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C1. Creswell.
Mausolée du sultan Barqouq (1410).
rant, vint du Caucase pour le visiter en Égypte avant qu'il fut proclamé sultan. Le riche mamelouk accueillit affectueusement le rude vieillard, qui, quoique ne sachant pas un mot d’arabe, consentit à embrasser l'Islam et reçut le titre d’émir. Lorsqu'il mourut, son fils, maintenant sur le trône, lui fit construire un mausolée à côté de l'emplacement destiné au sien.
Le péril mongol avait alors reparu, sous un nouveau conquérant, musulman fanatique d'origine turkomane, Timour, surnommé Lenk ; ce mot turc, qui signifie boiteux, avait été ajouté à son nom après une blessure de guerre, et les historiens occidentaux l'appellent Tamerlan. Barqoûq, et après lui Farag, réussirent à protéger l'Égypte contre le redoutable Tartare, qui leur arracha cependant leurs provinces de Syrie. Timour mourut avant d’avoir eu le temps de faire une nouvelle tentative contre l'Égypte, et les émirs mamelouks reprirent leurs querelles intestines.Farag ,battu et fait prisonnierà Damas par une troupe de rebelles fut condamné à mort parleKhalife et les cheikhs à cause de sa vie impie. Arrivé sur le trône à l’âge de treize ans, il s'était de suite livré à la débauche et avait tué plusieurs personnes de ses propres mains, y compris une femme qu'il avait épousée et divorcée ensuite.
Un interrègne suivit, durant lequel le Khalife, Mous-
t'ain b'illah, essaya sans succès de réunir en sa personne le pouvoir temporel au pouvoir spirituel. Enfin, le vainqueur de Farag fut proclamé sous le nom d'el Moua'yyad (assisté de Dieu). Savant et rusé, c'est par des intrigues peu scrupuleuses qu'il arriva au trône, mais il gouverna avec sagesse et prudence et son fils Ibrahim reconquit en Syrie presque tout ce qui avait été pris par Timour ou par les princes vassaux d'Égypte qui s'étaient révoltés.
A son retour au Caire, l'heureux général fut accueilli avec tant d'enthousiasme par la population que son père en conçut de la jalousie et qu’il mourut, dit-on, d'un poison administré par le médecin de la cour. Il fut enterré sous la coupole que son père s'était fait construire à l'entrée de la magnifique mosquée qui porte son nom. Au temps de sa révolte contre Farag, el Moua'yyad avait été emprisonné dans un cachot qui faisait partie de la muraille fatimide, tout près de la porte Zoueila et y avait beaucoup souffert de la saleté et de la vermine. Arrivé au trôneilfit démolir la prison et la remplaça par une mosquée dont les deux minarets, se dressant sur les deux bastions de la porte fatimide, composent un ensemble inoubliable (PI. 28).
Après la mort d'el Moua'yyad, en 1421 , trois sultans se succédèrent en quelques mois, jusqu'à ce qu'un puissant
émir, Seif-ed-din Barsbây, s'emparât du trône qu'il garda
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jusqu'à sa mort seize ans plus tard. Il choisit pour régner le titre d’el Achraî (le très-noble). Son règne marqua peutêtre l'apogée de la grandeur de l'Égypte sous ses souverains mamelouks. Son armée et sa flotte conquirent l'île de Chypre, qui appartenait alors à la maison française de Lusignan. Le roi Janus de Lusignan fut amené enchaîné devant Barsbây et on se réjouit fort au Caire de l'humiliation des Francs et des chrétiens en sa personne. Plus tard ayant été rançonné par l'intermédiaire d'un marchand vénitien, il fut traité en hôte de marque par Barsbây et invité à des parties de chasse au faucon, monté sur un cheval de prix et escorté de brillants cavaliers mamelouks. Il retourna en Chypre avec le titre de lieutenant du sultan et lui et ses héritiers continuèrent à régner comme vassaux de l'Égypte, payant chaque année un tribut qui se montait à une somme considérable. Le sultan Barsbây conçut un fol orgueil de cette conquête ; il écrivit des lettres extravagantes aux souverains européens, leur intimant l'ordre de renoncer à leur religion, d'adopter la foi musulmane, et, surtout, de reconnaître sa suprématie (P1. 29).
