CHAPITRE XI
Science des prêtres et décadence, -— Ignorance successive. — Magie. — Diifination, et ses différentes espèces. — Oru" cleSj Bath^koly oniromancie y oniroscopie, onirocritiCy ophiomancie, engastrimithisme , psychomancie y mimo" mancie. — Embaumements. — Jugements après la mort»
L'accord unanime de Tantiquité proclame la science des prêtres égyptiens ; et Moïse, leur élève, prouve combien cet assentiment général était fondé. L'Egypte a brillé de toutes les sciences au moment où ces sciences , qui à lorigine, lui étaient communes avec les autres nations, s'étaient évanouies pour ces dernières. Aux époques les plus reculées , la classe sacerdotale fut partout la classe savante : on la trouve en effet dans les Chaldéens, qui étaient les prêtres des premiers Babyloniens; dans les mages , qui exerçaient le sacerdoce en Assyrie et en Perse ; dans les brahmes , qui étaient investis des mêmes fonctions dans l'Inde : c'est dans ces collèges de ministres du culte que se retrouvent les sciences physiques et naturelles, ainsi que l'astronomie, science d'observation. Nous avons dit pourquoi ces nobles connaissances se conservèrent plus longtemps en Egypte que dans les autres contrées , où elles s'éteignirent de bonne heure, par le fait autant des guerres civiles et étrangères et des désastres intérieurs que de la superstition, qui à la suite du grand cataclysme, et à raison même de ce désastre , ne tarda pas à abrutir les populations. La même cause produisit plus tard les mêmes résultats en Egypte. Le système d'isolement adopté par les prêtres de ce pays , en y maintenant quelque temps l'héritage scientifique des antédiluviens, ne pouvait l'y faire prospérer, parce que cet héritage se concentrait entre quelques individus d'une même caste, sans émulation et sans rivalité , et dont les enfants , en héritant du privilège
814 L'iOYPTK PaiLfiAONIQUB.
de Finstructioa et du droit d'être savants , n*en recevaient pas par voie d'hérédité le plus ou moins d'aptitude à apprei^re, à enseigner, à compreodre, à pousser m pro« grès. Que pouvait devenir une science, quand ie fils du physicien, du chimiste, de l'astronome, de l'oculiste , était condamné , quelle que put être sa vocation , quelles que fussent ses dispositions, à n'être jamais que phy^den, que chimiste, qu'astronome ou oculiste? quand la loi le rendait responsable sur sa tête de tout changement à la doc« trine qu'il recevait de ses pères (i)? La science des Égyptiens était donc moins dans leur tête que dans leurs livres, qu'ils étaient obligés d'apprendre par cœur, qu'ils étaient forcés de transmettre à leurs enfants tels qu'ils les avaient reçus de leurs ancêtres; ce qui condamnait le musicien à ne jamais chanter que les cantiques composés depuis des centaines de siècles , et le dessinateur à estropier éternellement ses figures (a). Privées de tout ce qui pouvait les faire monter à la perfection , ces connaissances durent donc marcher sans cesse en déclinant ; et ce déclin , le mysticisme qui domina toutes les facultés de ces hommes, à la seconde période de l'existence de l'Egypte, le précipita. Ce mysticisme s' étendant sur tout, il fallut que la nature même parût soumise à ses lois. Alors onyit les prêtres avancer, contrairement à ce que démontrait l'expérience de chaque année, que le Nil s'élevait à Éléphantine de vingt-huit coudées, par la raison que le dieu Lune recevait sa lumière du dieu Soleil pendant un nombre pareil de jours avant de recommencer une nouvelle course; qu'il montait à quatorze coudées àMemphis, parceque quatorze jours répondent à deux phases du même dieu Lune; qu'enfin il atteignait sept coudées de hauteur à Xoïs et i
(i) Une loi condamnait à la mort tout médecin qui n'aurait pas guéri son malade en ne se conformant pas strictement aux méthodes curatîves transmises par les anciens.
(a) Plalo , de Legibus IIl,
IlfSTÎtUTIONS. 815
Mendès, parce que c'est après un nombre de jours ëgal à ce chiffre que commençait un noureau quartier (i).
La décadence une fois commencée pour les sciences , la pente fut rapide sous la seconde période : et si, peu d'années avant l'invasion de Cambyse, et sous les Perses même, quelques hommes célèbres d'entre les Grecs purent y recevoir encore une instruction supérieure à celle que leur pays pouvait leur offrir, cette instruction s'appuya bien moins sur les sciences proprement dites que sur la philosophie, la morale et la religion. Deux causes concoururent, nous T avons dit, à cette perte des sciences : d'abord le changement survenu dans la théologie à T expiration de la XVÎII* dynastie, ensuite celui survenu dans la politique sous la XXVP, changement qui ouvrit les portes de l'Egypte à tous les étrangers. La première de ces causes avait sacrifié la théologie primitive, fondée sur une cosmogonie toute de science , à un mythe nouveau , uniquement basé sur l'astronomie agricole; mythe dont la domination tyrannique , en envahissant toute la religion, asservît toutes les idées à ses combinaisons, et tendit à l'anéantissement de ce qui existait encore de connaissances d'un ordre supérieur, en donnant l'essor aux rêveries astrologiques. La seconde cause , en modifiant d'abord et brisant ensuite la loi observée jusque-là , non pas d'exclure complètement les étrangers, et moins encore de les mettre à mort, comme l'ont trop légèrement écrit des anciens et des modernes, ce qui est formellement démenti par les faits (2), mais de ne les admettre qu'avec une prudente circonspection , fit perdre insensiblement à rÉgypte ses usages propres et ses habitudes de si longue date , pour les échanger contre les usages et les habitudes des peuples avec lesquels ses habitants se mettaient en
(ï) Plut.,«fe Osiride, ^
(ft) ^e/i^^e; Hérodote ;Diodore;Strafaon.
816 L*i6YPTE PHÀEÀONIQUB.
contact I et prépara de loin son asservissement. Alors le peu de sciences antiques qui se conservait encore dans ce pays ne pouvant plus faire contre-poids à rignorance qui depuis si longtemps opprimait les autres peuples, l'Egypte tendit incessamment à s'équilibrer avec ceux-ci, et à descendre à leur niveau. L'invasion désastreuse des pasteurs, en portant un coup des plus funestes à l'Egypte, dut continuer le mouvement de décadence qu'avaient déjà commencé sans doute les discordes civiles qui, à diverses époques, avaient désolé ce pays. Ce mouvement, accéléré par le voyage conquérant de Sésostris, lequel en mettant les Egyptiens en rapport avec toutes les nations de l'Orient, avait ouvert la voie à ces innovations de toute espèce qui ne tardèrent pas à éclater, devint encore plus rapide quand le survivant des duodécemvirs, Stephinates- Psammitik, ouvrant aux Grecs les portes de la vallée, permit aux doctrines de ce peuple de s'y glisser, et avec elles toutes les subtilités du génie grec. Les guerres étrangères qui suivirent bientôt, l'invasion de Nabuchodnezar, la servitude qui l'accompagna, la précipitèrent encore, et la conquête de Cambyse acheva de tout anéantir. Imbu d'autres principes , ayant sur la religion d'autres idées, ce vainqueur intolérant ne considéra le culte symbolique égyptien, faute de le comprendre, que comme une superstition impie, une idolâtrie abominable, une dégradante monstruosité; et le fanatisme farouche des mages arma son bras du marteau contre les monuments , de i'épée contre les prêtres, de la torche contre leurs archives, et du levier profanateur contre les tombeaux. Alors les sépulcres, objet de respect chez tous les peuples, furent livrés aux flammes , après que l'avarice en eut arraché tout ce qu elle y trouva de métaux précieux en parures, en meubles, en objets d'art ou en instruments. Celles des archives que le feu put épargner furent pillées, dispersées et emportées; et toutes les savantes nouons qu elles
tNstrrcTioNS. 817
renfermaient, ces documents historiques si soigneuse^ ment recueillis pendant tant de siècles , se trouvèrent à peu près anéantis. Alors l'ignorance s'épaissit en proportion de ce que les traditions premières 's'altéraient. Hérodote, qui voyageait en Egypte moins d'un siècle après cette invasion funeste , se montre plus habile que les prêtres qu'il avait consultés , dans l'explication des phénomènes naturels. L'ignorance en ce genre était déjà si grande dans les temples d* Egypte, que les prêtres ne savaient même pas que hors de leur pays les terres s'humectaient autrement que par des inondations fluviales (i). Cinq siècles après Hérodote , Strabon ne trouve plus que de la jactance et du charlatanisme dans Thiérogrammate du temple d'Héliopolis, ville dont le collège sacerdotal avait toujours joui de la plus haute réputation de science; et pourtant cet hiérogrammate, Cheremon, désigné pour accompagner le préfet d'Egypte dans sa tournée, devait, ' sans contredit , être considéré comme le plus instruit de son temps : nous savons qu'il avait en effet composé un livre sur les hiéroglyphes , et on lui en attribue quelques autres sur des matières différentes ; enfin , cent ans plus tard encore, l'empereur Adrien, qui en sa qualité de chef de l'Etat avait vu les portes les plus secrètes du sanctuaire s' ouvrir devant lui, et qui, plein d'esprit, d'instruction et de jugement, pouvait tout remarquer avec sagacité et tout apprécier avec sens et justesse , écrivait à son ami Servianus cette lettre que nous a conservée Vopiscus, dans laquelle il lui dit que cette Egypte tant vantée ne lui avait montré , dans le caractère de ses habitants , que légèreté, vanité et caprices, aussi bien en religion qu'en politique ; que lesEgyptiensétaieutune espèce d'hommes trèsséditieuse , très-vaniteuse et très-injurieuse , courant après toutes Jes nouveautés (â). Le prince aurait pu ajouter que
(i) Hérodote, 11^ 1 3.
(a) JEgyptum quem mihi laudabas, Semane carissime, (otam di*
d^lS l'bOYPXE PAAAAOniQUE.
cette espèce d'hommes était ausû tcès- superstitieuse; car cétait répoque où une adoration réelle, vemplaçant Vantique et simple vénération dont avaient été T objet les animaux sacrés et les autres symboles divins , le fétichisme le plus pitoyable et le plus dégradant était devenu la religion populaire. « Les Égyptiens, disait Plutarcpie, yers « la même époque, au moins la plupart, entretienaent f et honorent ces animaux, comme s'ils étaient véritable- « ment des dieux. Ils n ont pas seulem^it rempli par là « de risée et de moquerie leur service divin , ce qui est le « moindre mal résultant de leur ignorance et de leur sot- « tise, mais ils ont fait naître dans le cœur des honunes « une opinion fausse , qui fait tomber les écrits simples < dans une vraie superstition, et jette les esprits forts dans « Timpiété. » Dans un autre passage, ce même écrivain dit que lorsqu'il survenait un été trop brûlant, une peste ou quelque autre grande calamité, les prêtres, en haine de Typhon , conduisaient dans un lieu obscur quelqu'un des animaux qu ils révéraient, et qu'ils commençai^t par l'intimider par des menaces ; et si le mal continuait , ils en venaient jusqu'à le sacrifier . Voilà donc où en ét^it venue la religion égyptienne, si noble, si pure, si sainte, du temps de Moïse. Au même livre, il dit encore qu'ea certains
dici levem, pendulam, et ad amniafamœ momenia v4dtt4uUem, lUi qui Serapin colunt, christiani sunt; et devoti sunt Serapi qui se Christi épiscopos dicunt. Nemo illic archisynagogus Judœorum , nemo samarites, nemo chHstianorum prœsbyter non mathematicus , non aruspex, non. aiiptes. Ipse iile pairiarcha, quum JEgypiam venerit, où aliis Serapi' dem adomre , aà aliU eogitatus Christwn. Gemis iominum seditiosissi'' mum, vanissimum, ii^wriasissvnum, et cetera, (Vopî$cus»i/i StttM» nino, )
Od sait ce qu'Apollonius de Thyane répondit à un prêtre égyptien qui lui demandait, à propos des sacrifices d'animaux qu'il reprochait à lu religion égyptienne , qui serait asaes habile pour corriger les institutions de FÉgypte ? — « Quelque sage qofi ce soit, qui vienne de riode. »
INSTITDTIONS. Std
cas ils croyaient pouvoir faire fuir Typhon par le bruit des sistres^ parce qu'IsisTavait éloigoë de cette iQanière(i), Ainsi, pour les successeurs du sanctuaire savant, c* était le sens allégorique qui était devenu le sens réel. Déjà avant Auguste la dégradation était telle en ce sens, que le culte égyptien avait été sévèrement défendu à Rome , et que l'usage s'en étant renouvelé sous cet empereur, Agrippa porta une nouvelle défense pour que personne ne pût s y livrer, à un rayon de cinq cents pas autour de la ville (a).
