'âge de onze ans, et son successeur ‘Haggy ibn Chaaban, âgé de six ans, eurent pour régent un émir circassien nommé Barqoûq, qui, un an plus tard, dédaigna cette comédie et fit déposer et exiler le petit sultan pour s'emparer ouvertement du trône. C’est ainsi que finit la dynastie turko-

mane ou bahry des sultans mamelouks.

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