‹ L'Égypte pharaoniqueChapitre 23 sur 37 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Fétès des ÊgypUens. — Fondées sur les deux récoltes annuelles et sur r astronomie. — Fête d^Artes. — ¥kt disis. — Procession des phallus. — Fête des lampes, — Fêtes de Neitk. — Mystères d'Isis. — Grande procession Isiaque. — Solennité des initiations.

Dans toute religion le culte se divise en deux parties : les prières avec les sacrifices, les mystères et leur solennité.

Les prières furent toujours , à peu de chose près , les mêmes chez tous les peuples : elles consistaient en supplications à la divinité par rapport à soi , ou en hommages par rapport à elle. On priait les bras en l'air ou tendus vers la divinité, et un genou ou les deux genoux à terre. L'adoration , qui fait partie de la prière , se faisait en tenant les deux mains ouvertes , l'intérieur en face de la divinité, ainsi qu'on le voit sur différents bas-reliefs ; on baisait l'image divine si elle était à portée (i) , ou bien si son éloignement ne le permettait pas , on se bornait à baiser sa propre main, en regardant avec dévotion le symbole divin.

qu'on les ramassait pour eu faire des amulettes, que Ton disait tombées du ciel, parce que, suivant Damascius, c'était Uranus qui les avait observées le premier.

(i) Cicéron, dans ses plaidoyers contre Verres, parie d'une statue d'Hercule dont les joues et la barbe étaient usées par les baisers. La statue de saint Pierre, dans l'église de ce nom, à Rome, a, quoiqu'en bronze, un des gros doigts des pieds usé de la même manière. L'Ëxode nous apprend aussi qu'on adorait en se courbant, et les monuments égyptiens nous montrent des individus prosteroés jusqu'à terre. Dans les décorations du grand temple de PhilŒ,on voit même un Ptolémée couché à plat ventre devant Isis, qui lui dit : « Je te donne toutes les terres des étrangers. » M. Wilkinson, qui a tant étudié les monuments de la vieille Egypte, dit n'avoir vu que deux exemples d'une pareille attitude, et tous les deux dans ce même temple de Philœ. Manners and Customs» (V, p. 379.)

INSTITUTIONS. :t.53

Les supplications étaient des prières plus ordinairement individuelles ; les hommages ou les actions de grâces étaient des prières générales , qui se célébraient par des hymnes. Moïse , Orphée , Apulée , entre beaucoup d'autres écrivains , nous ont conservé la forme des prières et (les hymnes ou pœans. Ces hymnes se chantaient au son des instruments , et alternaient avec les danses. C'est ce que nous apprennent tous les écrivains , ce que nous montrent les monuments, et ce que nous voyons dans rSxode même. Après la destruction de F armée égyptienne dans la mer Rouge , quand Moïse a chanté son cantique d'actions de grâces au Seigneur, Marie, sa sœur, en répète le refrain au son du tympanon , pendant que toutes les autres femmes répondent par des chœurs de danses à la voix de la prophétesse. Les oblations accompagnaient les prières ; l'encens et les parfums étaient brûlés dans des cof&ets ou des sortes de vases en métal , nommés amschiry posés à l'extrémité d'un manche terminé par un simulacre de main sur laquelle était posé Tencensoir. Les victimes étaient immolées devant la divinité; mais , avant d'être amenées pour être sacrifiées , elles avaient été soumises à un examen très-rigoureux , pour qu'il n'y eût que celles qui réunissaient toutes les conditions voulues par la loi , qui fussent présentées à Dieu. L'explorateur, après s'être assuré que la victime n'avait aucun des défauts qui devaient la faire rejeter, la marquait avec un sceau en bois ou en métal pour les grandes victimes , et en terre émaillée pour les petites. Ceux de ces sceaux que des fouilles faites auprès des temples ont fait retrouver, sont remarquables par les ornements en sculpture et les bas-reliefs qui les décorent. La plus grande partie de la victime était consumée par le feu. Aux fêtes dlsis , par exemple , après que le bœuf qu'on of&ait en sacrifice était abattu , on le dépouillait de sa peau , pendant que les prêtres ré/vitaient différentes prières. On

FouTrait ensuite, et l'on retirait les intestins, laissant dans r intérieur les viscères et la graisse. On détachait enfin les membres qui devaient servir à la nourriture des prêtres et de ceux qui faisaient ToArande de la victime. Quant au corps , on le remplissait de pain de pure farine, de miel , de raisins secs , de figues, d* encens , de myrrhe et d* autres aromates , et on le livrait aux flammes, dont on activait la vivacité par d'abondantes libations d*huile (i). Tout sacrifice commençait par une libation de vin (2).

Nous ne savons rien des fêtes des Égyptiens de la première période. L'immutabilité des institutions religieuses peut laisser croire qu elles ne différaient en rien de celles de la seconde période. « Les Egyptiens, dit Hérodote, « sont les premiers de tous les hommes qui aient institué « des fêtes ou assemblées publiques , des processions , et « la manière d'approcher de la Divinité , et de s'entre- « tenir avec elle. » C'est encore là, évidemment, une de ces concessions que l'antiquité était dans l'habitude de faire à l'Egypte , par Tunique raison que c'était toujours elle qu'elle voyait au point de départ de toutes les institutions, et que c'était de ce pays que les autres peuples avaient tiré le fond de leur théologie, et tout ce qui se rapportait au culte et aux pratiques religieuses. Les fêtes en Thonneur de la Dinnité ont dû commencer avec les religions ; et le repos du septième jour était peut-être autant de précepte chez les antédiluviens, 4 qu'il le fut chez les Egyptiens de toutes les époques.

Les fêtes des Egyptiens étaient nombreuses ; mais on ne sait que bien peu de chose sur la manière dont on les solennisait. Hérodote , seul des écrivains de l'antiquité qui nous ait conservé quelques faibles détails sur certaines de ces fêtes, nous apprend que six d'entre elles étaient

(i) Hérodote, II, 40.

{1) Ibidem, 89, 4".

des panégyries, solennités politiques et religieuses tout à la fois , célébrées dans certaines villes sous la présidence du roi ou d'un prince de sa famille , et pendant lesquelles se tenait tiu marché général , ou foire, semblable 2i\xiiferiœ des Latins, qui avaient emprunté ces fêtes (les Grecs , lesquels les tenaient eux-mêmes des Egyptiens. Ces grandes panégyries , qui se célébraient à Bubastis , à Sais, à Héiiopolis, à Buto et à Papremis (i), attiraient un concours immense de population , qui se faisait moins peut-être un devoir qu'un plaisir de s'y rendre. Mais^ indépendamment de ces panégyries annuelles, il y avait de grandes panégyries qui ne se célébraient que tous les trente aas, et qui devenaient un titre pour le pharaon sous le règne de qui tombait cette espèce de jubilé , titre que les Grecs rendirent par celui àe seigneur des triacontaétérides. Par ce que rapporte Hérodote des panégyries annuelles, on voit que ces fêles générales ne faisaient pas honneur à la morale des Egyptiens. Quelque indulgence que réclame et que commande la différence de mœurs entre des temps séparés par tant de siècles, il est néanmoins des bornes qui ont dû être posées à toutes les époques dans l'intérêt de la moralité publique , et celles-ci semblent complètement violées parles écarts auxquels s'abandonnaient les Egyptiens. Au demeurant, ce n'est pas seulement à l'occasion des fêtes que nous voyons éclater la dissolution des femmes : toutes ces épouses adultères que le successeur de Sésostris aurait, d'après Hérodote, fait brûler vives , y compris la sienne, dansla ville d'Érythrébolos; lafiUedeRbampsinit et la fille de Ghéops ; que le même historien nous montre se prostituant dans un lieu de débauche l'une pour découvrir le voleur des trésors de son père, l'autre pour amasser de quoi faire achever la grande pyramide ; l'inceste commis par Mycérinus sur sa fille ; l'épisode de la

(i) Hérodote, II, 58.

356 LSGYPTE PHÀBAONfQlIB.

femme de Putiphar, dont nous parle la Bible; tout annonce assez que chez ce peuple ^ fastueusement présenté par bien des écriTains comme le plus sage de V antiquité, la vertu des femmes, la continence dans les deux sexes, la fidélité conjugale, n étaient pas des qualités qui fissent nombre dans cette sagesse tant vantée (i).

