‹ L'Égypte pharaoniqueChapitre 5 sur 37 · SI · texte numérisé non relu

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Après avoir suivi le sol égyptien dans les circonstances de sa formation, il convient, avant de passer à Thistoire des institutions du peuple célèbre qui vécut sur ce sol, de fixer les bases de sa chronologie : les époques une fois bien déterminées, il sera plus facile de remonter à l'origine de ces mêmes institutions.

« La chronologie égyptienne est ce qu'il y a déplus dif- « ficile et de plus épineux dans l'histoire ancienne, > s'écriait Larcher, en commençant son travail sur cette matière. La grande difficulté, il la voyait dans l'impossibilité d'accorder avec la chronologie des livres saints , à laquelle il fallait alors asservir toute l'histoire des temps, celle des autres peuples qui comptaient une .masse de siècles bien supérieure à celle que mentionnent ces livres. Mais, quelque respect qu'on professe pour des écrits qui le méritent à tant de titres , et duquel nous sommes trèsloin assurément de vouloir nous écarter, on ne saurait s'empêcher de reconnaître dans la chronologie de la Bible, outre d'importantes lacunes ; une telle confusion dans les nombres exprimés pour la première époque , c'est-àdire, pour les temps les plus anciens, que ceux d'entre les luifs érudits qui dans l'antiquité ont écrit sur les affaires T. ï. 5

(f^ L*ÉGYJ^TB PAARAOniQUE.

èe lettrpîtys s'en sont totis écartes. En cfFet, les chtffres da texte samaritain différant de ceax du texte hébreu , tes Septante, "dans leur version, n ont adopté ni les uns ni les autres, et Flav, Josèphc n'en suit rigoureusement aucfin : pourquoi dont) nous astreindrions-nous aHJottrd'hiri à notrs renfermer entre des limites reconnues trop étroites , îl y a plus de vingt siècles , par ceux qui étaient compétents pour en juger?

La grande difficulté de la chronologie égyptienne vient dcmc I pour nous^ d'un autre côlé« Ce nest pa» tout^ en effet, que cette incertitude de dates qui domine toutes les recherches dans l'histoire des temps perdus^ ici vient s'ajouter encore l'embarras immense que font naître les systèmes si nombreux qu'à toutes les époque» ùti a bitl» sur r histoire de ce pays. Trois de ceé système^ nous ont été transmis parr F antiquité; et, comparés ensemble, ihêe con* Iredisettt au plus haut degré. Les chronologies d'Hérodote et de IKddore de Sicile ne s'accordent^ pour les noms seu« lement, qu'à partir de Psammétik; ear, du reste, elles drf» fèrent encore pour la durée des r^oes des rois postérieurs à ce prince ; et leur liste générale, mise eif présence de celle de Manethon, se trouve avec celle^^ci dans une telle opp^ sition, qu'on douterait presque si c'est du même pays qu^éïles exposent les fastes basttéographiques. Manethon , écrivain national, et que son rang dans la hiérarchie saeer^ dotale forçait de connaître exajCtement là chronologie des pharaons , avait composé un travail qui , sans doute , ne laissait rien à désirer ; mais malheureusement ce travsril s'est perdu, et les écrivains qui s'annoncent commue ayant puisé leurs documents dans ses livres nous plongent dans un dédale de contradictions. Le Grec Ératosthène , né en Egypte et presque contemporain de Manethon , et qui , bibliothécaire d'Alexandrie, devait bien connaître la chro* nogrspllle de éelui^ci , ne la suit pas. Dans la liste de trente*htfk de ses rois qui seuls sont parvenus jusqu'à nous,

