S^IV. SACERDOCE
GHÀPItRB X.
TMocreUiê» ^^ Fonctions publiques attribuées à la casle sacerdotale. — Fitements* — Régime de vie. — Circoncision. — Revenus^ — Subdivisions de la caste é -*- Hi^ rarchie, "^ Prêtresses,
Les premiersapôtresdu Dieu créateur de 1* univers avaient été ces hommes privilégiés dont le vaste génie et la pro* fonde science étaient parvenus à pénétrer les mystères de la création, à en débrouiller toutes les parties, et à en expliquer les successives opérations.
Il n'est pas de notre sujet de rechercher si, avant que la civilisation eût élevé la science à ce haut degré de perfection qui pouvait produire d'aussi immortelles doctrines, il n'existait pas déjà une autre classe de prêtres pour parlera l'âme du vulgaire , qui, à toutes les époques, a eu besoin d'être dirigé par le sentiment d'une puissance surnaturelle et immortelle. Dès l'instant même ou les hommes se sont réunis en société , où chacun a apporté dans la communauté la part d'intelligence que la Providence lui avait accordée, les esprits les plus forts ont dû exercer leur empire sur les esprits les plus faibles : et pendant que d'une partk force matérielle usurpait l'autorité sur les masses , d'autre part la force intellectuelle se créait Une domination plus absolue encore , en maîtrisant, avec l'esprit de lathulti-
(i) Plut., de Osiride.
tude, c«Itti même de ces Nephillm^ de ces gt^ants dont pari© la Genèse^ c'eM*à-dire de ces hommes forts et entreprenants qui avaient vu se ranger ces mêmes masses sous leurs bras puissants, en leur faisant accepter le joug de leur prépondérance* Le sentiment inné d'une puissance spirituelle qui régit et de laquelle dépend tout l'univers , et qui préside aux destinées humaines, sous quelque forme qu on Feùt conçue , soit décomposée en deux principes opposés, l'un portant au bien, F autre poussant au mal, soit concentrée en une seule individualité ou partagée en plusieurs êtres, dut avoir, dès l'origine même des sociétés, ses dévots, ses ministres et ses interprètes. L'homme qui put se faire considérer comme en communication avec la Divinité, et persuader à la multitude qu'il était l'organe d'un être surnaturel, dutbientôtla dominer; et cette multitude timorée tomba tremblante à ses pieds , même sans le secours du dogme d une seconde vie, et sans la menace de châtiments après la mort : la partie mortelle de son être offrait trop de prise aux maux qui l'assiègent, pour qu'il n'en redoutât pas l'aggravation comme effet des vengeances divines. La classe sacerdotale rivalisa donC| dès le principe, avec la caste des puissants; et quand le chef du sacerdoce sut joindre à son caractère sacré l'audace du guerrier, il devint facilement le chef unique des masses et des populations : alors la théocratie gouverna la société.
Nous ignorons quelle fut la forme générale desgouver* nements, à Torigine du second âge : il semble pourtant résulter, du peu qu'on nous a transmis sur des temps si reçu* lés , que la théoca^atie y obtint la principale part. Gomment en aurait^il pu être autrement? La grande catastrophe qui avait fait disparaître de la surface du monde des ré* gions immenses, anéanti et effacé les trois quarts des anciennes populations du globe, dut, sur les parties de la pla^ nète qui avaient résisté à la dislocation , être considérée universellement comme un châtiment infligé par la Divinité
284 L*iOYFrB pharaohiqub.
en punition des crimes auxquels s'abandonnait la race perverse des hommes; et le sacerdoce, exploitant la terreur si naturelle des masses, puts* emparer facilement derautorité : les prêtres régnèrent donc au nom de Dieu, pour améliorer moralement Tespèce humaine, pour lui faire éviter une nouvelle punition, semblable à celle dont la plaie était si fraîche et si saignante. L'ambition s*augmentant avec la facilité de la satisfaire, F empire sacerdotal ne connut plus de bornes : la théocratie étendit ses deux mains sur le monde ; et là où elle permit à des rois de régner, elle do* mina ces rois par Tascendant qu elle avait sur les âmes, et les tint à genoux devant sa tutelle , en leur dictant au nom du ciel ses propres volontés. Les Égyptiens étaient fils des Éthiopiens; et en Ethiopie les prêtres étaient maîtres de la vie des rois, à qui ils pouvaient, dit-on , faire commandement de mourir, quand ils étaient las de leur règne (i). Les cultivateurs qui descendirent au-dessous des cataractes pour mettre en rapport les terres de la vallée d*Égypte, n* emportèrent pas cette abrutissante et barbare coutume, si elle a existé véritablement, ou ils Tabandonnèrentense séparant de la métropole ; mais ils transportèrent dans ce pays la forme du gouvernement théocratique.
Cet empire exercé au nom de la Divinité fut brisé violemment, suivant GhampoUion, par la caste guerrière, sous le commandement de Menés. Nous avons déjà émis notre manière devoir sur cette assertion (2) ; nous avons montré combien était faible T appui sur lequel Tavait étayée son auteur. Synésius, le seul écrivain cité pour autorité, ne parle qu'en termes généraux de la théocratie chez les Égyptiens et chez les Juifs ; et il ne nomme ni Menés ni tout autre chef comme auteur et mobile d'un mouvement qui aurait forcé les prêtres à se concentrer dans le régime des matières spirituelles. L'unique motif qui ait pu faire sup«
(i) Dîod., lU, 6; Strabo,Xyi.
(s) Supra , Bist, chronogr^
poser que Menés avait été un soldat rebelle à la puissance théocratique en vigueur de son temps, c est qu'il apparaît dans r histoire comme le premier d'entre les mortels qui ait porté la couronne d*£gypte après la fin des règnes fictifs des dieux , règnes qu'on a regardés comme une réalité de fait, sinon de durée ; dieux qu'on a considérés comme ayant exercé cet empire par l'intermédiaire du grand prêtre, celui qu'Hérodote qualifie depjrromis, l'homme par excellence, suivant l'interprétation de ChampoUion (i)« Mais s'il en avait été ainsi, si avant Menés les grands prêtres avaient gouverné TÉgypte , il aurait dû se trouver un bien plus grand nombre de statues de pyromis que de statues de rois, dans la salle du temple de Phtha où se conservaient ces statues royales (a) , salle montrée à Hérodote ,
(]) Nous devons répondre ici à une dénégation du savant M. Wilkioson au sujet de cette interprétation d*Hérodote. ■ Pyromis , dit le savant anglais, est un mot qui signifie homme, et qu'Hérodote , par ignorance de la langue égyptienne , a traduit par « bon et vertueux. » Note au bas de la page lyo du tome quatrième. Et dans le texte il dit : « Chaque statue représentait un pjrmmis engendré par un pyro-' mis y c'est-à-dire, un homme engendré par un autre homme. » Il était moins difficile à Hérodote de connaître la langue égyptienne , qui était une langue vivante de son temps , qu*à nous , pour qui c'est une langue morte. Hérodote, dans toutle reste de son deuxième livre, ne prouve pas qu'il ignorât cette langue : si cet historien avait pu se méprendre sur la véritable signification de ce mot si simple, quel cas devrions-nous faire de son ouvrage ? Cependant les notes qu'il a recueillies sont exactes: n'est-il pas évident alors que, comme Plutarque , il a exprimé l'idée attachée au mot , et non interprété le mot lui-même?
(a) Dans l'inscription de la pierre de Rosette , il est dit que la statue de Ptoiémée , à qui sera dressé un autel et institué un culte, sera placée sous son naos ou tabernacle, dans le temple de Phtha, et que sur ce tabernacle on déposera le pschent de son couronnement, avec les dix couronnes d'or, à l'imitation de celles qui se trouvent sur les naos des autres rois ses prédécesseurs ; ce qui prouve que c'est là la salle montrée à Hérodote, qui y avait vu en effet les statues des différents rois d'Egypte. Ces statues étaient de bois« pour les rendre
38Û l'^yptk PaABlOniQUB.
au lieu d*uoe égalité parfaite entre lea rois et les pyromis : oaroes grands prâtrea auraient été, sous le prétendu règne des dieux, dans une position exactement semblable à celle qu'ils avaient sous les rois qu*on suppose avoir succède aux dieux; et, dans ce cas, Tamour^propre des prêtres qui fournissaient à Hérodote les notes pour son histoire, n*su« rait pas manqué de le lui faire remarquer.