A l'époque où les sciences commencèrent à se perdre dans les temples, commença aussi à s'élever sans doute cet échafaudage de mensonges habilement combinés, qu'on honora du titre de magie, c'est-à-dire de sagesse et de science, puisque le mot mage équivaut à ceux de sage et de savant (3)*
La puissance magique a été la même à toutes les épo» ques; toujours et partout, l'ignorante crédulité a attribué à ceux qu'elle qualifiait de magiciens , un pouvoir égal à celui de la Divinité même; elle leur a accordé l'autorité sur les astres, sur les océans, sur Tunîvers entier : c'est toujours la théorie des deux principes contraires. La singulière puissance que la superstition attribue au mélange de quelques sucs végétaux, à la fantasque réunion de quelques objets disparates , fait pâlir le soleil et trembler les étoiles, ensanglante la lune et suscite les morts du fond de leurs tombeaux : les chroniqueurs d'Israël, non contents d'avoir transformé Moïse en magicien, osent encore présenter le premier de leurs rois comme recourant à l'art fallacieux de lapsychomancie , pour faire évoquer l'ombre
(i) Plut., de Osiride,
(a) Dio Cassius y lib LIV.
(3) Ce mot de magie semblerait, pîir son étymologie, indiquer que Tart de oe nom prit naissance, ou plulèt s'érigea en doctrine, du temps de Foccupation des Perses. >
820 ViùYPtt PtLkVikùmQVt.
de Samuel. •••! et des hommes pieux et savants, oubliant que la loi divine proscrit la divination , que Moïse Tanathématise, ont, à toutes les époques, cherché à justi» fier, pour des temps reculés , des extravagances à la possibilité desquelles ils ne croient pas de leurs jours ! Pour la gloire de Dieu ils ont avoué Texistence d* êtres contraires à Dieu , quils ont rendu presque aussi puissants que lui-même; et, tout en frappant de réprobation la doctrine impie du dualisme , ils ont échafaudé de mille argutieux raisonnements des principes antireligieux qui la proclament!
Toutes les supercheries des temps modernes étaient connues de la très«haute antiquité , et pratiquées par elle pour ajouter aux erreurs des classes ignorantes et tromper les hommes au nom de la Divinité. Le désir de connaître l'avenir, le besoin impérieux , dans une foule de circonstances de la vie, de prévoir à l'avance ce qui peut arriver, afin de régler en conséquence ses pas ou sa conduite, ont dû, de très-bonne heure, donner naissance à Vart de la divination. Les hommes qui, par la profondeur de leurs études , avaient pu parvenir à dévoiler les prodiges d'un passé sur lequel aucune tradition ne jetait de lumière, durent paraître au vulgaire des êtres dont le génie pouvait pénétrer aussi bien les ténèbres de l'avenir" que les secrets d'un passé perdu depuis d'innombrables siècles. Quelques prédictions heureuses , basées sur les théories de la science et les probabilités, suffirent sans doute pour faire considérer ces hommes comme des intelligences devant qui le livre des destins ne pouvait être jamais fermé. Les sciences se trouvant alors l'apanage des prêtres, il n'en fallut pas davantage pour faire considérer ceux-ci comme en communication directe et permanente avec la Divinité; etcesidées erronées du vulgaire jetèrent les fondements du haut crédit dont le sacerdoce jouit parmi les peuples dès son origine, et de l'influence illimitée qu'il acquit sur les
INstlTCTIOfirS. - 321
indivicitts. Tirant parti des idées qu'on avait conçues de leur pouvoir, les personnes de cette classe s'étudièrent aies entretenir; et pour preuve qu'on ne s'était pas trompé dans les rapports intimes qu'on leur attribuait avec la Divinité, ils en vinrent à faire parler Dieu lui-même. Voyez ce que, d'après les rédacteurs du Pentateuque , l'élève du sanctuaire égyptien met dans la bouche de Jéhovah. Quand, après une première tentative infructueuse auprès du pharaon pour la délivrance du peuple hébreu, Moïse doit retourner auprès de ce prince , le Seigneur lui dit : « Je « te constitue Dieu à l'égard du pharaon \ et Aaron, ton « frère, sera ton prophète (i). »
C'était du centre du sanctuaire que la divinité était censée répondre aux hommes, et c'est là qu'était V oracle y mot qui, rendu à son acception la plus simple , correspond à notre mot parloir. Sémiramis allant consulter l'oracle ou le parloir d'Ammon , sept siècles avant l'époque de Moïse, nous montre clairement que cet usage de faire parler la divinité existait en Egypte dès les temps les plus reculés. Le nom donné par le même Moïse à l'oracle de Jéhovah est celui de propitiatoire ou réconciliateur y parce que c'est de là que Dieu entend, accueille et exauce les prières de son peuple ; ce même nom se trouve avec toutes ces idées dans le mot dabir, par lequel Salomon désigne le sanctuaire de son temple (2).
Un autre genre d'oracle, dans le sens vulgairement attri* bue à ce mot , celui de prédiction , commun encore aux Egyptiens et aux Hébreux, était celui de la voix des enfants prononçant au hasard quelques mots en jouant dans le temple, mots que recueillait comme un présage, en les
(i) Dîxitque Dominus ad Moysen : Ecce constitui te Deum pharaonis; et Araon frater tuus erit propheta tuus. Exode , VII, i,
(3) Voyez le mot Oracle , dans le dictionnaire de la Bible par dom Cal met.
332 L*BGYPfS PHABAOmQUË.
commentant comme il l'entendait , celui qui Tenait con< sulter la divinité (i).
La connaissance de l'avenir par les oracles nous ameqe à parler de cette même connaissance acquise par la vati* cinatioo y laquelle se trouve en usage cheaii tous les peuples, dès les temps les plus reculés. Celle de toutes oes divinations qui se présente comme la plus andenne i c est la divination par les songes. L'histoire de Joseph , fils de Jacob, nous fait voir combien cette oniromaneie était an crédit près des Egyptiens; de son càté, la Genèse nous montre à tout instant la volonté divine se manifestant auiL p8trâii^ ches au milieu des songes. Mais ce genre de divinatroa était différent che% les deux peuples. D'après Job, Dieu ne parle qu'une seule fois aux hommes, et ses communications ie font immédiatement, par une vision nocturne , au lao* ment où l'assoupissement commence à {^xHluira le som* meil (a). Le présage était donc direct dans les idées de& Arabes : c'était l'oniroscopie; dans celles des Egyptiens, au contraire, l'avenir ne se dévoilant en songe que duoe manière vague et all^orique, à la façon de leurs doctrines, le secours d'un interprète était indispensable pour ex^ traire cet avenir de l'enveloppe sous laquelle il se manifestait. C'était l'orinocritie, que Sfoise , ou Esdras f^^ être, condamnait comme une superstition (3), quoique ce fut cette superstition même qui donna lieu à la fortune de celui qui devint la cause immédiate de la réunion des enfants d'Israël en un corps de nation,
A la défense de consulter les interprètes des «0^e9,
(i) Plutarque , £/« Osiride, Paufauias dit i}ue c'était principaleioeot dans le temple d'Apis qu'on se rendait pour celte sorte d'oracle; plusieurs commentateurs pensent que c'est ce que les Hébreux exprimaient^ par Bath-Koi, genre de divination e« usage oh(^< ^ peuple.
(a) Job, XXXIII, 14-16.
(3) UHL XIX, a6j Deuteron. XVIII, lo-ia.
instiTinriQiis. 6f9
Méi8ft, qui VQulftU dëiruir^ daaa aoa peuple toutes ces pi^dquea superttitieuAea, qu il regaidait à hom droit comme nuisibles au dogme sublime de Tumlé de Dieu, au* quel il Tavait initie et Youé, ^ute celle de eoiiauller les augureai ou plutôt les serpents , ear cemémemotasipfime les deux ofaaaes (i) : To^iomancie remonte d(uiç ainsi aux temps les plus reculés. La même dëfesise a'ap|ilique enoora à une autre elasse de devins abominable aux jeux de Dieu 9 qui, dit Moïse, les effacera de la tepre (a). Ce genre de fourberie, qui porte dans l'hébreu le nom d'eue, mot dont la signification précise est ouire, pai*ait à Ëd* mond Caste! et à tous Içs commentateurs se rapporter à Tengastrimitisme (3) ; d*oà il réaulterait que la décep* tlon produite n'aurait pas consisté dans la réponse laite par un individu placé derrière ou dans le oorps même de l'idole, ce qui nous a toujours paru un artifiee trop grossier, et par conséquent peu crojrable; mais dans une pure jonglerie , celle qui consiste à simuler une voix loin* taine, et que nous désignons de nos jours sous le nom de ventnlofuUme, Moïse comprend encore dans le même anathème la psychomancie ou évocation des âmes , genre de fourberie fantasmagorique dont , malgré les efforts du grand homme , nous voyons encore un exemple très-frap*pant dans Saùl consultant la devineresse d'Ëndor, si le fait n'eat pas apocryphe et d'invention tardive. Ces différentes manières de divination, qui appartenaient à la plus haute antiquité, et qui, la plus grande partie au moins, étaient
(i)Urn]i nachesçh, augure; ^nJi nachasch, serpent. Lexic, hep" tagl^ C'est de Thabitude de tirer des présages des serpents , que le nom 4e ces reptiles passa sans doute aux présages mêmes qu'on en tirait.
(a) Lévit., ibidem f 3i; Deutéron. ibidem,
(3) aifcî aob^ utres; hinc Pylhonis significatio, quod ex ventre, quasi utre oracula deprimeret; unde etiam engastrimitœ, Castel, Lexic. heptaglot.
334 L'iGYPTfi PHÀBÀONIQUS.
pratiquéesparles Égyptiens, à qui même on en attribue Fuivention, perdirent de leur faveur dans les derniers temps, et furent remplacées par les oracles sibyllins et par la divination tyrrhénienne , laquelle se faisait par Finspectioa des entrailles des victimes et du vol des oiseaux, et par l'observation des météores. Strabon , de qui nous tenons ce fait, en nous disant que de son temps Toracle d'Ammon était presque entièrement oublié , nous apprend la manière dont on le consultait , et nous montre que ce genre de charlatanisme était encore à son enfance quand cet oracle fut institué. Ce n'était pas en effet d'une manière directe que la réponse était rendue, c'était par le moyen de certains signes de convention que la volonté du dieu se manifestait au grand prêtre , lequel la transmettait , par la répétition des mêmes signes, au consultant, qu'on avait revêtu d'un vêtement mystique (i) : cette manière de divination constituait la miméomancie. Une divination d'un autre genre , qui dut exister en Egypte comme dans tous les lieux où était connue la science mystérieuse des nombres, était celle qu'on déduisait du rapport qu'on supposait se trouver entre les corps célestes et les nombres arithmétiques, ce qu'on appelait Xarithmomancie. Pour opérer ces divers sortilèges, il était certaines formules qu'il fallait prononcer sans omettre ou transposer le moindre mot, sous peine de voir manquer l'opération. Ces formules, qui se conservaient encore du temps de Jamblique , venaient, sui-vant cet écrivain, des Égyptiens ou des Ghaldéens, delà
(i) Strabo, XVII, § i8. Quinle-Curce entre dans quelques détails au sujet de cet oracle et de la figure du dieu : Id guod pro deo colitur, non eamdem effigiem habet quam vulgo dits artifices accomnvy daverunt : umbilico tenus similis est arieti, habitas smaragdo et gentmis coagmenfatus. Hune , qiium responsum petitur, navigio aurato gesiant sacerdotes f multis argenteis pateris ab utroque navigii latert pendentibus ; sequuntur matronœ virginesque , patrio more inconditum quoddam carmen canentes, quo propitiari Jovem {jimmonem) credunt, ut certum edat oraeulum, Lib. IV.
langue de gui on les avait traduites, en y maintenant certains mots complètement inintelligibles à ceux qui ignoraient ces langues , mots dont la mauvaise prononciation servait probablement d'excuse àVinsuccès.
Ce que nous avons dit jusqu'ici était dans les attributions de ceux qui portaient la science sacrée dans leur sein^ suivant Plutarque, c'est-à-dire ) des prêtres du premier ordre. Le second ordre était celui des pastophores, qui, comme nous l'avons dit, avaient dans leurs attributions la surveillance et la garde des temples, le transport des palanquins ou tabernacles sur lesquels étaient placées les statues des dieux , le soin de la nourriture et de l'entretien des animaux sacrés, l'exercice de la médecine et delà chirurgie.
Diodore de Sicile nous fournit quelques renseignements sur la manière dont on nourrissait les animaux sacrés (i).