Pour ce qui est de certaines fêtes , on dirait que ce n'était que par 1* abandon de toute pudeur que les Egyptiennes honoraient la Divinité. Ces scènes de turpitude avaient

(x) Un ancien consul de France au Caire, M. de Maillet, dans sa Description de FÉgypte, prétend qu'en dépit de toutes les précautions des maris, il o*est pas de femmes plus infidèles que les Égyptiennes. « Les auteurs arabes qui ont parlé de FÉgypte, ajoute- « t-il , et qui ont dû mîeu& connaître que personne les inclinatioos a d*un peuple au milieu duquel ils vivaient, ont été si persuadés « que leur tempérament étkit porté à Tamour au-dessus de toutes « les autres nations du monde, que, se copiant les uns les antres, « ils ont tous représenté la terre sous la figure d'un oiseau dont « l'Egypte serait la partie naturelle. • On voit par là que le relâchement des mœurs s'est maintenu en Egypte, et a pu être signalé à toutes les époques.

(9). Il est une sorte de turpitude dont parlent les écrivains, laquelle serait la plus horrible des monstruosités si elle était dans les limites des choses possibles : c'est le crime de bestialité. Mais, comme tout accouplement d'un bouc ou de tout autre animal mâle avec une femme est une acte impossible, il est fort à croire que la loi qui le proscrivait se rapportait à la prostitution de femmes avec les prêtres des divinités symboliques, qui , dans l'exercice de leurs fonctions, devaient prendre le masque de l'animal qui en était le symbole. Les écrivains, non initiés aux allégories, auront pris au positif ce qui n'était qu'au figuré. Quant à l'introduction d'une défense pareille dans le Lévitique (XX, 16), cela seul prouve que l'article n'est pas de Moïse, et que c'est une interpolation bien postérieure à son époque. Hérodote parle d'un fait de cette nature qui aurait eu lieu de son temps dans le nome Mendésius ; mais , comme il ne le cite que sur le brait public y on peut regarder ce bruit comme une de ces absurdités qui , à toutes les époques , trouvent crédit parmi le peuple, quelle que soit l'extravagance sur laquelle elles reposent.

lieu primitivement dans les temples mêmes. Cependant^ il faut le dire à la louange des Egyptiens , les premiers de tous les peuples, ils établirent en dogme la défense de lunion des sexes dans les lieux sacrés, et lobligation de se purifier avant d'y entrer, lorsqu'on avait eu commerce ayec une femme.

La religion populaire de l'Egypte, sous la seconde période, fut toute fondée sur F astronomie et sur l'agriculture. La marche du soleil autour de l'écliptique déterminant les trois saisons qui partageaient l'année agraire, les travaux que chacune de ces trois saisons amenait constituaient la religion osirienne, ou ce mythe. C'est sur ces deux pivots que roulait la longue allégorie de la mort et de la renaissance d'Osiris, et qu'étaient accommodées toutes les fêtes du culte. Nous parlerons de quelques-unes dé ces fêtes , et d'abord de celle de Sotkis, ou du lever de cette étoile, première solennité du calendrier égyptien , laquelle se célébrait le premier du mois de Thoth^ premier mois de Tannée. Ce premier jour de l'an, on sacrifiait une caille à Isis, avec qui Tétoile Sothis se trouvait en rapport; et l'image d* Amon-Ra , suivie de celle de tous les autres dieux du temple^ sortait processionnellement du sanctuaire de Medinet-Abou (z). Ces statues divines étaient posées sous une espèce de tabernacle orné de guirlandes de fleurs, placé sur un brancard que portaient un nombre considérable de prêtres, tantôt douze, tantôt seize , suivant le poids de l'édicule et de son brancard. Une komasie, ou procession semblable, avait lieu à toutes les fêtes , et les monuments nous apprennent que le roi se faisait un devoir d'y assister,* la reine elle-même l'accompagnait souvent aussi , un sistre à la main. Quelques jours après la pleine lune, on chômait la fête de Thoth, à qui ce mois était dédié; et, dans cette

(i) Tbeon, Comment, in /irai,; Champollion-Figeac, c/âr/i5 l*Vn, pUt.y Egypte.

3S8 l'Egypte phabaoniqcb.

fête, on mangeait des figues et du miel, en prononçant ces mots : « Douce est la yérité (i). » Au second mois, celui de Paophiy on fêtait d* abord au sixième jour, correspondant au 3 d'octobre, la grossesse d'Isis, enceinte d'Harpokrat; c était rallégorie de lensemencement des terres, à la retraite des eaux (2) : le jour de cette fête , on suspendait an coud'Isis un talisman, que Plutarque nomme «la Foix véritable 9 » et Themistius, « le verbe parfait (3) >. Venait ensuite la fête du bâton du soleil, qui tombait au a8 de ce même mois de Paophi , ou ^5 octobre. Par cette fête , les Égyptiens exprimaient Tàge avancé du soleil, la diminution de sa chaleur , la perte de ses forces, tpii lui rendaient, allégoriquement, nécessaire Tappui d'unbitoD. Une procession , dans laquelle on portait solennellement l'image sans doute d'une génisse, faisait sept fois le tour du temple : c'était la recherche du corps d'Osiris par Isis (4). Mais la principale fête de ce mois était la grande panégyrie d'Amon-Ra, qui se célébrait à Paprémis, et qu'Hérodote décrit sous le titre de panégyrie de Mars (5).

<i) Plat., de Osiride.

(s) L'ensemeDcementdes terres a lîeu au corameaceineot d'octobre dkaiM Ia haute Egypte; et quinze J4Mirs plus tard , an Delta. CeA l'époque où les eaux se retirent des terres qii elles ont couvertes. L'Egypte compte trois récoltes, une par chaque saison. Voy.Z^^'V'' de l'Ég,, É. M., tom. II, le mémoire de M. Girard sur Fagricullure des Égyptiens.

(3) Plut., de Osiiide; Themistius, Orat, IV.

(4) Plut., ibid,

(5) Le calendrier romain porte au i5 octobre une fêle de Mars répondant au 18 Paophî , et c'est le lendemain que le calendrier égyptien pkce la panégyrie d'Amon-Ra. Il eat évkfenft que c'est U même fête , quoiqu'à un jour d^intervalle. M. Càani|ioll«on trouve aussi une panégyrie célébrée dans Oph ^ c'est-à-dire dans le palais de Karnac. Hérodote place sa fête à Paprémis; mais quel est ce lieu? Suivant «a écrivain du cinquième siècle, Etienne de Byzaoce, Paprémis aurait été un chef-lieu de nome; mais où était ce nome?

IVSTITnTfOffS. 2â9

Cette goleoiiic^ était marquée par une scène eniaiagltiitée , qui marque une sorte de sauvagerie. La veille de œ jour, la statue du dieu , placée sous un tabernacle de bois «loré , était transportée dans un lieu sacré , à une certaine distance du temple. Le lendemain, après les sacrifices , et quand le soleil commençait à baisser , un petit nombre de prêtres restaient avec la statue; tous les autres , armés de massues, se plaçaient près de la porte du temple, afin d'en défendre l'entrée au dieu .Le tabernacle de la statue, placé sur un char à quatre roues tiré par les prêtres , pénétrait sous le portique , mais ne pouvait le dépasser, arrêté qu'il était par une multitude de gens , souvent au nombre de plusieurs mille, armés aussi de massues, qui s'étaient joints à eux. Une bataille s'engageait alors entre ce«x qui défen'daient l'entrée , et une autre foule de dévots armiés de la même manière , qui avaient fait vœu de protéger la rentrée du dieu , et de graves blessures étaient reçues des deux côtés. Bien des têtes étaient cassées , ajoute Hérodote ; mais les prêtres ne convenaient pas qu'aucun des blessés pérît victime de ee zèle fanatique (i). La raison mystique de cette atroce cérémonie était que Horus ayant voulu avoir un conmierce incestueux avec sa mère, et l'entrée de la maison lui étant refusée parles serviteurs d'Isis, il avait dû rassembler une foule d'amis pour forcer le passage. On ne peut voir ici qu'une allégorie relative à la dialeur solaire , qui est Horus , cherchant à pénétrer le sein de la terre ensemencée , qui est Isis.

