RICHESSE ET FÉCONDITÉ DU SOL
de Tétiage et de sécheresse, pour Firrigation de la province au moyen de canaux de décharge qui allaient fertiliser la terre et accroître les richesses nationales (1).
De nos jours, et dans le même ordre d'idées, le grand Méhémet-Ali, lui aussi toujours soucieux et préoccupé du bien-être du pays, a voulu léguer à la postérité un ouvrage digne de ses savantes conceptions; il décréta Térection d'un barrage gigantesque à la séparation des deux branches du Nil pour élever les eaux en ce point et les porter, au moyen de grands canaux, jusqu'à la limite la plus reculée; mais il ne lui a pas été permis de jouir du résultat de son œuvre qui, actuellement encore, attend son achèvement complet.
Comme on le voit par cet exposé succinct, la richesse de rÉgypte dépend uniquement de la bonne utilisation des eaux du seul fleuve qui la traverse ; c'est donc à l'étude de ce problème que doivent s'appliquer les hommes qui sont soucieux des destinées du pays, problème intéressant à tous les titres, puisque de la plus ou moins grande attention qui y est apportée dépend la prospérité du pays.
Grâce à la solution de ce problème, doit-on espérer que les traces des secousses et des malheurs qu'il a subis disparaîtront sous la haute direction dont l'Angleterre a pris l'initiative, et, que grâce à l'aide, au bon vouloir et au désintéressement de tous ceux qui ont accepté la tâche de travailler au relèvement de l'Egypte, ce résultat sera promptement atteint ? Puisse-t-il en être ainsi!
Tous les amis de l'Egypte s'en réjouiront ; nous croyons toutefois devoir rappeler ici les sublimes pensées d'un grand philosophe du siècle dernier qui écrivait, dans la préface de son livre l'Esprit des lois :
(d) Les traces de ce grand ouvrage ont été retrouvées par S. E. Linant- Pacha. Voir l'ouvrage que ce savant ingénieur a publié en 1873 sous le titre de : Mémoire sur les travaux d'utilité publique exécutés en Egypte.
« Je n'écris point pour censurer ce qui est établi dans « quelque pays que ce soit; chaque nation trouve les raic( sons de ses maximes et on en tirera naturellement cette « conséquence : qu'il n'appartient de proposer des change- (( ments qu'à ceux qui sont assez heureusement nés pour pé- « nétrer d'un coup de génie toute la constitution d'un État,
« Il n'est pas indifférent que le peuple soit éclairé. Les « préjugés des magistrats ont commencé par être les préce jugés de la nation.
« Dans un temps d'ignorance, on n'a aucun doute même a lorsqu'on fait les plus grands maux.
« Dans un temps de lumière, on tremble encore lors- (( qu'on fait les plus grands biens; on sent les abus an- « ciens. On en voit la correction, mais on voit encore les « abus de la correction même; on laisse le mal si on « craint le pire, on laisse le bien si on est en doute du « mieux. On ne regarde les parties que pour juger du tout (( ensemble , on examine toutes les causes pour voir les « résultats.
« C'est en cherchant à instruire les hommes que l'on « peut pratiquer cette vertu générale qui comprend « l'amour de tous.
Montesquieu.
Comme ces sublimes pensées s'appliquent à toutes les époques de l'humanité, nous avons cru devoir les reproduire, au moment surtout où l'Angleterre essaie de don-ner à l'Egypte une nouvelle forme de gouvernement .
Sans préjuger des résultats obtenus pour le relèvement progressif de ce pays que nous aimons, nous examinerons sans parti pris les meilleurs moyens pratiques qui pour-» raient être tentés pour lui assurer une distribution abondante des eaux du Nil, seule base qui lui permette d'accroître ses richesses et relever ses finances.
Exposé des moyens
pour assurer au pays une bonne, sage, économique
et prompte distribution des eaux
Pour arriver à détailler les moyens propres à assurer un fécond avenir à TÉgypte, il serait nécessaire d'écrire un long ouvrage; mais, tout en nous bornant à un résumé sommaire, nous espérons arriver à donner assez de développement à notre pensée pour faire pénétrer dans l'esprit du lecteur toute l'économie de notre projet.
Tout d'abord, nous croyons nécessaire de recommander l'application à nouveau de la législation dont Amrou-benel-Ass constatait avec enthousiasme l'existence lors de son aiTivée en Egypte, et à laquelle il attribuait la prospérité du pays ; nous la recommandons surtout au point de vue des prescriptions qui affectaient chaque année le tiers des revenus de TÉtat à l'augmentation et à l'entretien des canaux, digues et ponts. Sages prescriptions dont la pratique (sauf quelques changements à y introduire), devrait encore être la base fondamentale d'une politique prévoyante en Egypte, où les travaux d'irrigation donnent un revenu annuel immédiat égal à plus de 50 p. 100 des dépenses.
