CHAPITRE XV
Vécriture est antédiluifienne. — Rapport des Idéroglyphes avec les plus anciens caractères chinois. — Quipos. — Origine commune des signes graphiques des peuples anciens,
— U écriture dii^inisée sous le nom de Thoth, — Trois mé" thodes d'écriture chez les Egyptiens, — Matière des livres*
— Littérature des Égyptiens.
Les Égyptiens furent en possession de récriture dès Torigine de leur monarchie, et le concours unanime de
(i) Plut. , de Oracul, defectu.
Tantiquilé fait arriver les lettres en Egypte par TÉthiopîe • cela devait être ainsi , car les lettres avaient suivi la même route que toutes les autres connaissances humaines pour parvenir sur les bords du Nil : de l'Asie, elles avaient passé en Afrique, avec la colonie qui, après le grand cataclysme, Tint s'établir dans la partie septentrionale de cette vaste péninsule.
Les immenses progrès que les sciences avaient faits chez les peuples primordiaux n* avaient pu avoir lieu que par la ▼oie de récriture. Sans ce moyen de rendre rapide et facile le dépècement mécanique de la pensée , et son transport^ de r intelligence qui la produit fugacement, à la matière qui la fixe et la conserve inaltérable en la rendant sensible à tous les regards , a^ucune science ne saurait avancer. L'invention de récriture a donc précédé nécessairement toutes les sciences d'observation , et la méditation de cette vérité recule d'une manière indéfinie l'apparition de l'homme sur la terre. Qu'on refléchisse au nombre de siècles qui ont dû s'écouler avant que les multitudes passassent de l'état nomade primitif à l'état de sociabilité urbaine , qui seule peut amener la culture des sciences et la pratique des arts; et que d'essais entre le premier pa$, celui défigurer l'objet dont on voulait transmettre la connaissance à un autre, et ce point de perfection qui lui permet de faire passer dans l'âme de cet autre , sans le secours de la parole , jusqu'aux plus légères nuances du raisonnement le plus abstrait!
L'un des plus savants Pères de l'Église nous apprend que les Égyptiens possédaient trois différentes manières de communiquer graphiquement leurs idées ; et le passage de celui de ses écrits dans lequel il en parle , devenu plus célèbre encore depuis que ChampoUion a démontré, par son immortelle découverte (i), la filiation qui unit entre elles
(i) Chacun connaît la précieuse découverte de la langue hiéroglyphique; mais peu de personnes savent par quelles circonstances cette découverte a été amenée.
4M l'BGYPTB PHABAOIIIQUB.
ces trois espèces d'écritures , a été l'objet de nombreux conunentaires. Ces trois écritures, découlant Tune de Vautre, étaient :
i^ Le dessin exact autant que possible de certains objets
La première tentative fut faite en Angleterre , sur Finscription trilingue de la pierre de Rosette, par M. le physicien Thomas Young, qui le premier devina que certains signes hiéroglyphiques, renfermés dans un encadrement elliptique qui se répète plusieurs fois sur la partie de cette inscription, qui est en caractères sacrés, devaient contenir le nom de Ptolémée, auquel il répondait dans la partie grecque de cette même inscription. Ce savant combina les signes avec les lettres qui forment ce nom propre; et, croyant découvrir d'autres noms de la même manière , il se composa un alphabet de quinze lettres , dont cinq seulement se sont en définitive trouvées exactes. Ces recherches en étaient restées là , quand une circonstance fortuite vint provoquer, de la part de Champollion , les études que devait couronner un aussi immortel succès.
£n i8i5 , M. W. J. Bankes ayant fait exécuter quelques fouilles en avant du grand temple de Philae, découvrit un petit obélisque de granit parfaitement conservé. A Tune des faces du piédestal de cet obélisque, transporté depuis en Angleterre, existe une inscription grecque, que M. Caiilaud, voyageur français, lut en 1816, et dont il envoya copie à M. Letronne. Le savant helléniste ayant publié, en i8ai, cette inscription dans le Journal des Savants, M. Bankes écrivit de Londres à l'Académie des Inscriptions de Paris, pour revendiquer la priorité de la découverte de Tobélisque; et il envoya en même temps à cette académie le dessus d'une inscription hiéroglyphique gravée sur le même monument. M. Letronne ayant reconnu, par le texte de l'inscription grecque, qu'dle se liait avec l'inscription hiéroglyphique, communiqua ces inscriptions à Champollion le jeune , et celui-ci , partant des données vagues du docteur Young , parvint à déchiffrer les noms de Ptolémée et de Cléopatre , et successivement tous les autres noms royaux mentionnés sur l'inscription : la sagacité de son esprit le mît , dès ce moment, en possession de l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques, dont la déconverte lut solennellement annoncée au monde savant en septembre iSaa, par la fameuse Lettre à M, Dacier. Il est donc de toute justice de rendre à M. Letronne la part qui lui revient dans la gloire de cette découverte. Sans l'envoi de l'inscription par M. Caiilaud, et sans la publication de cette inscription par M. Letronne,
mSTlTUTIOMS* 431
pris dans la nature ou dans les produits des arts^ et tenant lieu des lettres ou des syllabes ;
2^ Le simple linéament de tout ou de partie de ces mêmes objets y pour en rendre plus prompte la configuration.
3^ Une délinéation encore plus abrégée de ces mêmes signes, afin de rendre cette même écriture plus courante , plus rapide et plus facile.
Il est hors dç doute que Tart de léguer ses idées aux siècles à venir d^une manière fixe, invariable^ et autrement que parla tradition, qui s'altère inévitablement d'une génération à l'autre , a dû commencer par la représentation matérielle des objets dont on voulait parler : le dessin a donc été le père de l'écriture ; aussi attribuait-on à Thoth
la découverte de la langue sacrée serait peut-être encore^à faire ; car M. Bankes ne songeait nullement à faire sortir ces inscriptions de son portefeuille , moins encore à faire cette comparaison des deux textes qui a amené la découverte , quoique les essais du docteur Young eussent été publiés déjà en 1 8 1 9 .
Pour être juste envers tout le monde , nous dii*ons aussi un mol sur la part qui revient au feu duc de Blacas dans l'exécution du projet de voyage de Champollion en Egypte; voyage si fécond en grands résultats , et qui a été la confirmation la plus complète de la restitution de la langue sacrée.