tm ne troilTe d'identité que dans cinq ou six noms ; rmis , du reste, ni la durée des r^nes , ni la classificatioa des dynasties , rien de la chronologie tracée par rhiérogran»fliate. Flavius Josèphe, venu après Ératosthène , n^a fait entrer dans son livre contre Apion que deux dynasties dont il snrait besoin dans l'intérêt de la défense de sa nation ; et ces deux dynasties, copiées textuellement dans Manethon y diffèrent encore en plusieurs endroits de ces mêmes dynasties prises dans le même auteur par Jules Africain et Eusèbe; enfin , si Ton oppose Tun à Vautre ces deux derniers écrivains, dont l'&ge n'est guère séparé que par ud demi-siècle , on trouve entre eux une différence qui embarrasse d'autant plus, qu'ils prétendent avoir chacun suivi l'original. Eusèbe, voulant ensuite faire concorder la durée des temps historiques de la monarchie égyptienne , et la durée bien plus longue des temps allégoriques, avec la durée si courte des temps bibliques, se compose une chronologie arbitraire et supprime tout d'abord, les quinze premières dynasties, dont la durée ne peut pas s'accorder avec l'intervalle du déluge à Abraham, qu'il hit contemporain de la seizième dynastie. Dans la version arménienne , cet auteur compte le temps par années lunaires , de manière à réduire à 2,ao6 ans les 24,900 ans du règne des dieux, des héros et des hommes; et si après cela il reste encore une surabondance de temps , il vous conseille de multiplier les dynasties collatérales (i). La com-

(i) Soi rêvera f dominaiio quant narrant Mgypti deorum^ heroum et manium , tenuisse putatur lunares annos omnino viginti quatuor mille et nongentos, ex quitus fiunt solares anni MMCCYI.

Quod si temporum copia adhuc exuberet, reputandum est plu» res fartasse jEgyptiorum reges una eademqae tètate extitisse : nom* que et Tkyniias regtun^isse aiunt, et Mempkùas, etSaftas^ et JEthiopes, eodemque tempore aliês. (Euseb., Chron, ex Haicandeodke; Mediolani^ x8i8, cap. XX, ^ I et 3.) C'est d'après ce princrpe que cet écrivain commence sa chronologie par la seizième dyoastie, établissant ainsi sans' doute un synchronisme entre les quinze premières.

68 L EGYPTE PHAR.40IIIQUE.

paraison ^des listes chronologiques de ces deux abrévia* teurs de Manethon ne montre que confusion et que désordre. Si parfois il leur arrive de se trouver d'accord , comme par hasard , sur le nom et sur le nombre des rois d'une même dynastie, ils ne le sont plus sur les années de leurs règnes. Que si on confère, d'autre part, ces deux systèmes d'après Manethon avec une autre chronologie ancienne, vulgairement désignée sous le nom de 7)ieille chronique y ce ne sont plus ni les mêmes durées de règnes, ni les mêmes catégories de princes. Enfin, George le Syncelle, écrivain du huitième siècle, réduisant la chro<^ nologie égyptienne aux proportions bibliques , se compose à part une liste de pharaons, au moyen de documents tout diflérents de ceux de Manethon. Le petit nombre de princes qui trouvent place sur cette liste ne présente, le plus souvent, ni les mêmes noms, ni la même durée des règnes, que ceux du catalogue de l'hiérogrammate égyptien.

Quant à ceux d'entre les modernes qui jusqu'au XIX^ siècle ont tenté de débrouiller ce chaos chronologique, leurs travaux, loin d'éclairer la question, n'ont fait qu'ajou* ter aux incertitudes. Ne pouvant trouver un fil pour les guider au milieu de ces ténèbres, plusieurs ont douté de la véracité du prêtre de Sébennitis, et ont rejeté comme fabuleuses ses dynasties. Entraîné nous-même par leur exemple au commencement de nos études sur l'Egypte, et accordant trop de confiance aux écrivains grecs , nous avions aussi adopté ces étrangers comme seuls guides raisonnables à travers les obscurités de l'histoire égyptienne; mais, éclairé par les avis du savant interprète de la langue sacrée, nous ne tardâmes pas à reconnaître combien peu ^ont exactes les notes prétendues recueillies avec tant de soin par les Grecs depuis Psammetik, et à nous convaincre que les listes de Manethon sont les seuls fondements réels sur lesquels on puisse espérer de reconstruire l'édifice des temps perdus : les travaux de l'illustre Champol-

PfiOLBGOHÈNBS. 69

lion, et $es découvertes en Egypte sont venus, apporter un nouveau faisceau de preuves en faveur de la confiance que méritent les fragments de Thiérograminate égyptien.

Une question en quelque sorte préjudicielle^ c*est celle de savoir si toutes les dynasties que contient le catalogue deManethon ne sont qu'une même succession de princes sans discontinuité et sans exception , ou s*il est quelquesunes de ces dynasties qui aient occupé synchroniquement deux ou plusieurs trônes différents, comme le fait entendre le texte arménien d*Eusèbe que nous venons de citer.