Les fonds destinés à l'entretien de ces animaux symboliques étaient de deux natures : les uns tirés des revenus de certaines terres affectées par chaque temple à cette dépense, les autres provenant des offrandes faites par des particuliers, en accomplissement de vœux faits par eux. L'exécution de ces sortes de vœux ne se bornait pas à offrir la pâture à l'individu gardé dans le temple; toute l'espèce y avait part. Ainsi, nous dit Diodore, « si l'offrande est des- « linée à des éperviers, les gardiens achètent de la viande « avec l'argent qu'ils reçoivent, la taillent en morceaux, R et, poussant de grands cris pour avertir les oiseaux, leur c jettent, lorsqu'ils s'approchent en volant, ces morceaux, c dont ils se saisissent. Si ce sont des ichneumons ou des « chats, on trempe du pain dans du lait; et après les avoir « appelés par un claquement de la langue , on leur sert « ce pain, ou bien encore on leur donne à manger des « poissons du Nil coupés par tranches, v Le même écrivain nous apprend que les Egyptiens en voyage dans les
(i) Diod., trad. de M. Miot, II, 53 et $4.
ÈM L EGYPtB niABAORIQUE.
pa^tftimngm^ ou néme «uWant «n armes Xë^xn cbe&àla
guette, adieuitiH tout les chats et lès éperTÎera qaik
poii¥iit«iit S0 prœtnW) afin éê lei r^iiorter dkaa leat pajèf
et il ajoute que, ^iml q«i'e6t «tékbésoia ou hà éétaresèeoù
eea toyagêurs se serakiit trouvés ^ ib s« serakat bîco gâr-
(Uade toucher à ces bètes. Les anîniauxsacrésiiourrtsdaBl
le» templas recevaient la nourriture la plus r,edmrd[ii{<s^ sa»*
tant te goût d« chaque espèce : on faisait cuire danl dit
kit la gruau et la fieur ée farine qu'on destinait à leur pa«
fée, et qu'on leur présentait avec des gâteaux assàisouBM
de miel) mi teur fournissait de la chair d*oie bouiffieotf
rdtia } et pour ceux qui ne se nourrissent que de viande
crue) ou faisait une chasse au filet pour leur procurer des
oiseaux en abondance. Strabon ^ de son côté , nous donne
la manière dont on en usait à l'égard des crocodiles dans
le Fayoum» * Nous trouvâmes ^ dit4l , l'animal sur le bord
« du lac; les prêtres s'en approchèrent [et le saisirent];
^ les uns lui tinrent la gueule ouverte, tAndis qu'un tvt*
« tre lui jeta le gâteau ^ pui$ la viande ( que Strabou et son
« hâte avaient apportés ), et enfin j veisa l'hydromeL -^
« Un nouvel étranger survenant avec son offrande, les pré-
A très la prirent , coururent autour du lac rejoindre le ero^
<t codile, et lui firent prendre de la même manière ce qu'on
« avait apporté* » Les soins ne se bornaient pas aux dé*
penses pour la nourriture : on préparait des bains tièdes
pour ceux des animaux sacrés susceptibles d'en prendre ;
on les oignait d'huiles précieuses , on brûlait devant eux
des parfums^ on les couvrait de riches tapis et de toute
sorte d'ornements (i) ; le crocodile sacré lui^mêoie partici*
pait à ces parures : suivant Strabon , on suspendait à ses
oreilles des bijoux. A l'époque où les deux sexes devaient
se rapprocher, on pourvoyait à leurs besoins, dit encore
Diodore, avec une recherche toute particulière; et Ion
(ï) Diod., trad. de M. Miot, U, 53 et 54-
INSTlTCJTIOnS. 337
nourrissait, sous le nom de concubines, des femelles de Gha(|iie espèce d'animaux, choisies parmi les plus belles, el qu'on entretenait avec luxe et à grands frais. Les gardiens de ces animaux s attachaient à eux avec tant d'affec* tion ) qu'ils pleuraient leur mort comme celle de l'enfant le plus cher ; et plusieurs dépensaient, dit-*on, toute leur fortune à leur faire de magnifiques funérailles. Diodore va même jusqu'à citer une somme de cinq cent cinquante mille francs de notre monnaie dépensée de cette manière, ce qui nous semble peu croyable (i).
Nous parlerons ailleurs de la pratique de l'art de guérir, exercée par les pastophores : nous nous occuperons maintenant des prêtres du troisième ordre , celui que nous croyons désigné par le titre collectif de colckitœ, à qui appartenait tout ce qui tenait à l'art de conserver la dépouille des morts.
L'un des savants de notre âge qui font le plus d'honneur à rhumanité, aussi célèbre par l'étendue de ses connaissances que par le courage avec lequel il a plusieurs fois affronté la mort pour agrandir le domaine de la science , et porter d'intelligents et utiles secours à des étrangers que décimaient de funestes fléaux ^ M* le docteur Pariset attribue l'origine des embaumements au besoin de soustraire les cadavres à une putréfaction qui, dans un pays comme l'Egypte, donnait trop souvent naissance à la peste. Nous ne saurions méconnaître la vérité de cette assertion quant aux résultats, mais nous ne l'admettons pas entièrement dans son ensemble : nous ne croyons pas que la momification des cadavres reconnaisse pour principe unique le besoin d'assainir le pays. Si les Égyptiens embaumaient l'es^ce humaine et les animaux sacrés, ils laissaient pourrir en pleine terre les autres animaux, et même à si peu de profondeur, qu'en enterrant les bœufs on avait toujours
(i) Diod., Irad. de M. Miot, II, 53 et 54.
838 l'^gyptb pharàoniqub.
soia d'en laisser paraître les cornes (i). La peste , dont la première apparition ne paraît pas remonter plus haut que le cinquième siècle avant notre ère, désola à cette époque l'Egypte ayant de passer dans la Grèce; et cependant les embaumements étaient alors en pleine activité. Straboa nous parle aussi des maladies pestilentielles causées parles exhalaisons des marais du Delta.
Des idées religieuses étaient attachées à la conservation des corps humains; ces idées ne furent pas exclusives aux Égyptiens, elles appartenaient aux peuples du premier âge. Ce qui vient, sans contestation, des Egyptiens, c'est Fart d'embaumer avec luxe. Et en effet, chez les Guanches, peuple que Ton considère comme les débris survivants des peuples qui habitèrent la partie orientale de l'Atlantide, les cadavres étaient cousus simplement dans des peaux de chèvres, et les habitants de la Colchide , qu'Hérodote présente comme une colonie des Égyptiens, se bornaient à enfermer les leurs dans des peaux de bœufs. Des momies ont été trouvées à Palmyre , à Madian , dans les grottes de léthro; et des usages qui tiennent évidemment à cette coutume primitive de conserver les corps, se montrent dans les funéraillesde diversautres peuples. Les Scythes, les Perses, les Éthiopiens entouraient de cire, de plâtre ou de résine les cadavres de leurs proches , pour en assurer la conservation ; les Assyriens , les Babyloniens plaçaient les leurs dans du miel ; ce qu'on a trouvé aussi en Egypte (2). Les Chinois enferment encore , de nos jours, les cadavres dans des cercueils bien enduits de poix et de ciment à l'intérieur, bien vernissés à l'extérieur, et remplis de chaux avec du coton. Les anciens naturels de la province d'Apalache) dans l'Amérique méridionale , et ceux du Pérou , embau* maient leurs morts avec des matières bitumineuses comme
(i) Hérodole;iI, 41.
(3) Abd-Allatif , Relation de V Egypte; trad. de M, Silvestre de Sacy> 1,4.
en Egypte (i); et Ton peut soupçonner que le soin que prenaient les Goaytakases, peuple du Brésil, d'enfermer dans de grandes jarres les cadavres accroupis de leurs chefs, que celui des naturels de Vile Formose, de dessécher leurs morts au feu et de les envelopper ensuite dans des nattes , se liaient aux mêmes idées. Tous ces peuples semblent avoir pensé, comme les Egyptiens , que Fàme ne se séparait pas du corps qu'elle avait habité tant que ce corps n était pas complètement détruit, et que les parties molles n'en avaient pas été rendues aux éléments. Un système tout opposé semblerait avoir prévalu chez quelques autres nations du premier âge, si Ton pouvait en juger par l'identité d'un usage qu'on remarque chez deux peuples placés aux antipodes l'un de l'autre : les Taï tiens , au milieu de la mer du Sud, les Kalmouks, au centre de l'Asie , hâtaient autant qu'ils le pouvaient la destruction des parties molles de leurs cadavres, les uns en accélérant la putréfaction, les autres en en faisant dévorer les chairs par les bêtes féroces avant d'enterrer les ossements. Ne croirait-on pas, à l'égard de ces derniers peuples, que, semblables aux Égyptiens et aux Apalachites dans la croyance, que l'âme n'abandonne le corps qu'après l'entière destruction des chairs , mais différant d'eux dans la manière d'envisager l'état de l'âme après la mort, ils croyaient qu'il importait, pour hâter le bonheur éternel de cette âme , de faciliter son prompt départ, en précipitant l'anéantissement des liens qui la retenaient captive?
Le mode adopté par les Egyptiens pour la conservatioq^ des corps , fut très-différent de celui qu'employaient les Ethiopiens leurs pères : ce moyen fut celui que leur indiquait la nature du sol qu'ils habitaient. L'Egypte ne produisait pas d'arbres résineux , mais le natron s'y montrait partout en très-grande abondance. C'est cet agent de con-*
(i) Garcilasso, Hist, du Péi-oUj YIII, 17.
Sto l'égyptb phaaaohiqub.
séiiratioli tfaoa pensa à utiliser , et on inventa k momifi-* oation des cadarres par la salaison» Ge moyen très^imph fat seul pratiqué pendant bien des Mècles ; la connaissance des aromates étrangers introduisit plus tard le luie des embaumements , et on eut alors un mode de conservatioii de cadayre pour chaque condition de la société; sIots Tinégalité des rangs descendit jusque dans la tombe.
La momification fut donc en Egypte de trois difSéren^ tes espèces ) et la différence entre ces espèces résulta du prix auquel s élevait la dépense que la préparation nécessitaité Hérodote, si fidèle dans la description de tout ce qui est point de fait, nous a conservé sur ces embaumements des notions dont les momies qu on exhume chaque jour affirmentrexactitude. Dèsqu un personnage d'une certaine importance était mort, tous les membres de la&mille, tant hommes que femmes , faisaient retomber le haut de leur robe en dedans jusqu à la ceinture qui la retenait, laissant ainsi nu tout le haut du corps, et ils se couvraient de boue la tête et la face (i) ; les hommes rasaient une partie de leurs cheveux et abattaient les côtés de leur barbe , mais les prêtres laissaient croître leurs cheveux dans le deuiL Partant ensuite de la maison , les femmes couraient la ville en se frappant la poitrine, et poussant des sau'^ glots (s). Aux temps les plus reculés, le deuil était marqué par des incisions qu*on se faisait sur différentes parties du eorps en signe de désespoir, et même par des brûlures auxquelles on donnait, à ce qu'il paraît, la forme de caractères et de mots (3). Si c'était le roi qui était mort , la ville
(t) L'ttsage de se barbouiller le visage avec de la boue, dans le deail, existe encore chez les temmes coptes. Madame la baronne Minutoli, qui a été témoin de la désolation d'une famille dans une circonstance semblable , a consigné ce fait dans les souvenirs de son voyage.
(a) Hérodote, II, 85.
(3) Et laniatum pro raottuo ne efficidtis in cerpoTibus testris, et
entière prenait le deuil ; et tant qu'il durait, c est-à-dire soixante-dix jours, les temples restaient fermés et on faisait des prières publiques. Pour signe extérieur de deuil, hommes et femmes se couvraient la tête de cendres (i) , se ceignaient les reins avec une corde , et s abstenaient de l'usage du vin, de la viande , du raisin , du pain de froment, du bain, et de div^erses commodités de la vie.
Après la rentrée dans la maison de ceux qui avaient couru à travers les rues pour faire montre de leur douleur, on portait le défunt au lieu de l'embaumement, où les prêtres, désignés sous le nom de taricheutes^ c'est-à-dire saleurs, le recevaient pour le momifier. Le deuil durait tout le temps que le cadavre restait entre les mains des embaumeurs, ce qui se prolongeait pendant soixante-dix jours; et dans cet intervalle les parents donnaient des repas funèbres, où les convives étaient traités comme aux repas ordinaires, c est-à-dire, suivant M. Wilkinson, oints de parfums et couronnés de fleurs.
En arrivant dans le lieu des embaumements , le chef des taricheutes montrait aux parents le modèle, en bois peint,
scripturam inustionis ne faciatis vobis. Levit, XIX, a8. La version syriaque fait un tatouage de ces derniers mots : et scripturas punc' torum ne faciatis vobis. On sait que le tatouage se fait au moyen de quelques aiguilles réunies qu^on plonge dans la couleur, laquelle est déposée sous la peau par des piqûres successives.
Le Samaritain compare les brûlures à un labourage sur la peau : incisionem animœ non dabitis in carne vestra, et scripturam exarationis non dabitis vobis, {Polyglotte de Walton, ) Foyez , sur ces incisions , ce que nous avons dit précédemment, au sujet des incisions que se faisaient les Gariens à la fête de Busiris.