Il se distingua aussi par un grand sens des affaires commerciales, protégeant et encourageant le négoce avec les Indes et se faisant de gros revenus par des monopoles.
Les monnaies d'or qu'il fit frapper avaient plus de valeur
que les dinars de ses successeurs. Le peuple, cependant, était chargé d'impôts et toute la population fut, à deux reprises, décimée par de violentes épidémies de peste. Les descriptions des contemporains sont effrayantes d'après eux, 20.000 personnes moururent au Caire en vingt-quatre heures ; on était à court de bois pour les cercueils, de cotonnades pour les linceuls. Les cheikhs organisèrent à el Azhar une grande réunion de prière après laquelle, dit le chroniqueur, la peste sévit plus que jamais.
Barsbây mourut en 1438 d'une maladie qui avait affecté son cerveau depuis quelque temps. La cruauté insensée dont il fit preuve pendant ses derniers jours était peut-être chez lui à l'état latent. Ses dernières actions ressemblent à celles d’el Hâkem, le Khalife dément; il suffit d'en citer comme exemple l'exécution de ses deux médecins, qui, n'ayant pas su le guérir, furent par son ordre sciés par le milieu du corps. Quoiqu'il ait forcé les Mamelouks à jurer fidélité à son fils Gamäâl-ed-Dîn Youssef, ils ne tardèrent pas à déposer le jeune prince et proclamèrent un des leurs nommé Gaqmaq. Celui-ci, exceptionnellement doux et humain, ne désirait faire aucun mal au fils de son prédécesseur et le logea confortablement dans la Citadelle. Mais Gamaly Youssef, poussé par un esprit aventureux
et peut-être par de mauvais conseils » S'échappa de sa cage
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dorée : il se déguisa en marmiton et descendit vers la ville, portant sur sa tête un plateau de friandises et suivant un prétendu cuisinier, son complice, qui le régalait d'injures et de coup de pieds de la façon la plus réaliste et la moins respectueuse. Ayant réussi de cette manière à atteindre la ville, le jeune fugitif ne sut plus que faire et se laissa prendre sans difficulté. Le sultan, bien qu'à regret, l’envoya à la prison fortifiée d'Alexandrie.
Le règne de Gagqmagq, quoique assez long (quinze ans), n'est pas assez intéressant pour trouver place dans ce court précis. On peut en dire autant d'Inâl, (qui cependant bâtit un mausolée-couvent dans le même genre que celui de Barqgoûq), de Khochqadam le Grec et de quelques autres dont les noms mêmes ne valent pas la peine que l'on en prenne note.
Il n'en fut pas ainsi du quinzième sultan circassien, le grand Qâitbây dont le règne dura vingt-huit ans et qui construisit tant de merveilleux monuments qu'il a mérité de donner son nom au style architectural dè son époque.
Originaire de Kiptchak sur le Volga, il avait été saisi étant enfant par des marchands d'esclaves et amené au Caire pour y être vendu ; d’après une tradition, il avait rêvé
qu'il deviendrait sultan d'Égypte et était occupé à raconter
ce songe à un camarade lorsque les deux petits bergers furent surpris et enlevés par une troupe de marchands. Il appartint successivement à el Achraîf Barsbäây et à Edh Dhâher Gagmaq qui l'affranchit. Il parcourut tous les degrés de la hiérarchie mamelouke et fut proclamé sultan en 1468, à l'âge de cinquante-cinq ans, à la place d'un mamelouk circassien, Edh Dhâher Abou Said Timourboghä, qui avait été son camarade et quin'avait d’ailleurs pas désiré rester sur le le trône. Qâitbây le traita avec beaucoup d'égards et lui permit de se retirer en liberté à Damiette.
Les six premières années du règne de Qâitbây furent paisibles et il put se livrer à sa passion pour l'architecture. C'est de cette époque que date son joli mausolée dans le désert, non loin de ceux de Barqoûq et de Barsbây, que l'on regarde avec raison comme le type du style et qui est surtout remarquable par l'élégance du minaret, le riche décor en pierre sculptée de la coupole et l'harmonie générale des proportions (P1. 30).
Ce charmant monument fut suivi de beaucoup d’autres,
trois mosquées, des okâlas (1) ou caravansérails, des
(1) La plus belle se trouve tout près d’el Azhar ; il y en avait une fort intéressante près de Bab en Naçr, mais on vient d'en détruire une partie.