Une autre grande fête, dont parle Hérodote, avait lieu le 17 du mois d'Athys, troisième de l'année égyptienne, dont le commencement répondait aux derniers jours d'octobre* Ce jour*là, qui était réputé néfaste, Osiris^ tombant dans le piège que lui avait tendu Typhon, était entré dans le

qui en parle? Les recherches de Champollion ne lui ont rien indiqué de semblable.

(i) Hérodote, II, 63.

360 L'iGYPTS PHA.BÀONIQUE.

cofiFre nomicide. C'était alors la mi-novembre, époque où le Nil est rentré dans $es berges. Cette fête, qui était la seconde des panégyries annuelles indiquées par Hérodote, durait quatre jours , pendant lesquels on promenait un bœuf aux cornes dorées , portant sur son dos une large pièce de lin, ou plutôt de coton , teinte en noir. Comme le bœuf était le principal symbole d'Osiris, cette couverture noire était l'emblème delà terre d'Egypte, qui a cette couleur. La procession funèbre de ce bœuf pendant quatre jours exprimait le deuil des Egyptiens, premièrement, pour le Nil , qui se retirait et allait toujours en diminuant de Tolume; secondement, pour le vent du nord, qui se trouvait vaincu par le vent typhonien du midi ; troisièmement, pour les longs jours, qui faisaient place aux longues nuits; quatrièmement, pour le dénùment de la terre, qui se dépouillait de sa verdure (i). Cette fête avait lieu à Busiris, ville dont le nom est considéré comme signifiant tombeau d'Osiris. Les personnes qui s'y rendaient se préparaient à la solennité par des je(\nes et des prières , parce que c'était une cérémonie lugubre, dans laquelle il fallait s'unir à la douleur d*Isis pleurant la perte d'Osiris. Les victimes offertes étaient des bœufs, dont, après en avoir détaché les quatre membres et la tête, on brûlait tout le corps, rempli de comestibles et d'aromates. Dans le temps que cette pièce se consumait, hommes et femmes se livraient à des lamentations, se frappaient la poitrine et marquaient la plus vive douleur; et tout se terminait par un repas dans lequel chacun mangeait sa part de la victime.

Une circonstance de cette solennité de deuil , rapportée par Hérodote , concerne les Grecs établis en Egypte. Ceux des Cariens qui par dévotion se rendaient , ce jour-là , à Busiris, se tailladaient, dit-il, le front avec la pointe de leur épée. L'usage de se taillader ainsi la peau, dans le deuil,

(i) Plul., de Osiride.

Tenait des Egyptiens mêmes, qui le pratiquaient aux temps les plus anciens. Le soin que prend Moïse d'en défendre l'imitation aux Hébreux (i) semble la conséquence de la défense qui aurait eu lieu en Ég^jrpte, vers son époque, pour abolir ce barbare usage; pe qui expliquerait pourquoi les Egyptiens du temps d*Hérodote ne le connaissaient plus. La remarque de l'historien grec prouverait également que ce même usage était connu de quelques autres peuples, et qu'au temps où il vivait les Gariens seuls l'avaient conservé.

La rentrée du Nil dans son lit était suivie des semailles d'automne : c'était la sépulture d'Osiris, dont la fête avait lieu le 23 du même mois.

Le premier jour du mois de Ghoïak était marqué par une grande fête , qui se célébrait dans le grand temple d'Esneh : c'était une panégyrie en l'honneur de la triade divine, patronne de cette ville, Ghnouphis, Neith etHaké. Champollion a copié , sur les murs du pronaos de ce temple, un article très-intéressant de la liturgie égyptienne,

(i) LevitiquCf 21, 5. Un pasage du Voyage dans les parties inférieures de V Amérique f par Jonatham Carver, pourrait faire soupçonner que cet usage remontait beaucoup plus haut qu'au temps des Egyptiens. Nous transcrivons ce passage :

" J'ai remarqué dans le deuil des Nadoéssis un usage fort diffé-

■ rent de celui de toutes les autres nations que j'ai visitées. Les

■ hommes, pour montrer la grandeur de leur affliction, se percent

■ avec des flèches les parties charnues des bras; j'en ai vu les cica- « trices sur ceux des Indiens de cette nation de tous les rangs. A " l'égard des femmes, elles se font aux cuisses des incisions avec des

■ pierres tranchantes, jusqu'à ce que le sang en découle en abon-

• dance. » Voyage, c/c; Paris, Pissot , 1784.

Nous ne devons pas omettre d'ajouter que ■ après l'enterrement, « la tribu à laquelle appartient le mort a soin de placer près de lui

* des marques hiéroglyphiques (iconographiques sans doute), pro- « près à montrer aux^âges à venir son mérite et ses talents. • Pages 3o5 et suiv.

262 L^ÉGYPTB fllÀllAO!! IQUE.

au sujet de cette fête; nous en empruntons le texte à V£gypte ancienne de M. ChampolUomF^eac.

« AkinéoniéDiecleChôïak, panégyriesetOi(iraiidctdan& <c le teoDple de Chnoubis^ seigneur d'Esuch< Ou ëtak tans « les ornemems sacrés ; on offre du pais ^ du rvn et autrei a liqueurs^ des bœufs et des oies; on présente des ooHjres <« et des parfums au dieu Chnouphis et à la déeiae la tom* « pagoe^ ensuite le lait à Chnouphis. Quant aux autres fr dieux do temple, on ofire une oie à la déesae Menhi} « une oie à la déesse Neith, une oie à Osiris, une oie à « Kbemet à Thoth, une oie aux dient Pheé^ Atmoti, » Thorë) ainm qu'aux autres dieux adorés dans le tempk. « On présente ensuite des semences^ des fleurs et des épis « de blé au seigneur Chnouphis ^ souyeraia d'Esuefa, et on « rinvoque en ces termes, etc., etc. ^ Il est fâcheux que M. ChampolUon n'ait pas donné le texte de la prière.

Le 7 du mois deTjbi , (}ui était le cinquième de l'aBoée égyptienne, on célébrait la fête du retour d'Iaîs de k -Phénicie: ce jour-^là, on offrait en sacrifice des gâteaux sur lesquels était représentée la figure d*un hippopotame enchaîné. A Héliopolis, ce même jour chaque habitant devait manger de la chair de crocodile(i). La fête dureni^ placement du phallus d* Osiris par un simulacre de bois venait quelques jours après : c'était peut-être là une rfWgorie de la plantation des arbres, laquelle avait Heu après la retraite de Tinondation. C'est encore dans lé courant de ce mois, le 19, que devait se célébrer, à ce qu'il semble, la panégyrie de Sais dont parle Hérodote , fête remarquable par une illumination qui avait lieu non-seulement à Sais , mais dans toute TÉgypte. Cette illumination, dont 1 objet mystique était de dissiper leâ ténèbres qui couvrirent le monde à la mort d'Osiris (2), et qui était commune aux

(i) Plut., flfe Osiride,

(a) Manetho , apud SynceL

INSTlTUTIOlf». 263

Egyptiens, aux Chinois et aux Perses, aTait lieu ^ers le solstice d'hiver, momeat où le soleil , venant sur notre hémisphère, dissipe les rigueurs de la mauvaise saison. Enfin ) c est encore dans le cours de ce même mois que, d'a^ près les coïncid^ices du mythe avec les mouvements de l'année astronomique et agraire , doit être placée la fête de Tinvention du corps d'Qiiris. Pendant la nuit, les prêtres portaient processionnellementàlamerTarche sacrée, dans laquelle se trouvait un petit vase d'or qu'on remplissait de l'eau du Nil prise à l'embouchure du fleuve, et tous les assistants s'écriaient qu'Osiris était retrouvé: cet Osiris retrouvé , c'était le soleil recommençant sa course. Dans ce moment, nous dit Plutarque, chacun se mettait à pétrir de la terre avec de l'eau du Nil, en y mêlant quelques essences précieuses; et on donnait aux figures qu'on modelait ainsi la forme d'un croissant.

C'est probablement dans la solennité de cette panégyrie qu'avait lieu la cérémonie dont parle Lucien, laquelle consistait dans le jet à la mer d'un panier en papyrus, que ïe courant poussait vers la Phénieie (i).