(i) Cette pratique de se couvrir de cendres la tète ou le corps, dans les grandes afflictions , et que nous voyons mentionnée souvent dans la Bible, existe encore dans l'intérieur de TAfrique, où l'ont retrouvée les frères Leander. A Duke-Town , près de l'île de Fernando'Po, ces voyageurs virent un nègre qui, pour marquer sa douleur de la perte de sa femme , se couvrit le corps de cendres.
332 l'bgyptb pharaonique.
des trois espèces d* embaumements qu'on pratiquait, afin qu ils pussent choisir celui qu ils voulaient qu on opérât sur le défunt, suivant la dépense qu ils se proposaient de faire. Pour les embaumements de la première classe, qui étaient les plus magnifiques, et dont le type était Fembauniement même du corps d'Osiris (i), on commençait par extraire la cervelle au moyen de différents fers recourbés qu'on introduisait par les narines dans la boîte du crâne; et on la remplaçait par une injection de matières balsamiques , qui remplissaient toute la cavité. Le scribe venait ensuite tracer avec de l'encre, sur le flanc gauche du cadavre, une ligne indiquant le point où l'incisiou devait être faite, et la longueur qu*il fallait lui donner • Cette incision était exécutée par le parachite ou opérateur, qui se servait pour cela d'une pierre tranchante; mais comme Tacle de porter une blessure à un corps humain privé de vie était réputé abominable, l'opérateur s'enfuyait aussitôt après l'opération faite , poursuivi, en apparence sans doute, par les embaumeurs, qui le maudissaient et lui jetaient des pierres (a). Le cadavre étant étendu sur un banc dont les pieds et le dossier étaient en forme de jambes et de tête de
(i)Hérodotc,II,87.
(i) Cette circonstance , dont Hérodote ne parle pas, devait être une simple formalité; car il aurait été trop inconséquent de blesser un homme en vie, remplissant un devoir religieux et légal sur an corps privé de vie. Le même Diodore nous apprend , d ailleurs, que le scribe f les parachites et les taricheuUs étaient en grande estime , et qu'ils se trouvaient assimilés en tout aux prêtres , à Tordre de qui ils appartenaient en efïel , puisque Tun des tariekeafes prononçait une prière sur les entrailles, ce qui était une fonction sacerdotale. Sous les Lagides,. la considération accordée aux taricheuies aurait déjà diminué considérablement, s*il faut en croire un savant illustre; et an lieu/1'avoir leur habiution dans les temples, ils auraient été relégués dans les nécropoles , où une habitation leur était assignée, sans pouvoir en sortir. M. Rossellini, if. C,y tome III, renvoie pour ce dernier fait à M. Peyron , ad pag, 4, papy. /, Taurin,
lion, l'un des taricheutes, revêtu du costume symbolique, c'est-à-dire, ayant la tête enfoncée dans un masque figurant une tête de chakal, emblème d'Anubis gardien de Thé* misphère inférieur, plongeait son bras dans le bas-ventre et la poitrine , et en retirait les intestins et les viscères , à l'exception du cœur et des reins, auxquels il ne touchait pas. Ces entrailles, nettoyées et lavées avec du viti de palmier, étaient plongées dans une préparation bitumineuse liquide, et placées dans quatre de ces vases auxquels on a donné le nom de c€mopes, dont le couvercle représentait une tête d*animal différent pour chacun; mais avant de les y enfermer, un des taricheutes prononçait, en élevant ces entrailles vers le soleil, une prière conservée par Porphyre, par laquelle le mort, s' adressant à cet astre, affirmait que sa vie avait été exempte de crimes; et que s'il avait péché en quelque chose en mangeant ou en buvant , c'était par cette partie de lui-même maintenant sortie de son corps ( i ) • D'autres fois, ces entrailles étaient enfermées dans un coffret qu'on jetait dans le Nil , suivant Hérodote. On a trouvé en effet des canopes dans certaines tombes, tandis qu'il n'en existe pas dans d'autres, renfermant des momies embaumées avec le plus grand soin.
lin, 11 (*). Nous soupçonnerions cependant, malgré les deux respec« tables autorités que nous venons de citer, qu'il s'agit , dans cette séquestration aux nécropoles , des ministres libi (inaires seulement, de ceux qui devaient transporter et placer les momies dans les catacombes , ce qui est pour nous les fossoyeurs. Cette sorte de gens ne saurait faire nombre parmi les embaumeurs , que Diodore présente comme « jouissant de beaucoup de considération , admis dans Vin» térieur du sanctuaire comme s'ils étaient eux-mêmes consacrés. » Diod. I, 91. Si les taricheutes et les paraehites avaient été relégués dans les nécropoles sans en pouvoir sortir, comment auraient-ils été admis dans les temples, dans Tintérieur même du sanctuaire? (i) Porpby., de Abstinentia.
(*) Era prescrito ai tarichëati di non usdre deir abitazione che aver dovevano pcr lege nei MemDonii , nel ricinto délie necropoli , e se talvolta lissato avessero allrove la loro dimora, datasene querela, si oostringevaDO dal prefetto del laogo ft ritorDar di nuovo nelle case che ad essi erano desUnate.
t|4 l'boypm 9fliimàmnQC£.
Im ot?i<M AondiM|iit et nhiUwHiâU «tarit fràpbis dé myrrhe , da oanaalle «c d autres araimati^ , oa y jetait ceitaiiieB aiiiulette«, souvent en grand nombre, comme acarabéei aaoré* ou figurines en pierres dures , en email y en poreeUine, en or ou en argent; et on déposait le corps dans une vaste ouve pleiqe de saumure de natreo , où oq le Isissair macérer pendant quarante jours (i); onVear^ tirait ensuite , et on Tei^posait au soleil pour en opérer la dessioeption. Apres le temps nécessaire | on le levait de nouveau, et oa T enveloppait de bandes de coton eu de byssus trempées dans une dissolution bitumineuse. Cette opération consistait dans l'application de bandes étroitei qui enveloppaient d'abord chaque doigt, puis obaque membre séparément, par de nombreuses circonvolutions, et qui finissaient par embrasser le corps entier. Plusiean enveloppes de toile fixées par d'autres bandes recouvraient enfin le tout en manière de maillot , et de façon a dire disparaître toutes les inégalités. Ainsi empaqueté, le eorpi prenait la forme d'une gaine. Quant à la face, qui n'était pas soumise au bandage, on la couvrait de morceaaxde toile trempés dans la même dissolution , et qu oa forçait de se mouler sur tous les traits par la pression, en augmentant le nombre de ces toiles jusqu'à former sur le vi-
(i) Il est recooDu (fu'ii j a une erreur dans ce que dit Hérodote, qu*OD laissait le corps embaumé pendant soixanle-dix jours dans ia solution de natron , puisque pour le seeend embaumement, qui ne consistait que dans ce bain de natron , les soixante-dix jours suffisaient pour détruire presque complètement les chairs, et ne laisser que la peau sur les es. Les opérations de l'embaumement du corps du patriarche Jacob, décrites par la Genèse , montrent que le temps nécessaire pour cette immersion dans le natron était de quarante jours ; après cet intervalle il ne iîiisàit que s'y raocornir, ce qu'on cherchait pour les embaumements de la seconde espèce, qui , sans substances aromatiques pour conserver l'intérieur, avaient besoiD de cette longue immersion, justifiée par les siècles. If. Paasalaoqua a remarqué que les momies de cette seconde espèce sont celles qui se sont le mieux conservées. Catal, des antiq. , p. ï38 et i56| noies,
tNSTITUTIOdS. Ht
a»gû vm ma$€[ue épais eomme du ectrion. Qu^qafsfqis ]e coi'ps entier, ou oertainas partial , éuàt doré sous l^s baqdages : eetta dorure singulière $*éleBdait même aux ani-' maux sac^s,
L'enubaumement de la iecoQde espèce, bien plus mpé^ ditif , ne consistait qu'en une injection , dans le ba9-¥€(i9|r9 du cadavre y d'huile de cadre qu'on avait soia d'y retenir, et doat r action corrosive détruisait, dit^-oo, les entraiU les , qu'on n était pas obligé ainsi d'en retirer par Vincif* sion (i). Ce cadavre, après être resté soisante^dix jours plongé dans la solution de natron , était envek^pé des bandelettes et requis aux parents* Quant au troisième mode d'embaumement, ou plutôt de momification, celui despau** vres, il se bornait au simple nettoiement des entrailles au moyen de certaines drogues qu'on j injectait , à Fimnier^ sion dans le natron, et à la dessiccation.
Dans la disposition des membres par^dessous les bin* dages, on a remarqué que les hommes et les jeunes enfants avaient asse^i généralement les bras étendus le long des flancs, et la bouche entr'ouverte ; que les femmes d'un certain âge avaient les leurs croisés sur la poitrine ; et que les bras des jeunes filles, des vierges vraisembUblement, étaient étendus sur le ventre , les mains croisées au-dessous du pubis... Les doigts des momies de femmes et leur cou conservaient les anneaux, bagues, colliers et bijoux qui pendant la vie avaient fait leur parure. On a cru reconnaître aussi que les mains des momies égyptiennes étaient dans une position différente de celles des momies grecques : en général , les premières ont une main étendue , T autre fermée, et dans cette dernière sont placées des amulettes^
(i) L'iocisioD pqur rextractiop des entrailles n*était pas tellement de rigueur pour les embauinements de la première classe , ni tellement négative pour les autres, que M. Passalacqua ne Tait trouvée sur des momies très-communes , tandis qu'elle n'existait pas sur d'autres momies embaumées avec magnificence, Caial., p. 178,
les mains des momiesgrecques, pour le plus grand nombre du moins, sont toutes deux ouvertes , et étendues le long
des cuisses (i); et une toile peinte, sur laquelle étaient rendus des sujets mythologiques aussi nombreux que Taries, recouvrait la momie entière par-dessus toutes les enveloppes (a).
En sortant des mains des embaumeurs^ les corps momifiés et complètement enveloppés rentraient dans les mains de la famille, à qui appartenait le soin de la sépulture ; mais nous ignorons si quelques cérémonies religieuses n avaient pas lieu avant cette restitution. Nous considérons comme telle celle que montre la planche 90 du voyage de ChampoUion, et qui se trouve dans le temple de Phylœ, chambre dite d'Osiris. Sur le tableau qu'offre cette planche , lequel est partagé en trois registres, on voit au milieu du registre le plus bas une momie d'homme déposée sur une espèce d'estrade , le long de laquelle sont rangés vingt-huit cierges allumés : ce nombre de vingt-huit^ égal au nombre des jours d'une révolution lunaire, indique assez qu'il s'agit ici d'une cérémonie religieuse, ce que confirme encore un prêtre placé aux pieds de la momie, qu'il purifie au moyen de l'eau du Nil lancée par-dessus la tête du défunt.
(i) Cotai., p. 180. Quoique cette disposition fut la plus générale, elle souffrait cependant quelques exceptions. M. Passalacqua a vu la momie d*une jeune femme qui paraissait avoir élé d*une grande beauté, et dont ia parure était des plus riches, avec les deux bras placés de manière à imiter l*attilude de la Vénus de Médicis s cette iDoniie était évidemment grecque. Ibidem, p. i58.
(2) Une momie appartenant au voyageur français M. CaiUaud, développée en iSaS, présente une masse totale de 38o mètres de bandes de deux et trois pouces de largeur, et un ensemble de sSo à 3oo mètres carrés de toile de difTérentes qualités. La circooféreoce de la tête, par-dessus tous les bandages, était d'un mètre 38 c; et le poids de la momie ainsi enveloppée s'élevait à 106 kilogrammes. Gaillaud, Voyage à Méroé, tome IV; voyez aussi Obsen'at. crit, sur l'Objet des Représ, zodiacales, par M. Letronne, p. 44 et suiv.
La première attention des parents, après avoir reçu le cadavre embaumé, était de se pourvoir d'un cercueil. Ce cercueil se composait quelquefois , pour les personnes de très*haut rang, de deux, trois et même jusqu*à quatre bières concentriques : celles-ci étaient rectangulaires; les cercueils simples prenaient la forme de la momie ellemême, qui s*y trouvait placée comme dans un étui. Les momies ordinaires étaient enfermées dans un épais cartonnage fabriqué de morceaux de toile ou de vieux papyrus collés les uns sur les autres , s'appliquant exactement sur le corps, dont il imitait la forme, et derrière lequel il était lacé. Ce cartonnage ainsi préparé , et couvert de peintures généralement plus soignées pour les momies des femmes que pour celles des hommes (i), était placé quelquefois dans un étui de bois de sycomore sculpté. Les bières de forme quadrangulaire étaient réservées aux personnes du plus haut rang ; et, aux grandes dimensions que présentent les sarcophages en pierre des pharaons, on peut juger que ces momies royales étaient renfermées dans plusieurs de ces coffres concentriques, avant d*être scellées dans l'arche lapidaire. Ces grands sarcophages royaux , fabriqués des pierres les plus dures, granit et porphyre, offraient quelquefois sur leur couvercle Timage en relief du défunt; et M. Wilkinson a vu un roi thébain sculpté ainsi, avec un relief de neuf pouces anglais, ou 0,228 ^, Ces sarcophages étaient d'une forme très-simple dans la plus haute antiquité , comme dans les pyramides ; et leur couvercle glissait quelquefois dans une coulisse en biseau, comme celui dont nous reproduisons la figure d'après M. N. L'hôte , qui en remarque la vivacité des arêtes et la parfaite exécution.