M. Cfaampollion-Figeac, dans la préface des lettres de son illustre frère, publiées en i833, parle des difficultés que les ministres opposaient, sous le rapport financier, à l'exécution de ce voyage, et de Tintérét qu'y mettait M. de Blacas, ce protecteur éclairé, « dont « l'histoire des arts, de l'archéologie, celle surtout des études « égyptiennes en France, proclamiera hautement, si elle est équi- « table, l'active et trop courte influence , » suivant les paroles de M. Champollion-Figeac. Le moyen que prit en définitive ce savant Mécène pour vaincre la résistance que faisait toujours éprouver le prétexte de l'insuffisance du budget, ce fut de menacer le ministère de payer lui-même de ses propres deniers les frais de l'expédition scientifique, et d'en informer le public par la voie des journaux. La crainte de cette publicité fit trouver alors les 48,000 fr. qu'on accorda pour cette importante expédition , à laquelle s'associa 91 noblement la Toscane.
r invention de la peinture et celle des lettres. Comme k classe savante qui avait la première mis en pratique cet art d'exprimer des idées par la figure des objets était la classe sacerdotale , cette première manière de recueillir des notes, d'enregistrer quelques faits , dut être considérée comme une inspiration d'en haut; et aussi, comme cette méthode se conserva toujours dans les temples pour tout ce qui se rattachait à la religion y parce qu'elle était réputée sacrée, on donna aux signes qui la constituaient un nom analogue, que les Grecs traduisirent par celui d'hiéroglyphes ou signes sacrés. La seconde méthode , qui s'employait pour ce qui concernait le sacerdoce, portait, à raison de cette destination, le nom de hiératique ou sacerdotale : dans celleci, qui n'était, comme nous venons de le dire, qu'une abréviation de l'autre, l'impossibilité de rendre par quelques simples traits les formes compliquées d'un grand nombre de signes hiéroglyphiques , força de substituer à ces signes des caractères tout à fait arbitraires. Les progrès des études faisant sentir le besoin de simplifier encore cette seconde méthode, afin de pouvoir fixer plus rapidement par l'écriture les idées qui se pressaient et s'effaçaient de la mémoire dans le temps qu'on devait perdre à tracer les signes hiératiques, donnèrent enfin naissance à l'écriture cursive, qui fut la troisième, désignée sous le nom dVpistolographique , et, mieux encore, de démotique on fopulaire , parce qu'elle était à l'usage de tous.
Les Égyptiens ont-ils possédé ces trois genres d'écriture dès le commencement de leur existence, ou, en d'autres termes, les antédiluviens les ont-ils connus et les leur ontils transmis? C'est ce qu'il faut examiner.
On sait que chez les Mexicains, comme chez les Canadiens, l'art graphique en était encore, lors de la découverte du nouveau monde, aux premiers rudiments; il consistait dans la représentation des objets dont on voulait parler, avec l'addition de quelques signes conventionnels,
d'où on pourrait conclure qu'au moment du désastre géo* logique qui isola 1* Amérique au milieu des mers , récriture iconographique était la seule en usage chez les peuples du premier àge| mais, d'autre part, l'identité parfaite qui existe entre certains signes modifiés de cette écriture iconographique, et les signes les plus anciens de l'écriture des Chinois , est trop remarquable pour que ce rapport ne soit que fortuit. Sous le règne de l'empereur Tsin-chi-hoang-ti, tous les livres d'histoire ayant été brûlée par l'ordre de ce stupide tyran, un exemplaire du Tchou-King , qui, sauvé de ce barbare incendie, avait été retrouvé dans la maison de Kong-fu-tsée (Gonfucius), fut transcrit en caractères vulgaires, parce que les caractères Ko-teou-ouen avec lesquels il avait été écrit n'étaient presque plus connus : les signes de l'écriture primitive avaient donc subi une grande variation chez les Chinois depuis les premiers temps ! Tout porte à croire que ces anciens caractères étaient identiques, au fond, avec ceux qui, aux époques les plus reculées, composaient l'alphabet hiéroglyphique des Égyptiens, lequel dut éprouver lui-même, sur le sol de l'Afrique, quelques altérations par le laps des siècles, et certainement des modifications que rendait nécessaires le besoin d'approprier un grand nombre de ses signes à la localité de l'Ethiopie et de l'Egypte, si différente de celle de l'Asie; et dette identité des signes de l'écriture hiéroglyphique prouve assez que le dialecte sacré de l'Egypte dut, au point de départ, être identique aussi avec le dialecte sacré des Chinois aux époques les plus reculées. Le savant de Guignes avait déjà démontré l'identité de ces signes anciens, par la comparaison de certains d'entre eux. Sur le nombre de quarante-trois qu'en réunit son mémoire , vingt sont parfaitement conformes à ceux que présente la grammaire de la langue sacrée par Champollion ; les autres sont plus douteux. Il est très-remarquable également que le nom chinois de certains de ces signes répond à la valeur phonétique T. I. 28
4S4 L BGYPTB PaAmAONIQUE.
que le même ChampoUion assigne aux figures correspondantes, dans l'alphabet des hiéroglyphes (i). En rapprochant pareillement de la série des signes hiéroglyphiques ceux de l'alphabet Kou-ouen dessinés à la fin du premier volume des Mémoires des missionnaires sur les Chinois, on peut s'assurer que ridentité entre plusieurs de ces caractères réciproques ne peut être contestée ^ et quil en est un plus grand nombre dont on peut retrouver la similitude originelle à travers les modifications ou les altérations qu'ils ont reçues dans l'un ou dans l'autre pays. Il faut donc conclure qu'à l'époque du grand naufrage du globe, les peuples de la partie asiatique du monde antédiluvien avaient fait bien plus de progrès dans les différentes branches des connaissances humaines et dans les arts de la civilisation , que ceux qui habitaient leurs antipodes : c'est ce qu'avaient déjà montré les monuments, qui par leur cons-» truction ont, chez les Américains , tant de rapport avec les plus anciens monuments de l'Asie et de l'Egypte, mais qui en sont si éloignés en tout ce qui concerne la partie des beaux-arts et de la décoration; c'est ce que montre aussi l'état si différent de Vastronomie dans les deux régions, malgré les rapports qui les rapprochent. Pour l'écriture, et pour les sciences par conséquent, ces peuples de l'Atlantide centrale en étaient restés, à ce qu'il semble , aux premières notions. La cause de cet étatstationnaire tenait-elle à des circonstances locales, géologiques ou géographiques? c'est ce qu'il nous est impossible de rechercher; nous devons nous borner à constater un fait.
Indépendamment de l'écriture iconographique, les antédiluviens en général auraient encore possédé une au-
(i) Par exemple : le signe r, que les Chinois prononçaient han , a le son de a dans l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques : le signe (!f\, qui se prononçait mo, équivaut à la lettre m dans le même alphabet ; le signe A, qui se prononçait tsu , r^ond au signe i des caractères hiéroglyphiques.
ufstiTimoiis. 4a6
tre méthode pour couserver la mémoire de certains faits , celle des paquets de cordelettes de couleurs différentes , nouées de nœuds variant entre eux de forme y de position et de grandeur, ce que les Péruviens désignaient sous le nom de quipas (x), si ce système de notation existait an-ciennement chez les Chinois, ainsi que le dit le savant missionnaire Gaubil (2) , et ce qui est très-vraisemblable en
(i) Voici comment s'exprime sur les quipos le Péruvien Garcilasao de la Ve(;a : « Oo ne pouvait pas rendre (avec les cordelettes) m le ceotenu d'une ambassade et tels autres monuments historiques, « parce que ces choses consistaient en des ternes articula de vive. « voix ou par écrit, et que les nœuds marquaient bien les nombres»
« mais non pas la parole. Pour suppléer à ce défaut les quipo-
« camayus ( gardiens des quipos ) aj^prenaient par cœur la substance • des lois, etc., et se les enseignaient les uns aux autres, de père en
«fils {'}^)les mettaient aussi ea petits verj, dans lesquels ih
« renfermaient succinctement l'histoire, l'ambassade ou la réponse « du roi , et exprimaient de cette manière ce qu'il ne pouvait com» « prendre par leurs nœuds. » Hist. des Yncas,
Ce passage de Garcilasso nous montre l'origine des rapsodes dans les gardiens des quipos, ou gardes-notes historiques, et dans les fiiplomates antédiluviens; il nous montre aessi l'origioe de cette sorte de poésie de circonstance, qui, comme on le voit y remonte au besoin de graver dans sa mémoire , d'une manière que rendait inaltérable la nécessité du rhythme et du mètre, ce que l'étatencore peu avancé de l'écriture , ou plutôt de la notation, forçait d'y faire entrer indélébilement par cet artifice de mnémonique, à Fépoque la l^us reculée de l'histoire. On sait, du reste, quel parti le célèbre Anglais Sauderson avait, dans son état de cécité, su tirer des Bceoda faits à des cordelettes, pour la notation de la musique.
