CHAPITRE VI
Institution du mythe tTOsiris postérieure à Moïse. — Identité d^Osiris, symbole divin , avec Rharnsès-Sésostris. — Pourquoi les prêtres F adoptent. — Symbole de la reproduction, — Le mythe d^Osiris envahit toute la religion de FÉgrpte.
L'époque à laquelle toutes les idées théognostiques achevèrent de se matérialiser en Egypte paraît être postérieure à celle où Moïse quitta cette contrée : c'est celle à laquelle prit aussi naissance le mythe d'Osiris, dont l'introduction dans la religion fait à peu près la séparation des deux périodes de rhistoire pharaonique.
Le mythe d'Osiris et d'Isis , comme allégorie de l'année
(i) Pausanias, Arcadia.
(a) « Vous n'avez vu aucune ressemblance (forme matérielle) te « jour où Jéhovah vous a parlé sur le mont Horeb du milieu du feu. « (Il n'a pris aucune forme), de peur que, trompé (par rappareDce)i « vous ne vous fassiez en sculpture une image ou une ressemblance « de mâle ou de femelle, une ressemblance (tirée) des quadrupèdes « qui sont sur la terre, ou des oiseaux volant sous le ciel, des repti- ■ les rampant sur la terre ou des poissons se mouvant dans les eaux; « de peur aussi qu'élevant vos regards vers le ciel , vous voyiez le « soleil et la lune et tous les astres du ciel , et que vous ne révériez les m corps que votre Dieu a créés à l'usage des nations placées sous le « ciel. »»IV, 15-19.
agricole , existait déjà avant le départ des Hébreux de l'É-* gypte; mais à cette époque ces divinités étaient bien loin d avoir rimportancequ elles acquirent à la fin de la dynastie « sous laquelle la maison d'Israël quitta F Egypte. Avant que le législateur de ce peuple n eût achevé sur la hauteur du Sinaï la rédaction mûrement méditée des lois qui régirent cette nation nouvelle , Israël retourne ouvertement à Tidolâtrie égyptienne ^ et cette idolâtrie se borne au seul désir d'avoir un symbole qui le précède dans ses marches, qui lui serve de talisman dans le désert; et c'est ce qu'Aa» roQ, lui, grand prêtre de Jéhovah, ne se fait aucun scrupule d'accorder : rien, dans cela, ne décèle le mythe d'Osiris, si universel, si tyrannique, auquel tout dut être impérieusement soumis dans toute V Egypte deux siècles et demi plus tard. Clément d'Alexandrie porte même à six cents ans l'intervalle qui s'écoula entre Moïse et l'apothéose de Bacchus chez les Grecs; or, on sait que Bacchus est l'identique de l'Osiris de la seconde période (i). De toute antiquité , on avait reconnu en Egypte les deux principes contraires du bien et du mal, et l'on avait qualifié d'un nom particulier, de celui de Typhon sans doute ^ toutce qui semblait émaner du génie du mal. A cet égard,
(i) Clém. Alex., Stromat. i.
Jablonski place rinstîtution du mythe d*Osîris après le départ de Moïse, mais sans fixer Tépoque. Panth. JEgypt,, II, i.
M. ^estor L'hôte a découvert à £1-Tell des grottes sépulcrales doDt la décoration est antérieure à l'institution du mythe d'Osiris, puisque dans les nombreuses peintures qui s'y trouvent on ne voit d*aiUre divinité que le dieu Phré, sous le nom de Alen-Té, et jamais aucun des dieux de l'Amenti, comme Osiris, Isîs,Thmé, Nephtis, Anubis. Le soleil est représenté , dans ces décorations , sous la forme d'un disque lançant des rayons terminés par des mains présentant le signe de la vie divine, ou, comme nous le supposons, de la sagesse, c'est-à-dire, la croix ansée, à ceux qui lui adressent leurs vœux. Nous en offrons ici la figure, d'après les dessins de Nestor L'hôte, en prévenant toutefois le lecteur que cette figure diffère essentielle- T. I. 13
194 l'egvptg phar&okique.
flul ptya plus que l'^^pte ne semblait mieux soumis i l'iofluenCe de ces deux principes contraires : la tnarche euTahissante des sables ; le souffle du vent brûlant du tnidi, qui est le souffle de la mort ; l'insuffisance des crues du Nil; tout cequi nuit à l'agriculture ou entraîne la stérilité; les d^astres enfin de toute espèce araient donné lieu , sans cbntredit, dès les premiers temps de l'Egypte, àrallégorie que nous trouvons si profondément infusée dans la religion nationale après Moïse ; et le principe opposé au mal j était, comme dans toutes les religions anciennes , invoqué sous un nom spécial, dont rien ne nous donne précisément h connaissance , mais que rîen aussi ne nous emp£cbe de Considérer comme celui même d'Osiris, nom attributif déji
œeDt) dan«le« détails , du dessin qu'ea a donné H. Wilkiâson dans l'atlas de son ouvrage, Manners and customs, etc.j pi. 3o.
connu à cette époque, et qu'on trouve faire partie des noms multiples de certains pharaons. Mais ce nonid'Osiris, que les prêtres prononçaient indifFéremmentOsiris, Isiris, Ousiris (i), n'était alors, comme ceux de Kneph, dePhtha, de Thoth , que la personnification de l'un des attributs divins, celui de la force active et de la bienfaisance (a) , dont le sceptre et le fléau étaient le symbole ; et l'on n'avait pas encore songé à faire de cet attribut divin une manifestation du Dieu créateur ; ce qui constitua alors Osiris en être de chair et d'os, en mortel doué plus tard de F immortalité. Comme les noms de Mandouéi, tiré du dieu Mandou, dijéménophiSy tiré d'Amon-Nef , de Ménephthay qui l'était du dieu Phtha , celui d' Ousiréi était tiré du nom attributif d' Osiris ou Ousir, avant que l'introduction en Egypte du système indien des théophanies , à la suite de la grande eiLpédition de Rhamsès Sésostris , ou peut-être même avant cette époque, n'eût fait regarder Âmoun comme manifesté par oe symbole de la force dans la personne du grand roi.