En commençant ce travail, nous croyions à Texistence des dynasties collatérales, et nous avions rédigé notre chronologie en conséquence de ce principe ; mais une communication faite par M. Thilorier à TAcadémie des sciences nous a complètement détrompé, en nous apprenant que l'interprétation de diverses inscriptions hiéroglyphiques tracées au pinceau dans Tune des chambres de la grande pyramide, inscriptions découvertes par M. le colonel anglais Howard Vyse^ parfaitement d'accord avec une autre inscription lue par les Arabes en l'an 847 9 fixe astronomiquement, et par conséquent d'une manière invariable, la construction de cette pyramide à l'année julienne 4i5oo , fixation à laquelle ne se refuse nullement le catalogue de Manethon , en supputant le temps de la durée totale des dynasties dont il nous a laissé le tableau.

Mais , avant de passer outre, qu'a voulu dire Manethon f9vdjmasties ? la signification de ce mot grec est , puissance ; le dynaste était donc celui qui exerçait cette puissance. La division des pharaons en dynasties* exprime-t-elle que tous les princes d'une même dynastie étaient fils les uns d^s au-* très, ou frères et sœurs comme nous l'entendons aiyour«* d'hui? la dynastie changeait-elle quand la succession directe manquait? Mais nous voyons que le Thémosis de Manethon , chef de la dix-huitième dynastie,' étilit fils d'A^

Tù LBGYPTB PtfAAA0«I<2UB.

lisfragmuthosis, dernier] pharaon de la djnaslie prëcé-dente; et dans la vingUsixième, Waphrès ou Apriès a pcMir successteur Amasis, qui coaûnue cette même dynastie, quoique étranger à la famille de «on prédécesseur. Il y aTait donc, dans le changement des dynasties, quelque xai- »0Q dont la connaissance n'est pas venue jusqu'à nous.

Quant au titre différent que portent ces mêmes dyna&« tîes, il tenait, suivant nous, non pas tant à ce que telle famille dételle ville venait à occuper le trône, qu'à ce que la résidence des rois a changé presque autant de fois qu'il y a eu de changements dans la dénomination des dynasties, quelle qu'ait été la cause qui portait le pharaon à transporter dans une autre ville le siège de son gouvernement.

La division de l'Egypte varia plusieurs fois dans le lapa de la durée de la monarchie. Aux temps les plps ancàenfi, ce pays se partageait en deux parties, l' Egypte supérieun» et l'Egypte inférieure, ce qu'on appelait les deuxEgyptesou les deux Misr, exprin^es par le duel Mitauraïm» Thèbes et Memphisfurentles capitales de ces deux Égyptes, et ces villea conseriFèrent toujours, seules , ce privilège de capitales ^ malgré les déplacements successifs de la résid^^nce royale* Huit dynasties avaient fait leur résidence à Mempliis quand le trône fut transféré à Thèbes , qui acquit et partagea alors avec Memphis ce titre de capitale. Que les plus an* ciens rois aient résidé a Memphis , que les dynasties dites thébaines ou diospoUtaines aient eu leur trône à Thtl^es , ces deuxfaitssoDtégalement incontestables : lesmcmuments sont là pour l'affirmer. Des circonstances difféventés aai^i^« rent par la suite le déplacement du trône , sans enlever à ce$ deaxvilles leur prérogative immuable. Gedéplacement dtt trône est prouvé pour Taais parle prophète Isaîe, contem* pbrain des dynasties tanites, qui parle du pharaon résidant 4-Tsoan , ville que GhampoUion a très-bien prouvé ^tre la

PBOiieonàirM. 7 1

Tankd^ Greai(i). haïe vivait ^t AorUmt \tn ïim 7^5, ^K>qii€ à laqtidle éiait sur la ppônfi Zet , le «kriiiar des T«i« nite», ainsi que le montre nptre OMiaa chronologique. Oa saie très -bion aussi que le ir^e égyptien était à S^ïs du ten^ d'Aouisis : le déplaoemeut de la résideoce royala» est donc démontré par ces faits, et la déœonstratioii do ceux-ci entraîne la démonstration des autres. Pour acbe^, ver de bien étaUir «e point importaut dans Thislxiirecl^onologique, ezamkioiis la q^iestioo des successions.