(1) Gaubil, Hist, delà Chine ; BsiiWy, Hist, de V Jstron, ancienne ; Fréret, Mém, deVAcad, des Jnsc, , tome VI.
Une inscription tracée sur une roche du Piauhi , dans le Brésil , semblerait appartenir à une sorte d'écriture eursive« si c'est bien réellement une inscription. 'S oyeHyàxo&X Univers pittoresque, l'Histoire du Pérou , par M. F. Denis , planche 3o'. Sur cette même planche se trouve une autre inscription gravée sur un rocher des bords du Yapura, dans le Brésil , dont les signes iconographiques offrent une grande analogie avec ceux d'une inscription euslaol sur les bords du fleuve Congo, et reproduite 4lins l'euvrage intitulé
436 L*£GVPTE PH4aA0HIQUE.
effet, si| comme le pensent bien des savants, la Chine, ou tout au moins la partie la plus élevée de ce vaste empire, a été l'une des contrées préservées du déluge. Nous savons par le père Âcosta qu'indépendamment des quipos, les Péruviens possédaient aussi l'écriture iconographique, puisque la confession écrite d'un de ces Péruviens, qu'il eut l'occasion de recevoir, présentait les dix commandements du Décalogue, beaucoup mieux peints, dit-il, que n'aurait pu le faire le plus habile Espagnol en dix années de travail (i) : en mettant de côté l'exagération, le fait nous reste acquis; et ce fait est sans contestation, puisqu'il nous est attesté par un jésuite, provincial de son ordre au Pérou. L'existence simultanée d'un genre de notation aussi incomplète que celle des quipos, avec l'écriture iconogra* phique, notation qui n'était ni plus fidèle ni d'une application aussi étendue que cette écriture, serait très-difficile à comprendre , si on ne supposait que son invention a dû précéder celle de la peinture des objets. Il aurait pu en être alors, à l'égard des quipos, comme il en fut depuis à l'égard de récriture iconographique même par rapport à l'écriture cursive, bien plus expéditive : un sentiment religieux aurait pu la maintenir jusqu'à ce que, sa complète inudlité l'ayant fait tomber en désuétude, on l'abandonna entièrement.
La question de savoir si les antédiluviens asiatiques ont connu et transmis aux peuples du second âge une écriture cursive, semble résolue affirmativement, d'abord par
Relation d'une expédition entreprise en 1816, sous les ordres du capi' taine Tuckey, pour reconnaître le Zaïre y etc., tome II, p. 293.
Des traces de récriture iconographique s'étaient conservées aussi chez les peuples septentrionaux de l'Europe, qui s'en servaient dans leurs calculs, ainsi que nous l'apprend Olaûs : NonnnlU pro privatis computis instar uEgyptiorum variis anUnalium figuris pro litteris utebantur, Olaùs , v. i , 1 a. i^. Caussini symb. Mg, Sapientia , in prdtg.
(i) Acosta, Hist, Ind., VI, 7.
leurs progrès dans les sciences, ensuite par une ressem* blance plus ou moins éloignée de Talphabet démotique des peuples les plus anciens de la souche asiatique. La filiation des trois genres de l'écriture égyptienne a été démontrée d*une manière incontestable par ChampoUion. A l'exception des Chinois , tous les peuples abandonnèrent de bonne heure les deux premières formes de notations pour ne conserver que la dernière , celle qui constitue récriture populaire. Le plus grand nombre des caractères de cette écriture diffère peu chez les divers peuples les plus anciens de l'époque postdiluvienne, et tous ces alphabets peuvent être ramenés à un type unique et primitif, qui semble témoigner de leur origine commune (i). Ce rapport de formes radicales a beaucoup occupé les savants y et surtout le trop systématique Court de Gébelin. L'invention de l'écriture cursive fut une nécessité des études auxquelles se livrèrent les peuples asiatiques du premier âge, et une condition des progrès qu'ils devaient faire dans les sciences; et nous devons appliquer aux an^
(i) « Beaucoup de nations tartares ont fait et font encore usage ir d'une certaine écriture verticale, dont les éléments ont tant d'ana- « logie avec ceux des écritures syriennes , et par conséquent avec les « autres écritures de l'Asie occidentale , qu'il faudrait fermer les « yeux à la lumière pour ne pas voir qu'elles n'avaient toutes qu'une « même origine.» Abel Remusat, Langues tart,, Disc, prélim.
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Ces cinq premières lettres d'alphabets différents des peuples les plus anciens montrent bien que c'est toujours le même système, les lettres étant un peu plus ou un peu moins rélevées, couchées, renversées ou ornées.
488 L*BGY1>TS PUÀBÀONIQUE.
tëdilutietis ce que dit M. le doctear R. Lepsms dê^ Égyptienê en particulier : * Les hiërogrftmmates durent sentir « de bonne heure le besoin d'avoir, à côté de l'écriture « sacrée et éminemment monumentale des hiéroglyphes, « une écriture cursive pour lusagepriré, et pour les livres « soit sacrés, soit scientifiques (i).> Qui n*a éprouvé que certaines idées se présentent à T esprit avec la rapidité de réclair et s'enfuient de même ? ce qui donne souvent à regretter que notre méthode d'écriture, quelque expéditiv<e qu'elle soit, ne soit pas encore plus abréviative. Comment donc , avec l'obligation de perdre beaucoup de temps à tracer les linéaments de figures encore assez com-» pliquées malgré leur abréviation, les premiers peuples auraient-ils pu porter les sciences au point de perfection ou ils les avaient poussées?
Les sciences , aussi bien que l'écriture , furent invéntées, disaient les Egyptiens et les Phéniciens , par le pre^ mier Tlioth , qui avant le déluge avait pris soin d'en écrire rhistoire sur deux colonnes , afin qu'elles ne se perdissent pas pendant la catastrophe : voilà , dé la part des plus anciens peuples dont la civilisation nous soit connue^ Ttveu de l'origine antédiluvienne de ces connaissances (a). Après le grand cataclysme , le second Thoth en recueillit
(a) Jnnales de Vlnst^ de Corresp, arch,^ t. IX. Ce que nous disons avec M. Lepsius De doit pas élre pris cepeDdaol d'une manière U'op absolue. On sait bien que pour celles des sciences d'observation dont la notation est lente, interrompue, suecessive, cette notation, quelle qu'en soit la forme, peut bien sufïïre» puis* qu'elle n'exige pas de la rapidité; mais il n'en est pas de même pour les sciences de calcul, pour la solution de certains théorèiliei dont les résultats se montrent à 1 esprit par une simple laeur qu'il faut saisir au passage, pour une série d'observations rapides qu'il faut noter précipitamment , pour les sciences littéraires enfin : à cet égard, la notation chinoise, dont certains caractères expriment des idées entières , dit-on , eX qui se fait avec beaucoup de célérité, a un grand avantage.