Si , comme tout tend à le démontrer, le nouveau mythe d' Osiris , celui qui fait de ce dieu un mortel bienfaisant , civilisateur du monde, n'a commencé qu'après le départ des Hébreux, et que ce départ ait eu lieu sous la XVIIP dynastie (et à cet égard il n'y a pas même l'apparence du doute) , il a fallu de toute nécessité que quelque grand événement vînt donner lieu à cette innovation théologique, et exciter la ferveur pour la triade d' Osiris, d'Isis et d' Bonis , au point de concentrer en elle seule , ou à peu près , toute la religion (3).
(i) Hellanicus, aptut Platarch,^ de Isid. et Osir,
(a) Jéhovah dit aussi à Jacob : « Je suis le Dieu fort.* Genèse, XLVI, 3; et ta Bible se sert fréquemment de cette expression. Plutarque interprète aussi Onuphis, nom synonyme d'Osiris, par fort et hicR' faisant,
(3) Si nouA pouvions nous servir d'une comparaison qui ne choquât
106 L^BGYPTB PHARAONIQUE.
La parfaite conformité des aventures que la mydiologie prête à Osiris avec celles que l'histoire attribue à Rhamsès SésostriS| conformité qui a déjà fait soupçonner Tidentité xle ces deux personnages à différents écrivains (i) , ne semble laisser réellement aucune incertitude sur le pharaon qui a fourni le type du mythe tel qu'il fut institué sous la seconde période égyptienne. Nous admettons donc ce point comme une vérité historique, ou tout au moins comme un fait entouré, à nos yeux, d'une telle masse de vraisemblances, qu elle équivaut presque aune vérité démontrée. Osiris et Sésostris rassemblent des troupes pour exécuter un vaste projet de conquêtes, et, débutant l'un et l'autre par l'Ethiopie, se jettent ensuite sur l'Asie et poussent au delà du Gange , labsant partout des colonnes ou des monuments pour conserver et transmettre aux générations futures la mémoire de leur expédition ; tous deux sont également les bienfaiteurs de l'Egypte, qu'ils enrichissent du butin rapporté des contrées subjuguées. Diodore présente tous les personnages de ce mythe comme des mortels portés au rang des dieux , et les circonstances du mythe luimême le déclarent en effet : comment Typhon aurait-il pu faire périr Osiris, si Osiris n'avait été considéré comme
pas trop de respectables susceptibilités, nous dirions que Tintroduction du mythe d'Osiris fut à la religion primitive de TÉgypte ce que Tinlroduction du christianisme a été à la loi mosaïque.
(i) Newton, dans ses Essais de chronologie; Miot, traduction de Diodore de Sic, liv. I, not. 3i. L'abbé Foucher, dans son sixième 3fémoiresur l'origine et la nature de l' hellénisme, désàpprouye les savants « qui ont pensé que le dieu (Osiris) n'était que l'apothéose du pria- « ce. » Mais il croit qu'Osiris venait honorer de sa présence et de sa protection les Égyptiens dans la personne de leur roi. » Mém, de VAcad, desinscr,, t XXXVI, p. SSg. M. Creuzer, Relig, tleVantiq.^ 1. III, laisse penser que, dans son idée, Osiris et Memnon étaient identiques; mais M. Guigniaut, dans sa 14** note à ce livre, trouve que si, du temps d'Hérodote, Memnon était confondu avec Sésostris, Sésostris était, lui aussi , à la même époque, rapproché d'Osiris. IbiiL, t. l,p. 933.
mortel? Nous voyons d'abord Hermès ou Thoth, en qui Osiris avait plus de confiance « qu* en tout autre homme, « et qui se distinguait par un esprit et par une intelligence particulière : or, suivant la Chronique Paschale, Thoth vivait du temps de Sésostris, et, suivant Élien , c'est de ce personnage que ce prince aurait reçu la subtilité d* esprit et les conseils (i). C'est ensuite Osiris qui est après son retour, et « d'un consentement unanime, » jugé digne de V immortalité y et à qui Ton décerne « les mêmes honneurs qu'aux dieux célestes ; » c'est enfin Isis qui, experte dans l'art de la médecine , et après avoir inventé divers remèdes, se plaît particulièrement à guérir les infirmités des hommes , depuis qu'elle a été appelée « à jouir de l'immortalité. » D autres circonstances se groupent encore autour de ces faits. Eusèbe place la fable d'Io sous les derniers règnes de la XVIIP dynastie, et l'on sait que l'Io des Phéniciens n'étaitautre quel'Isis des Égyptiens. Selon d'anciens chroniqueurs^ suivis par Clément d'Alexandrie , Prométhée, dégagé de son mythe , était contemporain d' Osiris, et vivait du temps deCécrops et deTriopas, sixième roi d'Argos, ce qui le plaçait à environ 4oo ans avant la guerre de Troie : cette date nous reporte encore à la fin de la XVIIP dynastie. Un tel ensemble de présomptions pour des temps aussi reculés est bien suffisant, ce semble, pour établir l'identité de Sésostris et d' Osiris; et il existe dans l'histoire une foule de faits admis sans contestation, qui sont loin d'être entourés de témoignages aussi susceptibles d'en assurer l'authenticité. Sésostris , égal en courage et en magnanimité à la plupart des pharaons de son illustre race, et dont le cartouche hiéroglyphique se lit sur le plus grand nombre des statues , des colosses , des constructions , soit par dédicace directe , soit par usurpation , ainsi que nous le dirons en son lieu , avait , par ses immenses conquêtes ,
(i) -filian., Far, mst.,Xli, 4.
