CHAPITRE V
Les Mamelouks Circassiens
On nomme généralement la seconde série de sultans mamelouks en Égypte la « dynastie circassienne, » mais, ce n'était pas à proprement parler une dynastie, puisque le pouvoir n'était pas héréditaire chez ces souverains comme il l'avait été, jusqu'à un certain point dans la famille de Qalaoûn. Chacun de ces sultans s’efforça pourtant d'assurer à son fils la fidélité de ses émirs, mais sans jamais y réussir.
Le nom de Circassiens était plus exact. Les derniers sultans de la famille de Qalaoûn avaient acheté un grand nombre d'esclaves jeunes et vigoureux, provenant des rives
de la mer Caspienne, pour contrebalancer le pouvoir des
Mamelouks indisciplinés qui étaient, comme les princes eux-mêmes, d'origine turkomane. Ces nouveaux gardesdu-corps, logés, non pas dans la caserne de Rôda, mais dans la Citadelle, et nommés à cause de cela Bourgys, ou habitants d'un fort, ne tardèrent pas à se montrer aussi turbulents que leurs prédécesseurs. Ils furent même moins fidèles à ceux de leurs camarades qu'ils avaient élus, dixsept d’entre leurs sultans ayant régné moins de deux ans en moyenne. Il en fut cependant quelques-uns, plus forts et plus habiles que les autres, qui réussirent à rester sur le trône pendant assez longtemps et sous le règne desquels l'Égypte, maîtresse de tout le proche Orient, continua à compter comme l'une des grandes puissances mondiales.
Leurs noms nous intéressent surtout à cause des mausolées admirables qu'ils se firent construire et qui témoignent d'un goût exquis tant de la part de leurs architectes que des artisans qui en exécutèrent les détails. Quoique il soit avéré que ces édifices furent l'œuvre d'esclaves et d'ouvriers contraints par la force, les ornements charmants qui les décorent ne peuvent avoir été exécutés que par des artistes qui aimaient profondément leur art.
Nous ne savons pas grand chose de la vie du peuple à cette époque ; les historiens arabes se contentent de raconter ce
que faisaient la cour et l'armée avec, de temps en temps,