(2) Les traditions grecques attribuaient aux Phéniciens l'invention des caractères d'écriture ; ces peuples n'en ont été que les propa-
IHSTITUTIONS. 4St
les notions j et c'est à ces deux personnages homonymes que la Fable attribue la conservation du fruit des études des peuples primitifs. Nous avons dit que Thoth était le produit du temps ou de Saturne, et de la puissance ^génératrice ou Athor; et comme toutes les différentes triades émanées du principe suprême se confondent toujours dans la première, nous retrouvons cette divinité au même rang dans cette triade première et créatrice , composée du Dieu unique avec ses émanations, c'est-à-dire de Dieu le père, du P^erbe et de X esprit ou soufSe, spiritus : c'est aussi à l'inspiration de ce souffle sacré , de l'esprit divin , que le catholicisme attribue toutes les inventions utiles (i). Nous avons vu également que Thoth ne figure pas parmi les huit grands dieux primitifs, mais qu'on le trouve au nombre des douze qui forment la seconde série, ce qui indique que, comme divinité inventrice des connaissances utiles aux hommes, son apothéose n'arriva qu'assez tard, c'est*à-dire, après que, tous les attributs divins se divisant et se matérialisant de plus en plus, la théogonie s'augmenta d'un nouvel ordre de divinités (a).
gateurs chez les Occidentaux, avec qui les mettait en rapport leur commerce ainsi que leur navigation, et chez qui ils ont véritablement porté la civilisation , avec les connaissance scientifiques.
(i) Il est fort remarquable qu'en éthiopien moderne le nom du Saint-Esprit soit Âthatat ^ mot dont l'analogie avec celui de Thoih , Thaut ou Thaatj ne saurait être contestée. Voyez Lexic. heptagL,\\x mot TOi^TD»
(a) Il y aurait contradiction dans ce qui se rapporte à Thoth, dans la mythologie, si on ne remarquait que , par ses différentes attributions, ce personnage divin ^ appartenait aux divinités de tous les ordres. Comme identique avec le /{ottaA [de Moïse, le Spiritus cosmogonique , il appartient aux dieux de la première série, et devient la troisième personne de la Trinité. Comme inventeur des scietices , patron du sacerdoce, inspirant tous les écrits, comme récriture même divinisée en lui, il appartient aux dieux de la deuxième série; enfin, comme personnage du mythe d'Osiris et cooseiUer d'Isis, il rentre dans les divinités de cette troisième série ;
44Ù L*EGYPTB PHÀBAOIflQDB.
Si Ton s'en rapporte aux étymologies , le nom de Thoth y Thoyt, Thaut) Theuth , Thooth , Tad » Thout , inventeur de toutes les découvertes , auteur de toutes les sciences y proviendrait, et nous sommes très-porté à le croire , de l*art même qui a présidé à ces découvertes et à ces inventions, et à qui en est due la conservation, c'est-à-dire, à Fart de récriture. On peut ainsi considérer le nom de Thoth comme exprimant récriture elle-même divinisée : et quel plus juste hommage les hommes pouvaient-ils rendre à cette invention sublime , créatrice , on peut le dire, de toute science et moyen de toute civilisation , que de lui décerner une place parmi les divinités que l'allégorie faisait asseoir aux pieds de l'Étemel? Quel dieu de leur panthéon avait plus de droit à cette éclatante marque de leur reconnaissance? Gomme Thoth était le patron de la classe éclairée ou sacerdotale , les prêtres purent lui attribuer avec d'autant plus de raison tous les livres qu'ils composaient, que c'était réellement Thoth , c'est-à-dire l'écriture , qui en était le créateur : alors l'anecdote allégorique du second Thoth, recueillant après le déluge les notions des sciences écrites par le premier Thoth sur les colonnes de la terre de Seriad , peut se traduire par cette autre phrase : « Les prêtres ou savants qui survécurent au déluge s'empressèrent de réunir et de consigner dans leurs livres les traités scientifiques composés par lenrs prédécesseurs avant le cataclysme , afin que les sciences ne se perdissent pas (i). »
c'est pourquoi on distinguait trois personnages de ce même nom : le Tholh trismégtste ou trois fois grand , le Tboth deux fois grand, et le Thoth compagnon d'Osiris.
(i) Le nom de Thoth était connu de différents peuples tant d*orientqae d'occident, qui tous l'orthographiaient à leur manière, mais en conservant toujours les mêmes radicaux; on y voit toujoun les mots signe f écriture ou gravure, indication , et le verbe dérivé exprime également écrire ^ tracer des signes ; d'où Ézéchiel a pu dire : Fous marquerez le thaut sur le front, ou vous signerez le signe, ou
INSTITUTIONS. 44 f
Cliampollion a trouve un Thoth deux fois grand , distinct du Thoth trismëgiste et du Thoth grand du mythe isiaque (i). Cette triple régénération du même personnage se rapporterait-elle à une allégorie relative à l'écriture sous ses trois phases : iconographique d* abord, linéaire abrégée ensuite, enfin rapide, cursive et populaire ? Quoi qu'il en soit, ce qui semble bien établi , c'est que les. Egyptiens, comme les Phéniciens et d'autres peuples , en proclamant que toute science vient de Thoth , et les premiers en déclarant que c'est de Thoth que Menés avait reçu les lois qu'il donna à l'Egypte, constituée en Etat indépendant par ses soins, avaient voulu exprimer originairement, entre autres choses, que toutes les connaissances humaines, toutes les sciences, toute législation, ont pour base l'écriture, parce que sans elle la mémoire ne saurait conserver fidèlement les secrets des sciences ou les règles d'intérêt général ; que pour enseigner ces choses , pour les transmettre à la postérité , il faut en perpétuer les éléments au moyen de signes graphiques. Ainsi, tout ce que savent les hommes vient de Thoth ; et ce dieu , c'est par-dessus tout l'é-
bien « qu'on nous permette ce barbarisme , vous thauterez le thaui sur le front. Moïse emploie métaphoriquement le mot thauth comme exprimant une hauteur (Ge/z^^e, xlix, a6), parce que les inscriptions étaient gravées sur des stèles ou des colonnes ;. et c'est par un mot semblable que les Coptes rendent celui de statue , dans l'histoire de la femme de Lot, en faisant de cette femme une colonne de sel, au lieu d'une statue. 11 semblerait que c'est en jouant sur le mot que les prêtres égyptiens auraient dit que Thoth avait gravé snr des colonnes les éléments des sciences. Suivant Sanchoniaton, Misor fut un des aïeux de Thoth; Misor n'est autre que Misratm, qui passa en Egypte après le déluge. Sanchoniaton , pour écrire l'histoire de Phénicie, consulta les livres de Thoth, comme Manethon, en Egypte : c'est donc dans les écritures des temples qu'ils ont puisé l'un et l'autre, et c'est l'écriture divinisée que les Phéniciens aussi plaçaient parmi leurs dieux.
(i) Abulfarag, dans son Traité des dynasties , donne aussi trois Thoth à l'Egypte.
44t L*ÉGYPTB PHABÀOIIIQUE.
criture dmniaée par le géoie reconnaissant. Est-il écennant, après cela, que T allégorie des derniers temps ait attribué à Thoth la composition de vingt mille volumes d*une part, et de trente-six mille cinq cent vingt-cinq d'au-» trepart(i)?
