CHAPITRE V
Sabéisme. — Animaux sacrés. — Talismans, — Personnification des attributs divins.
Le sabéisme est, dans notre pensée, la principale idolâtrie àlaquelle, dans tous les temps , se sont livrés les hommes. Peu d'entre eux pouvaient comprendre la paternelle sollicitude d'un être abstrait, tous voyaient de leurs yeux et jugeaient par leurs sens de l'influence du soleil et des astres sur les saisons : il était naturel que dans leurs craintes ils leur adressassent des vœux, que dans leur gratitude ils lui offrissent des hommages. Le soleil et la lune, qui étaient de tous les corps célestes ceux à qui on pouvait supposer une influence plus directe , à raison de leur splendeur et de leur masse, devinrent les premiers dieux : on les trouve dès la plus haute antiquité dans l'Asie , le soleil sous les noms de Baal, de Moloky c'est-à-dire, le dominateur, le maître; la lune sous ceux de Baal^Sha^ maïm, la reine ou dominatrice des cieux, à'Astarté, de Benouth, de Meljtha, etc. Les planètes et les constellatioDs partagèrent aussi les mêmes honneurs et la même vénération.
A ce culte des astres vint se mêler, en Egypte, celui de certains animaux utiles. Toutes les bêtes fuient à l'ap-
(i) Josué, XXIV, 2, i4, i5.
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proche de rhomme, ou redoutent sa société; quelques-unes seulement semblent appelées à recevoir de sa main leur nourriture. Le bœuf, qui à la force réunit la patience et la mansuétude, supporte une grande partie de la fatigue qui doit assurer la fertilité de la terre : il dut être le premier des animaux réputés sacrés. Mais le bœuf n'était pas indispensable à TEgypte pour la culture de ses dépôts de limon ; la sanctification de cet animal n'est donc pas , à ce titre, originaire de ce pays : aussi Manethon ne laisse pas ignorer que ce fut sous le second roi de la deuxième dynastie que cette idolâtrie s'introduisit en Egypte. Deux villes l'accueillirent particulièrement : Memphis, qui reçut le taureau sacré sous le nom ai Apis; Héiiopolis, qui lui donna le nom de Mnevis. Une troisième ville , Hermonthis l'adopta plus tard sous le nom d'OnupAis. Une fois admis dans les temples, le bœuf, type de la force physique, devint le symbole du Dieu fort et puissant , et c'est en cette qualité qu'il commença à recevoir des honneurs auxquels le mythe d'Osiris vint par la suite mettre le comble.
D'autres animaux devaient , à raison des avantages qu'en retire l'homme, s'attirer aussi une considération religieuse. Les rats sont un des fléaux de l'Egypte après la retraite de l'inondation, le chat leur fait la guerre; Vaspic fait à rhomme des blessures mortelles, le chat détrait aussi ces reptiles (i) : le chat fut donc sanctifié, comme créé par la Providence pour délivrer l'homme de ces dangereux ennemis, et l'Egypte entière le révéra en le consacrant à la lune. Le chien reçut aussi des honneurs religieux, à raison des qualités qui rendent sa domesticité précieuse; le chacal lui-même , ce type de l'espèce canine, devint le gardien de l'horizon, le compagnon inséparable d'Ânubis. Des reptiles dangereux se montraient en différentes parties de l'Egypte; les insectes ravageaient les terres après
(i) Dîodore, T, 87. -
IHSTIXUTIORS. ISt
les semailles; deux oiseaux, en détruisant ces reptiles et ces insectes, se constituaient bienfaiteurs du pays : Tibis et répervier recurent le caractère d* oiseaux sacrés. Nous ignorons quel rôle ont pu jouer dans Tintérêt général , trois poissons révérés aussi par l'Egypte entière : Voxy* rinchus, le phagre et le lépidote; la raison allégorique seule nous en est parvenue; mais cette allégorie, dont nous ne pouvons percer le voile, nous montre ces trois symboles comme d'une origine relativement moins ancienne, puisqu'elle se rapporte au mythe d'Osiris. . Outre ces animaux, qui étaient sacrés pour tous les Egyptiens, et que la théologie constitua en symboles divins en les consacrant spécialement à certaines divinités , il en était quelques autres qui n'étaient vénérés que dans quelques localités, parce que ces localités en retiraient une utilité immédiate et particulière. Ainsi, l'ichneumon en détruisant les œufs du crocodile empêche la trop grande multiplication de ce redoutable amphibie, abondant principalement dans le nome héracléotique : l'ichneumon fut pour les habitants de cette province un animal sacré, tan« dis que pour eux le crocodile était l'emblème de Typhon, Par contre , les travaux de Menés , en jetant une dérivation du Nil dans le Fayoum, avaient converti en une contrée fertile cet aride bassin ; le crocodile y était arrivé avec les eaux de ce fleuve : ce reptile, devenu ainsi le symbole de la fertilité introduite dans cette province, devait en être naturellement l'animal sacré : il le fut, et, de cette dissidence de sentiment au sujet du même animal, entre les deux nomes voisins , naissaient des querelles perpétuelles et de sanglants conflits.