198 LÉGYPT£ PHABAONIQUB.
élevé au plus haut degré la gloire delà patrie. Bienfaiteur de V Egypte, à son retour triomphal d'une longue expédition que le mythe et la poésie ont embellie de fictives circonstances que Vhistoire doit laisser à l'écart, il fait une large distribution des terres dont une partie des habitants étai^ dépossédée depuis l'administration de Joseph , fils de la^ cob , qui, ne l'oublions pas, avait, depuis quatre siècles, incorporé au domaine royal une grande partie des terres arables de VÉgypte, Ce prince couvre le Delta d^ canaux qui assuraient le dessèchement des marais restant encore dans cette partie , en même temps qu'ils portaient la fécon-* dite sur des terrains impropres jusqu'alors à la culture, e| qu'ils facilitaient les communications d'une contrée à Vautre; il fait exhausser les chaussées des villes que l'inondation atteignait déjà , fait construire des édifices , tailler e| transporter des obélisques et des colosses, et s* étudie ^ enrichir toutes les villes \ et pour tous ces prodigieux Xt^-^ yaux il n'en coûte aux Egyptiens ni argent, ni peines , ni fatigues : les bras des captifs ramenés de tous les lieux où il a porté ses armes ont seuls opéré ces merveilles. Bien plus, si, sous la conduite du hérps, les Egyptiens montrent leurs armes victorieuses dans les pays les plus lointains, l'É*gypte entière participe aux fruits de cette expédition ; c'est encore Diodore qui le dit , lui qui s'annonce comme ayant étudié particulièreipent ce qui concernait le règne brillant de ce pharaon. L'Egypte, selon lui, avait été comblée des richesses immenses que l'armée avait rapportées, ipdépendammept de celles qui étaient la propriété des soldat^ qui en avaient fait partie. Que fallait-il de plus pour mériter les honneurs divins? Un tel prince dut être reçu d'autant plus facilement comme un dieu par tous les Egyptiens, qu'on ne le présentait pas comme un homme élevé à l'état divin par la volonté humaine , ce qui ne dépendait pas du consentement des mortels , mais comme un mortel en qui la Divinité avait daigné elle-même s'incorporer pour se
manifester au)^ hoipmesparsesbienfaiUi e\ qui, après Tex* tinction de la nature mortellei restait daps toute la pléoitude de sa nature divine. C*est donc ayeo uqe certaine bonne foi que les prêtres avaieptpu dire à Hécatéeque| dans le long cours de leur monarchie , aucun morte} « n avait été porté au rang des dieux , << cç qui devait leur paraître uqe absurdité ; mais ils n'ajoutaient pas qu il n'en était pas de même de la Divinité ; que celle-ci avait daigné descendre au rang des hommes en revêtant temporairement leur enveloppe mortelle. Reconnu ainsi comme dieu daqs la personne d'Osiris, le héros qui avait fait le bonheur de rSgypte entière fut adoré unanimement par tous If^ Égyptiens, et c'est une observation que ne mapqye pas d§ faire Hérodote (i).
Diodore, qui jette tant de lumière sur l'origiqe du mythe d'Osiris , qui nous montre presque du doigt Tidentité du dieu et du pharaon , Diodore nous donne epoore la raisop du zèl^ que mirent les prêtres à accueillir le nouveau dieu. Ici, nous devons reproduire ses propres paroles ;
« Isis les laissg maîtres [les prêtres] de choisir UU d^ « animaux qu'ils nourrissaient , pour le lui consacrer, leur « enjoignant de le révérer pendant sa vie comme OsiriSy « et , après sa mort , de lui rendre le même culte. Qn ajoute « qu'afin de déterminer par leurs propre^ intérèu les prê- <( tre^ ^s'acquitter de ce soin, Isis leur donna le tiers deJi ter- " T^ de toute la contrée, pour en employer le produit au ser* < vice des dieux et aux cérémonies du culte ; et Y on assure « que ces prêtres, gardant la mémoire des bieqfaits d'Q- « siris , ou cherchant à montrer leur reconnaissance à /sis , « mais surtout excités par les richesses qu^elle l^ur aidait
(0 Hérodote» II , S, remarque que de tous les dieux Qsiris fut le seul hoooré par l'universalité des Égyptiens. Au sujet des dieqx 96 Okapifestant aux hommes , ou des théophanies , voyez les savants mén^oires de Tabbé Foucher, dans les tomes XXXII et XX:2(m des ^««. 4» VAcqd, dfis imcript.
OXFORD
200 L BGYPTB PHABÀONIQUB.
« partagées y exécutèrent fidèlement tout ce qu'elle leur « avait prescrit (i). » Une narration semblable ne peut se rapporter quà des êtres humains ; et si Diodore n*a pas substitué le nom deSésostris à celui d*Osiris, c'est qu'il a été ou bien aveugle ou bien discret. Nous voyons donc que ce fut aux instance» d'Isis que Tun des animaux déjà adoptés comme sacrés fut attribué à Osiris en qualité de symbole; et ce fut en abandonnant aux temples la possession d*un tiers des terres de l'Egypte que cette princesse obtint pour son époux l'adoration universelle (2). Ce récit de l'écrivain grec, si bien circonstancié dans ses détails , nous semble mettre le dernier sceau à l'identité que nous établissons. M'est-ce pas là, en effet, l'humanité avec ses faiblesses? Dans la reine, l'adresse qui vient au secours de la vanité pour faire adopter ses idées en faveur de l'époux qu'elle regrette , et qui y parvient en flattant la cupidité de ceux de qui dépend le succès de ses vues ; dans les prêtres, l'avarice qui éteint tous les scrupules, qui leur fait transgresser leurs plus saints devoirs, qui les décide à enfreindre cette antique et pure doctrine qui , jusque-là , n'avait fondé le partage de l'unité d' Amoun que sur la théorie des émanations , c'est-à-dire , la personnification allégorique de ses attributs et de ses qualités. Séduits par l'appât des immenses richesses qu'on leur offre, ces prêtres consentent à faire considérer un simple mortel comme une métamorphose du dieu en homme, idée empruntée au brahmisme; et à traduire en une réalité ce qui n'avait été qu'une fiction théogonique. Il n'était pas plus difficile de faire croire que le
(i) Diod., trad, de M, Miotyl^ § ai.