ParcoturoQS rapîdetiient la suite des ^véueiA^ats qui , «o influaul; snt la déplacement du irôna égyptien , ana<enèrent lea diifiEépe»tâs dénominacioB* sous Is^quejles Les dy* nastiesfitfeoc désignées..

L'Egypte^ la terre de Ghimi , est un terrain formé par Ves dépôts du Nil. Quand les débordements périodiques da ce fleuve eui«nt laissé, sur les sables de la partie du déseï^ primitif qui forment le fond de la vallée , assez deUmcm pour être productif , des cultivateurs du voisinage, Étbip» piens par conséquent, vinr^ent rensemenco:^ le terrain d*a« bord maigre par le n^lange de peu de limon à beaucoup de sable , étant devenu , avec le temps , de pur limon , des peuplades s'y établirent de proche en proche; elles bâti-* rent de» villages qui devinr^U ensuite des villas^ et le sol entier se couvrit d'habitants* L*Égypte ne fut ainsi., pendant un laps de temps inconnu , qu'une eiUension de TÉthiopie. Après un intervalle indéterminable ^ les deux pays se séparèrent, et une puissance à part se forma en Egypte : ce nouvel état se constitua eu monarchie sous lautorité de Menés.

Jusqu'à l'époque de Menés, le gouvernement auquel r Egypte était soumise aurait été théocratique, suivant MM. ChampolHon : Menés, à la tête d'une insurrection militaire, renversa la théocratie et s'empara du pouvoir

(i) Isaîe, XIX; ChampoM., Ij^^fe sous les pharaons, lome II.

7i L*ÉGYPTE PHARAONIQUE.

souverain. Quoique l'examen de cette question historique ait sa place marquée dans la partie de cet ouvrage relative à la forme du gouvernement de TÉgypte, nous ne saurions nous dispenser de la soumettre immédiatement à la dis* cussion , puisque de sa solution devra dépendre notre manière de présenter l'origine de la période historique commençant à Menés,

G* est dans l'ouvrage qui jeta à un titre si légitime les fondements de sa réputation ^ que GhampoUion le jeune a avancé cette proposition pour la première fois ; c'est en parlant de la ville de Memphis, que, s' appuyant sur un passage des lettres de Synesius, l'illustre explorateur de la science égyptienne disait que la classe des guerriers ayant pour chef Menés, ennuyée d'obéir à des prêtres, renversa la théocratie. En s' exprimant ainsi, ce savant supposait que le temps de la théocratie égyptienne avait été celui de ces prétendus règnes des dieux, par lesquels les Egyptiens faisaient commencer leur histoire. Synesius, qui est la seule autorité dont GhampoUion ait invoqué le témoi-« gnage, ne dit autre chose, sinon que, dans le principe , les Égyptiens et les Hébreux vécurent sous le régime des prêtres, et que Dieu sépara ensuite le sacerdoce de l'empire (]). En parlant de cette manière , l'écrivain ecclésiastique ne précise rien , et, loin de donner à ce qu'il va dire Tautorité d'un fait positif qui aurait été d'une importance majeure et des plus remarquables pour l'histoire d'Egypte,

(i) Voici le passage même de Synesius :

Prisca tempera eosdem sacerdotes ac judices tulerunt; nam jEgyp- Hi et Hœbrei tongo tempore sacerdotum imperio usi sunt, Deinde post^ quant ^ ut mihi videtur, dh'inum opus humano morefieri inceptum est^ Déus ambo viia gênera separavit, unumque horum sacrum , alterum, ad regimen atgue imperium constitutum est; alios enim ad infimarum rerumjacem convertit, altos sibi sociavit ; ilii in negotiis, nos in ora» tione colhcati, (Syn., Epist., p. 197.) Cette même phrase se trouve encore répétée littéralement à Ifi page a58.