Tout semble nous autoriser à croire qu en se séparant de rÉthiopie , la colonie égyptienne conserva la forme de gouvernement existant dans la métropole et le seul codou d elle; mais qu elle en modifia les principes sous le rapport deVinfluence du sacerdoce sur la personne du chef de 1 & tat. Sans aucun doute la volonté de Menés, qui se saisis» sait de l'autorité, ne fut pas étrangère à ce changement; mais au lieu de voir, de sa part et de celle de ses guerriers, une rébellion contre Tautorité théocratique dans Vinsurrection qui le porta au trône y il faut y voir une révolution politique qui détache une grande province de sa métropole) qui démembre de l'Ethiopie une colonie qui en avait été partie intégrante jiisque*là , et qui fait de ce territoire démembré un nouvel Etat indépendant. L'auteur de cette révolution devint le chef de l'empire nouveau , mais en se mettant lui-même à la tête de la religion , non pas en qualité de prêtre exerçant les fonctions de grand prêtre, mais par cela même, et par cela seul, qu'il était chef de l'État. C'est en cette qualité de théocrate et autocrate que nous le voyons instituer, comme Moïse plus tard à l'égard des Hébreux , les cérémonies du culte, et régler tout ce qui concerne la religion. Le successeur de Mènes était agrégé
moins lourdes à porter dans la pompe des komaaies , ainsi que nous le présentent les bas-reliefs des temples. Quand Hérodote parle de ces statues des rois et des pyromis, c'est toujours du lieu de Memphîs ; ce n*est que par exception que cet historien parle de Thèb(«, où il parait n être allé, ainsi qu'à Héliopolis , que pour consulter les prêtres au sujet des choses sacrées.
INgTlTUTIORS. 281
GomiiMilui à la classe sacerdotale, puisqu'il écrivit sur l'a» natomie; le second pharaon des Memphites se présente eomniç Sigrégé aussi à la caste sacerdotale , puisque lui aussi fut savant en médecine, et que Manéthon le considère comme TEsculape égyptien; le deuxième roi de la qua«<trième djqastie, le célèbre Suphis ou Chéops, fut dans les mêmes conditions, puisque après son repentir il écrivit sur les choses divines un livre sacré , très-révéré , nous dit le même Manéthon , pendant toute la durée du culte national. La certitude à ^l'égard de ce dernier a été mise en toute évidence par la découverte qu'a faite dans son tombeau , à l'est des Pyramides, le savant M. Wilkinson , du cartouche royal de ce pharaon, accompagné du signe hiéro* glyphique affecté aux membres du sacerdoce, au lieu du signe affecté aux rois; et, suivant ce même savant, une semblable substitution de titres , si significative , existe dans quelques-unes des plus anciennes tombes royales de la haute Egypte (i). L'historien Hécatée disait, suivant Plutarque, que les rois d'Egypte étant />r^^^tf eus-^mémes, on ne leur donnait que la mesure de vin prescrite par les livres sacrés (2). Mais ce qui confirme encore mieux la puissance
(i) M. N. L'hôte a trouvé aussi des pharaons-prêtres. Lettres, p, 176.
(s) Le mot préire n'est pas celui qui convient précisément à la situation du pharaon, qui n'était ^\x associé au sacerdoce; mais, dans l'antiquité, on ne faisait pas cette différence. Le même signe hiérO'* glyphique exprimait les deux idées, et remplaçait celui de roi, quan4 le pharaon était considéré au point de vue sacerdotal. Dans lea grandes solennités du culte, dans les offrandes aux divinités, (ou* jours le roi parait le premier à la tête du sacerdoce. Une part était dévolue aussi aux fila du pharaon dans ces grandes solennités , et on les y voit figurer avec des insignes sacerdotaux , tantôt seuls , tantôt en compagnie de leur père. Le titre de soten , celui de scribe royal» dénotant l'un et l'autre, dit M. Rossellini, des attributions et des orficea sacerdotaux, leur sont donnés fréquemment , en même temps que celui de commandant de l'une des grandes divisions de l'armée, n est arrivé quelquefois que , ou par testament spécial du roi ou par
388 L*BGYPTB PHABAONIQUB.
thëocratique des pharaons, cest cette obligation qui leur était imposée, quand le nouveau souverain n'était pas né dans la caste sacerdotale, de se faire initier aux mystères les plus secrets de la religion. C'est qu'en effet le chef de cette religion ne pouvait pas rester dans l'ignorance de ses moindres doctrines, et c'est là sans doute ce qui modye cette qualité de prêtre qu'Hécatée attribuait aux pharaons.
Si le pharaon n'avait pas été le théocrate lorsque les Israélites quittèrent l'Egypte, Moïse, qui a joué chez les Hébreux le même rôle que Mènes chez les Égyptiens, n aurait pas manqué de donner à son peuple un roi au lieu d'un suffète, dignité qui en Judée était la copie exacte du pharaonat. Le législateur ne pouvait soumettre en effet une population composée d'Egyptiens (i) et d'Israélites élevés en Egypte , à une forme de gouvernement différente de celle sous laquelle elle avait l'habitude de vivre : ainsi en ont usé tous les chefs de colonies, à toutes les époques. Quand les Hébreux, mécontents des fils de Samuel, se mutinèrent et voulurent avoir un roi , Dieu commanda à Samuel son représentant, le théocrate d* Israël, de faire ce que voulait le peuple, parce que ce n'était pas lui Samuel que ce
le fait de la mort du successeur immédiat du trône, un autre des enfants du pharaon mourant était appelé à lui succéder, et que cet enfant royal était déjà engagé dans le sacerdoce en qualité de grand prêtre de quelque divinité; la vingtième dynastie fournit deux exemples d'un cas pareil. Deux rois de cette famille étaient grands prè* très d'Amoun quand ils montèrent sur le trône. G*est dans le pronaos du temple du dieu Khons , à Thèbes, que Champollion 9 lu les légendes qui constatent ce point d'histoire si remarquable.
(i) On sait qu'une foule innombrable d'Égyptiens se joignit aux Israélites à leur départ : Moïse lui-même nous l'apprend. Exodtt XII, 38.
Nous rendons par le mot suffètes, son équivalent, le mot ^phtim, que saint Jérôme a rendu en latin parjudices, les jages, mot qui n'a aucune analogie, et n'exprime nullement l'idée attachée au mot sophiim.
iNSÎlTUTIOfiS. 289
peuple destituait de rautorité suprême, mais lui-même Jéhovah, dont il ne voulait plus Timmédiate autorité (i). Le tbéocratorat ne donnait pas l'exclusion aux femmes. Si nous voyons en rlgypte une Nitocris, une Amensé, une Thaoser sous le diadème théocratique, nous voyons pareillement une Débora exerçant la théocratie chez les Hébreux.
Les pharaons étant les théocrates, étaient, par cela même, chefs de la religion, mais sans faire, pour cela, partie obligée du sacerdoce : c'est ce qui se trouve aussi dans le gouvernement primitif d'Israël , tel que F avait constitué Moïse. Pendant que les lévites seuls pouvaient être appelés au sacerdoce , les suf fêtes ^ dont la dignité ^ disonsnous^ répondait à celle des pharaons, étaient pris indifféremment dans toutes les tribus. Le tbéocratorat était si bien distinct de la grande prêtrise , qu' Aaron se trouve revêtu de cette dernière dignité pendant la théocratie de Moïse. A Aaron succède Eléazar, à celui-ci Phinée, etc.; de même, en Egypte, Hérodote compte, d'après les prêtres de Memphis , autant de pontifes ou pyromis que de rois : ce pontife, ce pyromb fut toujours, à ce qu'il paraît, le grand prêtre de Thèbes, ville qui, depuis l'établissement du trône dans son sein , fut la capitale officielle et la métropole de la religion (2).
Une conséquence de la concentration de l'autorité religieuse et de l'autorité gouvernementale dans la même main, du système théocra tique par conséquent, c'était l'attribution à la caste sacerdotale , quand même sa science et son instruction ne l'y aurait pas rendue la plus apte, de
(i) Samuel, Vltl, 7.
(a) Une particularité très-remarquable, c*est qu'au Pérou les iocas étaient aussi des théocrates. Considérés comme descendants du soleil y les incas commandaient au nom du ciel , et leurs ordres étaient reçus comme les oracles de la Divinité. Garcilasso, Hist, des Incas,
390 ^ L*]iGTPTS PHÀmiOmQUB.
toutes les pnooipales charges dt l'État; elc'esl là pncise* ment oe <{ui existait en Judée aussi bien qu'en Egypte. Diodore et Élien s'accordent à nous montrer la race saeerdotale comme fournissant à toute VÉgypta aes jages (criminels) et ses magistrats; et Motse noua cfSn encore un prêtre dans Putiphar, le beau^père de Joiepk, à qui il donne en même temps le titre de cohen, qui le présente comme prince d' Héliopolis, -Ge législateur , dass la ooastitution qu'il donna au peuple hébreu , attriboe aussi les mêmes fonctions aux lévites , qui Àaîenft ^ comuM tm sak, la classe sacerdotale des Hébreux.