La notation hiéroglyphique , cette fille aînée de Féc^ture iconographique pure , la plus ancienne de toutes, et qui , suivant dom de Vaines, était l'émture des pensées(a), définition qui ne nous semble cependant pas très-juste, puisque la pensée ne pouvait pas être rendue nette, exacte et précise par la représentation d'images matéridles qui D*en exprimaient que la forme et tout au plus l'objet, sans pouvoir en développer la partie métaphysique ; la notation hiéroglyphique était un mélange inégal de cette prétendue écriture des pensées et de récriture des sons. Trèsvariée dans l'emploi des signes, elle comprenait, pour rendre les idées, quatre moyens différents, qui s'employaient simultanément. Le premier de ces moyens , nommé ctâriologique par Clément d'Alexandrie, consistait à représenter des objets physiques empruntés au règne animal , au règne végétal, ou aux produits des arts et de l'industrie humaine; ainsi, par exemple, sur la pierre de Rosette, les mots chapelle, statue, aspic, stèle, sont exprimés par Timage même de ces objets. Par le second moy§a , on traçait approximativement , ou par synecdoque , tel objet qui par sa nature ne se prêtait pas à une représentation exacte ou complète ; ainsi un cercle exprimait le soleil , un croissant la lune, des points radiés le firmament, un bras étendu
(i) Ces 36,59$ derniers volâmes ne sont qu'une allégorie du {;rand cycle , formé par la réunion de aS cycles sothiaques de 146 1 années vagues chacun, exprimant la durée du règne des dieux du premier et du second ordre et du règne des hommes , c'est-à-dire* les périodes cosmogoniques et les temps historiques, ou autrement, l'âge que la science allégorique supposait à runivers*
(3) Nouveau Traité de diplomatique , tome I.
une offrande : c'étaient les signes curiologumeniques. Par le troisième moyen, qui s'appelait tropique ^ ou détourné, on détournait les mots ou les choses de leur vrai sens, pour leur en donner d'autres ; ainsi les rois étaient comparés aux dieux , la puissance royale était assimilée à la puissance divine ; on se servait des mythes sacrés pour célébrer la louange des princes (t). Enfin , le quatrième moyen était celui que les Grecs avaient nommé anaglyphique ^ et qui consistait dans la peinture, sur les différentes parties des murs des édifices sacrés , soit de grandes scènes guerrières destinées à conserver le souvenir des campagnes des pharaons et à perpétuer leur gloire , soit des cérémonies religieuses et politiques faisant partie essentielle de Fhistoire de ces princes (2).
Une difficulté à résoudre , c'est celle de savoir si la connaissance de l'écriture hiéroglyphique était accessible à tout le monde , ou si elle était uniquement réservée aux prêtres et aux initiés. Quelques écrivains de l'antiquité sont de ce dernier sentiment; un plus grand nombre est d'un sentiment contraire. Diodore dit, d'une manière trèsexpresse, que cette écriture était le secret des temples; et Clément d'Alexandrie le laisse soupçonner. Le savant catéchiste vient de dire que les Égyptiens, comme les Hébreux, s'avancent vers la vérité par voie mystérieuse, ce qui est la voie divine ; que les prophéties et les réponses des oracles étaient données par énigmes; qu'on ne fait pas participer aux mystères , témérairement et de primé abord, ceux qui le désirent , mais qu'on n'arrive là qu'a-» près certaines expiations et des préparations préalables ; et c'est à la suite de ces réflexions et d'autres semblables ^
(i) Voyez le Précis du Système hiéroglyphiqM , par Gbampolliou , et y Examen d'un Passage des Stromates, par M. Dulaurier et par M. Fortia-d'Urban.
(3) « Glyphe est le mot propre pour désigner les bas-reliefs égyptiens. » Letronne, Instript. de V Egypte, 1. 1, p. 204.
444 l'égyfte pharaonique.
qu'il parie iacidemment des différentes sortes d*écritures, ce qui semble indiquer que dans son idée , tandis que Tune de ces écritures était générale et pour le public , les deux autres étaient réservées aux choses sacrées, et étaient le secret du sanctuaire. M. Dulaurier, qui ne croit pas que récriture sacrée fût enseignée à tout le monde , regarde comme le complément de la pensée de saint Clément ce quil dit plus loin, que chez les Hébreux aussi récriture sacrée était mystérieuse; et M. le docteur R. Lepsius, favorable à ce sentiment, compare le dialecte sacré, qui était celui rendu par V écriture hiéroglyphique, au sanscrit par rapport aux Indiens d*aujourd*hui , et au latin par rapport au moyen âge, qui Tun et Vautre étaient la langue savante des livres (i). Mais, d* autre part, plusieurs écrivains de l'antiquité nous parlent des hiéroglyphes coname d'une chose vulgaire, et en expliquent même un certain nombre, ce qui ne laisse pas douter que la signiBcation de ces signes ne leur fftt connue. Si Chérémon a composé un traité sur ce genre d'écriture, ce n'était pas pour l'enfouir dans les temples ; car les prêtres n'avaient pas besoin de ce traité pour comprendre cette écriture , les connaissances des signes et des caractères sacrés faisant partie de leur éducation spéciale : ce traité devait donc être à l'usage du public éducable. Et quand Diodore, après avoir parlé du secret de cette écriture chez les Égyptiens, ajoute qu en Ethiopie l'écriture sacrée était familière au peuple aussi bien qu'aux grands , il nous prouve par cette différence que la notation hiéroglyphique a été secrète ou publique, suivant les temps. En effet, si la connaissance des hiéroglyphes était vulgaire en Ethiopie , elle ne pouvait pas être mystérieuse en Egypte, puisque ces deux peuples se confondaient dans leur origine , que les rapports entre eux étaient intimes et journaliers, que la puissance égyp-
(i) Annales de Corresp. archéoi., tome X, Append,^ note A,
tienne s* était étendue plusieurs fois sur F Ethiopie, et que la domination éthiopienne, qui s*était établie, elle aussi, trois fois sur TÉgypte , s*y était maintenue pendant plus de quatre siècles. Il est donc assez vraisemblable que récriture hiéroglyphique fut le secret des temples pendant la durée de la nationalité égyptienne sous le sceptre de ses pharaons, et que ce ne fut qu à Tépoque où les invasions asiatiques asservirent ce pays, et probablement à partir de celle de Gambyse , si funeste à la religiou locale, qu'elle commença à être divulguée. Sous l'empire des Lagides elle put devenir tout à fait publique, et faire partie de l'instruction des personnes dont parle saint Clément , celles qui recevaient l'éducation la plus complète et la plus soignée, ce qui, en répandant la connaissance de la langue sacrée hors du sanctuaire, ne la mettait pas cependant à la portée de tout le vulgaire. Cela explique alors la nécessité des traités de l'écriture hiéroglyphique pour l'instruction de ceux qui n'étaient pas de la classe sacerdotale , et cela nous apprend pourquoi les plus anciens écrivains grecs n'eurent aucune connaissance de l'histoire d'Egypte , quoique les vastes pages s'en montrassent à tous les yeux sur les parois des monuments.