(i) Tout le matériel de rensevelissement était préparé dans le méine local que celui de la momification , par des ouvriers attachés à Tatelier d'embaumement; on en voit tous les détails dans certaines peintures de tombeaux décrites par M. Rossellini.
Le couvercle introduit daos cette double rainure était retenu par des boulons mobiles à tête perdue, qui une fois introduits ne pouvaient plus être retirés. Les cercueils en bois étaient généralement clos de toutes parts ; quelquefois cependant on laissait un panneau ouvert sur les côtés, pour apercevoir la tète de la momie à travers cette espèce de fenêtre (i). Les tombes, soit générales, soit particulières, étaient toujours à l'ouest des habitations, et creusées dans le (lanc de la chaîne libyque. A l'époque où le Nil débordé couvrait la campagne, les fudérailles se faisaient au moyen des baris ou barques sacrées, qui transportaieut les cadavres et le cortège fiinèbre aux hypogées. Des barques semblables y transportaient en tout temps les morts des villes assises sur la rive droite du fleuve. C«s barques sacrées appartenaient aux temples, et c'étaient des individus de la dernière catégorie de l'ordre sacerdotal qui en fabaient le service , puisqu'on y voit des rameurs avec la tête rasée. Les planches 83 à 86 de t'ailas de l'ouvrage de M. Willinson sur les mœurs et usages des anciens Égyptiens , représentent l'ensemble de divers convois funéraires, dont on ne voit que des parties détachées
(i) WilkinïOR, Manners and cuslomi, V, p. 411.
dans les grands atlas de Rossellini et de Champollion. La première de ces processions funéraires est celle d*un scribe royal, et par conséquent d'un très -haut personnage, probablement appartenant à une famille de pharaons. Quatre registres comprennent les différentes scènes de ces obsèques. A l'extrémité droite du plus bas registre, huit femmes parvenues à l'entrée delà tombe, ainsi que le montrent les autres tableaux, se lamentent accroupies sur leurs talons. Devant elles un personnage laïque^ scribe sans doute, couvert de la peau de panthère, tenant de sa main droite un vase à brûler de l'encens, fait une offrande de fruits et de viandes, sur lesquels il répand l'eau contenue dans un vase allongé. Trois barques sur un seul rang viennent ensuite, précédant deux baris sacrées que suivent trois autres barques aussi sur un seul rang : toutes ces barques paraissent être fictives, puisqu'il n*y a pas d'eau figurée sur le chemin qu'elles ont dû parcourir, et qu'elles se trouvent sur la même ligne que les tables sur lesquelles on a déposé les offrandes. Derrière ces mêmes barques, un second scribe , d'une condition ou d'un rang moins élevé que le premier, puisqu'il n'a pas la peau de panthère, fait également une offrande des mêmes comestibles et d'encens. A la suite de ces premières scènes, on voit, au registre qui les surmonte, une longue suite de scribes ordinaires et d'employés de l'administration royale , chargés d'offrandes de différentes sortes, parmi lesquelles on remarque un veau qu'un de ces hommes conduit avec une corde. D'autres personnes du même rang portent divers meubles qui seront enfermés dans le tombeau, et parmi lesquels on distingue un flabellum, deux peaux de panthère^ un lit, des fauteuils, des coffres de différente forme, le char de guerre de cet officier, deux grands <;arquois. Derrière le char porté sur les épaules de ces personnages ou en voit un second, attelé de deux chevaux. Au troisième registre se continue le transport des meubles ; après quoi viennent
340 l'^GYPTB PHABilONIQUE.
des indiTidus , toujours de la même qualité j portant divers emblèmes et figurines comme on en trouve dans les tombeaux , et même le simulacre d'une bari traînée par des individus dont la figure a disparu; enfin , au registre supérieur, qui indique la portion la plus éloignée du coi;tege funèbre, quatre personnages laïques, intercalés entre quatre prêtres reconnaissables à leur tête rasée, portent, suspendues aux extrémités du joug ordinaire des portefaix, des caisses carrées remplies de verdure, et des vases allongés. Uq groupe de huit femmes, dont quatre ont les cheveux retenus par une vitta appliquée sur le firont, toutes vêtues d'une tunique blanche prenant sous le sein, se tournant vers la queue du convoi, se livrent à des lamentations. Quatre individus marchent ensuite, tirant un traîneau sur lequel se trouve une masse teinte en bleu , que nous ne saurions qualifier; et derrière eux marchent deux prêtres, mêlés avec quatre personnages à tête non rasée (i). Der-
(i) Les scribes appartenaient par leur naissance à la caste sacerdotale, sans être prêtres eux-mêmes, c'est-à-dire, sans avoir le droit d'exercer aucune fonction du culte, ce qui appartenait exclusivement à un nombre de membres de cette caste proportionné aux besoins des temples, et chez qui ces fonctions étaient héréditaires. Nous avons dit plus haut que cette première caste , à raison de son aptitude et de son instruction , était appelée à occuper les principales charges de la magistrature et de l'administration. Une hiérarchie existait alors , comme aujourd'hui , dans ces charges ; et il y avait par conséquent de hauts et de moindres emplois. Nous voyons dans le convoi funéraire du scribe royal ou basilico-grammate , titre qui était donné aux fils des pharaons, des fonctions attribuées aux pastophores remplies par des individus portant leurs cheveux , et qui par conséquent n'étaient pas reçus prêtres : ce sont sans doute des scribes ordinaires, ou des membres de la caste saceixlotale appartenant aux bas emplois de l'administration. Il semblerait, d'après cela, qu'il suffisait d'appartenir à la classe du sacerdoce pour être apte à remplir certaines fonctions qui , "réservées aux ministres des temples dans les circonstances ordinaires, n'appartenaient pas cependant aux grands actes du culte. Il semblerait aussi que les membres de la caste qui étaient reçus prêtres étaient seuls astreints, comme devant
rière tous ceux-ci paraît un haut fonctiounaire couvert de la peau de panthère, et tenant à la main une massue de guerre. Quatre génisses blanches tachetées de noir, attelées de front à un même joug, s'avancent derrière ce haut fonctionnaire, tirant, aidées par sept hommes tenant une corde attachée au traîneau, ce même traîneau, sur lequel est placée la grande bari, dont la chambre, exactement fermée, renferme la momie princière. La pompe funèbre se termine par un groupe de douze personnages, scribes sans doute aussi, d'une condition ou d'un grade élevé, vêtus d'un manteau blanc passant par^dessus l'épaule gauche seulement, et laissant le bras droit entièrement découvert; lequel manteau couvre une tunique* très-fine à manches courtes et étroites, avec une sorte de pantalon serré descendant , comme le manteau, jusqu'à la cheville du pied, et dont quatre s'appuient sur la longue canne qu'on leur voit sous le bras dans certains tableaux , quand ils comptent devant le pharaon les mains coupées aux ennemis.
Le second convoi funéraire dessiné en entier par M. Wilkinson , moins considérable que celui du personnage royal que nous venons de décrire , offre , de son côté , certains détails pleins d* intérêt. A l'entrée d'une catacombe, où deux momies sont encore déposées à la porte, un prêtre, avec la peau de panthère agrafée sur l'épaule gauche, offre l'encens et fait des libations, pendant qu'à ses pieds
approcher de la divinité, aax soins minutieux de propreté dont parlent les écrivains grecs, et d'avoir par conséquent la tête rasée;, et c'est là vraisemblablement ce qui , dans le tableau dont nous parlons, établit la différence entre les prêtres ayant la tête rasée, et les scribes portant leurs cheveux, bien qu'appartenant les uns et les autres à la même classe de la population. A Tavénement d'un pharaon au trône, l'assemblée des prêtres décernait au nouveau: monarque un culte , et lui donnait des prêtres pour desservir ses autels : ces nouveaux prêtres pouvaient être pris parmi les membres de la caste qui ne l'étaient pas , et c'est alors, sans doute, que ceuxci payaient ce droit télestique dont parle la pierre de Rosette.
342 t*ÉGYPTB PUABA.ONIQUE.
une femme se traîne à terre avec les signes d'une vWe douleur. Derrière ce prêti^e, un groupe nombreux d^amis et de parents mêlés de quelques prêtres , les femmes devant I les hommes derrière , se livrent à la plus grande affliction à la vue de Tasile qui va leur ravir à jamais celui qu'ils accompagnent. Deux hommes, que leur attitude calme, au milieu de ces scènes de désolation, montre comme étrangers au cortège , et qui sont peut-être des libitinaires, sont vêtus d* une tunique blanche prenant sous le seÎD , passant sur Tépaule gauche et sous l'aisselle droite, pour laisser le bras droit entièrement nu et libre. Derrière ces deux hommes, dont les cheveux sont arrêtés derrière la tête par une bandelette blanche et rouge , s avance une troupe de femmes dont la complète nudité atteste Tiodigence , et qui paraissent être , suivant une conjecture trèsprobable de M. Rossellini , des espèces de prœficœ qui accompagnent le mort pour obtenir quelque aumône, ainsi que F usage s'en conserve encore en Egypte, et qui poussent des cris qu'elles interrompent par un battement de la main sur leur bouche, comme le font encore les Égyptiennes de nos jours. Ces femmes traînent avec elles leurs enfants, les plus grands marchant à côté de leur mère, les plus petits placés dans un tablier, seule pièce de vêtement de ces femmes. L'enfant assis dans ce tablier, dont les bouts inférieurs, relevés, sont noués derrière le dos de la mère, a la face tournée du côté du sein et les jambes pendantes hors du tablier, pendant que la toile le soutient par le dos (i). Derrière ces pleureuses d'office paraissent six barques , formant tout le convoi. Tandis que les personnes dont nous parlons vont à pied sur la chaussée , les barques voguent sur Teau , ce qui semble indiquer que ces obsèques ont lieu pendant l'inondation. Sur les deux
(i) Dans un tombeau de Kourna, on voit des négresses poriei' leurs enfants dans un grand panier suspendu derrière leur dos, au moyen d'une large sangle passant sur le haut de leur tète.
premières de ces barques sont les porteurs des meubles et offrandes qui doivent être placés dans le tombeau. Derrière celles-ci se trouve une petite bari dont les rameurs sont des prêtres , et qui est chargée de certaines offrandes entourées de rameaux de persea ; puis viennent deux grandes barques du genre des thalamègues , du centre desquelles s'élève un pavillon , sur le toit ou couvert duquel sont placés debout des parents et des amis, dans Tattitude de la plus vive douleur : sur Tune de ces barques sont les hommes, sur l'autre les femmes; celles-ci les cheveux en désordre , trois vêtues de leur robe, les autres ayant la leur descendue sous le sein, toutes d'un dessin plein d'expression et de vérité. La bari portant la momie vient la dernière. Au milieu de cette bari«corbillard , à l'avant de laquelle est peint l'œil d'Osiris, s'élève un naos, ou espèce de tabernacle orné de tiges de lotus, sous lequel on voit la momie debout , à l'arrière et contre la cloison. Un prêtre, dont le costume ne diffère pas de celui des rameurs des baris sacrées,. séparé du tabernacle par un petit autel , présente de l'encens au défunt, pendant que six femmes échevelées , trois debout et trois à genoux , placées dans l'intérieur du naos avec la momie , s'abandonnent à leur désespoir.
Quelques autres circoQStance& relatives aux funérailles se montrent sur d'autres tableaux : ainsi, on voit un prêtre d'Auubis, portant le masque symbolique de cette divinité, dresser la momie dans sa caisse, à l'entrée de l'hypogée , et cette momie recevoir une purification faite avec de l'eau et de l'huile répandues sur sa tête (i); un prêtre, couvert du manteau jeté par-dessus Vépaule gauche, et de couleur de café au lait, pose sur la tête de la momie un cône blanc et rouge, emblème funéraire. Sur un autre tableau, représentant peut-être les funérailles d'un prêtre, des prêtres
(i) Wilkinson, Manners and customs.
344 h EGYPTE FBiRAONIQtE.
en grand nombre marchent entre des branches de palmier fichées en terre sur le passage du convoi. Dans un autre endroit un personnage, qui n'est pas de la classe sacerdotale purifie la momie, en lançant par-dessus sa tête Teau coih tenue dans un grand vase; et ce qu il y a de particulier, c'est que ce purificateur tient sur son bras une serviette : à côté de lui un autre individu tient à la main le manuscrit funéraire qui sera dépoté dans l'étui de la momie (i).