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fait dont il aurait du nëcessiiirement puiser la connaissance dans quelque auteur antérieur, et sur lequel ne seraient certainement pas restés silencieux les bons écrivains de Tantiquité , il ne le présente que comme une conjecture qui lui est particulière , au moyen de la formule ut mihi videtur (comme il me semble). Cette théocratie à laquelle il fait allusion ne se rapporte donc pas aux temps historiques pour les Égyptiens, mais à cette période fabuleuse du règne des dieux , que nous expliquerons plus tard , et qu*il compare aux temps où , avant l'établissement de la monarchie , les Hébreux étaient censés recevoir eux-mêmes directement les ordres de la Divinité par l'intermédiaire de leurs suffètes ( juges )•

Le fondateur du trône égyptien établit sa résidence dans la ville de This , située à peu près au centre de la vallée , aux environs d'Âbydos : à cette époque commence, avec la monarchie, la succession des rois tinites, dont les règnes se continuèrent, en deux dynasties, pendant cinq cent soixante ans.

Après un peu plus de cinq siècles et demi de séjour à Tins, le trône d'Egypte se trouve tout à coup transféré à Memphis. Quelle a pu étrela cause de ce déplacement? nous ne pouvons y voir qu'une invasion éthiopienne. Une note de Manethon, conservée par leSyncelle, nous montre Né* chérophès, premier des rois memphites, marchant contre les Libyens révoltés; et ces Libyens rentrent dans Tobéissanoe en voyant la lune prodigieusement grossie. Laissant de côté le prodige, qui cache vraisemblablement sous une forme allégorique un sens qu'il ne nous est pas permis de pénétrer, nous apercevons une insurrection des Libyens, qui a attiré dans le désert les armes du pharaon. Ne se peut-il pas que, pendant l'absence de Néchérophès, quelque tentative ait été faite contre l'Egypte inférieure par les Ammonites ou les Arabes? ce qui aurait forcé le pharaon vainqueur des Libyens à venir défendre le Delta , et à éta-

74 L* EGYPTE PilAEAOlflQUE.

blir fia reaidence royale dans la ville fondée par Itfénèe» pour surveiller cette partie onentale , la seule accessible aiUL invasions syriennes?

Après 568 ans de résidence à Memphis , le trône se trouve transporté à Éléphantine. Est-ce une Cstmille de cette petite ville qui succède aux Memphites\ ou qui les détrône? N'est-ce pas plutôt une invasion éthiopienne qui vient rétablir Tancienne domination de la roÀropole «ur sa colonie ? Nous inclinerions plutôt vers cette dernière supposition : cette dynastie éléphantine j venant croiser la série des dynasties memphites qui recommencent encore après la cessation des règnes de celle-ci , nous montre une famille étrangère sur le trône égyptien. Cette famille, dont la puissance s étend au nord et au midi des cataractes, s'établit k Éléphantine, d'où elle peut dcHuiner sur les deux royaumes.

Les Éthiopiens se maintiennau en E^pte pendant neuf successions. Après bien des efforts et des luttes sans doute, un prince nommé Othoès parvient à refouler les Éthiopiens dans leur pays» et à relever le trône de Memphis, où trois dynasties régnent encore. De ces trois dynasties , la première seule nous est connue en détail; les deux autres sont anonymes. Doù vient cette différence? Cette suppression des noms, qui se rencontre si souvent dans la du*onographie de Manetbon, est-elle du fait de cet écrivain, ou de <3elui des écrivains grecs qui nous ont transmis ses listes ? Pourquoi ceux-ci nous auraient*ils donné le nom des uns et nous auraient*ils refusé celui des autres, si ces noms se Ipouvaient tous dans le livre du chronographe? Qu'ils n'eusaent pas voulu transcrire des listes détachées qui au- V raient contenu des noms par centaines, on le concevrait; mais des listes de vingt , trente, soixante-dix noms au plus, ce n'était ni un grand travail ni un long ennui q^e de les copier. Faut-il en rejeter la £iute sur Manethon lui- .même? Mais cet hiérogrammate a pu aussi bien extrair/e