(a) Sésostris avait, de son vivant, fait de grandes distributions de ces terres; mais Isis a pu donner aux prêtres le tiers de ce qui en restait encore, et qui devait être fort considérable. La Genèse, en nous citant Tachât fait par Joseph , sert à expliquer ce que présentait d*obscur le fait dont Hérodote et Diodore nous donnent connaissance au sujet de la distribution des terres de TÉgypte par Sésostris.
Dieu suprême et tout-puissant s'était manifesté sous la forme du roi connu par sa puissance et ses bienfaits , que de persuader, à ceux qui savaient si bien le contraire , que le taureau Apis naissait surnaturellement, et que sa mère l'avait conçu d'un rayon de la lune (i). Quant au choix du nom d'Osiris , qui était la personoificaiion de la force unie à la bienfaisance, principal attribut de la Divinité, pour identifier avec cette personnification le nouTeau dieu, ce choix était la conséquence toute naturelle, tant des exploits du graod roi, qui le faisaient comparer au Dieu fort, que de sa propre bienlaisance envers TÉgypte , qui le rendait encore semblable au Dieu de qui émanent tous les biens (a). Isis fut réellement le nom de la dernière femme de Se-
(i) Hérod., Il, a8; Plutarch., de Is, et Os. ; Pomp. Mêla, I, 9.
(a) Le iDOl Osiris signifiait , suivant Plularque , unejorce active et bienfaisante (de Is. et Os.). Ce mol est, suivant Cbampollion, Tadjectif «> ou sor, qui veut dire fort; ce qui rentre dans ce que dit Plutarque. On donnait aussi à Osiris le nom à'Omphis, que Plutarque interprète par bienfaisant.
Ce qui peut encore avoir donné lieu au choix d'Osiris pour eo faire une manifestation humaine d'Amoun dans la personne de Sésostris, c'est que sous la dix-huitième dynastie cette famille célèbre du hérod» les Hyksos , qui avaient dominé TÉgypte pendant près de trois siècles, en avaient été expulsés complètement; ce qui était regardé comme un elTetdela protection toute spéciale du Dieu fort et bien faisant envers la (erre d'Egypte, dont Osiris était le symbole. La vogue que ce dieu acquit alors se montre par le prénom d'Ousit-ei, que prirent des rois de cette race, et par celui d'/v^', que portent également plusieurs prin* cesses de cetle famille. De là à la manifestation humaine du dieu dans la personne du plus grand roi qu'ait eu l'Egypte , il n'y avait qu'un pas; et à la mort du prince , sa veuve fut assez hardie pour le franchir, secondée par le sacerdoce, ((u'elle avait si bien su mettre dans sesinlérêis. Alors le cuite d'Osiris devint la véritable religion égyptienne. Quant au voyage mythique d'Osiris, sur lequel les monuments sont loutà fait muets, il paraît n'être qu'une fable sacerdotale arrangée âar Texpéditioa de Sésostris à travers l'Asie, et qui ne peut guère remonter qu'à l'époque des Gred^, au génie desquels elb se trouve accommodée.
202 L*fiGYPTB PHABA0N1QUE.
sostris : ChampoUion a pu se convaincre que le grand roi avait eu deux femmes , dont la première était Nofre-Ari^ et la dernière Isis , ou , sans la désinence occidentale Isé" Nofre (i). Ce nom dlsis était, comme le nom d'Osiris, connu sans contredit dans 1* antique théogonie à Vépoque de Sésostris ; mais il est assez vraisemblable qu'il serait resté dans la même obscurité que tant d'autres noms divins que nous révèlent tous les jours les monuments , si l'éclat répandu sur Osiris comme manifestation d'Amoun, et sa comparaison avec le héros de la patrie, n'avaient jeté un si grand lustre sur les personnages de cette triade (2).
(i) Lettres écrites de r Egypte y p. 189. Celte découverte de ChampoUion est d'autant plus intéressante , qu'elle rend intelligible un passage de Diodore qui , sans la circonstance d*un double mariage, semblerait une dérision. Cet historien dit qu'après la mort de soo époux y Isis fit serment de se consacrer à un veuvage perpétuel. Au moment où Sésostris monta sur le trône , il avait une fille nommée Atbyrtis, déjà d'un âge assez avancé pour que des historiens lui aient attribué l'idée, qu'elle fit adopter à son père, de la grande expédition entreprise par ce prince.En supposant qu'Athyrtis eût alors, à raison de la grande précocité des filles en Egypte, seulement quinze ans, Sésostris ayant régné soixante-six ans, c'est au moins quatre-vingtquinze ans qu'aurait eus Isis au moment de la mort de son époux , et, à cette époque y le vœu de chasteté qu'elle forma aurait été complètement ridicule; tandis que, n'ayant été que la seconde femme du héros, elle pouvait être encore, au moment de son deuil, assez belle pour recevoir des hommages auxquels une vraie douleur et de sincères regrets la faisaient renoncer volontairement à jamais. Quant à Sésostris, en supposant qu'il eût eu cette fille à l'âge de seize ans, il serait monté sur le trône vers l'âge de trente ans, et serait mort à quatre-vingt-seize ans. Diodore nous apprend que ce prince était devenu aveugle sur ses vieux jours : la cécité séuile atteste en effet un grand âge.
(9) Osiris fut considéré comme une manifestation d'Âmoun ou de sa forme Osiris, quand le système indien des théophanies fut parvenu en Egypte ; mais il est probable que durant toute la première période de l'histoire d'Egypte, temps 011 cette théorie fut inconnue dans ce pays, Osiris n'avait été regardé, ainsi que Pbtha, Tbotb, Mandou, etc., que comme une forme d'Amoun.
msTiTUTioiis. aoa
Osiris et Isis devinrent alors, en quelque sorte, les divini^ tes familières de VEgypte, et Tun et Tautre furent réellei^i ment des nouveaux dieux , tout à fait différents de cequ*iU| étaient auparavant, et que la vogue et U propagande transportèrent méoie bientôt dans les autres contrées.