Placés immédiatement à câeé du troM^ leis prtees de» yaient , par cela seul^composer la preraîèpe dame de la population, ou les plaçait également riustruction^'ils pos* sédaient , et dont ils éuient les dispeasaaeats, Maiities de biens immenses, qu'avait encore accrus la politique prodigalité de la veuve du grand roi , ils n'avaient pas de gnades dépenses à faire pour leur nourrilare , la part des victimes immolées dans les sacrifices , et les offrandes de toute espèce et de toute nature dont on chargeait les tables des dieux, fournissant assea i leurs besoins.
Une des sources des rcTcnus du sacerdooe existait daas les droits considérables qui leur «taîent attrâiiiés , et que Moïse, qui calquait toutes ses instituions amr celles de ÏÈgypte^ attribua pareillement à ses lévites.
Les prêtres égyptiens le réunissaieat quelquefois en assemblée ^^énérale, et, entre autres ciroonstanœs , à l'époque du couronnement des pimraona, dont la oérémonie avait lieu dans l'une des deux capitales, ThÂbes on Hem* phis; ces prêtres s'y rendaient de tous les temples du pays, ainsi que le dit en termes précis la pierre de Rosette. Dsns cette assemblée du sacerdoce, un décret était rendu portant institution du culte à offrir au nouveau dieu ; car tout pharaon rétait de droit, et on désignait la place où serait inaugurée sa statue. lise pourrait que ce fussent ces statae^
UiSTIIIITIOlIft. 2^1
JivinoHVoyalâSt qiû après la ment du pharaon étaient transportées 4ans une grande salle, vraie nécropole pharaonique , que les prêtres montrèrent à Hérodote. La célèbre iasoription de Rosette, qui est un des décrets rendus dans œft ««semblées générales, prouve que les prêtres n'étaient pas avares d'éloges envers le nouveau roi.
fj'exténeur des prêtres devait toujours montrer la paix de r âme et le calme des passions , et la modestie devait être dans tout leur maintien. Dans la satisfaction, leur physionomie conftarait l'impassibilité, et leur bouche ne pouvait pas aller au delà du sourire. Leurs mains placées sous la robe (i) , ils marchaient lentement; et en eux tout devait témoigner l'absorption de res{»'it dans la méditation des choses saintes.
La pureté la plus parfûte était recommandée aux prêtres , et la conservation scrupuleusede cette pureté entraînait de leur parties soins de propreté les plus minutieux. La moindre saleté sur leur personne ou sur leurs vêtements les aundt souillés; aussi étaient-ils tenus de faiire, dans les vingt-^piatre heures , quatre ablutions avec de l'eau fraîche, dont deux pendant le jour et deux pendant la nuit. Par ce même motif, ils étaient obligés de se raser la tête , la barbe et tout le corps, au moins tous les trois jours, et de se rogner les ongles de très-près. Bien de ce qui tenait à la dépouille des animaux ne pouvait être porté par les prêtres immédiatement sur la peau ; la tunique qui les vêtait devait être de lin ou de coton ; mais par-dessus ils plaçaient des vêtements de matière animale , et une peau de panthère couvre, sur les monunaents , une catégorie de prêtres que ChampoUion croit être les prêtres d'Osiris, et que M. Wilkinson suppose être des grands prêtres. Le
(i) Porphyre , de jibsHn,, V, 6 cT 8. Par cette robe il fa«t eotendre sans doute le manteau que la bienséance forçait toute personne distÎBgaée de poiter par-dessus la calasiris , quaad elle sortait en ville.
^92 L'iGYÎTE PHABÂONlQnS*
sentiment du savant Anglais nous paraît d'autant plus vraisemblable, que cet insigne n*etaitpas uniquement réservé aux prêtres, mais qu'on peut le remarquer aussi sur les épaules de quelques hauts personnages laïques, ce qui indique bien une distinction (i). Il se pourrait même que la manière d'arrêter sur soi cette peau établit une gradation dans cette distinction , qu'on voit agrafée sur l'épaule chez les uns , et sur la région abdominale chez les autres.
Le costume sacerdotal se montre très-varié sur les monuments. Nous savons par Hérodote que ce vêtement devait être de lin « nouvellement lavé, attention, ajouteo t-il , qu ils ont toujours. » La grande variété qui dans les peintures des monuments se laisse apercevoir touchant
(i) Leftigne distinctif le plus caractéristique des pi^étres, celai qui seul les fait reconnaître sur les monuments, c*est d'avoir la tête rasée ; c'est ainsi qu'on les voit toujours représentés dans les cérémonies religieuses, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des temples. Si quelques-uns se montrent coifTés d'un bonnet, ce bonnet, n'ayant pas à contenir des cheveux, s'applique si exactement sur le crâne, que sa forme accuse le nu. Cependant on voit quelquefois des personnages portant leurs cheveux taillés à la hauteur de la nuque, suivant l'usage des Égyptiens, ou coiffés d'un bonnet long dans lequel les cheveux tombaient en liberté, revêtus de la peau de panthère, comme par exemple le personnage faisant des offrandes aa roi Amenoftep, dans un des tombeaux de Kourna , lequel, avec un bonnet comme nous venons de le dire, porte cette peau de panthère; comme aussi un personnage à cheveux pendants qui figure dans le convoi funéraire d'un scribe royal , publié par M. Wilkinsorf (planche 83 des Manners and customs ) ; mais surtout comme deux princes ayant leurs cheveux des faces disposés suivant la mode de ces hauts personnages, et tournés en spirale parle bas, représentés dans la planche 379 de l'atlas du voyage de Champollion , fig, 1 et 3. Il est donc impossible de ne pas reconnaître que le droit de porter cette peau était attribué à quelques hautes fonctions tant saceixlotales que laïques : aussi dans le convoi funéraire dont nous venons de parler, parmi les objets appartenant au défunt (qui était un pe^ sonnage de famille royale ) qui devront être enfermés dans son tombeau , voit-on figurer deux peaux de panthère.
ce vêtement des prêtres , tient, suivant toute probabilité, à la différence des classes de cet ordre ; mais, dans les cérémonies religieuses que reproduisent à nos yeux les dessins levés dans les temples, 1* objet de la cérémonie étant presque toujours un acte du pharaon, rien, de la part des prêtres , ne s'y montre assez tranché pour pouvoir faire reconnaître à quelle branche de la hiérarchie ils peuvent appartenir. Nous leur voyons une tunique à manches ou sans manches y celles-ci étroites ou larges , serrées ou évasées, ne montant le plus souvent que jusqu'aux aisselles, et soutenue sur la poitrine par une ou par deux bretelles; tantôt descendant jusqu'aux talons, tantôt s' arrêtant au genou, ou parcourant différentes longueurs entre ces points extrêmes. Cette tunique est quelquefois tellement serrée contre le corps, qu elle en dessine toutes les formes; d'autres fois elle est d'une ampleur si considérable, que l'étoffe qui la compose aurait pu suffire au vêtement de deux individus. Ces dernières tuniques, descendant jusqu'à la cheville , ont quelquefois des manches courtes, comme aux prêtres assistant au triomphe duroiHorus, sur le tableau de Djebel-Sclscleh; quelquefois elles sont sans manches, comme aux prêtres harpistes du tombeau de Rhamsès- Meiamoun (i) ; mais dans l'un et l'autre cas elles sont fermées par le bas, ne laissant que le passage des jambes, à peu près comme dans le caleçon des Grecs modernes. L'espèce de tunique prenant sous les aisselles et descendant sur les pieds est aussi quelquefois très-ample , et elle est accompagnée d'un large ruban rouge bordé de blanc, descendant jusqu'aux genoux , dans un tableau où cinq chefs militaires sont présentés à Sésostris par un prêtre; car ce personnage a la tête rasée. Ce prêtre porte une tunique talaire, et de
(i) Quelques statues de prêtres montrent ces personnages accroupis, les bras et les jambes entièrement cachés sous leur manteau ; ce sont là des attitudes religieuses dont l'objet n'est pas encore connu.
i94 L'BGYrrS IPHÀRAONIQUE.