(i) Lucien, dans son traité de Dca Syria, parle d'une circonstance singulière de cette fête, dont il dit avoir été témoin, et qui prouve la corrélation de religion entre les Phéniciens et les Égyptiens. De l'une des villes de l'Égyple on jetait à la mer une tête fabriquée avec du papyrus , figurant celle d'Osiris , laquelle en sept jours était entraînée devant Byblos. Les femmes de cette ville, qui attendaient cette tête, ou ce panier en forme de tête, s*en emparaient et l'emportaient dans la ville, où cessait alors le deuil, que remplaçaient la joie et les divertissements.

Lucien a été trompé sur le temps que celte sorte de panier en papyrus mettait à faire le trajet d'Egypte en Phénieie. De Peluse, qui étaîr la ville maritime la plus rapprochée de Byblos, à cette ville, la distance est de plus de cent lieues marines. Les courants portent réellement à Test dans la Méditerranée, maïs leur vitesse ne va pas au delà de onze milles par jour : en sept jours, l'objet flottant, dont nous supposons qu'aucun vent contraire ne relartle la matche, n'aurait donc pu parcourir que soixaDto-dix*iept mill«8|» et n&ù trois

264 l'bgypte pharaonique.

Au mois de Mekir avait lieu sans cloute la fête de la vision d*Isis revoyant Osiris, parce que c* était le moment où les semailles d'automne poussaient hors de la terre. En Phamenot on fêtait la purification dlsis, un peu avant la pleine lune. Trois fêtes se suivaient ensuite, vers la fin de ce mois : la première était celle des Pamylies , laquelle se chômait le a6, et dont la turpitude faisait l'essence. Pour célébrer le principe de la fécondité, on exposait ce jour-là la statue d'Osiris générateur, pourvue d'un triple phallus (i); et à la komasie qui avait lieu , les femmes portaient ces sortes de marionnettes dont parle Hérodote, dont le phallus , d'une longueur disproportionnée, s'élevait en tirant une corde à boyau. Précédées d'un joueur de flûte, ces femmes parcouraient les rues en foisant mouvoir Fagent de cette impudique dévotion, dont la raison mystique^ rapportée par saint Clément d'Alexandrie , était encore plus infôme (2). Le lendemain de cette fête, on célébrait celle de l'entrée d'Osiris dans la lune , c'est-à-dire, de la réunion du soleil et delà lune surl'équateur. Plutarquedit à cette occasion qu'on donnait à ce dernier astre le nom de

cents. Pour arriver à Byblos, cette prétendue tête ne pouvait pas mettre moios d'un mois. Si le fait est vrai (ce dont on peut clouter peut-être, malgré Taffirmation de Lucien), les Phéniciens n'auraient célébré les Adonies qu'un mois après que les Égyptiens avaient fêté rinvention du corps d'Osiris. Remarquons cependant que chez les Égyptiens, comme chez les Juifs et sans doute chez les Phéniciens, le nombre sept était un terme déterminé, mis à la place d'un terme inconnu.

Le même écrivain cite un autre trait curieux de ces fêtes. Celles des phéniciennes qui tenaient plus à leurs cheveux qu'à leur honneur, les rachetaient en se prostituant aux étrangers le premier jour, et en consacrant à Astarté le prix de cette transaction. Cette circonstance ne laisserait pas que de présenter bien des difBcultés, si on voulait la soumettre au creuset de la critique.

(ï) Plut., de Osiride,

(a) Clément. Alex., Adm, contra Gent.

mère du inonde. Le 28 de ce même mois était le jour de la nativité d'Horus.

Le mois de Pharmuthi , qui venait après celui de Phamenot , n'est marqué par aucune fête , à notre connaissance; il nous semble cependant que c'est dans le cours de ce mois que devait se tenir la panégyrie de Neith j à Bubastis, à l'occasion des moissons, dont l'opération commençait le 5 (i). Une foule immense courait à cette foire, la plus célèbre des fériés annuelles , et que marquaient des scènes qui pouvaient ne pas paraître honteuses à cette époque dans un pays très-dissolu, mais que les principes éternels et immuables d'une saine morale repousseront toujours avec rougeur dans la civilisation moderne. Hommes et femmes, confondus dans les mêmes barques, descendaient ensemble le Nil, en jouant, quelques hommes de la flûte, quelques femmes des crotales, et tous les autres, de Tun et de l'autre sexe , chantant despœans et battant des mains. En passant près des lieux habités, le long des rives du fleuve, les barques s'en rapprochaient, et les femmes qui étaient sur les barques vociféraient des injures contre celles qui étaient accourues sur le rivage, pendant que celles-ci se mettaient à danser : les premières prenaient ensuite congé des autres en relevant impudiquement leur

(i) La religion égyptienne était en très-grande partie fondée sur Fagriculture, et les pharaons ayant dans les cérémonies du culte des fonctions spéciales à remplir, il ne serait pas impossible que la solennité des moissons fût ouverte par le prince lui-même coupant quelques épis et les offrant à la divinité. Nous croirions assez volontiers que c'est à cet acte que se rapportent quelques peintures où Ton voit le pharaon couper quelques épis, en présence des divinités auxquelles ces épis devaient être offerts. De même on peut considérer comme la [cérémonie religieuse de Touverture de Tannée agricole un tableau du petit palais de Medinet-Abou\ où l'on voit le pharaon Mœris piochant la terre avec une houe dont le manche n*a de longueur que la moitié de la longueur du fer. uàilas du Voy. de Champ, , pi. igS.

366 L'iGYm PiUBAONlQUE.

Fobe, comme elles étaient dans l'habitude de le faire en présence d'Apis (i). Arrivés à Bubastis, les pèlerins, dont le nombre s élevait quelquefois, suivant Hérodote , jusqu'à sept cent mille, se répandaient partout; de nombreuse» victimes étaient offertes, et des scènes d'ivrognerie termi* naient la fête : d'après le même historien , il se consommait dans cette circonstance plus de vin que dans tout le reste de Tannée.

Avec le neuvième mois, celui de Pachon, venait la fête de la grossesse d'Isis, enceinte d'Harpokrat. Dans le mois suivant, celui de Paoni, on faisait des sacrifices degàteaui sur lesquels était représenté un âne enchaîné: c'était le triomphe d'Osiris sur Typhon. Ce mois de Paoni répondait au commencement de juin , temps auquel le Nil cod>mence à monter : les larmes d'Isis pleurant Osiris avaient produit la crue (2). La fête des jeux d'Horus venait ensuite, le 3o du mois d'Épiphi : cette fête était probablement la même que celle qu'Hérodote appelle la panégyrie du soleil , dont la grande solennité avait lieu à HéliopoUs. C'est dans ce mob en effet, le^ d'Hécatombéon, répondant au i3 d'Épiphi, que les Grecs fêtaient la naissance d'Apollon, et que les Romains, au 6 juillet ou la d'Épiphi, célébraient leurs jeux ApoUinaires. Enfin dans le deinier mois de Tannée , celui de Mésori , arrivait la fête de la naissance d'Harpokrat, dieu du silence, caractérisé par un anneau placé sur sa bouche. Dans cette solennité on offrait les prémieesdes lentilles, en disant : «La tangue est fortune^ « la langue est démon (3). » Des sacrifices de chiens roux

(i) Hérodote» II.

(2) PausaD., Phocide. Les Coptes ont conservé une expression qui semble se rattacher à ce que dit Pausanias. Dans la nuit du 11 de Baouneh (corruption de Paoni ), tombe, disent-ils , la goutie : c'est le moment où les eaux» devenantjaunàtres» aonoDceat la crue* Marcel^ Menu sur le Mekyas de Roudah,

(3) Plut., in Osiride.

llfftTITIITIOlfS. M7

que le a 5 juillet , répondant au a de ce mois de Mésori , le» Grecs aussi bien que les RomaifM offraient à Sokhi» , non» font supposer q»e des sacrifices semblables myùêM peut-être lieu en Egypte à pareil jour.