Ces hommages tout spéciaux, ces vœux de reconnaissance envers des animaux utiles et envers les astres, constituaient, chez le vulgaire égyptien de la première époque , une sorte de culte fort approchant sans doute de celui dû àla Divinité; mais c'était toujours laDivinité elle«même
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qui ëtait l'objet rëel de ses vœux, sous le symbolisme des animaux qUi lui étaient bônsacrés, ou des astres qui étaient les dispensateurs apparents de ses bienfaits; et pendant la plus grande partie de la durée du culte national ces objets ne furent pas plus entourés d'une véritable adoration, dans le sens que nous attachons à ce mot, que ne le sont dans notre litui^ie les images de certains animaux dont le culte chrétien a conservé le symbolisme (i). En leur qualité de symboles divins, les corps matériels dont nous parlons devinrent aussi chez les Egyptiens des phylactères, amulettes, talismans ou lares, dont onpor^ tait la figure sur soi , dont on remplissait les maisons, ou qu on employait comme enseignes de guerre. C'est en c6 sens que le scarabée, symbole de la puissance créatrice, était porté suspendu au cou, soit isolément, soit réunis en certain nombre, et qu'on le trouve si abondant sur lé^ momies; pendant que, comme symbole particulier dû courage viril, cet insecte était gravé sur l'anneau de fer qu'une loi imposait à chaque soldat le devoir de porter (â). Héliogabale, suivant Lampride, avait sur lui un talisman égyptien sous la forme de petits serpents, auquel on donnait le nom d* agathodaimon . Ce fut sans doute une idolâtrie du même genre que celle de ces statuettes que les Hébreux couvraient de ce qu'ils appelaient des éphod et des teraphim (3), et c'est là une des erreurs ou un des usages qu'ils avaient emportés de l'Egypte.
(i) Le christianisme possède comme animaux symboliques le serpent , symbole de la chute de l'homme , et l'agneau , symbole de sa rédemption; la colombe, symbole du Saint-Esprit; le bœuf, Faigle, le lion, symboles des saints évangélistes Luc, Matthieu et Marc.
(2) Plutarq. , de Osiride; iElîan. , de Animal. Les Étrusques, chez qui la sculpture et les figures de profil avec les yeux de face décèlent si bien l'origine pélagico-égyptienne , usaient beaucoup aussi de scarabées comme talismans.