FaîsseKtf droite pa^rtenC troi& bandes d'éCoUfe soutenmi par de trèfl-targes bretelles, lesquelles bandes descendent obliqoement de droite à gswAte , on eltes se tecmmene ia^*»lement en s'élargissant I*ane an-dessus de Fautre. Ches d'autres prêtres , au lieu de ces bandes on voit nu donMe ruban descendant de Fourerture de la robe, laquelle prend sous les aisselles. Sur une stèle, à Ibsambou), tnt prèere porte une tunique aux épaules de laquelle se voient dis appendices difficiles à comprendre; et autour dv cou on lui Toit tm cercle épais à travers lequel est passée la tête, rc^ posant sur les épaules en forme d*un énorme collier (r).
Un autre genre de costume sacerdotal qui se reproduit souvent consiste en un simple jupon descendant des reins jusqu'à mi-jambe, avec une ceinture garnie d'une espèce de queue pendante par derrière ; c'est là ce que nous considérons comme la calasiris, dont nous aurons à parler plus loin. Une manière dé tablier trapézoïdal, double oh triple, attaché avec des rubans à bouts flottants , pend par devant; quelquefois ce jupon est par-dessus la tunique, d'autres fois il est par-dessous ; et cette tuniqueest si transparente qu'elle le laisse très-bien apercevoir. La chaussure des prêtres se composait de matières terrestres, comme de tresses de palmier ou de papyrus, et jamais de peaux, parceque, nous Favons dit, la dépouille des animaux ne devait jamais toucher le corps.
Comme chef de la religion, le pharat)n avait aussi un costume particulier, différent de son costume de guerre. Ce costume consistait dans un corset serré| un jupon court ou schentlf un tablier couvert de figures symboliques , un
(3) CfaampolK, plancbe 9. Ce même rouleau se montre aa eoa de Phtha-lunus, planche lao. Dans son troisième volume des Manners and customs, M. Wilkinsoa a cru pouvoir assigner quelques costumes spéciaux à certains ordres de prêtres; mais les traite ne nous semblent pas assez tranchés,- et tes déterminations pas assez démons trées encore pour que nous puissions en faire usage.
iRSTinrTiovs. M5
ncbe cottier ett manière de camail, et des joyaux maL bras. Sa eoiftura ^tmt un honnet de forme non fiexible^ ^rai tjpe ée la nîlnB autiqua, haut, arrondi aa«-dessii8 de la tâle, fendu de devant en anière y avec deiCL bandes pcndamei derrière les épaules, et couvert le plus souvent d* une étofie bleu de ciel unie, ou parsemée de mouchetures de couleur. Du cerele d'or qui fait le tour de l'ouverture de cette mitre^ s'élève ordinairement au-dessus du front YurœMi» au cou gonflé, inaîgnede la puissance tbéocratique (i). Dans les cireoBstances où le pharaon figure comme chef de la religioii, il tient dans ses mains soit le crochet et la croix ansée, soit le sceptre à tête de eucupha; mais quand il pré* sentakliiiyméme des offrandes à quelque divinité, il portait le bonnet symbolique spécialement affecté à cette divinité.
A leur costume général , les différentes catégories des prêtres ajoutaient certaines marques distinctives, comme des^camaiis à plusieurs rangs, de petites harh sacrées, des images de divinités suspendues au cou. Tous portaient des bagues, à leurs doigts. Après Finstitution du mythe d'Osiris, la peau de panthère agra£ée par-dessus la tunique devint la marque distinetive des prêtres de ce ^ dieu, qu*cn voit le plus souvent tenant dans une de leurs mains Tune des pattes de derrière de cette dépouille ani-« maie , ce qui semblerait avoir dû être une obligation pour eux.
Dans les cérémonies religieuses, certaines catégories de prêtres tenaient à la main un bâton qu espèce de scep*
(i) La stèle funéraire royale dont nous donnons le dessin offre dans sa partie supérieure , à droite , le pharaon Aménophis I et sa femme,, la retiie Abnoft-Nofré-Atan , et à gauche le roi Toutbmo* sis I avec Thouthmosis III. Aménophis et Thoulhmosislsont coiffés de la mitre dont nous parlons. Sur le registre faférieup on voit la princesse Nofré-At^ en adoration devant ThoutboMsis IV, avec un de ses fila. Cette mitre, mais sans furœas, se voit aussi sur la tête de eevtaina pi*âlves, les pontifes sans doute , comme par exemple ceint df AiBe»-ra, planebe »8o de l'atlas de Champoliie», fiffiêrw 4*
)96 l'égyptb phabaoiiiquk.
tre 9 dont la pomme figurait pour quelques-uns la tête d*un oiseau , ce qui fait que Textrémité de ce bâton sacerdotal avait quelque ressemblance avec le soc d'une charrue, d*oà on avait supposé que cette extrémité avût cette forme.
Ce n était pas seulement le costume, c'était encore le régime de vie qui, chez les prêtres, était soumis à d'inflexibles règlements. Tout était prévu , la quantité aussi bien que la qualité des aliments qu'ils devaient prendre. Us pouvaient boire du vin , mais avec la plus grande modération , et ceux de la ville d' Héliopolis n'en devaient même jamais user (i) : de là vient que Moïse, qui avait été élevé dans le collège des prêtres de cette ville , en interdit absolument F usage aux lévites (a). Les mets spécialement défendus aux prêtres étaient la chair du lièvre , animai dont la vitesse et la vigilance étaient considérées comme des qualités divines; celles de brebis et de mouton, parce que ces viandes engendrent trop d'excréments; celle du poisson de mer, parce qu'il est du domaine de Typhon : le sel marin même était proscrit pour eux ; et pour assai- ^ sonner leurs aliments, ou pour les sacrifices où le sel était nécessaire , ils employaient le sel fossile que, au dire d'Ârrien, des prêtres de l'oasis d'Âmmon apportaient de la Marmarique. Il leur était encore défendu de manger la tête et le sang d'aucun animal , et de se nourrir de fèves et d'autres légumes flatueux, sur lesquels il ne leur était pas même permis de porter la vue. Les oignons leur étaient aussi interdits, parce que le suc volatil de ce bulbe arrache des larmes, qu'il procure la soif, et que sa plante se fortifie au décours de la lune (3). Par un motif tout hygiéni-
(i) Plut., de Osiride. ^
(a) Leviiiq.,Xf 9. ^
(3) Cest de là probablement qu'est venue l'opinion si ridicule qui présente les Égyptiens , mais plus particulièrement les habitants de Péluse , comme ayant divinisé les flatuosités du ventre* CTest
que, ils condamnaient la chair du porc, qui passait pour engendrer la lèpre; et ils devaient éviter avec soin tout ce qui pouvait procurer de l'embonpoint, ne voulant pas que Tàme pût être appesantie par le corps, et que la partie divine de leur être fût opprimée par celle qui est mortelle. L'une des obligations imposées aux prêtres était celle de ne boire que dans des vases d'airain, qui chaque jour devaient être fourbis avec soin. Du reste, Hérodote étend ce
saint Jérôme qui a, très-involontairement, donné lieu à cette erreur des modernes. Minutius Félix avait dit : « Us craignent, aussi bien « que quelques-uns d'entre les Égyptiens , l'acrimonie des oignons « autant qu'ils feraient leur déesse, et ne redoutent pas moins ce « bruit proscrit qui échappe au corps de l'homme, que leur dieu « Sérapis. » Octav., XXVII. Saint Jérôme, venu après Minutius, commentant le passage du quarante-sixième chapitre d'Isaîe, où ce prophète dit : Confractus est Bel, eontritus est Nabo; facta sunt si* mulacra eorum bestiis et jumentis , onera vestra gravi pondère usque ad lassitudinem y saint Jérôme s'exprime ainsi : « Leurs simulacres « sont des bétes, sans parler du redoutable et horrible oignon , et du « bruit du ventre gonflé, qui est la religion pélusiaque. » Mais ces paroles de saint Jérôme ne'sont qu'une forme de langage pour dire que la religion défendait aux prêtres de Péluse de manger des oignons, et d'éviter ce qui peut donner des flatuosités: ce qui est bien loi^^Ie prétendre ériger en dieux ces mêmes flatuosités. Nous ne comprenons pas où Caylus a été chercher que cette incongruité, regardée au contraire comme une incommodité qu'il fallait éviter, avait été un dieu en Egypte : aucun écrivain ancien n'en a jamais dit un mot; et Sextus Empiricus, qui dans le troisième livre de ses Hy« poty poses ne parle aussi que de l'éloignement des habitants de Péluse pour les oignons, fait entendre que l'abstinence de ce légume n'était obligatoire qu'aux prêtres et aux initiés. «A Péluse, dit-il, « aucun de ceux qui sont initiés aux mystères de Jupiter du mont « Gassius , en Egypte , ne mangerait jamais des oignons; et un prêtre « de la Vénus libyenne ne voudrait pas seulement goûter de l'ail. » Ainsi le crépitas, à qui Caylus et Mongez ont donné l'apothéose , est un dieu à chasser du panthéon ; et les figures qu'on a données comme représentant cette prétendue divinité ne sont que des figures typhoniennes, courtes , ti*apues et ventrues , comme on les voit toujours sur les monuments égyptiens.
dcmer préeepta à lous ks Égyptiensy aiMiîlMttqitdcM itvoM extrême propreté dana kt Tétemeiita(i).
