RICHESSE ET FÉCONDITÉ DU SOL
« mûrir les moissons; le germe se développe, la tige « s'élève, son épi se forme par le secours d'une rosée « bénigne qui supplée aux pluies et qui entretient le suc « nourricier dont le sol est abreuvé.
« A la plus abondante des récoltes succède tout à coup a la stérilité; c'est ainsi que TEgypte offre succèssive- « ment, 6 prince des fidèles ! l'image d'un désert aride et « sablonneux, d'une plaine liquide et argentée, d'un ma- « récage couvert d'un limon noir et épais, d'une plaine « verte et ondoyante, d'un parterre semé de fleurs les « plus variées et d'un vaste champ couvert de moissons « jaunissantes.
« Béni soit à jamais le nom du créateur de tant de mer- « veilles.
« Trois déterminations contribuent merveilleusement à « la prospérité de l'Egypte et au bonheur de ses enfants.
« La première est de n'adopter aucun projet tendant à « augmenter l'impôt ;
« La seconde, d'employer le tiers de ses revenus à « l'augmentation et à l'entretien des canaux, des digues « et des ponts ;
« La troisième, de ne lever l'impôt qu'en nature sur « les fruits que la terre produit.
« Salut! »
Avec quel art cette lettre a été dictée et surtout avec quelle vérité de description elle a été inspirée! On remarquera surtout la sagesse et la simplicité, ainsi que la grandeur de vues des trois recommandations qui terminent cette mémorable lettre; c'est au point qu'elles seraient encore de nos jours, non seulement d'une application possible et immédiate, mais capables de produire les plus heureux résultats.
Après ce conquérant sont venus les auteurs arabes
Abd-el-Latif et Abour-Fedda dont les ouvrages, traduits par le savant orientaliste Silvestre de Sacy, chantent et louent également la richesse et la fécondité de cette contrée splendide; enfin, la commission française du siècle dernier composée d'une pléiade de savants illustres adjoints à Fétat-major du général Bonaparte pendant un séjour de quatre années et malgré ce peu de temps relatif et les périls continuels de chaque jour, recueillit tant de documents, avec des données si précises sur le pays qu'il leur fut possible d'établir des cartes topographiques d'Alexandrie à Assouan et de Suez à Saint-Jean-d'Acre, tellement exactes que jusqu'à présent on les a consultées sans y avoir jamais reconnu d'erreurs notables. Elle a, en outre, étudié la faune et la flore, l'industrie et les mœurs des indigènes, leurs lois et leurs coutumes; elle a pu enfin établir un ensemble historique qui restera à la postérité comme un monument et le témoignage le plus frappant du labeur que peut enfanter une grande idée lorsqu'elle est conçue par le génie poursuivant un grand but.
Depuis, de nombreux voyageurs qui ont successivement visité l'Egypte, et de nombreux Européens qui y ont séjourné et en ont fait leur pays d'adoption, attestent encore à l'unisson sa fécondité traditionnelle.
Il est donc sans conteste admis et reconnu que l'Egypte a été de tout temps un pays fertile et d'une grande richesse de production, mais à la condition d'une bonne crue de son unique fleuve et de la répartition intelligente de ses eaux. C'est à quoi se sont appliqués les souverains du pays depuis les Pharaons jusqu'à nos jours, témoin le fameux lac Mœris endigué et formé sur un vaste plateau dont l'altitude du fond, supérieure aux terrains environnants, mais inférieure à la cote des hautes eaux, permettait de le remplir lors de la période d'inondation, puis d'utiliser ensuite cet immense réservoir d'eau, pendant la période