(3) La mère de Michah fait faire deux figurines d'argent, auxquelles elle consacre des éphod et des teraphim, et qu'elle place en ta*
INSTITUTIONS. 1 ft3
L'une des raisons que donne Diodore pour justifier la vénération des Égyptiens pour les animaux sacrés , c'est que dans une guerre ces peuples s' étant servis de l'image de certains animaux comme d'enseignes, ils avaient été victorieux sous ces représentations , et , dans leur reconnaissance , ils avaient divinisé les bêtes dont eHes étaient l'i* mage ; mais cet usage est bien plutôt la conséquence que Vorigine de cette consécration. Les Egyptiens, marchant contre leurs ennemis , durent se mettre sous la sauvegarde des animaux symboliques ; et c'est ce que nous voyons se renouveler chez les Israélites, au pied du Sinaï. Après avoir reçu de la part de Jéhovah des lois qui proscrivaient les signes symboliques , la postérité de Jacob se croit abandonnée par Moïse, dont l'absence se prolongeait trop au delà de ses vœux, et, dans son impatience , elle charge te frère même du législateur de lui faire des œlohim qui lui servent de^uide dans le désert; et Aaron, grand prêtre de Jçhovah , se faisant livrer les boucles d'oreille des femmes et des filles, fait exécuter en or un simulacre du symbole du Dieu fort, c'est-à-dire un jeune Apis, figure dont le volume ne pouvait pas être considérable, et qui ne pouvait être propre, par conséquent, qu'à être placée au bout d'une perche , pour servir d'enseigne et de talisman (i).
La notion d'un Dieu immatériel, venue des antédilu- Viens, ne se conserva pas seulement chez les Egyptiens de la première époque ; on la trouve dans le même temps chez tous les peuples les plus anciens dont l'histoire fasse men-
lismans ou lares dans sa maison. Mais cette idolâtrie ne rempéche pas de suivre le culte de Jéhovah , à qui elle fait offrir des sacrifices par un lévite qu'elle entretenait chez elle. Des Hébreux de la tribu de Dan, marchant contre la ville de Laîsh, enlèvent en passant cesdeux figures , et , après le succès de leur expédition , ils font offrir des. sacrifices à ces talismans tutélaires par un des petits-fils de Moïse. Judic, XVII, 5, lo, i3; XVIlï, 17-31 .
(i) Exode, XXXII.
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tion. Ihoh pour les Phéniciens comme pour les Hébreux, Adad pour les Assyriens , Tidée s'en retrouve encore chez tous les peuples de tous les temps | à travers les signes matériels et les allégories derrière lesquelles sa connaissance s'était presque effacée. Dans la religion particulière de chacun des peuples de l'antiquité, on voit paraître une intelligence supérieure, de laquelle émanent toutes les autres, et qui conserve un empire absolu sur l'univers. Les Romains, en portant leurs armes dans toutes les contrées, eurent la faculté de connaître le nom donné à ce Dieu suprême par ces différents peuples; mais, comme leurloH- PAT£R ou loH-PiTSR dans le vieux langage, qui n'était que le lou ou lïwh des Phéniciens et des Orientaux (i), occupait la première place dans la religion latine, ce nom de lohpitery contracté en Jupiter y fut substitué à tous les autres noms, qu'il remplaçait très-bien en effet; et c'est là ce qui produisit cette multitude d'analogues«de ce dieu, que Yarron faisait monter jusqu'à trois cents.
Les Egyptiens ne s'étaient pas bornés à instituer un culte de reconnaissance envers les animaux utiles : dansVespiit de leur philosophie, ils avaient matérialisé tous les attributs, toutes les qualités qui font l'essence de la Divioité créatrice; et, personnifiant chacun de ses attributs, une nouvelle carrière d'erreurs s'était ouverte pour le vulgaire (2). Dans leur système, le Dieu de la création
(i) Le célèbre nom X\X\'* » 4"® l©* Hébreux prononçaient /Ao«fl/< et les Phéniciens Ihoh^ durci parles premiers en Jehovah et par les derniers en Jou, exprime admirablement Tessence de FÉternel, s'il signifie, comme le dit Fabre d'Olivet, celui qui est, gui fui et qui sera. Quant au mot Adad^ il signifie Punique, Le Jou des Phéniciens fut adopté par les Latins, qui , en y ajoutant la désinence latine , en firent JoviSy et qui, lui adjoignant le moipiter, ancienne orthographe de pater^ en fij^ent leur JoviS'piter, et par syncope Jupiter,
(3) ■ Il faut savoir que les Égyptiens ont l'habitude de diviser les « choses soumises à la loi de l'unité, car ils séparent Tintelligeoce « elle-même en une foule d'individualités divines. » Damasc^dePrin"
IIISTITUTIOIIS. 185
était un feu élémentaire , spirituel , âme du monde qu'il avait formé et qu il vivifiait sans cesse , feu que Moïse voit descendre sur le mont Sinaî , pour donner ses lois aux Hébreux. Mais ce feu créateur et immatériel , qui se montre au milieu d'un buisson sans le brûler, sans mêmerofCenser(i), n était pas, comme Font cru quelques écrivains, identique avec le feu du soleil Phré ou Ré, Ce dieu principe, suprême intelligence, avait, au contraire, produit lui-même le soleil : la cosmogonie de Moïse, sortie du sanctuaire de TEgypte de la première période historique, ne laisse ni doute ni incertitude sur ce point de doctrine de r époque savante (2).