C*esl à ce devoir d'extrême pioprelé , ligoiireuiemeiil prescrit aux prétree ëgypiîani, fii'eat due ThitrodaetioB de kl oîrcoacisioB ^ qui , de simple usage d'abotd y. fiaift pu devenir dogme rigoureux; qui du aacerdooe s'étewlil i toiitea ka ckasrfi de la poputatioa tant mâle que femeUe^ et qm étûft commuoeaux Égyptiens^ aux Étbiopiem et am Troglodytes (2). Suivant saint Ambroise, c'était à Tàgede quaftorae an» que se* pratiquait cette opération; mais te sentiment ne paraît pas exact Moïse, qm emprunta tout à l'Egypte, ordonna de circoncire les enfants le huitième jour après leur naissance ; et il est vraisemblable qu^il Favaittro«vé établi ainsi dans ce paya. Quoiqu'il en ait {ait dep«ia un précepte de rigueur pour toua lea Hébreux, ce patriarche avait pourtant négKgé de faire circoncire son propre fils à Madian, ce qui proure que l'usage n'en existait pas en Syrie. On est même autorisé à supposer qu'Abraham n'en acquit luinnême la connaissance qœ dans aoA premier voyage en Egypte^ puisque ce a'eat qu'après son retour dans la terre de Chanaan qu*9 en introduisit le précepte dans sa famille; enfin, un passage de Samuel achève de démontrer que la circoncision n'était pas pratiquée dans la Palestine (3). Les prêtres égyptiens ne permettaient Feutrée dea temples qu'aux eivccmcb, et Pythagore dut se soumettre à cette opération, afin ^y pénétrer. Il en fut de même vraisemblablement pour Thaïes ^Eudoxe, Solon, Platon, Hérodote et autres, qui furent admis à recevoir l'instruction près de ces prêtres , et qui se firent initier aux mystères^ dont cet acte de pureté étaitane des plus impérieuses obligations. Le dogme de la drconei-
(i) Hérodote, II, 37.
(a) Agatharcides , in Photio,
(3) Liber Samuel, II, cap. XVUI^ >6 » «7.
msTtfinriosrs. i9t
sion eaî pmiF symbole le ejnoeépliak , parce qu'on iapposaàt que cet anima) naissait sans prépuce (i)i
La chasteté ét»t un des devoirs inqpofëaaux prèties^ et c'était pour eux uneoblîgation de la garderpendantini cet* tain ten^ dont quelques circonstances religieuses : « Les « uns, dit Porphyre, la gardaient duram*qa»raiite deux « jours ; d'autres plus , d'autres moins ; mais jamais moins « de sept jours. Ils s'abstenaient pendant ce temps de la c chair des ammauz, des légumes et des herbages f mais, « par-dessus tout, du commerce arec les femmes. « Le même écrrraki nous apprend que leur lit derait être fait de branches de palmier tissées.
Un mfotif hygiénique parait avoir fait introduite dans les usages journaliers une pratique qui , passant de la vie civile dans la religion, fut considérée comme une sorte de sacrifice quotidien d'un devoir indispensable : cette pratique consistait à offrir trois fois par jour des parfums au soleiL Ptutarque nous dévoile , à sa manière , les motifs particuliers de cette coutume; mais ces motifs sont fondés surunephysiquesi mesquine, que son explication décèle des temps peu reculés. « L'air, dit-il, s'épaissit la nuit, « comprime le corps , et plonge l'âme dans une sorte de « tristesse : c'est pourquoi, dès qu'ils so«t levés (les prê- « ires), ils brûlent de la résine, qu'ils font fumer pour « purifier et parfumer l'air. A midi, l'ardeur du soleil « soulève en abondance de fortes vapeurs de la terre , ce « qui fait qu'ils brûlent de la myrrhe , dont le parfum « dissipe ce qui est gros , épais et limoneux dans l'air ; et, « en temps de peste, les médecins croient purifier l'atr « mosphère en disant allumer de grands feux. Au soleil « couchant, ils brûlent le parfum nommé kjrphi, com- « posé de seize ingrédients (2). »
(i) Horapoll.y Hiéroglyph.^ I, 14. La circoncision et la supercision des femmes ont été trouvées en pratique chez les Sauvages des lies d'0-Taîti et des Amis.
(a) Plutarque fait remarquer que bien que le .nombre 1^ s^t
tOO L^BGYPTB PHÂBAONIQUB.
Nous avons parle, des richesses immenses possédées par les temples , et que Diodore porte à un peu plus du tiers des terres de VÉgypte (i). On sait que, pendant la longue et cruelle disette qui désola l'Orient sous VaîTministration de Joseph , fils de Jacob , lorsque les malheureux Égyptiens de toutes les classes étaient forcés de racheter leur yie au prix de tout leur bien , les terres des prêtres ne furent pas touchées^ parce que les greniers royaux fournissaieût gratuitement à leur caste tout ce qui était nécessaire à leurs besoins» Nous avons vu queplus tard les richesses de cette même caste furent encore considérablement augmentées par les libéralités de la veuve du grand Rhamsès, en récompense de la fictive immortalité que le sacerdoce décerna au héros. Des registres originaux des temples égyptiens ) examinés par GhampoUion , ont fourni la preuve qu'indépendamment de ces biens si excessifs, le sacerdoce recevait encore, comme redevances annuelles sur les propriétés territoriales possédées par les particuliers, des taxes de différentes espèces, soit en blé, soit en argent, soit en vin ou en fourrages (4). Ces revenus si considérables, destinés à r entretien des temples et des familles sacerdotales, servaient probablement aussi à l'ouverture , au percement et au creusement des tombes générales, vastes syringes où allaient s'engloutir successivement les généracarré , qu'il procède d'un autre nombre carré , et que , seul d'entre les nombres égaux , il ait la quantité de son aire égale au nombre de ses côtés, ce n'est pas cependant entièrement du mystère de ce nombre que ce parfum tirait sa vertu. Les seize ingrédients étaient : le miel, le vin , le raisin , le souchet, la résine, la myiThe, le tribule , le séséli , le jonc odorant, le bitume , la mousse , le lacapfatumi le genièvre , la cardamome , et le calamus aromaticus.
(i) Diodore, ly 78, dit que les terres étaient partagées en trois portions, et que l'ordre sacerdotal possédait la plus grande de ces portions : c'était donc un peu plus du tiers.
(a) Cbamp.-Fig., Univ. pitt. Peut-être les redevances dont parlent ces registres n'étaient-elles que le produit du fermage des terres de la caate par les particuliers,;
INStlTUTIORd. 801
tioDS momifiées; des cesimiombrables et magnifiques catacombes qui sont une des merveilles de TÉgypte, par la régularité de leur plan, le poli brillant et le parfait équarrissage de leurs parois, et par la richesse de leurs décorations; et ce qui le prouve , c'est que les temples percevaient un droit sur les sépultures.
Diodore a avancé que les propriétés sacerdotales ne contribuaient pas aux charges publiques , et que leurs revenus étaient exempts de tout impôt (i) ; et on a cru voir dans un passage de la Genèse la confirmation de ce fiatit pour les temps les plus reculés. Saint Jérôme, dans la Yulgate, dit bien que, pendant que toutes les terres de TÉgypte durent payer annuellement au fisc royal le cinquième de Surproduit, après l'administration de Joseph, celles des prêtres furent affranchies de cet impôt; mais Moïse n*a rien avancé de semblable : il n'a parlé que de la conservation par les prêtres de leurs domaines , qui ne furent pas achetés par Joseph comme les autres terres des particuliers , par la raison que le pharaon faisait distribuer gratuitetementà la caste sacerdotale tout le blé dont elle avait besoin (2). 11 faut voir en cela une mesure toute politique de
(i) Diod. II, 73 et 88.