Nous ignorons en quel mois se célébraient lea pa«* négyries de Buto , qui avaient lieu au jcrar de la f^iné hme» A cette occasion, on offrait à Osiri», et à Isis ou Buto^ le sacrififice d*un pourceau, et ce jour-là seulement il était permit d'en manger la chair : cet animal était réputé im-» monde ^ et VEgyptien dont les yétements seub en auraieol touché un devait aller immédiatement se purifier dane le Ni). Auiû l'entrée des temples était-elle défendue aux porchers I gens considérés eux-mêmes comme impurs c^ ne pouvant se marier qu'entre eux* Hérodote, par scmn pttle religieux, se tdt sur k raison qui faisait permettre cet aliment ce jour>là, et son silence nous condamne à Vir gncMrer peut-être à jamais. Pour le sacrifice on mettait ensemble l'eifitrémité de la queue du pourceau , la rate et Fépiploon , qu'on couvrait delà graisse qui se trouvait dans le ventre, et on brûlait le tout. Les pauvre» remplaçaîcmt l'aninaal par un simulacre qu'on en faisait avec de la pâte cuite (i).

L'acte le plus célèbre comme le plus important de la re* ligion des Égyptiens consistait dans la célébration de ce qu'on appelait les mystères, c est-à-^irela manifestation, à certaines personnes bien éprouvées d'avance, des grandes vérités tenues cachées dans le secret du sanctuaire : cette manifestation portait le nom d'initiation.

Le dogme de l'unité de Dieu, tout défiguré qu'il ftA après l'institution du mythe d'Osiris , continua d'être , pendant toute la durée de la seconde période pharaonique, le fond de la doctrine religieuse et la base des grandes solennités qu'adoptèrent presque tous les peuples de l'épo-

(i) Hérod., U, 47.

368 L*ÉGYPTE PHAR40NIQUI.

que correspondante à cette seconde période ; mais ces derniers peuples, en empruntant à TÉgypte ses grandes solennités, s'occupèrent bien moins de la vérité fondamentale qui en était la partie essentielle, que de Tappareil imposant des cérémonies de ces fêtes, appareil qui, en saisissant l'imagination et frappant l'esprit d'une sorte de terreur religieuse, s'accommodait bien mieux à la frivolité, des Grecs surtout, grands amateurs de toute pompe. Ceux d'entre les anciens qui, après avoir reçu tous les degrés de l'initiation dans les temples de l'Egypte, ont écrit sur la morale et sur la théologie, témoignent hautement de l'existence de ce Dieu unique à qui tout est subordonné dans l'univers, et dont tous les personnages qualifiés d'un titre divin ne sont supposés que des émanations . Orphée d'abord, le plus ancien de tous, qui dans ses vers sur les orgyeSf mot synonyme de mystères, s'écrie qu'il va parler à ceux qui peuvent le comprendre, à l'exclusion des profanes, et qu'il proclamera une grande vérité : « Considère, dit-il , le logos, ou verbe divin; ne cesse de le contempler; dirige ton esprit et ton cœur dans la droite voie , et regarde le maître du monde , seul immortel , seul engendré de lui-même. Toutes choses proviennent de lui seul, et il réside en elles. Invisible à tous les mortels , lui , au contraire, les voit tous(i). » Dans un autre de ces fragments, ce poète dit que tout est dans Jov (Jovis, Jehovah , Thoh, Amoun) : « l'étendue éthérée et son élévation lumineuse, la mer, les terres , l'Océan , l'abîme du Tartere, les fleuves, tous les dieux et toutes les déesses immortelles , tout ce qui est né et tout ce qui doit naître', tout est renfermé dans le sein de ce dieu (a), » Pythagore, à son tour, dé-

(i) Clem. Alex., Jdmonit, contra Gent.

(s) Cest de ce pasaage remarquable, dans lequel Orphée célèbre la majesté et l'immensité de Dieu, qui renferme tout en lui-roéine, parce qu'il est le créateur et le principe de toutes choses , qu'on a déduit Tabsarde doctrine que Dieu n'était autre chose que Tensein-

clare que c'est dans Finitiation qu il a appris à connaître l'unité de la cause première et universelle (i) j Thaïes dit que Dieu est l'esprit qui forma tout deTeau, parce que dans sa doctrine Teau était le principe de toutes choses (a); Platon avance que c'est à tort que la multitude vénère les grands dieux ; que ces dieux sont des substances animées , distinguées de la matière par leur propre essence y et dont l'auteur et le créateur de tout n'a nul souci à prendre (3). Par la pénurie du langage, il n'est, suivant ce philosophe, aucune expression qui puisse donner une idée de la grandeur immense et de l'ineffable majesté de ce Dieu créateur, que les sages peuvent à peinejcora prendre, en y appliquant toute l'aptitude de leur intelligence. Voilà ce qu'enseignait l'initiation égyptienne , et c'est là précisément ce dont Moïse pensait qu'on ne devait faire un secret à personne, ce qu'il a voulu faire comprendre à tous. Si l'on compare à ces doctrines puisées dans l'initiation égyptienne, ce qu'on sait du résultat des initiations grecques, rien d'aussi sublime n'est jamais sorti des temples de cette contrée. Des écrivains de l'antiquité même ont pu tourner en ridicule et en dérision ces initiations grecques et romaines qu'on pouvait acheter pour quelque argent, qui avaient pour préparation certaines épreuves burlesques, et pour résultat des lustrations absolvant du mal qu'on avait pu faire , mais ne traçant aucun plan de vie pour assurer un meilleur avenir (4). Celles de ces initiations qui n'avaient pas pour mobile un pur charlatanisme étaient suivies, il est vrai, de certaines leçons de bonne morale et

ble de Tunivers , ou le panthéisme. Orphée dit que « toutes choses provienuent de Dieu, et qu'il réside en elles; » mais non que Tunivers est égal à lui , et constitue la diTÎnité.

(i) Jambl.y de Mysteriis jEgypt,

(a) Cicero, cfe Nat, deorum,

(3) Apul. , de Deo Socrat,

(4) Luciani , de Dea Syvia,

270 L'ÉOYnB PHABAOlflQUE.

de saine philosophie : on j jetait aussi sans doute cpielcpies idées sur le {»indpe divin de la cosmogonie unÎTerselle; vais , i ce qu'il paraît;, rien de ce qui se rattachait esseutiellement et uniqttement à la connaissance des f^tmr des et hautes yérités ne s'y montrait. Cicéron, qui en parle en termes pleins de décence, nous dit que c'est à bon droit qu on nommait ces mystères initia, puisqu'ony montrait les vrais principes de rexisteace, qu on y apprenait à vivre dans une douce joie, et à mourir avec des espérances meilleures (i) ; et Porphyre ajoute qu'on y eoseiga9iit de plus à honorer ses parents, à offrir à Dieu les prémices de la tenre, à ne pas être cruel envers les sntmaux(a).

L'initiation fiitde rigueur à toutes les époques , à l'égard des pharaons : ceux de ces princes qui n'avaient pas reçu une éducation religieuse complète étaient instruits, dès leur ascension au trône , de toutes les particularités les plus secrètes et des doctrines les plus intimes du sanctuaire. Les personnes des hautes classes qui désiraient participer aux bienfaits de l'initiation pouvaient la recevoir aussi) après les instructions et les épreuves convenad»les (3). On doit bien penser en effet, d'après l'initiation donnée aux étrangers, comme Orphée, Pythagoi^, Thaïes, Sc^n et

(i) Gicero , de Legibus , ill.

{a) P^Nf^byr.» de Jbstineatia.

(3) ApuLy Lus, Min. Nous lisons, à la page a8i du premier volame du voyage de M. MoUien dans l'intérieur de l'Afrique, que dans le Fouta-Toro il existe une initiation dont les adeptes sont éprouvés par une séquestration de huit jours dans une case où on ne leur doone a maofer qu'mtie seule fois par joar, et aa bout desquels des gens masqués ««ploient mille moyens pour ébranler leur courage. Les initiés prétendent qu'au «MMBeat de rinittaliiofi on le^r fait voir tous les royaumes de U terre, et que Tavenir leur est dévoilé ; et ils passent pour des espèces de sorciers. Une aasociatîon semblable au centre de l'Afrique est évidemment «me réminisceoce traditionnelle de l'antiquité.

tant d'autres Grecs, que les voiles les plus épais du sanctuaire ne se seraient pas levés pour ceux-ci, à l'exclusion des sages du pays.