PAOL£GOM£N£S. 75

des registres des temples les noms omis que ceux qu'il 7 a pris ; et, en se livrant à un travail de chronographiei il n'a pu reculer devant la transcription de quelques Donis de plus, qui étaient la garantie de l'exactitude et de la sincérité de son travail. Des noms rapportés par !• Afiricaini et négligés par Eusèbe, prouvent assez que cette inqualifiable omission est bien réellement du fait des écrivains grecs. Mais qui expliquera la différence énorme qui existe entre le nombre des rois et les années de règne données par Susèbe et par Africain pour les mêmes dynasties? la lY^, par exemple, composée de huit rois dans Africain et de dix-sept dans Eusèbe; la V, de neuf rois dans le premier , de trente-un dans le second. Que com^ prendre à la YU^, qui, composée dans Eusebe de cinq rois qui auraient régné 7 5 jours, d'après le texte grec de cet écrivain, reçoit, dans les listes d'Africain, 70 rois et un règne de 70 jours en tout ? c'est-à-dire que, suivant cet écri<vain, chacun de ces soixante-dix rois n'aurait régné qu'un seul jour. La version arménienne d'Eusèbe convertit en années les y 5 jours du catalogue de cet écrivain , et cette version est la seule vraisemblable : c'est celle qu'a adoptée M. ChampoUion-Figeac , c'est aussi celle que nous admettons. La Vir dynastie, anonyme aussi , est de 27 rois dans Africain, et de cinq encore dans Eus^e; l'un lui accorde 146 ans de durée, l'autre 100 seulement. Cette dynastie est la dernière des Memphites ; après elle, une nouvelle famille monte sur le trône : c'est celle desHéracléotes. Les Héra<4éotes oontinuent-ils à régner à Mempbis, ou transportent-ils leur résidence à Hness, qui était YHera^ cleopolis magna Ae^ Grecs et des Romains (i)? Les grands

(i) 11 existait une smire Héraciêe sur la branche Pélusiaque, près de la mer; mais cette ville ne peut convenir à un royaume qui aurait joué un certain rôle. La circonstance des grands travaux exécutés à l'entrée du Fayoum, et que les pharaons voulaient surveiller, celle du passage de Sémiramts par Memphis et par le Fayoum, sem-

76 L*BGtPTB PHARÂONIQUB.

travaux exécutés dans le Fajoum , et qu on ne peut attri* buer qu'à ces princes héracléotes, ne disent-ils pas que leur trône fut assis dans cette ville de Hness, près de la« quelle ils bâtirent, pour leur sépulture, le fameux labyrinthe?

Deux dynasties consécutives régnent à Héraclée ; elles sont remplacées par la première des Thébains : voilà donc le trône qui , remonté de Memphis ou de TÉgypte inférieure à Héraclée ou dans TEgypte moyenne, se transporte à Thèbesou dans TÉgypte supérieure. Quelle fut donc la cause de ce nouveau déplacement? Nous croyons l'entrevoir dans une invasion étrangère, célèbre dans l'histoire ; cette invasion ne peut être que celle de Sémiraknis. La reine d'Assyrie, triomphante des Mèdes et des Arabes, voulait consulter l'oracle d'Ammon. Pour se rendre à l'oasis de Syouah , cette princesse devait traverser le Fayoum : c'est là la raison probable de l'entrée en Egypte de l'armée assyrienne, et du déplacement du trône qui se trouvait sur son passage : ce trône alla donc se relever à Thèbes. De cette circonstance on peut conclure que Se-* miramis, se bornant à occuper cette partie de l'Egyptei n'attaqua pas VEthiopie africaine (i) où elle n'avait rien

bl€ot décider la question en faveur de VBeracleopolis magna. Quant à Tépoque de Séoiiramis, on sait qu'Ëusèbe fait cette reine conlem* poraine d*Abraham, ce qui, sans préciser aucun temps, la reporte dans l'antiquité la plus reculée par rapport à la chronologie biblique. Or, puisque cette reine est entrée en Egypte, l'époque que nous assignons à son arrivée est ta seule que puisse permettre le réseau de la chronologie égyptienne , à raison du déplacement du trône placé sur le chemin que cette princesse avait à suivre pour aller à Syouah.

(i) On sait qu'Hérodote distingue les Éthiopiens (ou brûlés) en Asiatiques et en Africains : tout fait croire que ce sont les premiers que subjugua Sémîramis, quoi qu'en dise Diodore, parce que, dans son idée de consulter l'oracle, la traversée de leur pays lui était aussi indispensable que l'occupation de la moitié inférieure de l'Egypte.

PfiOIBGOMBNBS. 77

à (aire : la dominatioD dans TÉgypte moyenne et FEgypte inférieure était seule nécessaire pour assurer à son voyage toute la sécurité dont elle avait besoin à travers le désert.