(a) Voici les deux versets, d'après la Bible polyglotte : ^. aa. Tan' tum terra sacerdotum non émit Joseph , quia statutum sacerdotibus a Pathoh, et comedebant statutum ^uum quod dédit eis Parhoh,
16. Et posait illud Joseph in statutum usque ad diem hanc, super terram JEgypti, ipsi Parhoh , ad quintam; tantum terras sacerdotum ipsorummet non fuit ipsi Parhoh, {Genèse, XLFII, texte hébreu^ traduct. interlin.)
Tantum terram sacerdotum non acquisivit, quoniam annona statuta ^rat sacerdotibus a pharaone, et comederunt annonam suam quam de* derat ers pharao; ideo, non vendiderunt terram suam. — Et posait Joseph hoc in statutum usque in hune diem , super terram JSgypti , ut qidnta pars sit pharaonis ; sacerdotum tantum terra non pertinuit pha* raoni, {Ibidem, version sur le texte samaritain.)
Les versions syriaque et arabe, ainsi que le Targuai -Onkelos, s'ex-
M2 l'bgyptb phaeaoiiqcb.
]m part du pharaon el da êsm JBedtimdei (<)« Ap<^his, 4{ui fégnaitÀoetle époque, était de la race defiHykshojsikËivenr dont il ^alifia les pi^étreft était une manière adroite de le ki aitacberi et de farcer au repos uae classe si iafluente dans la populatiou, U s'est pas douteux que si , au mécontentement général des petits propriétaires, qui le ▼o jaieait dépossédés de leur bien pour oe pas œounr de €um, s'était joint le aaécontealieiiient de la caste sacerdotale, wst soulemeoient général aurait pu avoir lieu, et devenir funeste à ces dominateurs étrangers : il étaii donc tnàônportaot au pharaon de ménager la classe des précres, pour qualleoe présentât pas les osaux qui accablaieatk pajB ooame un effet du cournoux céleste cootve ces laémes étrangcKs«
Les terres sacerdotales n'étaient donc point exemptes ée rimpâcdaiisla première période de l'histoire d'Egypte; il ne paimit pas qu elles l'aient été davantage à la seconde période, malgré l'assertion si positive de Diodoffe. Héi>odote , qui cile les avantages dont jouissait la classe
p^iiBent de k «éme manière ; il n'y a que les SepUate et mni Ik^ rôme qui aient traduit si peu fidèlement.
Les Septante et saint Jérôme n'ont pas mieux rendu le seDS du verset ai ; ils disent que Joseph soumit au pharaon tous les peuples ^ étune extrémité de t Egypte à t autre. Moïse dît qoe Joseph fit changer de résidence aux propriétaires dépossédés, en les envoyant niittuelieroent ^une extrémité dn pays à l'antre : c*était d'une politique prévoyante , de dépayser ceux qui étaient ainsi derenuB serfs du fisc, afin que la vue de lenrs propriétés , qu'ils avaient dn abaDdonner pour nn peu de pain , ne les poussât pas da désespoir à U sédition. Voici ce verset, suivant la traduction interlinéaire duteite hébreu : et populum transire fkeit ad urées, a6 extremitate termiiù yEgypti usque ad extremitatem ejus,
(i) Henry Sait trouve une grande analogie entre f autorité deSedwudet de l'empire d'Abyssinie, et celle qui fut départie à Josepli par le pharaon. Voyez son Voyage en AByssmie, édition française, tome II, p. 76. Alvarez parle souvent aussi de cet office, qu'il ap- )>elle Betttdete, xm seigneur de la main gandie.
IRBTmiTIOI^. tôt
piètres de soa temps, aurait-il omis de porkr d une tidle immunité, la plus {grande de testes, n elle «Tait exisié? Maïs nous savoiss très-peitÎDemmezit aujourd'hui, par les découvertes faites par ChampoUion dans les registres ort* gîiiaiiaL des temples possédés par le musée royal de Turin, que le lilenoe 4'Hérodote était très^bien Ibndé : ces vegia* très «ous £(Mit comiaître que les propriétés aacerdcAâles payaient au trésor de l'État des cotes en blé , en argent, en d«nrées, «t eu ouvrages manufiictiirés (i), La pierre de Roaette nous aTait déjà appris eli«*-méme quetsertanis tem« pies étaient tenus de livrer annuellement une quantité déterminée de pièces de byssus , et que la redevance des terres de la caste était d'une amphore de via par aroure de vignes^ et d'un €iriabms de blé par aromw de champs (a).
La méiiie organisation politique qui séparait en castes les nombreux habitants de l'Egypte subdivisait ensuite la caste des prêtres en différentes classes , ayant chacune ses attributions et se» fonctions spéciales, héréditaires, à ce qu'eut croit, dans la famille, et auxquelles succédaient les enfants, ce qui perpétuait les mêmes dignités sacerdotales dans les mêmes maisons : la famille du grand prêtre aurait donc toujours donné, d'après cette loi, des grands prêtres (3), comme les familles des derniers degrés de la hiérardiie auraient toujours donné des portiers, des nourrisseurs ou des embaumeurs d'animaux; à moins que l'extinction de quelque famille d'une classe supérieure ne procurât une série de promotions dans les classes inférieu-
(t) ITWp. /wffor., Égjrpte, p, 90.
(!i) fK*m, p. 90. CTest «nfîron cent »tx litres et demi de Mé , et environ cinquante et un litres et demi de vin par quarante ares.
(5) Nous voyons dans les Lettres de Champ., p. 35 1, que deux des "fils deflfiamsès-Meianioun étaient, fnn prophète du dieu Wiré, l'autre, grand prêtre de Phtfaa. Ces places pouvaient donc être données atct &s du monarque : cette circonstance semble exclure le principe absolu d'hérédité.
t04 L*iGYP¥B PHAHàONIQUB.
Tes y OU qu'une promotion d'une classe à Vautre n advint d'après certaines conditions réglées par la loi : point d*his* toire encore très-obscur, et sur lequel nos connaissances sont loin d*étre fixées (x)»
. Le grand prêtre ou pontife, XarchiereuSj celui qu'Hérodote qualifie de pyromUy résidait à Thèbes ; et le texte de rinscription de Rosette semble annoncer que chacun
(i) Nous trouvons sur ce sujet , dans le travail sur TÉgypte que
M. Champollion-Figeac a publié dans V Univers pittoresque, quelques
idées que nous insérons ici.
« Nous lisons dans l'inscription de Rosette que Ptolémée-Épîphane abaissa au taux anciennement en usage , et tel qu'il était établi à la première année du règne de son père, le droit que les prêtres payaient pour être initiés aux mystères. Cette initiation n'était, vraisemblablement, que l'avancement des néophytes dans les divers degrés de la hiérarchie sacerdotale : d'où il faudrait induire plusieurs faits également remarquables, savoir : que Favancement dans l'ordre sacerdotal, et la promotion aux fonctions su* périeures, étaient réglés par une loi de l'État; que l'autorité royale intervenait dans l'exécution de cette loi, et que le fisc percevait un droit sur les promotions. »
« Ainsi constituée sur la possession territoriale, la caste sacerdotale tout entière était comme une famille possédant un vaste héritage,<transmissible, selon des conditions connues, à ses divers mem* bres, de génération en génération. C'est ce droit d'héritage delà terre qui rendait obligatoire Thérédité des fonctions, parce que la nature de ces fonctions déterminait la part cohéréditaire afférente à chaque membre de la famille : c'est sur ce principe fondamental que repose toute la constitution de la caste sacerdotale égyptienne. »
« Les prêtres se mariaient donc, et leurs enfants mâles étaient prêtres. La multiplicité des lieux de dévotion , leurs riches dotations, et la fertilité de l'Egypte, expliquent sans difficultés commeat un si grand nombre de prêtres pouvait vivre dans l'aisance; et à ces dotations, à ces possessions il faut ajouter encore les subventions qu'ils recevaient du trésor royal pour les nombreuses fonc* tions salariées qui étaient réservées à leur caste, et qui embras-
« saienl toutes les branches de l'administration publique non spé<
« cialement militaires. » P, 90 et 93.