Amouiv était le nom qu'on donnait en Egypte , en Ethiopie, dans la Libye, au Dieu de la création. En se séparant des Égyptiens, Moïse, qui apparemment ne voulait pas conserver au maître de l'univers un nom qui aurait rappelé aux Israélites les idéesmatériellesdonton l'avait enveloppé dansle pays qu'ils quittaient; qui mettait, au contraire , tous ses efforts à le leur faire oublier, dans l'intérêt de l'universalité du dogme de l'unité , attribua à ce Dieu créateur le nom de Ihoh ou Ihoah^ suivant la prononciation ; nom durci ensuite en Jéhovah^ inconnu à Abraham comme à ses ancêtres (3) , et sous lequel seul il fut présenté aux Hébreux. Ce nom d' Amoun a une- signification difficile à atteindre. Suivant Manethon , on l'interprétait par ahsconditus(^ce qui est caché ) ; et Plutarque , qui nous l'apprend, ajoute qu'Hécatée d' Abdère en donnait celte explication ,
cip. Ce que DçiiQascius disait ainsi , daos les derniers temps, du soleil considéré comme V intelligence intelligible^ s'applique bien plus exactement à l'être créateur et organisateur de l'univers, seul regardé, à l'époque la plus reculée, comme source et cause de toute intelligence.
(i) Exode, III, a.
(a) Genèse i I, i5 , 16.
(3)£xa/*,IlI,i3,i4;lV,a.
186 l'bgyptb phabaoniqub.
savoir, que les Egyptiens, en prononçant le mot Amoun, appelaient le Dieu principe, identique, à leurs yeux, avec Tunivers obscur et caché, afin qu'il se révélât à eux (i). Mais cette explication , qui est le panthéisme, bonne pour les derniers temps, n*a jamais été dans l'idée des Égyptiens de la première époque , lesquels n'ont, en aucun temps, confondu ensemble Amoun et l'univers , le créateur et son œuvre. Une interprétation aussi misérable du nom d'Âmoun appartient évidemment à la philosophie des temps dégénérés, où le matérialisme, comme le professait Gheremon, s'était introduit à la place des éternelles vérités, naufragées dans les désastres des invasions perses et grecques. Si l'on cherche à découvrir le sens de ce mot dans les langues anciennes de l'Orient, toutes filles de la langue du peuple primitif dont les colonies repeuplèrent l'Asie, on aperçoit des idées d'origine , de maternité , unies à des figures de définitions, d'images; le syriaque et le chaldéen y trouvent de plus l'ouvrier, le manufacturier (2) : on semble donc autorisé à reconnaître dans ce mot Amoun le type de celui que les platoniciens interprétèrent par DemiourgoSf le grand ouvrier, titre équivalent à celui de Créateur. Au nom d'Amoun les Egyptiens joignaient celui de Kneph , Neph , Chnoubis ou Ichonoubis , dont Champollion a trouvé la signification dans la racine égyptienne neb f qui veut dire souffler : c'est, selon ce savant, le souffle divin , l'esprit qui anime et conserve le monde (3); et, en ce sens, les deux noms réunis peuvent se traduire par créateur et conservateur, titre qu'on a toujours donné à l'Être suprême dans tout l'Orient, et quon retrouve dans le Pachacamac des anciens Péruviens (4). Considéré
(i) Plutar., de Osiride,
(a) Fabre d'Olivet, Focab, radical^ racines am et moun. Lex. hepL, verbo V2t^,
(3) Champ., Panth. égypt,
(4/ Garcilasso de la Vega dit que le nom divin P^rc^acama^ signifie
dans son acception propre d' esprit^ pneuma, lé mot Knepk fut traduit par les Grecs en Agathodaimon ^ le bon génie,' dont le symbole était un serpent monté sur deux jambes humaines (i).