L'époque de la célébration des mystères ne nous est pas connue. Le discours qu Apulée fait tenir à Isis , en montrant que les mystères, pendant lesquels il fut admis à l'initiation, avaient eu lieu au moment où les tempêtes hiémales s'apaisent et où les flots de la mer se calment, semblerait indiquer le temps où la navigation se rouvrait, et les fixer, par conséquent, vers le mois de Pfaarmuti ou celui de Paclion , c'est-à-dire , de la fin de mars au commencement de mai. Cependant, ce que cet écrivain ajoute ailleurs semble prouver que le temps n'en était pas déterminé par le calendrier, et qu'il était facultatif aux grands prêtres d'en indiquer le jour aux postulants (i).

Ces grandes solennités, qui duraient huit jours, débutaient, à la pleine lune, par un deuil général, par des cris et des lamentations, par les divagations des femmes, errant à travers les rues, la tête rasée , et se frappant la poitrine. On couchait la statue d'Osiris sur un lit de l'espèce de ceux sur lesquels on plaçait les cadavres pour les embaumer, et que les monuments nous montrent montés sur quatre pieds de lion , avec la tête de cet animal pour dossier. Le lion avait été le compagnon de Sésostris; on le voit partout avec lui en temps de guerre , soit, comme le pensait ChampoUion, qu'un animal de cette espèce, apprivoisé, accompagnât

(i) Le calendrier grec place les mystères d*Éleusis du i5 au s3 Boédromion ou septembre, ce qui nejs'accorde nullement avec les paroles d'Apulée : d'autre part , on sait que le calendrier vague des Égyptiens faisait anticiper tous les quatre ans les fêtes d'un jour 'enlier. Il est donc très-probable que les prêtres avaient des fêtes mobiles, dont ils indiquaient l'époque chaque année, afin de n'être pas exposés à fêter, par exemple, la rentrée du Nil dans son lit au moment où commençait sa crue, et à faire la fête du solstice d'hiver au milieu de l'été.

372 l'bgyptb phabàoniqub.

réeUement le héros de TÉgypte (i), soit plutôt, et comme nous le pensons, que sa présence sur les monuments (ùt purement symbolique, et comme exprimant la force, la valeur, Tintrépidité du grand pharaon, et la terreur qu il inspirait aux ennemis, toutes significations attachées hiéruglyphiquement à ce signe (a) : à ces différents titres , le lion ne pouvait que trouver place dans le mythe d'Osiris. Après qu'une journée avait été consacrée ainsi à la commémoration des funérailles de ce dieu, venait celle où ce même dieu était censé renaître, et ce jour-là la joie remplaçait les sanglots de la veille. A la lueur des nombreux flambeaux allumés en l'honneur de cette solennité, ud prêtre oignait d'un certain baume la gorge de ceux qui avaient pleuré, en leur disant : « Ayez bon courage, vous « qui avez été instruits des mystères , et vous serez soulagés • dans vos travaux (3). » C'est alors vraisemblablement qu'avait lieu la komasie dont Apulée nous a laissé la description suivant le rite des Grecs , et dont nous traçons ici une esquisse. Des gens déguisés, qui fournirent très-probablement la première idée des mascarades auxquelles on donnait à Rome le nom de Bacchanales, précédaient, sui- ' vant Lucius , cette procession solennelle (4). Dans celle

(i) Lettres d' Egypte t p. i43. Diodore, I, 48, après avoir rapporté le même fait, ajoute que , suivant quelques-uns de ceux qui expliquaient les peintures du Rhaniesseum, la figure du lion n'était qu*un symbole adopté par le roi lui-même.

(a) Horapol., HierogL I, 17-ao; Clem. Alex., Stromat, V,

(3) Firmic. Matern., de Myst. et Error. relig,, ^ 17.

(4) Diodore dit qu'à la tête des processions des Isées on faisait ■ marcher des chiens , en témoignage de reconnaissance des services

rendus à Isis par ces animaux, qui, lorsque cette déesse était à la recherche du corps de son époux, écartaient de son chemin \e» autres animaux et les hommes , et qu'ils accompagnèrent dans sa retraite avec de continuels aboiements. A ces mêmes fêtes d'Isis» ou Isées, on portait en grande pompe, dans certaines villes, des corbeilles remplies d'orge et de froment, en souvenir, dit Diodore, de la découverte des céréales faite par cette déesse, quit^n

décrite par cet initié , et qui se rapporte aux mystères d'Eleusis, des personnes ceintes de baudriers contrefaisaient les soldats; d'autres, couvertes d'une chlamyde et armées de coutelas et d'épieux, figuraient des chasseurs; d'autres étaient travesties en femmes, et portaient des sandales dorées, une robe de soie et de riches parures : les dheveux noués sur la tête à la manière des femmes, ces derniers affectaient une démarche efféminée. On y voyait des gens costumés en gladiateurs s' échappant de l'amphithéâtre; d'autres vêtus en magistrats, avec les faisceaux et la pourpre; d'autres qui, couverts de manteaux, le bâton à la main , une grossière chaussure aux pieds et une barbe postiche au menton, affectaient la tenue et la gravité des philosophes. Il y en avait qui contrefaisaient, soit l'oiseleur avec ses roseaux et sa glu , soit le pêcheur avec ses lignes et ses hameçons. Des bouffonneries encore plus grotesques et plus singulières faisaient partie de cette marche , pourtant si pieuse et si solennelle : c'était, nous dit Apulée , un ours vêtu en femme, qu'on portait sur une cathèdre comme une matrone ; un singe affublé d'un bonnet tissé et d'une robe à la phrygienne, à qui on faisait porter une coupe d'or, pour représenter Ganymède ; un âne avec des ailes collées sur le dos , et que montait un débile vieillard , pour contrefaire Pégase avec Bellérophon. Ces mascarades , qui faisaient partie des mystères d'Eleusis, avaient- elles été empruntées au rite égyptien? Peut-être aurions-nous de la répugnance à l'admettre, si l'allégorie n'excusait tout, même ce qui semble le plus bouffon , et qui ne paraît ridicule que parce qu'on ne connaît pas l'idée mythologique qui en faisait la base (i). 11 ne faut pas oublier , au reste , que les Grecs,

inventant le pain, fit ainsi cesser l'usage qu'avaient auparavant les hommes de se dévorer entre eux. I, i4>^7« Une explication aussi ridicule de cette cérémonie mythique est évidemment d'orî« gine grecque.

(f) Apulée, qui avait reçu Tinitiation à Eleusis, décrit ce qui se T. î. 18

374 l'bOYPÏB PHlHÀOmQUB.

peuple l^gtT) qui ne fabait guère qu'effleurer la superfirie des mythes I sans se mettre trop en souci de la pensée morale qui en faisait le fond y avaient pu exagérer, suivant leurs goûts, dans ces cérémonies^ la partie qui semblait se prêter au divertissement. Allant plus loin encore, les Romains n'adoptèrent des Dionysiaques, o'est«À««dire des fêtes d' Osiris , que ces mêmes divertissements , qu'ils transe formèrent en des extravagances telles , que la sévérité des magistrats dut enfin y intervenir.

A la suite de ces Anteludia^ servant d'amusement au peuple, qui, en Egypte même, n'en comp«nait .ap. doule ni la pensée ni la valeur allégorique , s'avançait la pompe de la komasie. Des femmes resplendissantes par la blan« cheur de la demi«robe dont elles étaient couvertes, poivtant gaiement divers objets relatifs au culte de la déesse, et couronnées de fleurs , tiraient de leur sein et répandaient sur le sol d'autres fleurs que devait fouler le sacré cortège, pendant que d'autres femmes portaient, suspendus derrière leurs épaules , de grands miroirs pour la toilette de la déesse, qui venait immédiatement après (i). D'autres femmes encore les suivaient, les unes munies de peignes ^ d'ivoire , feignant, par les mouvements de leurs bras et de

pratiquait en Grèce ; mais , dans ces cérémonies religienses empruntées à rÉgypte, les Grecs ne faisaient guère qu'imiter les Égyptiens. Nous ne cloutons pas que ces travestissements , qui nous semblent bizarres mais qui avaient une signification sérieuse dans la théologie occulte , ne fussent empruntés à des cérémonies du même genre en Egypte. Il est, du reste, bien remarquable que des mascarades religieuses aient été retrouvées chez divers peuples du continent américain , à Haïti et dans certaines Iles isolées de la Polynésie. Na« varrète, Acunha, Gumilla, et récemment MM. Famin et d*Orbigny, en ont parlé.

