PI. XXXII
C1. Creswell.
Décor de l'okala de Qâitbây près d'’el Azhar (1477).
fortifications. Il fonda une belle mosquée et un mausolée qu'il n’était pas destiné à occuper (PI. 33 et 34).
Il fit aussi de grosses dépenses pour la marine, mais sans en retirer avantage, une de ses flottes ayant été détruite dans la mer Rouge par les Portugais. Une autre fut capturée dans la Méditerranée par les Chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem. El Ghoûry,répétant la faute de Qâitbây, l'avait imprudemment prêtée au frère rebelle du sultan Sélim. Ceci donna à Sélim un excellent prétexte pour attaquer la frontière syrienne, adressant en même temps des lettres menaçantes à el Ghoûry.
Le vieux Mamelouk réunit toutes les troupes dont il pouvait disposer et courut en Syrie. Il rencontra les envahisseurs dans une plaine près d'Alep nommée Marg Dâbiq. Quoique l’armée mamelouke fut renommée pour sa bravoure, elle manquait de cohésion et de discipline et n'avait pas encore eu l'occasion de constater les effets terrifiants de l'artillerie dont se servaient les Turcs. Mais ce fut la trahison qui amena la déroute définitive des troupes égyptiennes. L'émirKhâirbek, gouverneur d'Alep, qui commandait l'aile gauche de l’armée, avait été acheté secrètement par les Turcs et, au moment critique de la bataille, ordonna la retraite. Ses soldats, en s’enfuyant, entraînèrent
avec eux le reste de l'armée et le vieux sultan, cherchant
à les arrêter, fut piétiné par les chevaux ; on ne retrouva même pas son corps.
Toutes les villes de la Syrie tombèrent alors sans résistance dans les mains de Sélim. Afin de montrer son mépris pour la citadelle d'Alep, il en fit ouvrir les portes à un soldat boiteux, armé d'un simple bâton, et suivi d'assez loin par l'armée ottomane. Un certain nombre des émirs fugitifs réussirent à atteindre le Caire où el Ghoûry avait confié la régence au grand daouadâr, l'émir Toumânbäy, que quelques historiens disent avoir été son neveu ; d'après d'autres, il aurait été un de ses mamelouks affranchis.
Ce malheureux prince, qu'il ne faut pas confondre avec le prédécesseur d’el Ghoûry, nommé aussi Toumânbây, paraît avoir été l'un des plus dignes et des plus capables de sa race. Il se montra excellent régent, mettant fin aux exactions et aux cruautés des Mamelouks et manifestant tant de justice et un tel désir de bien faire que le peuple l'aimait en dépit des impôts qu'il était forcé de décréter. Lorsque les émirs vaincus revinrent de la funeste campagne de Syrie et procédèrent à l'élection d'un successeur au malheureux el Ghoûry, Toumânbây fut proclamé sultan à l'unanimité. Il refusa d'abord, mais finit par se laisser persuader que son avénement serait pour le bien public.
Il se plaça à la tête d'une armée improvisée et marcha à la