Il ne nous est pas donné de savoir d'une manière, certaine quelles furent les matières sur lesquelles les peuples primitifs déposèrent les résultats de leurs études et le fruit de leurs méditations. La pierre et les métaux durent, chez eux comme chez leurs successeurs, recevoir les grands souvenirs qu'on voulait transmettre en peu de lignes à la postérité : le nouveau monde, aussi bien que l'ancien, nous en fournit assez d'exemples (i); mais ce n'était ni sur
(i) On sait que des inscriptions tracées sur des rochers, par des peuples très-différents de ceux qui existaient à l'époque de la découverte de TAmérique , ont été retrouvées sur divers points de ce vaste continent. lia Guyane, le Brésil, les bords de TOrénoque, montrent des hiéroglyphes très-différents sans doute de ceux des temples
446 L'iGYPTB BHABiORIQUB.
lapierreoifturleft métauxqu*ils écrivaient les tâtonnements de leurs études, qu'ils grayaient les leçons des maîtres, qu'ils traçaient leurs premiers pas dans la littérature qvl dans les sciences, et les progrès lents de Tinstruction. Lésable, la terre, Tardoise pouvaient bien leur offrir une matière facile pour apprendre à former leurs lettres, pour s'exercer à l'écriture et au calcul; mais une fois familiarisés avec le moy^n de décomposer et de reproduire la pensée , Us de* yaieat avoir, de rigoureuse nécessité, un autre moyen de se livrer à leurs exercices, une autre matière d'un emploi, d' un déplacement, d' un transport faciles, pour y fixer les enseignements qu'ils recevaient, pour en méditer le^princi* pessans peine et les consulteravec fruit. Les planchettes de bois tendre et sans fil qu'une pointe de fer pouvait facilement parcourir et légèrement entamer dans tous les sens , l«s tablettes bien amincies de tige de palmier, celles de diverses écorces de plantes, la pellicule intérieure ou liber de certains arbres , durent s'offrir à la main des premiers peuples comme à celles des postdiluviens, parce que l'industrie est la fille du besoin ; les livres de toile trouvés chea les Mexicains , les bandelettes couvertes d'écriture de quelques momies égyptiennes, les libri lintei ou carba^ sifU dont s'étaient encore servis les plus anciens Romains, prouvent que cette matière était en usage chez les peuples des deux continents, avant que l'affaissement des deux parties latérales de ce que nous appelons le nou veau monde n'interrompit toute communication entre ce continent et celui que nous habitons (i).
égyptiens, mais qui se rapportent aux connaissances graphiques et au génie des peuples qui les gravaient.
(i) On gravait sur la pierre les inscriptions monumentales, mais on se bornait aussi quelquefois à les y écrire. Moïse recoimnaDde aux anciens du peuple d'élever un autel à Jehovah quand ib auront traversé le Jourdain; et auprès de cet autel o/t dressera des pierres
mSTITIITIONS. 447
La matière la plus commune des livres chez les Égyp* tiens, la seule même, pourrions-nous dire peut-être, c était le papyrus. Une des décorations du tombeau d'Âménophis III prouve que F emploi de cette pellicule végétale était en usage sous la dix-huitième dynatie, ce que confirment également les fragments de rituels funéraires de cette époque ; et M. Wilkinson affirme que cet usage existait déjà du temps de Suphis, T auteur de la grande pyramide (i). La plante du papyrus était aussi naturelle à rÉgypte qu*à TÉthiopie, et Fart d*en tirer la matière des livres doit être aussi ancien que la population de ce pays, si cet art doit sa naissance aux Ethiopiens : nous savons, pBT Horus*Apollo , quun faisceau de tiges de papyrus était Fhiéroglyphe idéographique par lequel les Égyptiens exprimaient Fantiquité de leur origine, confondant ainsi l'une avec 1* autre.
L'écriture égyptienne dut être boustrophédone dans les premiers temps , si on en juge par celle des hiéroglyphes ,
^u OH enduira de chaux, pour y écrire les lois du Seigneur, {Deuter,, xzTi , SI et 3. )
Un article du code Tbéodosieo prouve que l'usage de puiplier 1^ lois, en les exposant sur des tables d'airain on sur du linge, existait encore au quatrième siècle de notre ère. L'historien de Solis dit que les livres des Mexicains « étaient de toile enduite d'une sorte de gomme « ou de vernis; leur figure était comme celle des anciens titres, com- « posés de plusieurs peaux de parchemin, fort larges et collées en- « semble. Ils pliaient cette toile, en sorte que chaque double for- •• mait un feuillet, et tous ensemble composaient un volume; ihs « paraissaient.... écrits des deux côtés, ou plutôt griffonnés de cette « espèce d'images et de chiffres dont les peintures de Teutilé avaient « donné une connaissance bien plus parfaite. » Conq, duMex., II, 8. Le baron de la Hontan a consigné , dans l'histoire de son voyage au Canada , le spécimen de la manière dont les Canadiens écrivaient iconographiquement , dans un billet de ce genre annonçant la surprise d'un village canadien par un parti français.
(i) Wilkinson, Manners andcustom, II!, i5o; Horapolk), Hierogl. i.y 3o.
448 L'iGYPXE PHAEAONIQUE.
qu*on écrivaiti suivant la convenance , de droite à gauche , de gauche à droite, ou, comme récriture chinoise, de haut en bas*
La filiation de la langue copte avec Fancienne langue égyptienne, bien que contestée par des savants recommandables (i), ne saurait être douteuse depuis les travaux de GhampoUion ; les laborieuses recherches de cet illustre écrivain ont même fait connaître la place qu il faut assigner au dialecte baschmourique^ lequel, avec les dialectes thébain et memphitique, se partageait la vallée. Le baschmourique fut le langage habituel du Fayoum, et probablement de TEgypte moyenne ; et ce nom de baschmourique est peut-être celui qu il faut donner aux dynasties héracléotiques de Manethon. Ainsi, chacune des trois grandes divisions de TÉgypte eut son dialecte propre, comme r eurent aussi les différentes provinces de la Grèce.
Nous ne connaissons classiquement 1* Egypte que par l'intermédiaire des Grecs ; aussi ne possédons-nous en fait de noms de lieux que ceux qu'il avait plu aux Grecs de substituer aux noms égyptiens, ou ceux qui , susceptibles àt traduction , avaient pu passer ainsi dans la langue usurpatrice; mais Champollion a reconnu que le nom
(i) Bochart, Spencer, Huet, Tewater. M. Seguier de Saint-Brisson, dans une leUre au rédacteur du journal l* Institut, 1^ année y p. ai , veut établir que du temps des Ptolémées on ne parla en Egypte que )e grec, ce qui ne saurait être. Le grec devint la langue officielle , mais ce fut toujours le dialecte sacré et le dialecte démotique qui furent en usage dans la nation. Le même écrivain ajoute que nier la descendance du copte de l'ancien égyptien serait déraisonnable; mais il va trop loin quand il compare le copte, par rapport à l'égyptien , au français par rapport au celtique : nous croyons plus exact de dire que le copte est à l'égyptien comme le roman est au latin. Il est certain que, la langue égyptienne n'a pu conserver sa pureté à travers les dominations babylonienne, perse, grecque et romaine.
vulgaire actuel est le plus souvent le nom national , tel que les inscriptions l'avaient gravé sur les monuments (i). Ce que les Grecs avaient fait à l'égard des lieux , ils l'avaient fait également à l'égard des personnes : les noms propres traduisibles avaient aussi subi l'inévitable transmutation, et les personnes qui les portaient ajoutaient au nom topique le nom interprété , afin que l'identité ne pût jamais être douteuse : c'est ainsi que nous connaissons un Petemenon-Ammonius, un Horus-Apollo.