L'identité mythologique qui se montre si évidente entr« Osiris et Sésostris n a pas été tellement ignorée des aoft ciens, qu'on n'en retrouve des indices dans ce qu'ils noua ont laissé. Si la discrétion n'a pas été ouvertement rom*» pue sur cette identité des deux personnages, c'est qu'elle tenait autant aux scrupules religieux, ainsi qu'on le tqî^ daus les réticences continuelles d'Hérodote sur une foule de sujets, qu'aux secrets de l'initiation , que personne ne devait divulguer sous peine de la vie. Le vulgaire n'en pou-i vait donc savoir que ce que la tradition avait pu conserver) et c'est à cette source sans doute qu'avait puisé Athénodore, dans ce que saint Clément d'Alexandrie rapporte d'après lui, savoir, que Sésostris , au retour de son expé*« dition, avait fait faire, par des artistes grecs qu'il avait amev nés en Egypte , une statue d' Osiris, « de qui il tenait son origine (i). » Laissant à part cette vanité grecque qui fait figurer ces artistes à une époque où les Pélasges étaient en« core barbares , nous apprenons du moins , par ce pas* sage, que les rapports entre ces personnages rencontrent un appui dans l'antiquité; nous le trouvons encore dans Y%^ necdote de la fiUe de Cadmus , personnage dont l'existence remonte vers l'époque de l'institution du mythe , laquelle sul faire passer pour une manifestation d' Osiris l'enfant qu'çUe avaiteu hors du mariage. Lesesprits étaient donc familia«« risésavec l'idée que cette divinité pouvait se montrer cor^ porellement aux mortels; ce ne pouvait être qu'un exemple l'écent qui avait suggéré à cette princesse cet artifice pour sauver son honneur. De son côté , Clément d'Alexandrie
(0 Clément. Alex., Admonitio adgtnies*
304 L EGYPTE PHABAOHIQUE.
dit, dans le premier livre de ses Stromates , que Moïse fut plus ancien que la plupart des dieux qu adoraient les Grecs : par ces mots, il entend évidemment ceux de création humaine, dont Osiris ou Bacchus fut le premier exemple. Mais si les étrangers n'ont pas su d'une manière bien précise la vérité sur ce point important de la théogonie isiaque, les temples ne pouvaient pas l'ignorer, et rester entièrement muets. Une découverte de Champollion est venue jeter la dernière évidence sur ce fait capital , en nous montrant Sesostris considéré mythiquement , sous son nom même , comme le troisième terme d'une triade divine. Dans une chapelle creusée dans les carrières de l'antique Silsilis, ce savant a trouvé, parmi les décorations murales , un pharaon faisant des offrandes à Osiris , à Isis , et à Rhamsès Sésostris (i).
Diodore, qui nous a montré comment l'Osiris mortel fut mis au rang des dieux, nous indique encore l'origine du culte qu'on lui voua. « Isis et Hermès réglèrent l'ordre des « sacrifices qui lui seraient offerts, et lui attribuèrent un « culte semblable à celui que l'on rend aux plus grandes « divinités. Ils instituèrent aussi ces mystères, le mode « d'initiation pour y être admis, et ne négligèrent rien « de ce qui était propre à donner aux hommes une grande « idée de la puissance du dieu. » Ainsi, tout concourt sans cesse à montrer dans Osiris une divinité humaine, d'institution moderne par rapport à FÉgypte de la première époque (2).
(i) Voyage de ChampoU. , pi. io3. A l'époque où la royale veuve Isis ou Isé-Nofré fil admettre son époux comme la manifestation même d'Osiris, l'habitude était déjà prise de comparer le pharaon à celte divinité, à laquelle la XVIIP dynastie avait tant de dévotion. £n effet, dans un tableau de Kourna, on voit le roi Ménephtha I représenté en Osiris dans un naos , en présence des vieux dieux de l'Égyple. îbid,^ pi. 149.
(a) Ce qui fut pratiqué à l'égard de Sésos tris, pour la première fois sans doute,- devint ensuite un usage à l'égard de tous les pharaons,
Les honneurs divins que nous supposons déférés au grand Rhamsès furent, suivant toute vraisemblance, Toriginedes mystères et des initiations. Il en est, en effet, des initiations qui accompagnaient la célébration des mystères, et de ces mystères eux-mêmes , comme du mythe d*Osiris; aucunes traces ne s'en laissent apercevoir, avant cette époque célèbre, ni dans les livres des Hébreux, ni dans la religion des différents peuples qui habitaient alors la Syrie, et surtout dans celle des Philistins, des Moabites et des Madianites, qui confinaient avec l'Egypte, et qui s'empressèrent de les adopter plus tard, quand ces cérémonies furent instituées. Aucune des colonies qui sortirent d'Egypte durant les règnes de la XVIII* dynastie n'emporta au dehors la pratique des mystères et des initiations ; ceux qui les introduisirent les premiers dans la Grèce furent Orphée et Mélampus, antérieurs l'un et l'autre à la guerre de Troie , et contemporains de la
à qui après leur mort on dressa des autels, et pour qui on institua un culte. La célèbre inscription de la stèle connue sous le nom de pierre de Rosette fait connaître qu'une assemblée générale des prêtres, réuuie dans le temple où avait lieu la cérémonie du couronnement du nouveau roi, décrétait en sa faveur, au moment de son intronisation, l'institution d'un culte et des prêtres qui desserviraient ses autels. Ce fut là une conséquence nécessaire du premier fait. Sésostris et Isis, étant reconnus pour des manifestations divines, ne pouvaient donner Têtre qu'à un être divin, qui, à son tour, devait transmettre cette même nature divine à ses descendants. Cet usage une fois établi , la flatterie devait l'étendre sur les princes qui n'appartenaient pas à la race divinisée; et c'est ce qui eut lieu. Ce qui prouve bien ce que nous avançons, c'est que les Lagides eux-mêmes reçurent de semblables hommages, et que, dans le décret inscrit sur la pierre de Rosette, on a bien soin de rattacher la filiation du Ptolémée à celle des pharaons : « Considérant, y est-il dit , que le roi « Plolémée, toujours vivant, etc., étant dieu , né d'un dieu et d'une «déesse, comme Horus, le fils d'Iris et d'Osiris ». Des inscriptions nous ont transmis aussi le nom de certains prêtres de pharaonsdieux.