(i) Dans le tombeau d'un prêtre égyptien découvert intact, à Thèbes, par M. Pussalacqua, l'une des deux statuettes de femines placées aux côtés de la bière portait un grand miroir suspendu a son bras gauche.

laars doigt» , de peigoer avec beaucoup de soin la chevelure divine. Pe leurs va^es pleins de baumes précieux^ quel* qu^ femmes parfumaient le chemin, en en laissant tomber de temp$ en temps quelques gouttes.

Le costuma tout symbolique de la déesse était remarqua* bla. Sas cheveux longs et épais, sur lesquels était posée une couronne de fleurs différentes de couleur et d* espèce, re* tombaient en boucles sur ses épaules; une pièce de métal s^rrondie, et réfléchissant la lumière comme un miroir, bril- Uii sur son front, comme sjmbole de la lune, qui elle* mâme réfléchit la lumière du soleil. Deux couleuvres dont le corps serpentait, pour indiquer les aillons des champs, étaient à ses côtés, sous des épis de blé. La robe, d*un bjrs*sus Irès^fin, était multicolore, et jetait des reflets blancs, jau^ neset rosés, tirant sur la couleur du feu. La palla, d'un noir très-foncé, passant de dessous le bras droit sur Fépaule gau* che, après s'être contournée autour de la taille, descendait jusqu à terre en formant une multitude de zigzags (i). Ce manteau, dont le bas était garni d'une frange nouée par petits nœuda, était couvert d'étoiles, parmi lesquelles était une lune dans son plein ; et on y voyait pour bordure une guirlande de toutes sortes de fleurs et de fruits. Une des mains de cette statue tenait un sistre; l'autre portait une

(i) LHigencement des plis en zigzag des figures de style éginète fait comprendre la disposition de la palla de Tlsis grecque. Les Grecs, comme les Romains, avaient donné à leur Isis un costume dans le goût de leur pays. Les figures d*Isis du musée royal des antiques de Paris montrent le costume des dames romaines; plus, la palla nouée par-devant sous le sein. Quant à l'Isis égyptienne, elle devait porter une robe découvrant le sein, d'une étoffe à carreaux àe différentes couleurs, comme dans les peintures des temples, mais sans la palla, vêtement inusité en Egypte; à la place de ce mantelet , elle portait probablement une sorte d*écharp6 qui semble couverte de plumes, laquelle, s'appliquant sur les reins, descend en se croisant d'abord sur le ventre, pui« derrière les cuisses, et de nouveau sur le devant des jambes. Pour coiffure, elle devait avoir un bonnet symbolique en manière de pintade.

376 L*iG¥PTE PHAHÀONIQUE.

coupe d*or de Tespèce de celles (jui avaient la forme d'une barque , avec une anse en serpent relevant sa tête et gonflant son cou, comme ceux qu'on voit sur les monuments. Cette image de la grande déesse était suivie d*une multitude de personnes des deux sexes, portant des flambeaux et des torches, suivies elles-mêmes de joueurs d'instruments accompagnant un chœur de jeunes gens d'élite. Ceux-ci, couverts de robes éclatantes de blancheur , et qui appartenaient sans doute à la caste sacerdotale , chantaient des strophes explicatives de la cérémonie. Après eux venaient les musiciens de Sérapis, jouant de la flûte oblique , et les hérauts qui faisaient ouvrir un libre passage à la troupe des initiés. Cette troupe, composée d'hommes et de femmes (i) vêtus de robes de lin d'une grande blancheur, les femmes ayant leurs cheveux parfumés d'essence sous un voile transparent, les hommes ayant la tête entièrement rasée, s'avançait gravement, agitant les sistres que chacun d'eux tenait à la main, et dont plusieurs étaient d'argent et d'or. Les chefs des prêtres et les dignitaires du collège sacerdotal, au nombre de six, couverts de longues robes blanches, paraissaient ensuite, portant des objets sacrés. Le premier tenait une lampe d'or en forme de baril, du milieu de laquelle s'échappait une large flamme^ le second portait de ses deux mains des autels d'une espèce nommée aiucilia^'k cause du titre de Providence secourable donné à la déesse; le troisième tenait une palme dont les feuilles étaient dor,

(i) En Egypte , les femmes étaient-elles admises à l'initiatioD? Les Grecs les y admettaient; mais les mystères de ia^ Grèce étaient loin d'avoir et Timportance , et la gravité, et la portée de ceux de rÉgypte. On peut supposer cependant que les princesses et les plus hautes dames participaient à une initiation incomplète, qai était celle des petits mystères. En Grèce, l'admission des femmes s'étendait jusqu'aux étrangères , puisqu'une prophétesse juive, nommée Marie 9 y aurait été admise, suivant Démocrite d'Abdère, en compagnie de plusieurs philosophes. Eusebiana gneca, Scalig., p. 43.

et le caducée d* Hermès; le quatrième montrait le symbole de la justice, consistant en une main gauche ouverte : la raison du choix de cette main pour en faire ce symbole était que, moins agissante, et par cela moins adroite que Tautre^ elle exprimait mieux l'incorruptibilité. Ce même prêtre avait aussi un vase d'or très-petit, arrondi en forme de mamelle, symbole de la fécondité, et il s' en servait pour faire des libations de lait. Le cinquième tenait un van d or, rempli de petits rameaux du même métal ; enfin le sixième portait l'amphore sacrée. Six autres prêtres, représentant les dieux, marchaient derrière ceux-ci. Le premier, la tête couverte d'un masque de chacal, figurait Ânubis. Après lui venait le messager des dieux célestes et infernaux, Tem* blême de Thoth , avec un masque partie noir, partie doré , et tenant dans sa main gauche le caducée (i), et dans sa main droite une palme verte. Paraissait ensuite la figure d'une vache, droite sur ses pieds de derrière, portée sur les épaules d'un prêtre, et figurant Isis, la mère de la fé* condité. Le quatrième prêtre portait un panier dans le* quel était soigneusement enfermé le livre contenant l'explication des mystères. Le cinquième pressait sur son sein le symbole delà grande divinité. Ce symbole n'avait, dit Apulée, la forme ni d'un oiseau, ni d'un animal, ni d'un homme ; mais, par un ingénieux artifice, on lui avait fait exprimer le profond silence et le haut respect qui doivent couvrir les mystères de la religion : c'était, continue cet auteur, une urne dor parfaitement travaillée, ronde pardessous, toute couverte d'hiéroglyphes à l'extérieur, et dont l'orifice s'allongeait d'un côté en forme de canal, tan-

(i) Le caducée est un symbole d'origine occidentale, à cequ*ii parait, puisqu'on ne le trouve pas sur les monuments égyptiens. ChampoUion ne Ta aperçu qu'une seule fois, dans les décorations du temple de Dakkèh, en Nubie; mais ce savant fait remarquer que ces décorations ne datent que du règne d'Auguste. Lettres de VE* t^ypte^ p, i5o et suiv.

376 L'ÉGYm PRAftAOfVIQUE.

dis que Tiiutre côcë, quiëtaitasset ^va»ë, sVlftPgissAitpOttr former une anse , qu*embraMaic d*uti de les nœuds um figure d'aspic au cou écailleux, strié el gonfië. CélRit II Traisetnblablement le symbole d'OsirisNil. La niafdheéfeit fermëe par le grand-^prétre ou prophète^ tenant d^une ittun le sistre d'Isis, et de 1* autre une couronne de fleurs» Dans là Grèce , cette komasie se rendait sur le bord de la mer, où se trouvait le vaisseau sacré d'Isb ^ lequel, après lessacri'* fices, mettait à la voile, pour rouvrir la navigation sous les auspices de la déesse (i). Rien ne nous apprend qu'une cérémonie analogue eût lieu en Egypte»

D'après la fable d'Apulée , l'initiation n'avait lieu qu'à des époques déterminées par le grand prêtre (t^i), qui in* diquait en même temps aux récipiendaires ce dont ils de* vaient se pourvoir, et ce qu*il leur en coûterait en Grèce pour chaque initiation cçir ce n'était que progressivement qu'on arrivait aux dernières vérités que révélaient les myâtères.