tNSÏItUtlONâ. 305
des membres des classes sacerdotales était tenu d*aller, tous les ans, le visiter dans sa résidence. Chaque collège avait un certain nombre de prêtres des différentes classes , désignés collectivement sous le nom d'owei, c'est-à-dire, sacrés , à la tête desquels était placé celui que les Grecs ont ^ppeléle prophète, heùtreâLarchiprophète, attribué par Clé» ment d'Alexandrie à celui de qui Pythagore avait reçu son instruction , annonce que ces fonctions prophétiques n'appartenaient pas à un seul individu dans chaque temple, mais qu'un certain nombre de dignitaires de la même espèce étaient réunis sous la dépendance ou la direction d'un chef supérieur du même ordre (i). Chacune des catégories sacerdotales ayant ses devoirs spéciaux à remplir, avait aussi son instruction particulière à recevoir, et les membres qui la composaient étaient obligés de retenir dans leur mémoire le contenu des livres sacrés qui se rapportaient à leurs attributions. Ces livres , au nombre de quarantedeux^ étaient supposés sortir de la main de Thoth , parla raison que nous donne Jamblique au début de son Traité des mystères des Égyptiens : c'est-à-dire que toute inven-* tion étant attribuée à Thoth, patron du sacerdoce, les écrivains égyptiens, et par conséquent les prêtres, plaçaient sous son nom leurs propres productions. Trentesix de ces quarante-deux livres étaient le partage de la classe sacerdotale du premier ordre; sur ces trente-six , le prophète devait en savoir dix , qui étaient les livres sacerdotaux, c'est-à-dire ceux qui contenaient les divers traités sur les dieux, sur les lois et sur la discipline du sacer-
(i) Peut-être, et nous le croirions volontiers, faut-il entendre par archiprophète la personne à qui Hérodote donne le nom de /7jromis , le chef suprême du sacerdoce : mais ce haut personnage serait-il descendu jusqu'à se faire l'instituteur de Pythagore? La rare capacité de ce grand philosophe pouvait avoir été appréciée par le pyromisy qui n'aurait pas dédaigné d'être lui-même son instituteur.
80& L^ÉOYPTE PHÀBAONIQUE.
doce (i) : le livre de Moïse intitule Léuitique représente à nos yeux, pour le sacerdoce des Hébreux , les dix livres hermétiques du sacerdoce des Égyptiens. Le rapport parfait qui se fait remarquer entre plusieurs points ^de doctrine particuliers à Tune et à l'autre nation, entre autres c^qui concerne les animaux purs et les animaux impura» ainsi que les souillures et les soins de propreté , montra suffisamment que le législateur des Juifs, eu écrivant ce livre, avait présents à la mémoire lea dix livres d'Heraiès, et que les vingt-sept chapitres du Lévitique renferment les principales dispositions contenues dans ces dix livres de Thoth (2). Un nombre pareil de dix Uvrese, roulaat ^ la
(1) Il semble que Fidée , telle qu'elle est exprîn>^ tci cPaprès Clément d'Alex, y n'eat pas complète. En elifty le prophète ne pouvait rester étranger à la coDDaissance des auti^es livres. L'appUcftlion des préceptes contenus dans ces dix premiers livres, qu l'instructioD qui en découlait, appartenait à ce premier fonctionnaire des temples; mais la connaissance de tous les autres livres devait lui être également familière, puisque, chef du sacerdoce dans son collée, il lui appartanail aussi de surveill9«^ Texaot accomplissement de$ devoirs que la loi départait aux prêtres des catég^ies placées sous lui; ce qui lui imposait Tobligation de les connaître. Ce n'est même que de cette manière que Moïse a pu savoir tout ce qu'il a transmis à ses .lévites, dans les livres qu'il composa pour eux.
(a) L'identité qui existe entre le rit des Hébreux prescrit par Moïse, et celui qu'on^trouve dans les livres liermétiques , a plusieurs fois frappé les savants. Voici ce qu'en disait M. Miot, traducteur d'Hérodote, au sujet du XLl" paragraphe du II* livre, dans sa note 37 : « Cette antipathie pour les étrangers » (Hérodote dit que les Égyptiens n'auraient pas mangé de la chair d'un animal coupée avec un couteau fabriqué en Grèce) « est passée dans la religion juive, « intolérante et exclusive comme l'était celle des Égyptiens; et elle « a frappé les principaux écrivains grecs qui ai^ot parlé des Hé- « breux. La même aversion se fait encore remarquer aHJowpd'^^ « chez les Juifs modernes. On ne peut, au surpli^s» s'«mpétihc>^ ^^ « reconnaître dan$ les cérémQnies religieuses des ÉgyptieaS) dont « Hérodote vient de donner le .détail, une g^rande partie de cell«* « qui fi^-ent dans là suite consacrées par le Lévitique. L'indiaUO» « de la victime, la disposition des entrailles, la manière de les bru*
discipline et sur T instruction (ce que les Grecs, que nous trouvons toujours interposés entre nous et FEgypte pharaonique, Skpi>elèreni pendentika)y ainsi que ce qui concernait les sacrifices et la manière d'immoler les victimes (ce que les mêmes Grecs nommèrent moxophagistika^ y étaient du ressort du stolisthèsy qui occupait la première chaîne après le prophète ; dix autres livres, renfermant Thiéroglyphique, la cosmographie , la géographie^ F astronomie, la chorographie de FEgypte , la description du cours du Nil, la description et la figure des instruments des scieo/ces, la description et la figure des ornements sacrés , la topographie sacrée ou la connaissance de tous les lieux consacrés (i) , enfin la métrologie et tout ce qui se rattache à U connaissance des poids et des mesures, appartenaient à Fhiérogrammate ou scribe sacré ; quatre livres sur F astrologie étaient le partage deFhoroscope; et deux renfermant, Funles hymnes et paeans, lautre ce qui concernait le régime de la vie royale , étaient dans les attributions du cbantre. Ces cinq personnages, ou les cinq ordres de prêtres dont faisaient partie ces personnages , composant la hiérarchie sacerdotale de première classe, se distinguaient dans les cérémonies du culte par les attributs de leurs dignités. Le chantre, le dernier en préséance, marchait le premier, portant quelque chose de relatif à la musique ; Fhoroscope venait après , avec une palme dans une main et un gnomon dans Fautre ; Fhiérogrammate , la tête ornée dune ou de deux plumes, marchait muni d'un ca-
« 1er, Fhuile répandue sur les parties consumées pv le feu, le choix • de celles qui étaient réservées pour les prêtres et pour celui qui «offrait le sacrifice; les imprécations sur la tête de l'animal, qui « représentent celles que Ton prononçait sur le bouc émissaire y les « recherches de propreté dans le vêtement des prêtres; tout enfin se « ressemble sous beaucoup de rapports, et parait même commun « aux deux peuples. »
(i) Voyez Mig, de VJntiq,, note a, au III* livre, par M. Gui-
gniaut.
T. I. iO.*
808 l'boyptb pharaonique.
hier, d'un encrieri et du jonc qui servait de plume ; le stOflisthe portait la coudée-ëtalon , ou coudée de justice, et la coupe aux libations, ou peut-être une coupe servant de mesure de capacité f enfin, le prophète, qui marchait le dernier, tenait sur son sein le vase d'or symbolique dont nous avons déjà parlé.
A ce premier ordre des prêtres se joignaient encore ceux qu'on appelait les hiérophores et les hiérostoles, c'està-dire ceux qui, suivant l'interprétation de Plutarque, portaient dans leur cœur la doctrine sainte et pure, exempte de toute superstition et de toute curiosité (i), et cet ordre comprenait ainsi tout ce qu'il y avait de plus élevé dans .le sacerdoce; ordre savant et distingué, voué à l'étude , et chargé de l'enseignement supérieur des lettres et des sciences, ainsi que de la conservation des écrits, et placé sous le patronage de Thoth , président de l'hémisphère supérieur, auteur de toute science et supposé fondateur de la religion. Venait ensuite le second ordre de ces mêmes prêtres, qui remplissaient les fonctions matérielles et subalternes du culte. Cet ordre se divisait aussi en plusieurs classes, dont la première parait avoir été celle des pcLStophores : ceux-ci devaient apprendre les six derniers livres hermétiques , dont les titres indiquent les catégories de cette classe : c'étaient , les traités sur l'astronomie , sur les maladies en général, ou la médecine ; sur les instruments opératoires , et par conséquent la chirurgie; sur les médicaments , ou la thérapeutique; sur les maladies particulières des yeux , ou la science de l'oculiste; sur l'organisation des femmes, et, sans contredit, leurs maladies particulières. A. eux appartenait encore le soin de porter, dans les komasies , les naos sous lesquels étaient placés les images des dieux, et de garder les temples , ce qui constituait la classe des néocores. Cette ca-
(X) Plut., de Iside et Osiride.
tégorie des prêtres , dans laquelle se trouvaient placés encore ceux qui nourrissaient les animaux sacrés ou ko-' masteSj ceux qui exploraient lesyictimes et les marquaient du sceau ovLsphragiasteSj ceux qui prenaient soin des choses sacrées ou zacores. nous semble avoir du former un ordre intermédiaire entre celui des prêtres dont nous venons de parler, et Tordre tout à fait subalterne des col" chites, comprenant les eutaphiasUe , les tharicheutes y les parascfUstes y et autres classes chargées de T embaumement et de la sépulture des morts, et d'autres emplois bas et serviles rentrant dans les dernières conditions sociales. Les pastophores appartenaient encore à la classe savante par leurs études, ils devaient donc aussi reconnaître Thoth pour leur chef ; les colchites étaient sous le patronage d*Anubis, président de Thémisphère inférieur.