106 L'ÉGYPTB PHABAOniQUB.
XIX^ dynastie. Orphée fit adopter le mythe d'Osiris par ses compatriotes^ en leur présentant ce dieu nouveau, non comme un étranger, mais, sous le nom de Dionysos^ comme un héros né dans leur propre patrie, et que ses grandes actions ataient fait reconnaître pour immortel(i). C'est à partir de là que ce culte et ses fêtes funèbres , s étendattt de proche en proche, sous les noms de Dionysia- <|ues, d*Isiaques, d'Éleusiaques, d'Orphiques , de Bacchanales , arrivèrent jusqu' aux Juifs , chez qui les Babyloniens, qui connaissaient Osiris sous le nom d'Adonis, les établirent, dans le temps de la dernière captivité (2)«
Des fêtes fondées sur la douleur que causait la perte d* un être révéré ne pouvaient avoir pour base que le deuil «tla désolation. Aussi, nous dit Strabon, on ne chantait tii ne Jouait de la fl(\te dans le temple d' Osiris, et les cérémonies du culte de ce dieu n'étaient pas précédées de musique comme celles du culte des autres divinités. Il pa^ raît cependant qu'un chant lugubre s'y faisait entendre, celui qu'Hérodote nomme numéros y et dont l'origine se irapporte à la même époque que celle du mythe même dont il £adsait partie. En donnant à ce chant le nom de lÂnus^ et en faisant de ce Linus un personnage mythologique qui aurait eu Orphée pour disciple , les Grecs indiquaient assez que c'était encore ce poète qui l'avait transporté dans la Grèce avec le mythe du prétendu Dionysos (3).
(i) Diodore, I, a3.
(i) Suivant Suidas , qui le rapporte d'après un auteur ancien , il y avait à Alexandrie une statue de l'Éternité, dans laquelle résidait un dieu qu'on regardait comme étant tout ensemble Osiris et Adonis. Yoy. à ce sujet JHém, de VAc^ des inscr.^ t. XXXI. Lucien > de Dea Syr. , dit que les Assyriens avaient reçu des Égyptiens les mystères «t les initiations. Quant aux Juifs , Ézéchiel , c. VIII, v. x4» parie des femmes pleurant Thammus, mot qu'on interprète également par ce quiest caché, et par Adonis. Mais ce titre d'etbscondituSf donné à Amon par Manethon , appartenait également à Osiris, son émanation.
(3) Hérodote, Diodore, Athénée, font du maneros et du linus un
INSTITUTIONS k ftOf
Dans l'6]tag^ration de sa douleur , la royale veuve Isis avait , par les conseils de Vami déguise dans le mythe sous le nom de Thoth (de qui indique peut^tre le grand prêtre de cette époque), placé Sésostris au rang des dieux, en le présentant comme la manifestation de la divinité éma-* née d*Amoun, manifestation, par conséquent, d'Amoun lui-même, qui avait voulu vitre parmi les Egyptiens sous les traits du grand roi. Le zèle de la classe sacerdotale , aiguillonné par la reconnaissance, leur fit conférer en-^ suite la tnéme divinité à la princesse leur bien&itrice, en la présentant comme une manifestation de la forme femelle d'Amouti, Neith ou Mouth (t); et le couple royal forma une nouvelle triade composée d*Osirié , d*Isis et d'Horus supposé leur fils , jnais identique avec son père et sa mère , suivant les principes de la théogonie, et qui, mari à son tour de sa mère, produisit la dernière triade , composée d*Horu9 , d*Isis et de Malouli , dont les trois membres se fondent exactement datis les trois membres de la triade initiale Amon, Mouth et Khous (s).
châkit lugubre I et, saitant Leclerc , le mot Unni venait du phénicien ^M* qui signifiait plainte^ gémissement. Il paraît cependant» par Plu*tarque, qu'on donna ce même nom à des chants de table. De même, dans les fêtes funèbres d'Osiris, on introduisit plus tard, quand le mythe fut approprié aux combinaisons astronomiques , des réjotussatices en Thonneur d'Osiris ressuscité.
(i) Ce qui n'avait d'abord été de notre part qu'une conjebturè ^ été changé en certitude par la découverte de la triade finale des divinités Horus, Isis et Malouli, personnages, dit Ghampollion, qii! centrent exactement dans la triade initiale Âmon , sa mère Moût , et leur fils Khous. Cette triade était celle du temple de Kalabschi eh Nubie, Lettres de ChampoUion.
f (s) L'idée de toutes ces triades divines se résolvant en une trinlté primitive, qui elle-même s'absorbe dans l'unité du créateur et con- SerTateur, fut heureusement exprimée par l'auteur de l'Apocalypse, Tort versé, à ce qu'il parait, dans la connaissance de ces anciennes doctrines, par ces mots qu'il met dans la bouche de l'Élerhel : « Je suis l'alpha et l'oméga, le principe et la fin ; « c'est-à-dire, « Je suis
20S L*ÉGYPTB PHABAONIQUE.