L'idée d'un Dieu créateur, source et âme de toute existence, feu immatériel, invisible, spirituel, était trop abstraite pour rintelligeoce du vulgaire; les premiers mjthô* logues décomposèrent ce Dieu suprême et créateur, et, igparabt de son essence générale le feu divin princi{)e actif de toutes choses , ils en firent une partie à part, une sorte de personnage extrait de l'unité sans cesser de se confoiidre avec elle, d'être identique avec son tout, dont il n'était qu'une forme (2) : ce personnage fut Phtha, dont leà Grecs, en le matérialisant de pltis en plus, finirent par ntf plus faire qu'un dieu forgeron, boiteux et ridicule.
Phtha ne fut donc qu'une forme d' Amoun, ou du Dieu de la création. Mais comme, dans les idées naturelles, uh produit ne vient que de l'union des deux sexes, Amouil j
créateur et soutien de Tunivers. UisU génér, du Pérou, tome P% ch. 33, et tome IV, ch. 4*
(i) Au chap. III, verset 14, de la Genèse, Dieu maudissant le serpent, le condamne à ramper désormais sur son ventre : Super ventrem tuum gradieris. Ce serpent, cause de la chute de Thomme^ n'est plus Knef, le serpent céleste porté sur des jambes humaines^ ■^gathodaimon ; c'est le mauvais génie, Cacodaimon, Aphophis, lé ser* pent terrestre, objet d'aversion et d'épouvdnte , condamné à sd traiaer sur son ventre. C'est toujours là de la philosophie égyptiennes le serpent monté sur des jambes humaines se voit souvent parmi lei hiéroglyphes.
(a) Synésius, élevé dans la doctrine des pythagoriciens » appelle , dans un de ses hymnes, Dieu « l'unité des nombres immortels; n et il dit que le Fils de Dieu est l'Unité des unités. «Vous êtes, dit>il « en s'adressant à Dieu, le principe des choses passées, présentes et « futures; vous êtes la racine de tout ce qui existe; vous êtes le « père, vous êtes la mère; vous êtes le mâle, vous êtes la femelle. » Rym, IL Dans la troisième, il lui donne le titre de « semence de toute «chose, racine et rameau vigoureux , nature intellectuelle, mâle et « femelle.»
ÎM l'Egypte puabàorique.
pour obtenir Pbtha, fut supposé s*unir mystiquemeut à une forme femelle, extraite de son propre principe mascu- Ip- féminin; et cette forme femelle, qui était la sagesse divine, porta le nom de Neith : celle-ci fut] pour les Occidentaux la déesse de la sagesse, Minerve , sortie du cerveau de Jupiter. Amoun-Knef , Neith et Pbtha, composèrent ainsi la première triade divine, c'est-à-dire , une trinité dans une unité par la personnification des facultés attributives : la volonté créatrice, la sagesse et la faculté créatrices, le principe créateur provenant des deux autres (i).
Pbtba, personnification du feu élémentaire et spirituel détacbé de l'essence de la volonté créatrice, et, comme toutes les divinités du pantbéon égyptien, réunissent en lui les deux sexes, s'unit à son tour à sa forme femelle, nommée, suivant les lieux, Bouto ou Anouké, types de Gybèle et de Yesta , c'est-à-dire , du feu pur et éthéré répandu dans les bautes régions de l'univers ; et de cette nouvelle union mystique sortit Phtho'Sockari y Vulcain ou le feu matériel répandu dans la création, opposé au feu spirituel, et existant à l'état visible dans le soleil et dans les astres (2).
(z) La même doctrine , à peu près , existait chez les Indiens. Suivant eux, quand Dieu voulut créer la matière, il sépara les deux sexes qu'il possédait en lui-même, et en fit deux êtres distincts. Cette pensée, ils l'exprimaient symboliquement par la représentation de trois figures, dont l'une était le lingham, symbolisant les deux sexes avant leur séparation; la seconde, tchiven, principe masculin père de tous les dieux; et la troisième, tchaddi, principe féminin mère de toutes les déesses.