Le culte adressé aux rois était servi par des prêtres semblables de tout point à ceux des dieux , ayant les mêmes classes et les mêmes attributions : quelquefois le même prêtre desservait tout à la fois les autels d*un dieu et ceux du roi déifié, et les monuments ont même fait connaître certains prêtres qui réunissaient sur leur tête plusieurs fonctions sacerdotales (i).
Hérodote refuse très-positivement et très-péremptoirement à l'Egypte des prêtresses, que lui reconnaissent Strabon et certaines inscriptions parvenues jusqu'à nous. Malgré ces dernières autorités , nous ne balançons pas à nous ranger au sentiment d'Hérodote. Aucune prêtresse na existé en Egypte jusqu'à l'époque grecque, si on en-
(i) « Plusieurs fonctions sacerdotales pouvaient être conférées à M la même personne; et un monument funéraire montre un Égyptien > nommé Khonsoumosis, qui réunissait les titres de prêtre d'Âmmon « dans Oph (la partie méridionale de Thèbes), d'hiérogrammate du « temple de la déesse Mouthis-Bouto, et de membre du collège des « hiérogrammates de Thèbes. » Champ.-Fig.', Univ, pitt,^ Egypte ^ p. lia.
810 \,'ÂGY9TR PHAEÂOtlIQUE.
tend par prêtresses des femmes exerçant les fonctions attribuées aux prêtres, comme d'offrir des sacrifices, tânsi qu'elles le pratiquaient chez les Grecs et les Romat&s, tpi leur confiaient le soin de desservir les autels de certaines déesses. Rien de ce genre ne se trouvait en Egypte, à la première époque de son histoire; car Moïse, qui a presque tout emprunté au sacerdoce égyptien, dans ses lois religieuses ne fait aucune part aux femmes. Après le passage ie la mer Rouge, Marie sa sœur, qualifiée de prophétesse (i), ne paraft que pour chanter, à la tête des femmes d'Israël, le refrain du cantique chanté par Moïse , et pour faire exécuter les danses sacrées. Si nous trouvons sur les monuments de la seconde période , les seuls à peu près qui nous restent, des femmes portant des titres religieux, des filles de pharaons consacrées à des déesses, nous nen voyons aucune remplissant réellement des fonctions inhérentes au sacerdoce (2). Strabon parle des Pallades ou Pallacides que les prêtres de Thèbes consacraient à Âmoun, jeunes viciées remarquables par leur beauté et par le haut rang de leur femiile , et qui faisaient leur résidence dans le temple; mais 'ce n'étaient point là des prêtresses: leurs fonctions se réduisaient à assister aux cérémonies, comme les musiciennes et les danseuses, et à porter des emblèmes sacrés , sans que rien puisse justifier les reproches de libertinage dont Strabon a sali leur mémoire. Le même Strabon nous dit que les chambres du labyrinthe servaient aux députations des différents nomes, qui s'y rendaient accompagnées de leurs prêtres et de leurs prêtresses; mais, du temps de Strabon , l'Egypte était romaine, et M. Letronne a très-bien démontré que, sous les Lagides,
(i) On sait que chez les Hébreux le titre de prophète ou de prophétesse n^impliquait pas l'exercice du sacerdoce.
(a) Ces femmes n'appartenaient pas plus au sacerdoce que ne lui appartiennent, de nos jours, les femmes consacrées à lasifînteVîerget ou faisant partie de quelque congrégatioa religieuse.
le culte national avait admis des pratiques du culte grec(i). A cette époque , des prétresses semblables à celles des Grecs auraient pu être introduites dans certains sanctuaires, quoique le fait nous paraisse encore douteux. Tout semble témoigner que ce titre de prêtresse n'était qu'une distinction honorifique donnée à certaines femmes de la caste sacerdotale, empruntée peut-être à la dignité de leurs maris, c'est-à-dire à celles dont les époux remplissaient les fonctions sacrées, afin de les distinguer des autres femmes de la même caste dont les parents nétaient pas ministres des autels ; car on sait que le nombre de ces derniers était petit, en comparaison de la multitude dont se composait la caste. Cette même distinction appartenait aussi , à ce qu il paraît par une stèle du musée royal du Louvre, aux femmes de la famille du pharaon , lequel, en sa qualité de théocrateet de chef de la religion, recevait quelquefois , ainsi que nous l'avons montré plus haut, le signe caractéristique du prêtre dans les inscriptions hiéroglyphiques, au lieu du signe caractéristique de roi. Ces qualifications pouvaient bien donner à celles qui en étaient revêtues quelque privilège que nous ne connaissons pas, mais elles ne leur déféraient aucun droit à exercer d'autres fonctions sacrées que celles de jouer de la harpe, de chanter et de danser dans les solennités religieuses, ainsi que cela s'est pratiqué dans toute l'antiquité (â). S'il en avait été autrement, Hérodote , qui a tant fré-
(i) Observations sur t Objet des Représentations zodiacales, page 38 et suiv.
(i) Les femmes qui remplissaient ces fonctions religieuses se montrent sur les monuments, les unes avec un simple lumbare pour tout vêtement, les autres avec un jupon prenant sous le sein et descendant jusqu'eux chevilles; mais d'une étoffe tellement fine, qu'il semble qu'elles sont entièrement nues. Ce jupon est suspendu à des bretelles passant sous leur large collier. Pour coiffure, elles ont un morceau d'étoffe prenant au front, s'arrondissant sur la tête, et descendant comme une capuce jusqu'à la hauteur du sein. Les fem- T. I. 20**
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quenté les temples des trois grandes .yilles de sod époque ^ qui a tant converse avec les prêtres des principaux collèges de rÉgypte, qui n*a rien épargné pour se faire instruire des particularités de leur culte et de leur histoire, n'aurait pu manquer d'apercevoir quelqu'une de ces prêtresses ; et il n'aurait pas avancé aussi afGrmaiivement, que « les femmes n'exercent de sacerdoce ni près d'un dieu ni • près d'une déesse : ce sont toujours les hommes qui rem- « plissent ces fonctions pour toutes les divinités (i). » Une dénégation aussi précise semble même aller au-devant de toute interprétation de ce titre de prêtresse, et être desd* née à redresser la fausse idée que les Grecs auraient pu prendre de cette qualification, donnée en Egypte aux femmes des ministres du sanctuaire.
mes qui avaient été initiées aux mystères avaient la télé rasée comme les prêtres.
Les pharaons étant les chefs de la religion , leurs femmes participaient elles-mêmes de cette qualité. C'est à une des fonctions qui leur appartenaient à ce titre que nous attribuons une particularité qui se fait remarquer dans le costume religieux de certaines princesses. Dans Tune des tombes delà vallée des reines, près de Tbèbes {Foyage de^Champ., pi. sag*), la reine Isé, coiffée du bonnet symbolique, porte pour tout vêlement une robe ouverle par devant, de la ceinture en bas; un tablier tombe devant cette ouverture, afin de cacher La nudité du corps. Mais dans certaines circonstances, comme dans Tadoration d'Apis, de Bubastis, les femmes découvraient leurs parties sexuelles ; c'est probablement pour favoriser l'accomplissement de cet acte religieux, qu'était ainsi disposée cette robe de circonstance. Dans la figure dont nous parlons, la reine Isé, les deux mains tendues en avant , en acte d'adoration , a rejeté sur son bras droit ce tablier, et mis ainsi à découvert ce que ce tablier devait voiler. Une autre reine, sur cette même planche, porte aussi, relevé sur son bras , un tablier pareil, quoique sa robe soit fermée, ce qui semblerait indiquer que ce tablier était double, et qu'Isé les a relevés tous les deux. Au reste, ces robes sont si transparentes, que le nu se voit à travers.
(i) Hérodote, II, 35.