La diyinisatioii du roi le plus célèbre de l'Egypte apparaît dans l'histoire comme le premier exemple de Textra- Tagance des hommes ^ qui leur persuade lqu*il suffit de leur Yolonté, à eux chétifs mortels, pour faire franchir à un de leurs semblables les barrières de Vimmortalité. Les Égyptiens de cette époque étaient bien éloignés déjà de cette haute et sublime philosophie que leur avaient transmise les peuples du premier âge du monde. Jusque-là| quelque vive que f&t la reconnaissance des hommes, on n'avait pas encore songé à en consacrer pour jamais la mémoire, en plaçant ce souvenir dans 1* identité même de la Divinité. Cette doctrine impie, qui devint celle des Grecs et des Romains, n'appartint jamais aux Egyptiens de la première époque, chez qui les différents personnages théogoniques ne se présentent que comme des émanations du Dieu unique , des transformations de sa propre essence , laquelle ne cesse jamais un seul instant d*étre une et identique, malgré ses formes si variées (i). Ce système des émanations, qui, se retrouvant également dans la religion des grands peuples de FAsie, est une nouvelle preuve de leur commune provenance d' un peuple antérieur ; ce système, disons-nous, suivi sans interruption par les Egyptiens depuis la prèle premier erie dernier terme de la chaîne divine procédant par triades, et se confondant toutes en mon unité. » C'est cette même idée que les premiers chrétiens inscrivirent sur les monnaies et sur jes tombeaux^ au moyen des sigles A et O.
(i) « Dans la théologie égyptienne, comme dans toutes les théolo* « gies orientales « domine le système des émanations, qui consiste n non-seulement à distinguer dans la pensée , mais à séparer réelle- « ment, les divers attributs du grand Être, du Dieu unique et uni- « versel ; de telle sorte que chaque attribut devienne une personne à « part, et qu'un seul Dieu fasse une multitude de dieux. Mais en « même temps ramené à sa propre source, chaque attribut, dieu « lui-même en Dieu , et par cela dieu tout entier, est identique à «Dieu; chaque émanation, chaque personne considérée dans sa « plus haute puissance, est le grand Être même, dont elle émane. > Greuzer, Relig^, de l'Antiq.
mière antiquité jusqu'à l'institution du mythe d'Osiris, ne fut interrompu qu'à cette dernière occasion. Séduits par les richesses dont une royale veuve se servit pour corrompre leur vertu, les prêtres soutinrent que TÈtre des êtres, s insinuant dans le corps de leur roi, était venu vivre fa< milièrement au milieu de l'Egypte (i). II fut donc supposé que c'était une émanation d'Âmoun, qui vécut passagèrement de la vie terrestre , et qui , après avoir rempli la tâche de bienfaisance qu'il s'était imposée, rentra dans toute l'essence de son immortalité. De ce moment, Amoun et Osiris-homme, confondus ensemble comme Tétaient Amoun et Osiris attribut divin , purent parler le même langage et être pris indifféremment r un pourrautre. A mesure que les temps se rapprochèrent, et que l'antique et primitive philosophie, basée sur l'avancement des sciences, s'effaçait et faisait place à la philosophie de la seconde époque , philosophie mesquine si on la compare à la première, mais qui, malgré ses pertes, se présentait riche de ses savantes combinaisons théologiques , grande et noble encore aux regards des initiés, seuls appelés à jouir de ce qui restait des vérités primordiales , la théologie cosmogonique , qui avait seule dominé jusque-là dans les études sacrées, s'associa la théologie agraire et astronomique, et de nouvelles émanations augmentèrent la famille d'Osiris et d'Isis. Les erreurs des Égyptiens de la première époque , les-
(i) « Les Égyptiens disaient qu'il n'est pas impossible que Tesprit « de Dieu s'approche d'une femme, et que, par sa vertu, il fasse ger- « mer en elle des principes de génération. » Plularq., Fie de Numa,
Les Grecs, qui empruntèrent tout aux Égyptiens et exagérèrent tout, substituèrent l'apothéose à la théophanie; et, au lieu de supposer que l'émanation divine qui avait daigné se manifester dans un corps humain retournait, après la mort de ce corps, au séjour céleste, ils créèrent directement des dieux, en déclarant tels les hommes qu'ils jugeaient à propos d'élever au rang des divinités. Les l^omains abusèrent ensuite encore de ce moyen, comme ils abusaient de tout.
2i0 L EGYPTE PHARAONIQUE.
quelles préparèrent la pente sur laquelle glissèrent ayec tant de rapidité ceux de la seconde , avaient découlé principalement de ce génie allégorique qui leur avait fait personnifier non-seulement les attributs divins, mais £ncore toutes les idées, tant morales que naturelles, qui s'y rattachaient. Parmi les phénomènes naturels, celui de la reproduction par soi-même de tout ce qui vit ou végète dans r univers devait, sans contredit, provoquer plus particulièrement la méditation des savants. Aux idées de génération et de reproduction animales se liaient celles de fécondation et de fertilisatiqn végétales; il fallait en rendre la pensée par un symbole, et l'image de l'agent immédiat de toute génération se présentait naturellement. Â ces époques , où l'habitude d'être souvent entièrement nus, sous les climats brûlants de l'Orient, avait accoutumé les yeux à la vue d'objets dont les mœurs occidentales ont depuis longtemps fait une obscénité; où cette habitude faisait qu'on n'attachait qu'une médiocre importance à des actes que notre morale réprouve (i), on ne plaçait ni honte ni impudeur dans la représentation de ce qui est pour nous de la turpitude ; et il paraissait tout simple que le principe générateur universel fût représenté par l'agent le plus sensible de la reproduction animale. Âmoun , sous une forme nouvelle, avait été Pan ou Mendès, dont le bouc devint le symbole vivant sous le second roi de la 11^ dynastie ; et le phallus fut reçu sans difficulté parmi les représentations allégoriques des grandes opérations de la nature, r^lées par la toute-puissance du Créateur. Mais, malheureusement pour la morale publique, le secret de l'allégorie restant derrière les voiles du sanctuaire, l'image symbolique seule frappait l'attention du peuple. L'espèce de déification que recevait à ses yeux l'instrument devint en quelque manière l'autorisation des désordres, et l'idole impudique
(i) Voy., dans la Genèse , les ch. xvi, a; xxx» 3 et 9; xix, 5, 8, 3a; XXVIII > i5 , etc.
obtint d'infâmes tributs. De là, Torigiae dans TAssyrie, la Palestine, la Syrie, des abominables libations enThonneurdeMolok; de là aussi, les différentes prostitutions sacrées. A rinstitution du mythe d*Osiris, ce dieu devenant, comme Amoun, le principe générateur, l'image impudi-» que lui fut associée (i) : ce mythe devait tout'envahir.