La première dynastie thébaine eut seize rois anonymes en 43 ans. Des règnes aussi courts, puisque la durée moyenne n'en est que de deux ans et demi y sont la preuve que rétablissement du trône à Thèbes ne se fit pas au milieu de la tranquillité publique. Dans les grands désastres politiques les ambitions se réveillent, et les rivalités des familles puissantes ensanglantent souvent le pays , ajoutant ainsi la guerre civile à la guerre étrangère : peut-être aussi faut-* il voir également dans ces quarante-trois ans un temps de luttes entre les Égyptiens et les Assyriens, qu'aurait fini par expulser complètement Amménémès, le dernier roi de cette première dynastie thébaine : Amménémès, plus tranquille que ses prédécesseurs , put occuper le trône pendant seize ans.

Deux dynasties de Thébains se suivent paisiblement après celle qui avait fondé le trône dans la haute Egypte. La troisième comprend soixante rois anonymes, après lesquels parait une nouvelle famille interrompant la suite des dynasties thébaines : le trône se trouve transplanté à Xoïs. Est-ce ici une famille illégitime qui s* empare violemment de la couronne ? qui peut le dire ? Après elle , deux autres dynasties reparaissent encore à Thèbes, ce qui montre bien que la famille des Xoïtes , intercallée entre celles des Thébains, est une interruption violente rompant la continuité de ces dynasties; et c'est peut-être cette raison qui Ta fait rejeter par Africain. La durée des règnes de ces Xoïtes est, dans le texte grec d'Eusèbe, cte 184 ou de 4^4* ^^ version arménienne de cet auteur adopte le dernier nombre ; mais le calcul de Tintervalle de temps entre deux époques de la chronologie égyptienne, déterminé par des observations astronomiques, prouve que e est le nombre 184 qui est le seul possible. Les deux dy-

7» l'Egypte PTr^RAONiQUB.

nasti^s légitimes qui remontent sar le trône de Thèbes, après l'extinction ou le détrônement de la famille Xoïte, conservent encore le pouvoir pendant 44^ ^i^s. Après ce terme paraît la dynastie des Hjrksos^ dont FI, Josèphe nous a conservé les règnes avec détail. Mais ici le plus grand désaccord divise les deux abréviateurs de Manethon.

Les pasteurs ou Hyksos occupent , dans le catalogue de iules Africain^ les XV* et XVP dynasties entières et la moitié de la XVIP; c'est-à-dire que, suivant cet écrivain, ces étrangers auraient régné seuls sur l'Egypte entière pendant deux dynasties , et collatéraleiâ«ot avec des rois thébains pendant une troisième dynastie ; mais on voit clairement que cette circonstance de l'invasion des pasteurs, différemment comprise par Africain et par Eusèbc , a jeté dans la chronologie du premier un désordre qui se maintient jusqu'à la XIX''. Les chiffres de cet écrivain, généralement plus exacts ou du moins plus vraisemblables, ainsi que nous le montrerons, que ceux d'Eusèbe, ne peuvent plus ici nous servir de guide pour retrouver le fil des successions et pour suivre le comput des années. Africain donne à la possession de l'Egypte entière par les pasteurs une durée de 802 ans, et à une possession partagée avec les rois thébains une durée de i53 ans, ce qui forme une occupation de gSS ans : cette durée est trop con sidérable (i) Il est bien certain que le séjour des pasteurs en Egypte a été de plus de 260 ans, terme de la durée de la dynastie dont FI. Josèphe nous a conservé la description, extraite du livre de Manethon. Forcés de capituler à Âva-

(i) Ce qui donne la mesure du désordre qui règne dans la partie de la chronographie de J. Africain concernatirt rimrsnîoo des pasfeHrs, e^est qu'il faÀt TbémoMS, cbef de la dix-builîÀiiie d^rnatUe, fi|« ë*Asselb, qui fut le dernier des rois hyksos ^ que Thémosis, prince thébain» força au contraire de quitter la vallée de Gessen^ où il avait été acculé par Alisfragmuthosis son père.