Les cercueils étaient déposés dans les catacombes générales, ou dans des tombes particulières creusées dans le . roc ; et les parois de ces tombeaux étaient couvertes de bas-reliefs représentant des scènes religieuses ou des tableaux de la vie civile , empruntés ordinairement à la position sociale de celui pour qui le sépulcre était préparé. Une de ces chambres sépulcrales découverte intacte par un voyageur italien, M. S. Passalacqua, et renfermant la momie d'un prêtre d'Âmoun, nommé Mandouftep, a fait connaître ce qu'on enfermait avec le mort, et comment ces objets étaient disposés autour du cercueil. Cette chambre , creusée dans le roc à S'^SpS au-dessous du sol, sur l'une des faces d'un puits carré, avait quatre pieds de hauteur, cinq et demi de largeur et neuf de profondeur. Un triple cercueil rectangulaire , dont le couvercle touchait presque au plafond, occupait le milieu de cette cavité, ayant à droite une tête naturelle de bœuf posée de face, quatre grands vasesde terre, deuxbàtons, les os de l'épaule droite du bœuf sacrifié sans doute en faveur du mort, deux grands plats de terre l'un sur l'autre, remplis de petits gâteaux d'une pâte noirâtre , déposés sur des rameaux de sycomore encore garnis de leurs feuilles ; un troisième plat garni de la même manière, placé plus en avant, et, dans Tintervalle, une statuette de femme peinte, en bois de sycomore, représentée debout, tenant d'une mai»
(i) Wilkinson , Manne i s and customs.
un vase^bloDg, et de Tautre soutenant sur sa tête un grand vase dans lequel on voit F offrande de F épaule de bœuf; au côte opposé se trouvait une seconde statuette, semblable à la première quant aux signes de deuil , c'est-àdire , ayant sa robe abaissée jusqu'à la ceinture soutenue par des bretelles^ avec des traces de boue sur le front : comme l'autre, celle-ci portait un grand vase sur la tête , et un vase allongé dans une main; mais à son bras gauche était suspendu un simulacre de miroir, enveloppé d'un morceau de la peau du bœuf immolé (i). Plus grande que la précédente, cette statuette paraissait représenter la femme du défunt, pendant que la seconde serait sa fille. Cette dernière figure était placée entre deux barques en bois de sycomore, sculptées et peintes , et munies de leurs agrès , avec des figurines à bord pour les manœuvrer; enfin , au fond de la chambre , entre la paroi du caveau et le cercueil, on avait déposé le chevet en bois du défunt (2). Tels étaient les embaumements des personnes du plus haut rang, et les sépulcres particuliers pour ceux qui avaient les moyens et le droit d'en faire la dépense (S).
(i) Serait-ce aux Égyptiens que remonterait l'usage de voiler les glaces et miroirs des appartements où se trouve un mort? Les deux statuettes de ce tombeau , qui paraissent indiquer la femme et la iille du prêtre Amenoftep , diffèrent par la taille et par leur toilette. La mère portait une robe peinte » avec des rangées d'écailles rouges et vertes , ainsi qu'on en voit sur les robes des déesses et des reines , dans les tombes de Thèbes; à ses bras et à ses jambes elle portait de riches bracelets, et ses pieds étalent chaussés de sandales; la fille , au contraire , était nu-pieds > sa robe était blanche , et ses bracelets très-simples.
(3) On sait que pour chevet quelques peuples anciens , les Égyptiens entre autres, usaient d'un instrument de bois dont la partie supérieure présentait une concavité qui supportait la tête. Des chevets semblables ont été trouvés en Amérique et dans quelques iles de l'Océan ie.
(3) Hérodote (II, 86) et Diodore (I, 91) parlent des momies que rcrtains particuliers riches gardaient dans leurs maisons , afin d'avoir
346 l'bgypte phàaàoniqub.
Dans les catacombes publiques se trouvaieot aussi des chambres sépulcrales particulières pour les personnes riches qui 9 sans avoir droit à des tombes particulières , ne voulaient pas être confondues dans la foule. Des stèles en pierre ou en bois , sculptées et peintes , déposées auprès des cercueils (i), indiquaient par leurs inscriptions le nom et la qualité du mort. Les dessins de ces stèles représentent les parents offrant des présents aux dieux, et les implorant en faveur du défunt. La matière ordinaire de ces offrandes funèbres était « l'encens, les parfums, les lift bâtions, le pain, le vin, des œufs, des oies, du lait, et « tous les autres biens purs, » ainsi que s'expriment les inscriptions gravées dans les tombeaux, au-dessus de ces offrandes (2). A ces objets il fisiut ajouter encore les oignons, qu'on offrait en pafquets artistement disposés en manière de cloches, ainsi que le montre M. Wilkinson.
On a constaté que les momies d'enfants sont très-rares, surtout celles du premier âge ; il serait difficile d'assigner une cause à cette rareté. Âbd-AUatif parle d'un petit enfant qu'on trouva dans un tombeau au voisinage des Pyramides, conservé dans une jarre de miel parfaitement scellée. Le corps avait encore sa fraîcheur, et il portait sur lui quelques bijoux et de riches ornements.
Un précepte religieux faisait accorder l'embaumement le plus précieux à tout individu , quelle que îdt sa condition, qui avait péri dans le Nil, ou sous la dent d'un crocodile ; et c'était la ville ou le bourg sur le terroir du-
toujours présents les traits de leurs ancêtres. Ces momies étaient placées debout contre les parois de la salle qui leur était destinée.
(i) M. Passalacqua remarque que les stèles sont plus fréquentes a Memphis qu'à Thèbes/et qu'elles y sont plus belles et en pierre, tandis que celles de Thèbes ne sont qu'en bois peint. En revanche, on trouve à Thèbes, sur les momies, des manuscrits funéraires, dont pas un seul ne se présente sur les momies de Memphis.
(9,) Rossellini, Monum. <hW Egito ; M. c. lit.
quel avait été trouvé le cadavre qui devait en supporter la dépense : aux prêtres du Nil , c est-à-dire sans doute d'Osiris, appartenait Tobligation de le déposer dans les catacombes. Maîtres de TÉgypte, les Grecs ajoutèrent , pour leurs propres morts^ aux usages fuuéraires des Egyptiens quelques usages tirés du rit de leur pays; et c'est à cela peut-être qu*est due la bizarre coutume de poser des plaques d'or sur les yeux et sur la bouche des momies.
Une remarque, qui appartient aux savants de l'expédition française en Egypte , constate que les momies de Memphis sont généralement inférieures en beauté à celles de Thèbes. Plus mal préparées que celles-ci , aucune , sur le grand nombre de celles qu'on a eu l'occasion d'examiner, ne peut être mise en parallèle avec celles que contiennent les hypogées de la Thébaïde. Les bandelettes (le toile, plus grossières, sont disposées sans art; les enveloppes, les caisses, les étuis, sont mal exécutés; enfin, sur aucune on n'a pu découvrir de ces rituels funéraires sur papyrus , comme en possèdent les momies de la partie supérieure de l'Egypte. M. Jomard, à qui nous empruntons cette remarque , suppose que les plus belles momies de Memphis ont été cachées avec plus de soin que les autres; mais depuis tant de siècles que la cupidité fait fouiller ces montagnes, il serait bien étonnant qu'on n'eût pas découvert ces catacombes, quand tant de riches sépulcres existent auprès des pyramides. Nous attribuons , nous, à une tout autre cause cette différence, qui ne nous étonne pas.
Nous avons dit plus haut que si le système des embaumements remonte à une époque antérieure à l'existence des Egyptiens, le perfectionnement de cet art et le luxe qu'on y déployait devaient être reconnus pour une innovation de ce peuple. Ce perfectionnement est encore l'un des faits qui nous paraissent ne pas remonter au delà de la dix-neu-
348 l'BGYPTB PHABiLONIQUB.
vîèine dynastie , et être un des résultats des conquêtes des derniers pharaons de la dix-huîtième hors deVEgypte, et surtout en Arabie. L'histoire sainte, nous venons de le dire; rapporte avec détail tout ce qui se passa à la mort de lacob, père de celui que le pharaon avait fait son second sur TEgypte, et à qui, pour signe de la puissance sans bornes qu'il remettait en ses mains, il avait abandonné son sceau royal. D* après ces circonstances historiques, si un embaumement dut être fait avec soin et magnificence, ce fut, sans contredit, celui de ce patriarche. Moïse, qui se complaît à rapporter les honneurs presque royaux que le pharaon fit rendre à ce chef de son peuple par les Égyptiens mêmes ; qui parle du deuil général qui eut lieu à cette occasion; qui nous apprend que toute la maison du pharaon, tous les anciens du pays, avec des chariots de guerre, des chevaux et une foule considérable de peuple , accompagnèrent le cercueil jusqu'à la vallée de Mamré, dans la terre de Chauaam, aurait-il oublié de nous citer l'embaumement de luxe, si l'usage en avait déjà existé de son temps, s'il y avait eu alors une différence bien tranchée entre les modes d'embaumement? Son silence semble donc prouver qui! n'existait encore alors, entre la momification des plus hauts personnages et des plus basses conditions, d'autre distinction que celle, probable, delà finesse des enveloppes et de la richesse des cercueils. En considérant ensuite que le modèle en bois de l'embaumement le plus précieux , sous la seconde période, offrait l'image d'Osiris, c'est-à-dire que ce mode d'embaumement était le même que celui qui avait été pratiqué pour la première fois avec autant de somptuosité apparemment, et avec des aromates étrangers au sol de l'Egypte, et qu'on tirait sans doute de l'Arabie, sur le corps d'Osiris dégagé de son mythe, ou autrement de Sésostris, puisque mythiquement le corps d'Osiris ayant été dépecé en quatorze lambeaux n'avait pu être embaumé, nous reconnaissons que T origine de ces riches et magnifi-
ques momifications fut postérieure en effet à la sortie des Israélites de l'Egypte, et qu'elle appartenait uniquement, par conséquent, à la seconde époque. Or, la période la plus brillante pour Memphis avait été incontestablement celle où cette ville fut capitale de l'Egypte ; et cette période avait précédé de vingt-trois siècles Tinvasion des Hykshos, sous la domination de l'un desquels s'accomplirent les destinées de Joseph. Voilà, selon nous, et suivant les raisons qui semblent les plus plausibles, la cause par laquelle les momies de Memphis sont, par leur préparation, fort au-dessous de celles de Thèbes (i). Par esprit religieux on avait conservé peut-être dans tous les temps, à Memphis, la simplicité primitive dans les embaumements. Quant aux personnes de haut rang , de la seconde époque, qu'on voulait faire jouir d'un embaumement de luxe, leur cadavre était envoyé sans doute à Thèbes , où il est constant qu'on recevait des morts étrangers (2).
Les peintures des différents tombeaux , comme celles qui ornent le haut des rituels funéraires , espèce de livres de prières qu'on plaçait soit directement sur le cadavre même , soit entre ses enveloppes , ou bien dans l'intérieur de statuettes en bois de sycomore représentant Osiris et posées debout à côté du cercueil , offrent des scènes relatives à l'état de l'âme après la mort, et nous initient dans cette partie de la psychologie de FÉgypte. L'âme, figurée par le personnage défunt, vêtu de blanc, est trans-
(i) Les momies d'ibis de Mempfiis sont aussi plus mal préparées que celles de Thèbes : dans cette dernière ville on les trouve fermes et solides, avec tout leur plumage, dont les couleurs sont bien conservées; tandis qu*à Memphis les membres de la commission d'Egypte ont dû ouvrir plus de deux cents pots pour obtenir une douzaine de momies solides. Ibidem, tome IL C'est encore parce que les momies de Thèbes purent être embaumées avec des aromates plus précieux.