Quatre prêtres présidaient aux initiations* Le premier, le hiérophante, c'est-à»dire le révélateur des choses saintes, était le chef des mystères, et représentait le Créateur, dont il portait le symbole, et dont il ne lui était pas pannis de dire le nom (3) : sa tête était ornée du diadème, eu Grèce du moins ; car en Egypte sa coiffure devait être symbolique. Le second était le daehuque, ou porte-^flamlMsau,

(i) hucii Apulaei y Ludus Jsini, XI.

(a) La célébration des mystères d*Éleusis était fixée au i5 du mois de boédromion, et durait neuf jours. Pendant tout ce temps il n*était pas permis d^arréter qui que ce fût , pour le mettre en prison; mais il pouvait y avoir des célébrations extraordinaires, sans doute , dont le grand prêtre aurait déterminé Tépoque; et ce serait là le cas de Lucius.

(3) C'est encore là un point de ressemblance de la doctrioè des Égyptiens avec celle des Juifs, cheK qui les rabbins substituaient le nom à'AdûMï à celui de Jehovsh, qu'il n'était pss permis de pro* noncer.

mSTltUTIONS. Î70

reprësentant le soleil^ dont il portait aussi le symbole. Des deux autres prêtres, Tun était le représentant d'Islft^-lutie , Tautra celui deThoth (i) : celui-ci re<^evait des Grecs le titna de kèrjce ou héraut. Pendant son temps d'épreuve^ le postulantétaitsoumis à un jeûne qui consistait dans Tabs^ tînence de la chair deft animaux et des sensualités de la table. Le jour de l'initiation venu , le récipiendaire était conduit solennellement au bain par tout le collège sacerdotal ; et après l'immersionle hiérophante le purifiait au moyen d'un jet d*eau limpide du Nil, répandue pardessus sa tête avec un de ces tases allongés qu'on toit sur les monuments. Introduit au déclin du jour dans le temple ^ où régnait une profonde obscurité , on le plaçait en face de l'image d'Isis. Un voile s'éleyant tout à coup lui laissait voir la statue de la déesse dans son costume magnifique, et au milieu de la plus viye clarté. Bientôt le voile retombait; et, au bruit imité du tonherre, on faisait apparaître des spectres et des figures monstrueuses. Le calmeretenu, uneporte s'ouvrait, et des danses sacrées commençaient sur le gazon attenant au bois sacré. Là se terminait la première journée.

Après un nouveau jeûne de dix jours, le mjrste, ou récipiendaire ) était conduit, vêtu d'une robe de coton rude, dans le sanctuaire du temple , où tout ce qui lui restait à apprendre lui était révélé. La nuit entière se passait dans ces instructions, qui étaient la partie secrète des initiationS| et qu'Apulée n'aborde que d'une façon ambiguë et allégorique. « Je touchai) dit-il, aux confins de la mort $ et après « avoir foulé le seuil de Proserpine, je revins, emporté à « travers tous les éléments. Au milieu de la nuit je vis brilii 1er la lumière du soleil, de la manière la plus pure. J'ar- « rivai deVàtit les dieux supérieurs et inférieurs, et les ado- « rai de près. Voilà ce que je vous diS| et ce qu il faut

(i) Ëuseb., Prép, évangeL, III.

280 l'bgyptb phabaonique.

« pourtant que tous ignoriez, quoique vous l'ayez en- « tendu (i). »

D'autres auteurs rapportent en termes non moins mystérieux d'autres circonstances de l'initiation. « J* ai mangé « du tympanon, j'ai [bu de la cymbale, j'ai porté le kernos, « je me suis glissé dans le lit » (2). Ou bien, « J'ai jeÙDe, « j'ai bu du cycéon, j'ai pris de la corbeille; et après j'ai « déposé dans le panier, et du panier dans la corbeille (3).« Au point du jour, Vépopte, ou nouvel initié, était conduit au milieu du temple, et placé sur une estrade élevée, à la vue de tout le peuple : son costume était alors unemagnifique robe de byssus broché, de différentes couleurs. Il portait une superbe chlamyde^ chargée de figures d'animaux; et, sur la tête, une couronne de feuilles de palmier, dont les pointes formaient des rayons ; dans sa main il tenait un flambeau allumé, symbole de la lumière qui venait debril* 1er devant son intelligence. Caché d'abord par un rideau, il était bientôt exposé en cet état aux regards de la foule,

(t) Ce qui devait être inintelligible pour les polythéistes ne l'est plus pour nous , et la phrase d'Apulée peut être traduite en celle-ci : • J'étais dans Tignorance, qui est semblable à la mort; mais, après avoir passé le seuil de l'initiation , j'ai appris à connaître la signification de toutes les allégories. Au milieu de la nuit où se trouvait mon intelligence , on m'a montré la vérité , et je l'ai vue brillante de l'éclat le plus pur. J'ai appris ce qu'il faut entendre par dieax supérieurs et dieux inférieurs , et j'ai pu rendre hommage à leur réalité. Voilà ce que je vous dis, et ce que vous ne pouvez pas comprendre; ce qu'il faut même que vous'nc compreniez pas, quoi* que vous Tayez entendu. »

(a) Clem, Alex. , Jdmonit,

(3) Différents écrivains ont essayé d'interpréter ces passages , mais aucune de leurs explications ne présente un sens satisfaisant. Nous ne pensons pas qu'il soit nécessaire de chercher à interpréter des mots détournés de leur signification, pour en prendre une toute de convention et comme d'argot, ce qui doit rendre ce jargon à jamais inintelligible.

admise à circuler autour de lui. Voilà à peu près tout ce que r antiquité a laissé transpirer sur les mystères isiaques (i).

Après l'admission aux mystères d'Isis, il fallait, pour que l'initiation fût complète et T instruction parfaite , être admis aux mystères secrets d'Osiris. C'est dans cette initiation, plus difficile à obtenir que la première , si nous en croyons Apulée , que Ton découvrait à Tinitié les plus profonds secrets de la doctrine, la vérité sur les dieux de création allégorique , et la connaissance des opérations cosmogoniques, suivant la théologie occulte du sanctuaire. Aussi Apulée observe-t*il le plus profond silence sur tout ce qui se passait dans cette seconde initiation (2).

Les initiés, par le fait de leur admission aux secrets de la religion et de leur affiliation à la classe sacerdotale, contractaient certaines obligations dont ils ne pouvaient plus s'exempter pendant le reste de leur vie : de ce nombre étaient l' abstinence de la chair de mouton, et certains jeûnes à des époques déterminées par les circonstances du mythe isiaque; ils devaient tenir Meurs ongles très-courts, se raser scrupuleusement toutes les parties du corps, afin d'éviter tout ce qui peut engendrer l'impureté. Par cette même rai. son , il ne leur était pas permis de porter de la laine immédiatement sur le corps; ils ne devaient employer à leur vêtement intérieur que les tissus dont la terre fournit elle-

(x) Apulée, Eusèbe,Firiiiicus, Clém. d* Alex., Jldversus GenteSfV. La plus grande partie de ces cérémonies de rinîtiation se rapporte aux mystères de la Grèce ; mais on peut facilement les approprier aux mystères des Égyptiens, en substituant aux usages et aux costumes grecs les usages et les costumes égyptiens comme nous les montrent les monuments.

(3) Tout semble s'accorder à montrer dans Tinitiation aux mys* tères d*Isis la révélation de la vérité sur les circonstances de ce mythe : la connaissance des grandes vérités théologiques devait être réservée aux mystères d'Osiris, ou d'Amoun, dont il n'était qu'une forme.

3êS L'éGYFTl PBAAAOMIQUB.

même la matière. A leur mort, on les vêtait de leur costume religieux, pour exprimer, dit Plutarque, que le logos saint était avec eux, et qu'ils étaient allés de ce monde dans Tautre sans emporter autre choae que le terbe(i); c*est»à«dire quHIs avaient appris à counattre Dieu et bod verbe.

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