CHAPITRE VII
Trois ordres de divinités en Egypte — Elles sont cosmo^ goniques, — Création des âmes, — Histoire mystique d^ Osiris, — Ses rapports aifec V astronomie et Cagricul" ture, — Symboles. — Kabires^décans, — Pharaons^ dieux.
Nous avons vu comment les dieux de l'Egypte sont sortis les uns des autres par émanation, et comment les attributs divins de l'Être suprême et créateur, personnifiés chacun en particulier, ont formé une grande famille, dont
(i) Isis fut la lune abstractivement ; mais cet astre prenait ensuite des noms différents, suivant ses phases : nouvelle lune, c*était Bubastis; pleine lune, c'était Buto. Tout porte à croire que le nom de Tiihramho, qu'on trouve donné à cet astre, et qu'on interprétait par furieux de colère^ en l'attribuant à Isis courroucée, était la lune décroissante. On sait quels maux le préjugé, tant ancien que moderne, attribuait à la dernière phase de la lune. Aulu-Gelle prétend que les huîtres, et bien d'autres animaux, maigrissaient pendant la vieille lune; Gallien, et des médecins bien moins anciens, ont assuré que l'épilepsie et la manie augmentaient au décroit de cet astre : c'est plus qu'il n'en fallait pour justifier ce litre d'/.vw courroucée,
(a) Champollion, Panthéon égyptien,
(3) Champollion , Lettres de V Egypte,
214 l'égyptb phahàonique.
tous les membres, rentrant individuellement dans Tunité primitive, ne cessaient jamais d*étre identiques avec cette unité (i). Nous allons examiner succinctement quel était le rang que la théologie assignait à ces différentes divinités, renvoyant pour les développements aux précieux travaux de MM. ChampoUion, Greuzer, Guigniaut et Wilkinson. Quoique nous ayons beaucoup d'emprunts à faire à ces savants, nous ne serons pas cependant toujours d'accord avec eux, parce que le point de vue sous lequel nous considérons l'Egypte est entièrement opposé au jour sous lequel l'ont envisagé principalement les trois derniers. Pour eux, l'Egypte, barbare à son origine, n'a acquis l'instruction que par le bénéfice des siècles ; et l'époque la plus brillante a dû être, par conséquent, la plus voisine de l'ère grecque. Nous, au contraire, nous avons montré cette monarchie égyptienne riche , à sa fondation , de toutes les connaissances héritées des peuples primitifs , dégénérant de siècle en siècle, et tombée enfin dans cet état d'abrutissement^^qui excitait à si juste droit la pitié dédaigneuse de l'empereur Adrien.
Secrète et mystérieuse pendant toute la durée du culte national , la théologie égyptienne n'a été trahie que par de tardives indiscrétions; mais ces indiscrétions, faites à une époque où la pureté du culte s'était corrompue sous six siècles de domination étrangère, incomplètes d'ailleurs, parce que l'antiquité, ne mettant pas le même intérêt que nous à ces sortes de recherches philologiques, nous a légué des énigmes dont il est bien à craindre que la solution n arrive jamais d'une manière entièrement satisfaisante. Ce qui se montre manifestement dans la seconde période de l'histoire de l'Egypte, c'est une lutte incessante de
(i) Araoun, considéré comme père de tous les dieux du panthéon égyptien, recevait le titre de Amouri'Re-suten-Nter^ et, par contraction, Amofin-Rasunter, titre le plus fréquent qu'il porte sur les monuments. Rosellinij M. C, tom. m, pa^. 879.
cette cosmogonie des temps primiti&, que Moïse nous a conservée si simple dégagée de tout voile , et si savante dans sa naïveté , contre cette autre cosmogonie de T époque suivante^ laquelle, dans les temples, s'était cachée sous un voile d'allégories tellement épais et tellement compliqué, que la forme finit par faire disparaître le fond, et que la vérité s'est perdue, en ne laissant à sa place qu'un tissu monstrueux des plus absurdes superstitions.
Hérodote nous apprend que les Égyptiens connaissaient trois ordres de divinités , toutes issues les unes des autres ; mais il ne cite du premier que les seuls Pan et Latone. M. le professeur Gœrres , d'après le livre du Pimander^ range ainsi les huit dieux primitifs :