(a) Passalacqua, p. 129, note a.
portée dans Yanientl ou l'occident , et adresse des prières aux génies des huit régions d'Hermès , aux génies de l'orient, aux oiseaux sacrés, et généralement à toutes les divinités qui présidaient au passage de la région infernale. Parvenue devant Osiris, juge suprême de Tsunenti, elle trouve ce dieu sur son trône , entouré de quarante-deux juges, dont chacun Texamine sur un vice particulier. Une balance placée devant la déesse Thmeï , la Thémis des Grecs, emblème de la justice et de la vérité, reçoit dans une de ses coupes les bonnes actions du défunt, symbolisées par la figure de Thmeï elle-même ; lesquelles ont pour contre-poids, dans Tautre coupe, ses mauvaises actions, symbolisées par un vase d* argile, probablement celui dans lequel on enfermait les entrailles , causes premières des péchés. Le dieu Horus examine avec attention Taplomb de la balance, et Thoth inscrit sur une tablette le résultat de ce pesage , qui décide des peines ou des récompenses réservées à cette âme (i). Parmi les vices punissables, il est curieux de trouver, sur des peintures des tombes royales , les péchés capitaux que la loi chrétienne condamne : des inscriptions indiquent la gourmaadise, la luxure, la paresse, etc. Les âmes innocentes vont au séjour rfe la joie du cœur, aux champs de la vérité; elles vont se baigner et se repaître de délices dans Teau céleste. Lésâmes coupables, au contraire, parcourant les zones infernales que visite le soleil , y éprouvent des châtiments divers : les unes sont liées à des poteaux,
(i) Quand un coupable est présenté devant Phré» on lit près de lui une inscription hiéroglyphique en ces mots : « Les réprouvés ne « voient pas ce Dieu grand; leurs yeux ne jouissent pas des rayons « de son disque ; leur âme n'est pas illustrée sur la terre; ils n'en* « tendent pas les paroles de ce dieu grand, qui domine en géant « sur leur orbite. » A côté des âmes pures on Ut : « Ce Dieu grand « leur parle; elles aussi parlent à lui , dont la gloire les rend illus- « très dans leur orbite. • RosselUni.
les autres sont suspendues la tête en bas; celles-ci , les mains attachées derrière le dos, traînent leur cœur arraché de leur poitrine; celles-là sont jetées dans de grandes chaudières; en un mot, tous les genres de supplices y sont représentés pour effrayer les vivants, et les retenir dans la pratique du bien par la terreur des peines d'une autre vie. Ces récompenses et ces châtiments de F âme, après la mort, semblent en opposition avec le silence absolu de Moïse sur toute rémunération ou sur toute peine à recevoir dans une autre vie; et pourtant, peut- on croire que ce législateur eût omis de parler d'un dogme d'une aussi haute importance, s'il avait été connu de son temps? Il est impossible cependant qu'une doctrine quelconque sur l'état de l'âme après la mort n'ait pas existé en Egypte sous la première période , car le principe de l'immortalité de l'âme était de dogme alors comme plus tard. Moïse aurait-il cru n'en devoir pas parler à des gens qui le savaient aussi bien que lui? On ne saurait l'admettre : le législateur qui ne gai^de pas le silence sur des points de doctrine temporelle très-connus aussi de tous, ne pouvait se taire sur les points de doctrine éternelle qui intéressaient l'avenir de l'âme. Le livre qui parlait d'un dogme aussi capital se perdit-il de très-bonne heure, comme ces livres des Justes et des Victoires du Seigneur, que nous voyons cités dans les livres qui nous restent? C'est ce que nous sommes très-porté à croire, et ce qui peut seul expliquer un silence inqualifiable , et que le grand législateur ne pouvait pas avoir gardé.
Les peines et les châtiments infligés à l'âme du coupable après sa mort pouvaient périmer, à ce qu'il semble, après un laps de trois mille ans ; et on pourrait supposer peutêtre que c'est là le principe qui portait à retenir l'âme le plus longtemps possible auprès du corps , au moyen de rembaumement. Mais cette doctrine, si elle a existé^ et qui serait venue des antédiluviens, subit de grandes mo-
859 L*iGYPTE PHARAORIQUB.
difications lors de V invasion de la doctrine de la métempsycose (i)*
A répoque assez tardive où ces dernières idées furent accueillies par le sacerdoce égyptien , on dut établir en principe que Tàme du méchant ne peut jamais échapper au châtiment , et que pour sa purification elle pouvait être arrachée au corps qu'elle avait souillé. Ce principe renversant en entier l'ancienne doctrine psychologique, il Mut admettre que toutes les âmes étaient passibles du déplacement d'auprès de leur corps après un certain temps, quand elles n'en étaient pas enlevées dès la mort, à raison des crimes qu'avait commis l'être qu elles animaient. Une conséquence de ce principe fut d'établir un ordre de transmigrations pour chacune des âmes, transmigrations inévitables, et auxquelles toutes étaient soumises avant d'arriver à animer l'homme. Cette succession de transmigrations nous est tracée par les livres hermétiques. L'âme commençait par entrer dans le corps d'un reptile; delà elle passait dans le corps d'un animal aquatique , d'où elle entrait ^dans un animal terrestre : en sortant du corps de l'animal terrestre elle arrivait au corps d'un oiseau, et c'est du corps de ces volatiles qu'elle parvenait enfin dans celui de l'homme. Cette marche de la transmigration des âmes était ^ comme on voit, combinée sur la marche de la création des espèces animales suivant la cosmogonie. En quit-
(i) Les modernes ont reconnu que le mot métempsycose n'exprime pas exactement les migrations de l'âme après la mort, et ils lui ont substitué le mot meiensomatose , qui rend mieux l'idée. Mais puisque l'antiquité tout entière , qui admettait cette doctrine, s'est toujours servie et contentée de ce mot, tout impropre qu'il parait. pourquoi serions-nous plus difficiles qu'elle , quand cette doctrioe n'existe plus? Changer des mots universellement reçus par ceux qui professaient la religion dont ces mots font partie, c'est s'exposer soi-même à des méprises ; et puisque Tidée est fixée par le mot métempsycose, tout irrégulier qu'il semble , nous croyons devoir le maintenir.
UrSTITUTIORS: 3&S
tant le corps de Thomme, F âme était conduite par Thoth dans la sphère de la lune, où elle trouvait le roi des âmes, qui de là présidait aux huit régions situées au-dessous des quatre régions de la terre. De cette sphère , cette âme entrait dans le corps d*un génie, et ensuite dans le chœur des dieux y ce qui était le terme du bonheur auquel elle pouvait atteindre. Mais Tâme qui sortant du corps humain avaitété reconnue coupable par les juges de Tamenti n'obtenait pas la faveur de monter à la sphère de la lune; elle recommençait au contraire la série des migrations, en rentrant dans le coi^s d'un reptile. Pour ces âmes coupables, ce renouvellement de migrations devait se répéter trois fois dans la période de trois mille ans; et c'est sans doute après ce terme que, si elle ne s'était pas réformée, elle était soumise aux tortures dont les peintures de quelques monuments nous présentent l'image , point par lequel la doctiîne nouvelle rentrait dans la doctrine ancienne.
Les rituels funéraires placés dans les cercueils contiennent différentes prières adressées aux divinités, pour les rendre propices à Vâme du défunt : nous donnerons une idée de ces prières, en transcrivant le début du papyrus qui accompagnait la belle momie de M. Caillaud. Après le titre et l'indication généalogique du défunt, commençait la prière en ces termes : « Grand est le dieu Ré par ses domi- « nations ; grand est Atmou par ses productions ; grand « est Osvàs-'Pethemp^jémentes (habitant de l'occident) par « son sceptre de Pas-sou-Ré. Soyez-lui propice, ô vous « qui gardez les portes delà contrée occidentale; vous les <« deux gardiens des mères divines de la demeure de Siou ^ (c'est-à-dire, des étoiles, des âmes ou esprits) ; vous gar- « diens des portes de la demeure divine où sont les lotus , « l'eau et la bari divine 1 Sois-lui propice, toiAnubis, fils « d'Osiris, gardien des portes des deux divins générateurs « de la demeure de Siou ! Soyez-lui favorables, vous dieux ^ des régions de Ma^o^f, assistants d'Osiris, assistants^ la
864 L*É&YPTB FHABAONIQUB.
« demeure de Oskh, des deux divines vérités, dans les a champs de Oen-Ro (les champs Eljsées des mythes égyp- « tiens) I Sois-lui favorable, déesse Hathor, qui es la déesse « Neith dans la contrée orientale, et la déesse Smé dans les « lotus et les eaux... de la contrée occidentale (i) ! Soyez- « lui propices, vous, dieux de la demeure de Siou, votre « domaine I Soyez-lui propices , dieux qui veillez auprès « d*Osiris I II est grand, votre père le Soleil ! Tépervier du « monde qui vous a manifestés avec lui dans la demeure de « Sop! Grand est Horus, le fils d*Isis, le fils d'Osiris, qui « est sur... , sa demeure à toujours ! Grand est Hor-Oerî, « seigneur des esprits solaires , Tœil bienfaisant du Soft leil, etc. (a). » Dans quelques-uns de ces rituels, restitua en entier par ChampolUon au moyen des nombreux exemplaires qu'il a été à même d*en voir, et en en comparant les différentes parties fragmentées, on trouve une curieuse formule d'invocation, qui fait connaître les divinités sous la garde desquelles étaient placées les différentes parties du corps ; la voici : « Sa chevelure appartient à Pé-mou (le Nil « céleste) ; ses oreilles , au dieu Macedo (gardien des tropi- « ques); sa tempe gauche, à l'esprit vivant dans le soleil; « sa tempe droite, à l'esprit d'Atmou, dans la demeure de « Siou; son nez, à Ânubis, dans la demeure de Sarkem; « ses lèvres, à Anubis \ ses dents, à la déesse SeUc ; sa barbe, « au dieu Macedo; son cou, à la déesse Isis; son bras, au « seigneur de la demeure stable ; ses yeux, à la déesse Neith, « dame de Sa (Sais); ses coudes, au seigneur de la région de « Ghel; son dos, au dieu Sischo; ses parties génitales, à « Osiris et à la déesse Kohi (3); ses cuisses, au dieu Bd' « Hor (l'œil d'Horus); ses jambes, à la déesse Netphéj ses
(i) De même Lucius, dans sa prière à Isis, donne à cette déesse des Doms différents, suivant les circonstances.
(a) Voyage à Méroé, tomelV, notice de ChampoUion.
(3) C'est la déesse représentée avec une tête de lionne , et qu'on adorait à Memphis. Ibitkm.
« pieds, au dieu Phtha ; ses doigts, aux UraeusTiYants. > On voit qu'une pareille doctrine ne pouvait pas remonter à une très-haute antiquité. Différentes inscriptions hiéroglyphiques, gravées au-dessus des images des morts, se rapportent aux prières du rituel, ou font connaître les cérémonies particulières qui accompa^aient les funérailles. Un ancien chef du pays de Suan (Elethia), nommé Pihrai , est supposé dire : « J'adore le seigneur des deux grandes plumes (i), « grand dans Abydos, Je viens en ta présence, seigneur « de la race humaine, avec la double offrande; jouis de « Toblation que je te fais au moyen de mes paroles. » L'âme est supposée faire elle-même ses offrandes, et Tinscription le déclare. « Offrande royale parfaite (formule ordinaire), « faite à Osiris résidant dans l'amenti , à Phtah memphi- « tique, seigneur de la vie du monde (le feu), afin qu'ils « accordent un bon gîte, des boissons, des pains, des oies, « des bœufs et toute espèce de bien pur, en offrande à un « teL » Des prêtres funéraires sont représentés faisant les offrandes : «Discours du heb (le prêtre funéraire), pen* « dant qu'il fait ces deux offrandes (ou la double offrande) « devant le Dieu grand. » La bari qui porte la momie vogue dans la station d'Anubis ; la légende hiéroglyphique porte : « Manifestation devant Anubis, qui réside dans la « divine demeure ; offrande de la part de la région d'A- « bydos pour un tel. » La même bari vogue vers une station figurée par une montagne gardée par Horus épervier : « A l'amenti, à l'amenti, dit la légende, pays de longue vie; « à la lumière qui est à toi par lui (c'est-à-dire que tupos- « sèdes par sou moyen), en allant avec ton offrande, » etc. Des exercices , des spectacles divers étaient exécutés en
(i) M. RossellÎDi remarqae que le sens de ce caractère hiéroglyphique» qu'il rend ainsi par le signe même qui le forme, ne lui est pas as<iez connu. On ne peut qu'applaudir à la réserve que met généralement ce savant dans l'interprétation des signes douteux.
356 l'ÉOTPTB PHABAOniQUB.
en rhonneur des morts » comme le pratiquaient également les Grecs et les Romains, qui paraissent Tayoir emprunté des Égyptiens ; et des danses étaient célébrées dans la même intention , à l'imitation de celles qui avaient eu lieu aux funérailles d'Osiris. Ces danses, comme le remarque M. Rossellini , furent imitées à leur tour par les Occidentaux dans leurs Bacchanales, fêtes identiques avec celles d'Osiris. Les parents chantaient aussi des cantiques à la louange du défunt ; et ces sortes de chants, ces neniœ, sont quelquefois gravées en hiéroglyphes sut les murailles, au-dessus des représentations de ces scènes funéraires. Voici une de ces nenUe, copiée dans la tombe d* un prêtre : a Oh I oh I au grand et principal oblateur des libations : « ohl le principal prêtre oblateur de.. « Ammon : oh I il a « vécu en parfaite justice, et il est mort en la quatre-vingt- « huitième année de son âge, en voyant Ammon, pendant ft que son bras faisait son oblation , et dans le temps qu'il « servait Ammon. •• et qu il présentait la royale of&andeà « son seigneur. .. oh I oh I millier de biens en offrande à lui, « Osirien, prêtre d* Ammon, Aménémoph, homme véri- « dique. » Cette nenia n était guère, on le voit, qu'une improvisation apologétique, chantée avec accompagnement d'instruments (i).