Sous l'empire des Lagides, les Egyptiens commencèrent à substituer les lettres grecques aux lettres de l'alphabet démotique ; et cet abandon des caractères nationaux , qui fit de rapides progrès , finit par faire disparaître complètement j sous les derniers Romains, l'ancienne écriture populaire. L'alphabet nouveau prit le nom de copte, par la raison peut-être que l'usage en commença à Coptos. Un passage de Lucien fait supposer que dans la prononciation égyptienne il y avait des articulations sifflantes, puisqu'il les compare au son de la cymbale (2).
Dans un savant mémoire couronné par l'Académie des sciences de Berlin, M. G. Parthay conteste aux Egyptiens la connaissance de la haute poésie. « Quand on accorde- « rait, dit cet écrivain, que les Egyptiens ont eu des rap- « sodés qui chantaient les exploits de Rhamsès le Grand « ou d'autres héros du pays, la transcription de ces chants, « comme de toute autre poésie, a dû être rendue très- « difficile, sinon tout à fait arrêtée, par rincomihodité « d'un système d'écriture pénible, artificiel et compliqué. » Sans une écriture cursive, il serait bien difficile, en effet, d'avoir autre chose que des rapsodes chantant de mémoire des compositions qu'ils n'auraient pas écrites; mais,
(i) Champoll. , l'Egypte sous les Pluzmons ; lettres écrites de l'Egypte et de la Nubie,
(2) Tarn , cymbalo conçus so, sonahat intérim quidam , linguam imi' tans Mgyptiorum, Symp.
450 L*iGYPTE PHÀBAONIQUB.
si, comme nous croyons Favoir démontré , récriture expéditive remonte aux premiers peuples (car ce fut une prétention bien singulière de la part des peuples postdiluviens, que de se donner pour les inventeurs de cet art sublime, et de supposer que, dans le cours d'un nombre incalculable de siècles , les hommes qui auraient poussé les connaissances humaines de leur berceau à la perfecdoa auraient ignoré ce moyen de décomposer la pensée en la séparant en mots, de morceller les mots en sons, et de traduire les sons en signes spéciaux , afin de transmettre cette pensée I entière et sans rien perdre de ses nuances, de rame qui la produit à Tentendement qui doit la saisir par le seul intermédiaire des yeux) ; si, disons-nous, l'écriture cursive est une des découvertes des peuples du premier âge , alors Tobjection de M. Parthaj^ tombe , et nous pouvons admettre , avec fondement , que les progrès des antédiluviens et de leurs plus proches successeurs n'avaient pas dû être, en littérature , inférieurs à ceux qu'ils avaient faits dans les sciences ; et nous aurons la conviction morale que cette branche des connaissances humaines fut aussi familière aux Égyptiens que toutes celles dont ils conservèrent si longtemps , intact et pur, le fea sacré.
Aucune partie de la haute littérature égyptienne n'est arrivée jusqu* à nous directement, il est vrai; mais nous ne sommes pas cependant complètement dépourvus de pièces d'éloquence d'origine égyptienne. Si le pays même ne nous fournit que des inscriptions lapidaires, genre de littérature peu propre aux développements ; si nous ne possédons, en manuscrits originaux de l'époque pharaonique, que quelques débris; de registres de comptabilité sacerdotale , quelques rituels funéraires , ce que la mort seule a pu conserver à la vie, recourons à l'écrivain élève du sanctuaire égyptien , et qui, dans son style, dans ses nar^ rations, dans ses formes de langage, ne peut que nous faire
connaître la manière de ses maîtres ; ouyrons la Genèse , ce livre évidemment écrit sous les inspirations égyptiennes (i), et nous aurons une idée de la littérature de ce pays sous les rois de la dix-huitième dynastie. Prenons pour leçon la description du déluge , cette haute et sublime épopée qui fait la séparation des deux grands âges du monde. Si dans la version de la Vulgale tout est monotone et sans vie , dans la narration de Moïse tout mot est pittoresque, toute expression est pleine de mouvement , tout y est largement dessiné, et du plus magnifique effet ; ce ne sont pas seulement les eaux du déluge qui inondent la terre , et aquœ diluvii inundaverunt super terram , c'est Tenvahissement tumultueux des eaux, qui, gonflées dans leur principe même , ne peuvent plus être contenues dans leurs limites : leurs flots se soulèvent , se poussent , s'élancent avec furie sur toute la création ; on dirait qu'elles comprennent le courroux d'iElohimn, qu elles le partagent, et veulent le seconder de toute leur puissance matérielle^ oi le narrateur veut montrer les sources de l'abîme ouver-
(i) Quelques écrivains se sont trop attachés à regarder les Israélites comme des étrangers qui , transplantés en Egypte, avaient eonservé dansée pays leur culte , leurs habitudes , kurs oKBurs, une quasi-nationalité. Il n*en est rien. Les Israélites furent proprement des Égyptiens , puisqu'une seule famille se multiplia dans ce pays d'Egypte au point de devenir un peuple ; cette famille était tout égyptienne par ses mœurs et ses habitudes; tout au plus aurait-elle pu garder, avec la langue chananéenne qui s'y perpétua de généra* tien en génération , quelques idées de la terre de Cbanaan ; quant au ireçte , le langage public, les usages, l'instruction , la manière d'être» ne pouvaient être autres que ceux du pays au milieu duquel ces Israélites étaient élevés : il est à croire cependant que leur tache originelle, celle de pasteurs , les rendait toujours odieux aux vrais Égyptiens. Le culte de Jehovah était le même que celui d'Amoun , son identique, ainsi que nous l'avons montré, moin$ seulement /wttf-^/re les allégories ; ce qui n'est pas bien certain, puisque dans le désert ils voulurent avoir un symbole pour les conduire, et qu'Âaron consentit à la fabrication du veau d'or, qui n'était auti^e qu'Apis.
4ft2 l'Egypte pharaonique.