Quelles que soient donc les dettes actuelles de l'État, notre opinion, basée sur une vieille expérience du pays, nous permet d'affirmer que, si l'on faisait revivre son antique législation, avant cinq ans l'Egypte aurait quintuplé ses revenus. .
Avant d'aller plus loin, nous croyons devoir cependant examiner quelles sont les charges de l'État et de quel chiffre elles grèvent chaque individu en particulier. Nous savons qu'elles passent généralement pour être lourdes et accablantes; mais, ainsi que nous le verrons plus loin,
elles n'ont rien d'excessif comparées à celles des autres nations d'Europe, qui sont loin d'avoir un sol aussi fertile et un peuple ayant des goûts aussi simples que les Égyptiens.
Le budget des dépenses qui a été établi pour l'année 1883
indique pour recettes 8,804,627 £. »
contre un chiffre de dépenses de . . . . 8,581,918 £. »
présentant un boni de. 222,709 £. »
La moitié environ du budget est affectée au service de l'intérêt de la dette, 3,748, 164 £., le tribut de Constantinople y figure pour 678,397 £., tandis que le service des travaux publics, qui devrait s'élever au chiffre do deux millions et demi de livres, n'atteint même pas celui du tribut turc; il figure au budget seulement pour §46,S84£., soit quinze fois moins que ce qu'il devrait être ou huit fois moins, si l'on ne considère comme revenu disponible et réel de l'Egypte que la portion restant libre après le payement du coupon de la dette.
C'est donc, croyons-nous, en grande partie à cette parcimonie dans la répartition du budget pour les travaux publics, que l'on doit attribuer les difficultés que l'on rencontre depuis longtemps non seulement à l'équilibre du budget, mais encore à la stagnation du rendement des impôts et des revenus généraux. Cependant, comparé aux autres nations, le peuple égyptien n'est pas accablé, car un budget de 8,800,000 £., soit 220,000,000 de francs à répartir sur cinq millions d'habitants, donne pour chaque habitant le chiffre unitaire de 44 francs seulement, tandis que, d'après un tableau statistique dressé en 1878, il est pour la France sans les taxes locales, de 108 francs; pour l'Angleterre, de 80 francs; la Hollande, 78 franci ; Tltalie, 60 francs; la Russie, 80 francs, etc., etc.
On peut objecter en outre, et avec raison, que ce ne sont
pas les Étals qui ont les dettes les plus fortes qui sont les moins prospères; car la prospérité d'un État tient à plusieurs causes primordiales : d'abord à Tindustrie des habitants, à la fécondité du sol, ensuite et surtout à la sécurité du lendemain. De la paix intérieure et du calme naissent la confiance qui engendre la hardiesse de concevoir et d'exécuter de grandes entreprises par le crédit qui en résulte.
L'habitude du bien-être et le désir du confortable qui découlent de cet état de choses font naître les échanges; la civilisation progresse et les mœurs s'adoucissent; aussi voit-on s'accumuler les épargnes et s'accroître alors les importations dans une notable proportion au grand avantage des revenus publics.
EnÉg)rpte, les importations j quoiqu'en croissance annuelle, comme le démontrent les articles importés, tels que meubles et articles de luxe, sont loin d'atteindre le chiffre qu'elle pourrait supporter, car ses importations doivent être limitées à cause de la dette qui est presque en entier à l'étranger : aussi, jusqu'à ce que cette dette soit éteinte ou changée de mains ou bien entrée dans les mains des indigènes, pour ne pas succomber au drainage annuel résultant de la sortie de son numéraire, faut-il que le pays produise plus qu'il ne consomme et que la différence de l'importation se traduise par une somme de rentrée supérieure à celle sortie pour suffire aux intérêts de sa dette ainsi placée. C'est d'ailleurs ce qui a lieu, le budget en fait foi, il annonce S00,000 £ de plus à la recette qu'à la dépense.