Jusqu'à l'institution du mythe d'Osiris , les divinités in** voquées dans les cérémonies funéraires furent celles du culte primitif : aussi M. Nestor L'hôte remarque-t-il que dans les grottes sépulcrales d'El-Tell, qui appartenaient à la nécropole de la ville de Psinaula , lesquelles grottes ont paru à ce savant remonter à une époque antérieure à l'in*vasion des Hyksos , la seule divinité qui y soit représentée,
(i) On doit savoir gré à M. Rossellini d'avoir laissé en blanc les liiots qu'il n*a pu interpréter, ou dont il n*a pas voulu présenter une interprétation douteuse. D'après cette chanson* on peut soupçonner que ce prêtre d* Ammon mourut d'apoplexie, au moment ou il remplissait ses fonctions sacerdotales.
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c'est Phré, que cette ville avait adopte pour son patron, ^insi que l'avait reconnu M. Rossellini (i).
Pendant que Tâme était supposée soumise à un jugement divin dans la région infernale , le corps du déftmt était soumis, dit-on, sur la terre à un jugement humain, qui le privait d'une sépulture honorable dans certaines cir* constances. C'est ce que dit Diodore et ce qu'ont répété tous les modernes, quoique ni Hérodote, ni Platon, ni Strabon, ni Plutarque, ni Porphyre, ni Jamblique, ni en un mot aucun des bons écrivains, n aient jamais dit un mot qui pût faire même allusion à un usage d'une nature si re* marquable pourtant, et non moins extraordinaire par sa singularité que par son importance morale. Pour justifier cette assertion de Diodore , on cite certains noms royaux soigneusement martelés sur les monuments ; mais parmi les noms signalés il n'en est qu'un seul qui appartienne aux dynasties nationales; car nous ne rangeons pas au nombre des rois le régent Aménenthé, dont le roi Mœris, Stou pupille, fit lui-même marteler le nom dans la tombe de sa mère, en haine peut-être de ce que ce second époux^ de 4a reine Amensé aurait tenté de s'emparer du trône, au préjudice de ce prince. Le seul pharaon national dont le nom ait été ainsi effacé s'appelle Mandoueï ; mais qui est ce Mandoueï? ce prénom, tiré du patronage du dieu Uandou , a dû être celui de plusieurs pharaons. Nous en. connaissons un dans la XVIIP dynastie : c'est le Menephtha I des monuments, l'Akenl^erès I de Manéthon; ce ne saurait être ce prince, puisque son nom se trouve partout intact et révéré. Qui nous assurera que ce nom de Mandoueï effacé n'est pas le prénom ou d' Aménenthé lui-même, ou de l'Amosis dç Diodore , ce prince odieux, contre qui l'Egypte entière se prononça dès que l'Éthiopien Aktisanès entra dans le pays les armes à la main (2) ? Si un nom pha-
(i) Voyez cette figure, supra, page 194.
(a) L'eDlèvement des noms de pharaons plus anciens sur les mo? ^
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rfloaique avait dû disparaître sous le marteau vengeur, c eût été assurément celui de cet Âmosis, ou bien celui du Ghœops d'Hérodote, auteur de la grande pyramide, et que tous les écrivains s'accordent à couvrir de blâmé. Hérodote l'accuse d'avoir fait fermer les temples et d'avoir interdit l'exercice du culte : c'était là une belle occasion de citer l'institution qui soumettait le cadavre royal à un jugement populaire, car Chœops-Suphis n'aurait pu y échapper, et de parler de la sentence qui l'aurait exclu de la gigantesque tombe dont la construction avait écrasé les Egyptiens. Diodore , qui parle de ce prince et de son prétendu frère dans les mêmes termes qu'Hérodote, au lieu de les faire priver de cette sépulture fastueuse par jugement après la mort, n'attribue lui-même qu'à leur propre volonté le choix d'une sépulture différente : c'était dans la crainte que leurs corps ne fussent mis en pièces et arrachés ignominieusement de leurs tombeaux, qu'ils chargent deux de leurs af&dés de les enterrer secrètement (i). Aucun jugement du cadavre ne précédait donc alors la sépulture; et ce n'était que la terreur que leur inspirait, ou que lui inspirait (car évidemment un tel état n'a pu durer un siècle entier, si même le fait n'est pas entièrement apocryphe, comme le font supposer les monuments) (a) l'exaspération des peuples, et la
numents ne doit pas être toujours attribué à des vengeances populaires ou nationales. M, H. Rosselliui a prouvé que des pharaons ont fait efTacer le nom de certains de leurs prédécesseurs , pour s'attribuer les monuments du règne de ces princes; et ce savant a constaté que quelques-uns de ces monuments usurpés oat changé deux fois de nom, par double usurpation. M. Lepsiosa reconnu aussi qu'une statue d'Osortasen avait, après la rature de ce nom, reçu celui de Ramsès, qui fut effacé à son tour, pour faire place à celui de Menephtba. Bulletins de Vlnstit. de Corr, arch., i838, pag. 38. M. Nestor L'hôte a vu à Abjdos les restes d'un vaste édifice commencé par le père de Sésostris, dont ce dernier, qui continua cette construction, fit gratter le nom pour y substituer le sien.
(i) Diodore, I, 64.
(a) Hérodote dît qu'il n'y eut point de méchanceté où ne se portât
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crainte des violences auxquelles ses restes seraient exposés, qui le décida à prier qu'on ne le plaçât pas dans la pyramide. Quant aux noms des rois de race étrangère, éthiopiens ou perses, qui ont été effacés sur les monuments, on sait que ce fut après le rétablissement du trône national que la haine des populations se formula contre les conquérants en insultes à leurs noms. Les Bubastites seuls , appelés par les Toeux de la nation, et Darius II, qui, différent de ses prédécesseurs, s'attacha à rendit sa domination agréable dans le pays , furent à l'abri de ces outrages. Il n'y a donc rien de moins certain que les résultats de ces jugements après décès. D'autre part, les circonstances dont Diodore accompagne son récit en montrent elles-mêmes l'impossibilité. Après avoir, dans le soixante-douzième
Chœops : «il ferma d'abord tout les temples, et interdit les sacrifices aux Égyptiens ; il les fit, après cela, tons travailler pour lui, » etc. C'est ce thème qui a été ensuite, à ce qu'il parait, amplifié par les historiens venus après Hérodote. Cependant ce roi, que Manéthon lui-même donne comme contempteur des dieux est mentionné honorablement sur les monuments de son époque : ce qui'fait croire que si en efTet il se rendit coupable de quelque impiété au début de son règne y il s'en repentit bientôt, comme le dit encore Manéthon, et qu'il se rendit digne de l'amour de ses peuples. D'abord son nom, sur les monuments, est accompagné du signe exprimant la prêtrise, ce qui le justifie du crime d'avoir fermé les temples et interdit les sacrifices; ensuite, sur la façade du tombeau d'Ëîmeî, qui fut le prêtre architecte de la grande pyramide , le nom de ce pharaon est accompagné de l'épithète
souten ramf que M. L'hôte interprète rex moderaius, mansuetus; ce qui est le démenti des accusations de méchanceté, de cruauté portées contre lui par les écrivains grecs. Voyez Lettres d'Egypte, par N. L'hôte , p. 146.
860 l'éotptb phabaoeiiquk.
chapitre de son premier livre , présenté ees jugements du cadavre comme une cérémonie spéciale pour les pharaons, il en fait, au chapitre quatre-vingt-douzième du même livre , une loi pour tous les Égyptiens. Ainsi, dans ce système ^ chaque ville aurait dû être séparée de sa nécropole par un lac, et dans chacune il aurait existé un tribunal de plus de quarante magistrats pour ce seul office ! Si Von considère que dans les tableaux des monuments ^ comme sur les manuscrits funéraires, on voit Tàme se présenter devant quarante-deux personnages qui sont les juges deïamenUy que la figure du défunt est posée sur la bari sacrée, et que Diodore, bien qu'il donne le texte même du billet quon était supposé écrire aux juges, ne parle pas cependant de cette cérémonie comme l'ayant vue lui-même, quoique bien des individus aient dû mourir en Egypte de son temps, mais qu'il renvoie à un témoin d'une époque bien reculée, à Orphée, qui, dit<-il, « avait été spectateur de « cette solennité religieuse dans son voyage enÉgypte(i),'» on comprendra d'où a pu venir l'erreur de cet historien, égaré peut-être par quelque commentateur des hymnes de l'ancien poète : c'est qu'il aura mis au positif, et pris pour une pratique de la vie ce qui n'était qu'une fiction mythologique dont l'application n'avait lieu qu'après la mort. M. Rossellini (2) regarde comme la confirmation de ce qu'avance Diodore, un tableau qu'il a vu dans un tombeau thébain , lequel lui a paru retracer toutes les circonstances du récit de l'historien grec ; mais, nous le répétons, comment, si une loi aussi unique dans le monde entier avait existé , si l'usage en avait été maintenu, si l'application en avait été de chaque jour, ou bien, en supposant que l'usage en eût cessé du temps des Grecs , comment aucun au* tre écrivain que Diodore n'en aurait-il parlé? Et Platon
(i) Diodore» I, 64. Qu'on juge, d'après cela» de la vérité du billet de convocation!
(1] Rossellini, Monum, civ., IIL
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surtout, qui a si souvent invoqué rautorite des lois de& Égyptiens 4 etAristote, si curieux observateur de toutes les raretés ; et Hérodote , si exact narrateur des circons* tances de r embaumement et des funérailles^ et Plutarque, par qui nous apprenons tant de particularités de la vie religieuse, législatrice et privée de ce peuple; comment tous ces graves écrivains auraient-*ils , tous unanimement , passé sous silence un fait aussi important» un acte aussi remaiv quable , aussi digne de fixer l'attention de tous les moralistes? Comment Diodore seul, le plus futile, le plus crédule, le moins critique de tous les écrivains de l'antiquité, eût*il été seul à en faire mention? M. Rossellini a vu un tableau rappelant toutes les circonstances décrites par l'historien que nous combattons; mais qui répondra que ce ne soit pas précisément un tableau de cette espèce qui a induit en erreur Diodore, et qu'il aura interprété comme il l'a fait, quand la scène représentée avait une tout autre signi* fication, qu'elle se ^apportait à quelque cérémonie allégo-t rique, dont le sens lui était aussi inconnu qu'à nous?
L'embaumement n'était pas réservé uniquement aux hommes; les individus du règne animal y participaient aussi : ceux de ces individus qui pendant leur vie avaient été nourris dans les temples comme symboles divins , y avaient particulièrement droit; le taureau lui-même, malgré sa volumineuse masse, obtenait cette conservation sacrée. On connaît les nombreuses momies de crocodiles, d'ibis, de chats, d'ichneumons, de chacals, etc., trouvées dans différents puits de nécropoles. Un hypogée destiné aux momies des taureaux, découvert non loin des pyramides deSakarah, a montré, dans les nombreuses galeries qui en forment un labyrinthe, de grandes quantités de ces animaux embaumés, avec divers objets curieux qui furent recueillis par les voyageurs.
Les animaux qui mouraient en Egypte de mort naturelle étaient enterrés ; et leurs ossements, après la décomposition
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des chairs, étaient déterrés par les habitants d'une ville nommée Atarbéchis, spécialement voués à cette opération. Remontant le Delta avec des barques à certaines époques de Tannée, ces habitants d'Atarbéchis se répandaient dans toute TÉgjpte pour déterrer ces ossements, dont signalaient sans doute la position certains indices; et ils allaient les inhumer en un lieu qu'Hérodote, qui nous apprend ce fait, ne nomme pas, mais qui était vraisemblablement le désert. En enterrant les bœufs, dit cet historien, on avait soin de laisser, pour signal, hors de terre une des cornes et quelquefois les deux, ce qui prouve que la fosse était peu profonde. Les vaches, on ne les enterrait pas ; on les jetait dans le Nil, qui les*entrainait dans la mer : sans doute parce que le symbole d*Isis devait être livré à Osiris, qui était le Nil(i).
Les animaux de toute espèce dont on trouve les momies n'étaient pas seulement ceux qui étaient consacrés à quelque divinité , bien qu'à l'égard de ces symboles nos connaissances soient encore fort arriérées : en effet, par les perpétuelles transformations et les nombreux changements de nom du même personnage divin , suivant les différentes localités, le nombre de ces êtres symboliques devait se trouver extrêmement considérable. Parmi les animaux connus jusqu'ici dans la théologie symbolique, et dont on trouve les restes embaumés , on connaît les rats et les souris, les crapauds, les hiboux, les autours, les hirondelles, les hobereaux, les couleuvres, et différentes espèces de poissons (a).
(i) Hérodote, II, 41.
(a) Passalacqua, Catalogue.