(2) Remarquons que la cosmogonie égyptienne distingue trois espèces de feux : i* un feu élémentaire, spirituel, indivisible, âme du monde, auteur et opérateur de la création, Dieu lui-même» Amoun : ce même feu, détaché de l'essence créatrice, forme un personnage spécial, qui est Phtha;aO un feu pur, également invisible ^ détaché de l'essence de Phtha, et qui produit, suivant Pimander, par l'incubation du verbe sur la nature humide, se volatilise dans les hautes régions : c'est l'éther, que l'ancienne physique considérait comme
Ces difFërentes formes du Dieu de la création étaient déjà connues en Egypte du temps de Moïse, qui y fait luimême allusion en différents endroits , et qui en parle ouyertement, quand il dit aux Israélites : « Votre Dieu est un « feu dévorant (i).» Ce n*est donc plus ici le feu principe, qui ne dévore pas , qui brûle impunément au milieu d*un buisson quil n'offense pas. Quant au feu matériel, on le trouve dans Thoubal-Kaîn , que la Genèse fait Tinventeur deVart de travailler au marteau, habile en toutes sortes d'ouvrages de fer et d'airain, pour lesquels le feu est nécessaire, et type deVulcain.
Phtha, feu spirituel, premier principe actif, émanant d'Amoun et identique avec lui , avait pour emblème le feu terrestre, qu'on rendait sacré en le puisant au feu céleste du soleil, et qu'on devait entretenir constamment allumé sur un autel. Cette doctrine appartient aussi à l'époque première , et nous voyons Moïse en faire un précepte à son peuple (a) : aussi le feu a-t-il joué un grand rôle dans toutes les religions, et nous en conservons encore de nos jours l'usage, mais pâle et presque méconnaissable, dans les cierges allumés de notre rituel et dans les lampes toujours ardentes de nos églises.
Amoun , auteur de tout ce qui existe , incréé et immatériel, était Dieu concentrant en lui le temps et l'éternité. Sous ce point de vue, il reçut une forme nouvelle qui prit le nom de Souk, de Petbé ou Pétensébé, de Rhemp/ia, le Kronos ou Saturne des Occidentaux, connu dans l'Inde sous le nom de Bramah. Comme le temps engloutit en lui le passé, qu'il consume le présent et qu'il dévore l'avenir. Souk fut un dieu cruel, mangeant ses propres enfants, et
le réservoir de Félectricité, et qui, placé au delà des limites de Tatluosphère , est considéré de nos jours comme la matière nébuleuse , 3* un feu matériel^ visible dans le soleil et les astres.
(i) Genèse^ XV, 7; Lévitique, IX, !i4; Deutér., IV, «4.
(a) lAitique VT, la, i3; Il Machab, I, 19-2^.
190 l'iâgyftx pharaonique.
la superstition lui immola des victimes humaines. Mais le bien vi^it aussi du bénéfice du temps : ce même dieu jfiit, contradictoirement, un dieu bienfaisant , et son règne fat oelui de Fàge d'or. Souk, nommé 9ussi Sevek'Ra^ uni à sa fof me femelle Haior, la puissance génératrice , eut pour fils Khons^Hor, qui se confond avec Horus et avec le premier 7%oM(i).