Rien de plus tyrannique, en efifet, que le mythe d'Osiris à son origine. Les prêtres, qui, cédant à des moyens de corruption, avaient consenti à faire considérer comme une manifestation du Maître deTunivers le héros de TÉgypte, n'avaient pas borné là leur ouvrage. Faisant ce que font tous ceux qui se laissent gagner par des moyens honteux, ils cherchèrent à s'étourdir sur leur propre faiblesse, en s efforçant de faire triompher par tous les moyens l'imposture à laquelle ils s'étaient associés. Le mythe d'Osiris devint donc la religion universelle ; et les dieux anciens , annulés en quelque sorte dans leur haute sphère , ne furent plus rien aux yeux du peuple, si la nouvelle famille ne les recevait sous sa protection (2). Osiris devint le type
(i) Plutarque dit qae partout où les Égyptiens peignaient Osiris sous forme humaine, ils le représentaient avec le phallas , pour fi • garer sa vertu génératrice; il ajoute que le vêtement dont on couvrait ses images était reluisant comme le feu, parce qu'ils regar* daieot le feu comme le corps de la puissance du bien. De Osir,
(a) « Il parait, dit M. Guigniaut, qu'à une époque quelconque, « toute la religion des Égyptiens se concentra , pour ainsi dire , « dans Osiris, Isis , et leur fils Horus , auxquels furent subordonnés • ou rattachés directement, soit le petit nombre de personnages qui « figareot avec eux dans la légende sacrée, soit les nombreuses di- < vioités des ordres supérieurs. » Relig, de VAntiq., not, 7 du m® /!rV.
Cette vérité doit frapper en effet tous ceux qui s'occupent de l'histoire religieuse de l'antique Egypte. Quant à l'époque où survint cet événement, elle ne peut être que celle de l'institution même de ce mystère et des temps qui la suivirent de plus près , temps aux- <iaels la reconnaissance sacerdotale mettait toute son étude à faire prévaloir la divinité de sa création. M. Ghampollion-Figeac, dans son important travail sur TÉgypte ( Univ. pitt. ), dit que la triade
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de tous les dieux niàles , coinine Isis celui de tous les dieux femelles. Lucien, dans sa prière à cette déesse considérée comme la lune, la nomme Cérès, Vénus céleste , Latone, Proserpine; elle se donne elle-même les noms deCybèle, Minerve, Vénus Paphienne, Diane, Junon, Bellone, Hécate, Némésis (i) ; et , pour abréger , plusieurs lui donnaient, selon Plutarque , le titre de Mjrionpne, ou déesse aux dix mille noms. Se confondant enfin avec Osiris , Apis et Sérapis, Isis était supposée des deux sexes; et en effet, dans la doctrine des prêtres de TEgypte, Thermaphrodisme appartenait à toutes les divinités qui, on Ta vu , tiraient toujours d'elles-mêmes la forme féminine avec laquelle elles étaient censées s'unir pour procréer le troisième
d'Osiris, Isis et Horus, étant celle à laquelle était confiée la conservation de Tordre dans le monde sublunaire, c'est celle qui devait être le plus habituellement Tobjet des prières des hommes, et que ces dieux étaient comme les dieux populaires , et par conséquent les plus connus. Ce savant accuse les premiers voyageurs grecs d'avoir jugé la religion égyptienne comme tout astronomique, d'après le rapport de quelques-unes de ses cérémonies avec les phénomènes célestes. Il est certain cependant que c'était là la vérité, au\ derniers temps; et que l'histoire mystique d'Osiris ne fut combinée, en réalité, qu'avec la marche du soleil et son action sur les saisons, et par là sur l'agriculture. Il faut bien remarquer que ce n'est que lorsque les voyageurs grecs purent pénétrer familièrement dans les temples de TÉgypte, sous l'influence de la domination des princes de leur nation, et que les prêtres, pour complaire eux-mê* mes à ces dominateurs étrangers qui les traitaient paternellement, leur dévoilèrent tout le secret du culte populaire; que ce n'est qu'alors que ces voyageurs firent connaître à leurs compatriotes les rapports non pas de la religion primitive, toute cosmogonique , toute céleste et nullement populaire, mais du mythe isiaque, tout terrestre, avec l'astronomie et l'agriculture, seul culte qui occupât alors le sanctuaire , et dont les cérémonies fussent publiques. Rien de semblable ne se trouve encore dans les écrits d'Hérodote ni des sages qui l'avaient devancé, parce qu'alors les Grecs n'étaient point encore sur le trône des pharaons. (i) Apulée, Métamorph.
membre de la triade. Pour Isis en particulier, en tant que regardée comme la lune (i), elle était femelle, recevant du soleil les principes générateurs que, comme mâle, elle devait à son tour répandre sur la terre. Dieu mâle, elle prenait le nom particulier de Poohy de Pi-ioh, ou de Joh (2), le dieu Lunus des Latins. Principe des facultés productrices et emblème de la fertilité, Isis était aussi la terre, mais plus spécialement celle qu'arrose le Nil , pendant qu Osiris était ce fleuve lui-même, identique en ce sens avec Knou-phis-Nilus et avec Hapi-moUj le père vivificateur (3).