PBOLéâOMÈNES. 79

ris, les Hjrksos sortirent d*Egyptc; maïs ils j rerinTent encore, et Mgnethoii ^ dans Josèpbe, fixe lui-même à5ii ans la ^larée totale de la présence de ces étrangers. Eosèbe ne £ût des pasteurs qu'une seule dynastie, qu'il inscrit la dix-septième dans son catalogue, arec une darëe de tofl ans seulement : c'est sans doute trop peu. FI. Jotèphe^ eiiant textuellement Manethon , donne le nom des: àt rois qii'çitrent les Hyksos , ou plutôt qui furent euxmêmes les H7I50S, les rois pasteurs, «rec les années et )ês mois de leurs règnes respectifs : or l'addition de tous âe(f' nombres forme mi total de 366 ans , plus du double de celui d'Eusèbe. A part cette erreur de numération , cet écritain paraît plus exact qi^ Africain dans cette partie de k cbronoiogte qui se rapporte à Finrasion des pasteurs. GoomieManetbon lui-même, il ne fait qu'une seule dynas* fie des pastetirs, qu'il place arant la dix-huitième ; ce qui est la tenté, puisque le dernier pharaon de la dynastie thébaine , contemporaine sinon concurrente des Hyksos, ityant acculé ces étrangers dans Araris , ce fut là que le premier pharaon de la dix-huitième dynastie les força de ttipifnlcr : c'est donc ce nombre XVU qne nous consertdnsàleur dynastie, en nous conformant aux nombres et au classement d*Eusèbe pour les XV* et XVl*, qui, ainsi que nous l'avons dit, annoncent un certain désordre, en ce qui les concerne, dans le catalogue de J. Afiricain.

Examinons maintenant Tordre des temps suivant la accession des règnes.

Deux systèmes chronologiques , qui ne nous sont partenus en entier ni l'un ni l'autre, partagent en dynasties k^long catalogue des princes qui ont gouverné l'Egypte depuis Menés. L'un de ces ouvrages, vulgairement connu sous le nom de vieille chronique^ se réduit à tm jpetit nombre de lignes qui , loin de nous rien apprendre , ne font que projeter une ombre fSLcheuse sur ce qui nous reste de Manethon . Comme dans le canon d'Eusèbe, quimee

80 l'iâgypts phabaonique.

dynasties manquent d*abord à cette vieille chronique, et la manière dont cette lacune est remplie est déjà un problème : la durée de ces quinze dynasties est de 44^ ^^^* Chacune de ces dynasties n aurait donc eu qu'une durée moyenne de 29 ans et demi : c'est la longueur d*un règne ordinaire. Quinze autres dynasties sont inscrites ensuite, et forment un total de soixante-neuf rois dans Tespace de 1697 ans. Le chiffre total d'après Manethon , opposé à celui de ces quinze dernières dynasties de la vieille chrO" nique, est de 199a ans dans Jules Africain, et de 1662 ans dans Eusèbe : ainsi voilà, dans le peu qui nous reste de cet ancien exil, une différence de 296 ans en plus avec Tun des abréviateurs de Manethon, et une différence de 35 ans en moins avec Vautre. Voilà aussi, à cette même occasion , une différence de 33o ans entre les deux écri« vains qui ont suivi le chronographe égyptien. Ce qu*on peut moins comprendre encore , c'est qu*aucun de ces écrivains ne se soit accordé sur le nombre des rois et sur la durée des règnes des dynasties les plus rapprochés des temps modernes. Les temps les mieux connus devaient être assurément ceux qui s'étaient écoulés depuis l'invasion des Perses : nul accord cependant entre eux ni sur les règnes de ces conquérants, ni sur les règnes des rois nationaux qui les ont suivis. Ces grandes différences, ainsi que l'absence du plus grand nombre des noms des rois, donnent lieu de penser que ni l'un ni l'autre des deux écrivains grecs n'a eu peut-être sous les yeux le travail com-» plet de Manethon; que cet ouvrage est l'un de ceux qui se sont perdus de très-bonne heure, et qu'il n'en existait plus, du temp> de ces auteurs, que des copies viciées, inexactes, qui ont ainsi occasionné les différences que présente leur travail. Pour la vieille chronique, elle ne parait être elle-même qu'une copie informe desUstes d'Eu-« sèbe, arrangées avec confusion pour un système de chro«« Bologie arbitraire.

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Le tableau suivant fera mieux sentir les différences que présentent ces diverses chronologies, toutes composées d'après celle de Manethon.

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