L'idolâtrie de& Egyptiens de la première période historique n'avait donc consisté que dans la matérialisation des attributs et des quaUtés du Dieu créateur, dont ils avaient fait des personnages allégoriques, et dans les honunages rendus aux objets matériels pris pour symbole de ces personnifications allégoriques; images vénérées par le peuple il' égal de l'être immatériel dont ces personnifications n étaient que les apparences rendues sensibles à la vue. Pour le vulgaire, cette idolâtrie n était donc en réalité que le oulte du vrai Dieu , divbé et réparti sur les différentes pa^
(i) Athor était aussi, et principalement, le chaos, les ténèbres premières qui avaient précédé la lumière, et en ce sens elle était aïeule de Phtha. Suivant Jablonski, le nom d'^thor signifiait la nuit. Quant à Thoth, que nous faisons se confondre avec Khons-' hor, son rôle ne se bornait pas là. Toutes les divinités provenant de la personnification des attributs de Dieu , rentrant également et de fait dans l'unité de ce Dieu, toutes sont des formes du même principe, et se résolvent réciproquement les unes dans les autres. Les ^yptiens ne les confondaient cependant pas ; ils les distinguaient trèsbien, au contraire, les unes des autres. Chacune des divinités de leur panthéon se transformant perpétuellement en plusieurs autres, Thoth, que les livres sacrés qualifiaient de père et, de directeur de toutes choses , est celle dont les transformations sont le plus nombreuses. On le trouve identifié avec Amoun, avec Horus, avec Isis même dans ses différentes formes ; et Ton peut dire que c'est celle de toutes les divinités égyptiennes dont la fusion dans les autres est le plus universelle. Principe de* toutes choses , Thoth doit se trouver en effet partout où quelque chose existe ; et partout où un autre dieu se montre avec l'un des nombreux attributs de Thoth, Thoth luimême doit s'y trouver, et se confondre avec ce dieu.
ûe$ de sa propre upité (i); mais, par une aberration résultant de l'ignorance , ces parties différentes de 1* unité , ainsi traduites en personnages mythologiques, recevaient de la part de ce inêm^ vulgaire un culte réel, qui ei&^t complètement celui de l'unité, et qui devait entraîner dans toutqs les erreurs (2). En efTet , dans un pays où les sciences n qtai^nt plus en progrès; où la vivacité de l'esprit faisait inr venger chaque jour de nouvelles allégories, ou ajoutait par des formes nouvelles à la complication de celles qui ejuf taient déjà ; où la grande mobilité de l'imagination ne pouvait rien laisser stationnaire , le point de départ devait bientôt être dépassé, s'obscurcir, et finir par se couvrir d'impénétrables ténèbres. La multitude des allégories en vint , en effet , à étouffer les notions sciendfiques que renfermait la cosmogonie venue des antédiluviens , et un tissu monstrueux d'absurdités ne tarda pas à prendre la place de cet enchaînement de faits si nettement exposés par ceux à qui de laborieuses études les avaient révélées. En Egypte hors des temples, hors de l'Egypte dans les temples mêmes, le voile allégorique fut un épais rideau, et les plus instruits
(i) Les émanations ou les formes du Dieu de la création, extraites de son unité, procèdent toujours par triades. Les différents membres de ces triades divines se combinent avec d'autres transformations du inême principe , forment de nouvelles triades qui remplissent à rinfini de noms nouveaux le panthéon égyptien. Voyez à cet égard les travaux de MM. GhampoUion, F. Greuzer, Guigniaut, JlosaeUini, et surtout les quatrième et cinquième volumes des ifiar/iners and customs de M* Wilkinson.
(a) Il n'est personne qui , en y réfléchissant un peu, ne reconnaisse que cette idolâtrie existe encore pleinement parmi les chrétiens de la classe du peuple, dans le culte réel rendu par le vulgaire à la sainte Vierge e| aux saints, tandis que le culte réel ne doit être rendu qu'à Dieu seul, soit dans son unité, soit dans les trois personnes de son unité. Combien de gens qui, confondant la vénération due à la mère de N. S. avec l'adoration, lui en adressent une véritable! combien d'autres qui en adressent une pareille aux représentations matérielles des saints !
192 LBOVPTB PdARàONIQUB.
comme les plus ignorants d'entre les populations ne com^ prenaient plus rien aux mystères que ce voile cachait : ainsi, nous voyons un Pausanias réduit à soupçonner que, derrière Saturne mangeant un cheval ou dévorant une pierre, se cachait quelque allégorie dont il ne comprenait pas le sens (i). C'est de ce danger que Moïse voulait affranchir les Israélites, quand il lui faisait ces recommandations si remarquables que contient le Deutéronome(2), et qui confirment si bien ce que nous venons d'exposer.