En pareille occurrence et avec un budget dans lequel on affecte seulement la quinzième partie de l'ensemble aux travaux publics, doit-on concevoir le plus brillant avenir pour le pays lorsque ses gouvernants pourront augmenter le chiffre de ce chapitre, en dotant le ministère
des travaux publics non pas de 550,000 £. ; mais bien de 1 million et demi à 2 millions de livres , car avec le budget actuel des travaux publics, Texamen détaillé des travaux qui y figurent indique que les dépenses afférentes ne sont que celles d'un parcimonieux entretien pour la plus grande partie. Or, nous l'avons déjà dit, et d'ailleurs chacun connaît en Egypte cet axiome : « Qu'un travail affecté à la distribution intelligente de l'eau rétribue considérablement la dépense faite. »
Il y aurait nécessité impérieuse à ce que le gouvernement voulût bien prendre en main l'élude toute spéciale d'un projet qui comprît l'ensemble de l'Egypte, pour arrêter d'une façon générale le meilleur mode de distribution des eaux du Nil en adoptant, comme on l'a fait en Europe et dernièrement en France, un plan d'ensemble d'après lequel, après avoir déterminé les besoins d'eau pour les irrigations à toutes les époques de l'année, d'abord pour subvenir aux besoins des terrains actuellement cultivés, et ensuite pour ceux susceptibles de l'être.
Après l'exécution de ce programme , on classerait alors par catégories les canaux en grandes et moyennes artères, en déterminant leurs dimensions et leur régime par bief, ainsi que l'altitude du plafond et du plan d'eau aux hautes et basses eaux, les rigoles et les ouvrages d'art, etc.; puis on adopterait un programme de marche annuel, en affectant à ces travaux, après en avoir a prion déterminé l'importance, les ressources nécessaires à leur réalisation.
Les moyens budgétaires pour parvenir à faire face à ces dépenses seraient l'objet d'une recherche qui nous semble facile en vue du but important et fructueux à atteindre; comme les travaux augmenteraient considérablement dès la première année le rendement des terres,
chaque habitant y trouverait une source de richesse dont il serait facile de distraire une partie, sous forme d'impôt spécial, et dont chacun s'acquitterait avec empressement.
Dès lors et sans faire appel à un emprunt à l'étranger, nous croyons qu'après avoir déterminé le chiffre des dépenses du projet, chaque province pourrait être taxée et apporter le contingent effectif qui lui incomberait. En outre de ce moyen tout naturel, rationnel et pratique, nous entrevoyons que le gouvernement pourrait même mettre à profit dès maintenant, pour ses besoins de budget, le surplus de recette qui résulterait pour lui de Texécution des travaux dès la première ou deuxième année.
La question primordiale consiste à procéder tout d'abord à l'étude d'ensemble dont nous venons d'entretenir le lecteur. A cet effet, le gouvernement, sans déranger en rien les services actuels, nommerait une commission composée des hommes les plus considérables du pays par leur notoriété, honorabilité et connaissances pris parmi toutes les professions.
Cette commission dresserait d'abord un programme qu'elle soumettrait au gouvernement; ensuite, avec le concours du ministre des travaux publics, elle rechercherait les documents utiles et précieux déposés successivement par la pléiade d'hommes de talent et de grand mérite qui se sont succédé aux affaires, depuis le grand Méhémet-Ali jusqu'à nos jours, et qui ont contribué à la bonne marche des trayaux publics. Ils ont produit des ouvrages remarquables et fait de grands projets; il y aurait donc lieu de réunir toutes les archives de ce ministère, de les examiner avec soin, de les classer avec ordre et méthode pour utiliser les documents susceptibles de faciliter l'étude du programme à établir.
i2 DES IRRIGATIONS EN EGYPTE.
Programme de la Commission.
V Procéder à un nivellement général de l'Egypte, qui aurait pour base celui de Tisthme de Suez, établir des repères fixes et dresser un recueil avec carte pour chaque province.
Ce travail préalable est de la plus haute opportunité et reconnu tel dans tous les pays; aussi chaque État y affecte-t-il annuellement de grosses sommes. Pour n'en donner qu'un exemple, nous citerons la France : elle qui cependant possède plus de 30,000 kilomètres de chemins de fer, des routes et chemins atteignant un développement d'environ 280 à 300,000 kilomètres, des rivières et des chaînes de montagnes, tous nivelés, et cependant elle a reconnu dernièrement (ainsi que l'atteste un article paru tout récemment au Moniteur officiel) que les opérations restant à faire pour avoir un nivellement général complet entraîneraient encore une dépense d'environ 22 millions de francs, dont 19 millions pour les frais proprement dits du nivellement auquel prendront part les agents des travaux publics, et 3 millions pour rétablissement et la publication de nouvelles cartes; et cette note ajoute :
(( Le nivellement présente un intérêt particulier parce « qu'il doit fournir de précieuses facilités à la détermi- « nation du relief du sol, à l'étude et à l'exécution des « voies de communication et, en général, à tous les traie vaux intéressant la mise en valeur du territoire.