tes , ce n est pas simplement de la pluie qu'il fait tomber sur la terre , etfacta est pluifia super terrant , ce sont les masses mêmes des eaux élevées^ répandues entre la terre et le firmament , qui, reconstituées en eau, se précipitent du haut des airs en torrents qui ont rompu leurs digues, et qui semblent vouloir lutter de violence avec les eaux des mers, qui ont elles-mêmes rompu leurs cataractes, qui se sont déchaînées contre F élément qui leur sert de barrière. Ces eaux élevées , ayant reçu un mouvement de concentration spéciale produisent ce que , dans son langage énergique, Télève du sacerdoce égyptien appelle « la grande intumescence des eaux : » c*est ainsi que, ne connaissant pas la cause physique du cataclysme , les savants des premiers peuples du second âge cherchaient à s'en rendre raison. On conçoit très-bien alors , en pénétrant dans leurs idées , que ces eaux , dont le volume est centuplé, ne peuvent plus tenir entre leurs bornes, qu'elles doivent envelopper toutes les terres, s'élever au-dessus des montagnes, et compromettre toute la création. Quand c est ensuite le retour de ces mêmes eaux à leur état normal que Moïse veut peindre , c'est encore par la dégradation la plus admirable, exprimée par des mots toujours plus pittoresques , qull montre la terre progressivement allégée de cet énorme poids. D'abord , l'agent qui doit volatiliser de nouveau les eaux empruntées à l'atmosphère glisse sur la surface de l'inondation , à la volonté du Créateur, et fait une seconde fois la séparation des eaux élevées et des eaux matérielles , des eaux d'audessus et des eaux d* au-dessous de l'expansion éthérée. Ce même agent divin , ce Rouaky qui paraît ici pour la seconde fois , le souffle cosmogonique , retirant aux eaux d'en haut le principe de la dilatation propre, qui leur avait été communiqué pour produire la grande intumescence, leurs molécules se volatilisent, pendant que les eaux terrestres s'affaissent peu à peu, se serrent sur elles-mêmes,
et commeqcent à laisser paraître la pointe des montagnes. Alais pendant que F atmosphère se reconstitue, et que les eaux terrestres perdent de leur volume , le physicien n'oublie pas que l'action combinée du soleil et de la lune devant reprendre son empire sur cet océan (i), le mouvement de flux et de reflux doit se faire sentir de nouveau; et il s'empresse d'exprimer ce double mouvement oscillatoire : « Agitées d*un mouvement périodique de « flux et de reflux, les eaux, balancées sur la terre , revin- « rent enfin à leur premier état (2). » voilà pour l'éloquence de la narration et la pompe de la description.
Quant à la richesse de la poésie , nous pouvohs en prendre une id.ée dans le cantique de Moïse après la destruction de Varmée du pharaon dans la mer Rouge, et dans les hymnes d'Orphée, qui durent être une imitation tout au moins, peut-être une traduction des hymnes égyptiens, puisqu'ils roulaient sur le même sujet (3). Diodore nous parle de ceux qu'on avait composés en l'honneur de Rhamsès-Sésostris, et Damascius parle aussi d'un hymne à l'honneur de la nuit première. Pour les autres genres d'écrits , nous ne saurions juger de leur mérite par ce qui nous reste de manuscrits funéraires; répétitions continuelles de formules invariablement arrêtées par le rituel des temples. Un seul document historique a pu être examiné jusqu'ici, c'est celui de la campagne de R/iamsès le Grand contre lesSclieta et leurs alliés y dont Champollion, quil'a-
(i) Nous nous exprimons ainsi d'après l'état actuel de la science , sans prétendre avancerque 'les premiers peuples postdiluviens aient connu de la même manière que nous la cause réelle des marées. (a) Fabred'Olivet, Cosmogonie , traduction correcte, (3) L'analogie d'idées entre la prière de Thoth que nous avons donnée plus haut, d'après la chronique pascale, avec les hymnes d'Orphée , nous fait considérer ces hymnes comme la traduction en grec des hymnes égyptiens. Le poète ayant les mêmes choses à dire, ne pouvait guère qu'imiter de très-près les idées de ses modèles , s'il ne les traduisait pas littéralement.
454 l'égyptk pbabaoniqub.
vait découvert à Aix dans la collection Sallier, devait donner la traduction , et sur lequel Salvolini a publié une notice ; mais pour en apprécier le mérite littéraire , c'est la traduction complète et littérale qu'il faudrait avoir , et non la simple analyse grammaticale de quelques passages. Du reste, Salvolini a cru reconnaître dans le style de cette pièce une teinte un peu poédque : « Pour rendre intéres- « sant son récit, ajoute-t-il, ( Vauteur) a fait usage du « même artifice qu'Homère, chez les Grecs, employa bien « des siècles plus tard , et qui a donné naissance au genre « dramatique, celui de mettre les personnages en ac- « tion (i). »
Flavius Josèphe, dans son premier livre contre Appion, avance que les Égyptiens et les Phéniciens avaient toujours été très-soigneux d'écrire leur histoire : mais comment aucune de ces histoires d'Egypte n'a- 1- elle été connue des. écrivains grecs s'il en était ainsi, si ces histoires n'étaient pas réduites à de simples annales notées dans les temples, si elles avaient été écrites pour le public, comme chez tous les autres peuples? Voyez Manethon et Cheremon, prêtres l'un et l'autre : comme ils se contredisent^ dans ce même écrivain juif 1 L'un et l'autre font de Moïse un prêtre lépreux qu'ils placent sous le règne d'Aménophis; mais l'un lui donne quatre-vingt mille lépreux, l'autre deux cent cinquante mille. Manethon fait partir pour l'Ethiopie le roi Aménophis avec son enfant , alors âgé de cinq ans; Cheremon fait haitre ce fils, qui devait être Sésostris, dans une caverne d'Ethiopie, après la rrtort de son père. L'histoire d'Egypte n'avait donc pas été écrite sous les pharaons^ et, comme le dit Diodore, les prêtres égyptiens eux-mêmes ne s'accordaient pas entre eux au sujet da grand roi. Lés prêtres de l'époque pharaortique conservaient dans les archives des temples les notes historiques
(i) Notice (le Salvolini y p. 7.
qu'ils recueillaient , c'est là un fait certain ; mais ce n'étaient là que des matériaux pour une histoire , et cette histoire n*en avait pas été tirée avant l'enlèvement et la dispersion des papyrus sacrés par les Perses. Ces annales ayant été ainsi dévastées une première fois , nous dit-on , par les Byksos, et plus modernement par les Perses, il ne resta plus que des tableaux anaglyphiques commençant avec la seconde période des temps égyptiens , quelques lambeaux des archives , et quelques traditions infidèles quo purent recueillir les Grecs , mais qui durent les égarer dans la composition de l'histoire générale de cette nation cé« lèbre (i).
(i) Les archives égyptiennes, emportées par ordre d'Aftaxerxès Ochas, forent rendues, dît Diodore, à l'un des Ptolémées; mais avaient-elles été emportées complètes? furent-elles rendues en entier? *Tout prouve que non. Si toutes les notes historiques avaient été restituées, il y aurait eu accord entre les historiens qui disent les avoir consultées. Mais le travail de Manethon diffère de celui de Cheremon, et ne fut guère, à ce qu*il parait, qu'une chronologie des rois , accompagnée de quelques notes historiques que ne châtie pas, dans le peu que nous en connaissons, une critique judicieuse. La chronologie avait pu être recueillie à peu près fidèlement i parée que les édifices publics en retraçaient partout les éléments; mais là se bornait ce qu'il y avait de plus certain dans ce travail , car ce qui nous reste de ces notes, qui en faisaient partie, n*est pas de nature à inspirer une confiance sans limites : témoin ce Sésochris de la deuxièhie dynastie des Thinites, dont la taille aurait été de cinq coO"* dées en hauteur et de trois en largeur, ou de sept pieds un pouce de hauteur et de quatre pieds trois pouces de largeur : étaient-ce là des documents puisés dans les archives restituées? Est-ce dans ces mêmes archives qu'on avait trouvé que sous Boccoris un mouton parla ? Le peu de cas que les Grecs-Égyptiens firent de ce travail de Manethon, sous les Lagides même, démontre le peu de crédit qu'ils lui accoi*daient ; et ses contradictions avec Cheremon , hiérogrammate comme lui 9 ne laissent pas croire que les notes historiques aient fait partie des archives restituées.
456 l'Egypte phabaoniqub.