« Les départements, d'ailleurs aussi intéressés que « l'État à posséder la définition exacte du relief de leur « territoire, ne refuseront pas de concourir à cette œuvre « nationale, en faisant voter par leurs Conseils généraux
<( des subventions qui élèveront les ressources attribuées « à chaque budget annuel, afin de hâter Fachèvement de « cette œuvre de première utilité. »
On voit donc quel intérêt s'attache pour un pays à la possession d'un nivellement général permettant de déterminer ipso facto et presque sans erreur sérieuse non seulement le tracé d'une voie ferrée, d'une route, d'un chemin de fer ou d'un canal, et aussi d'évaluer approximativement la dépense.
C'est surtout pour l'Egypte qu'il y a intérêt de délimiter sur la carte les surfaces irrigables à telle ou telle cote d'eau, soit par les canaux existants, soit par ceux à projeter. Ce travail devrait donc être entrepris sans délai sur les indications de la commission qui, après avoir déterminé les grandes lignes générales, indiquerait celles par lesquelles il serait urgent de commencer. Il compléterait celui déjà commencé par le cadastre et permettrait de dresser la topographie par province et moudirieh.
Des brigades spéciales feraient connaître :
1° La position exacte du Nil, l'état des berges et les tra^ vaux de défense contre les inondations ;
2° La position des grands et des petits canaux d'alimentation, leur régime, plan d'eau et plafond, les rigoles d'arrosage, leur section et leur pente, la disposition des berges en vue des dragages, l'état des petites rigoles, leur direction et leur utilité, etc. (1) ;
3** La position des travaux d'art existants, leur nombre par catégorie et par ouvrage, tels que : écluses ou barragesdéversoirs, prises d'eau et ponts, leur état d'entretien, leur mode de fonctionnement et leur utilité ;
4** Les moyens de communication, l'état de viabilité des chemins des villages entre eux, Tétat de salubrité de ces
(1) Ces documeats si précieux font généralement défaut à la plupart des ingénieurs de districts.
U DES IRKIGATIOiNS EN EGYPTE.
derniers et des habitations, des écuries et des étables,.ies moyens en usage pour abreuver les animaux à chaque époque de l'a'nnée [ce qui est de la plus haute importance pour t hygiène générale et pour éviter le retour si fréquent des épizooties)^ les améliorations à faire dans ce but; en évaluer la durée, les dépenses et les motifs, car les moyens actuels de locomotion des habitants, sont en général des plus primitifs, lorsqu'il est reconnu partout que « la richesse d'un pays est eu rapport avec ses moyens de communication » .
Que se passe-t-il dans les pays où les routes manquent et où il n'existe que des sentiers? Tous les transports se font à dos d'animaux, ce qui force les habitants à en élever un nombre considérable , à les nourrir et entretenir lorsqu'avec de bonnes routes et des charrettes un seul de ces animaux transporterait dix fois autant ; dès lors, économie d'animaux pour le cultivateur et, par consiéquent, vente supplémentaire de grains et fourrages dans la même proportion, au grand bénéfice des revenus du propriétaire. On a pu déjà reconnaître le bien fondé de ce dire par l'apparition des petits et grands véhicules dans les viliesi d'Alexandrie, du Caire, de Zagazig, de Mansourah et autres lieux au fur et à mesure que la viabilité s'est améliorée.
En Egypte, nous voyons qu'à peu de frais et avec une bonne organisation du service des canaux on pourrait, en attendant les ressources nécessaires pour mieux les confectionner en les empierrant, utiliser de suite les berges des canaux et rigoles en les aménageant pour servir de chemins et routes ; le terrain dans la plupart des cas se prêterait à cet usage , à la seule condition de ne plus permettre de couper les chemins pour y faire passer à ciel ouvert les rigoles d'arrosage.
Ainsi, en améliorant la viabilité aux abords des villages et des habitations, on augmenterait l'hygiène des habi'
EXPOSÉ DKS MOVEiNS. i'ô
tants, et la mortalité des enfants, si grande jusqu'à présent, diminuerait considérablement; grâce à la fécondité des femmes fellahs, à Tamour et aux soins si grands qu'ont les indigènes pour leurs enfants, la population augmenterait en très peu de temps et la fortune publique s'en accroîtrait.
8° Décréter l'obligation d'abriter les animaux et encourager la construction d'étables; recueillir les déjections des animaux pour les utiliser à Famendement de la terre et rendre à cette dernière l'engrais qu'un mode routinier lui enlève pour le chauffage ; car la terre d'Egypte, quoique riche en éléments fertilisateurs, s'accommoderait parfaitement de l'engrais que lui offriraient les étables, et le cultivateur en retirerait un immense bienfait par la plus grande abondance des récoltes. Il trouverait une facile compensation de l'engrais ainsi employé en combustible, en faisant des plantations d'arbres et d'arbustes sur les bords des rigoles, des canaux et des chemins qui, en général, en sont dépourvus.
6° Examiner d'une façon toute spéciale et statuer sur l'achèvement complet des barrages établis sur le Nil à Foum-el-Bar; voir s'il conviendrait de reprendre le premier projet ou le modifier.
Malgré les énormes dépenses effectuées jusqu'à présent à ce gigantesque ou\Tage, il est resté inachevé; une grande partie du radier n'ayant pas été placée sur une base solide se trouve dans les plus mauvaises conditions de résistance: aussi a-t-on, depuis un certain nombre d'années, étudié divers projets pour mettre l'ouvrage en état de répondre au but auquel il était affecté; mais, soit que ces projets fussent d'un prix trop élevé, soit qu'ils ne satisfissent pas l'administration, jusqu'à présent l'ouvrage est resté inachevé.
Cependant il y a intérêt à assurer la conservation de ce monument dû à la conception du grand Méhémet-Ali; il y
a même urgence à le mettre en état de défense contre le courant du Nil, qui peut, dans Tétat où il se trouve, lors d'une grande crue, entraîner sa chute.
D'après les connaissances acquises aujourd'hui sur le régime des fleuves, leur endiguement et Tutilisation de leurs eaux, il y a lieu de concevoir les plus grandes espérances de réussir promptement, sans de grandes dépenses, à la réparation et mise en bon état de résistance du double barrage actuel de Foum-el-Bar à Saïdieh.
On étudiera si aujourd'hui, par suite de Texpérience acquise, l'adoption d'un barrage unique retenant 4"',80 ou 5 mètres d'eau au même point, pour irriguer le Delta de ce point à la mer, serait préférable à l'établissement de plusieurs retenues successives de 2°*,80 à 3 mètres sur le parcours du fleuve, retenues bien plus faciles, plus promptes et moins onéreuses.
On voit donc que cette question a besoin d'être approfondie ; elle doit résoudre un des problèmes les plus importants, parce que, si cette idée de plusieurs barrages successifs prévalait, ainsi que nous le pensons, le double barrage actuel au moyen d'une réparation et d'un aménagement de peu d'importance pourrait parfaitement retenir 2", 80 à 3 mètres d'eau; attendu qu'une des branches retient jusqu'à 2 mètres, grâce aux soins permanents d'enrochements et de grosses dépenses dont il est l'objet chaque année, mais sans que ces travaux d'entretien ajoutent rien à sa consolidation qui reste toujours précaire. On examinera donc l'avantage qu'on retirerait de l'adoption de plusieurs barrages successifs, puisque, dans l'éventualité de l'adoption de cette hypothèse, il en résulterait :
4° La réduction des dimensions des grands canaux à construire ;
2° La réduction de la cote de leur plan d'eau et, par conséquent, la diminution des terrassements ainsi que celle
de la hauteur des berges, le but qui avait motivé la retenue de 4°,80 à 8 mètres à Foum-el-Bar avait pour base le remplissage des canaux en vue de rendre possible Tirrigation des terrains pendant Tétiage jusqu'à la mer; on éviterait donc ces grandes hauteurs d'eau sur un même point, souvent nuisibles par suite des efilorescences salines qu'elles provoquent, et inutiles pour les terrains qui en sont rapprochés, on éviterait en outre les grandes dépenses qu'elles entraînent.
Nous faisons ici cette digression parce que nous pensons que Télévation de l'eau au moyen de barrages est préférable à tout autre système, ainsi que nous le démontrerons plus loin en citant l'opinion des hommes les plus compétents.
La commission se prononcera donc à ce sujet et déterminera les points où l'établissement de ces ouvrages devra être effectué.
7° Dresser un inventaire du matériel de toute sorte appartenant au gouvernement et à la disposition des travaux publics, un état des magasins des ateliers, et des lieux où se trouvent chaque engin et chaque chose,' en faisant connaître leur destination, et notamment pour les engins de dragage qui sont appelés à rendre d'immenses services pour l'entretien des canaux.
8* Pendant que les commissions diverses procéderont aux travaux préliminaires qui viennent d'être décrits, une commission spéciale aurait pour mission d'étudier pour chaque province le système d'irrigation actuel, le nombre des grands canaux, des rigoles, etc., leurplan d'eau, leur régime et leur débit à chaque époque de l'année, et de <îomparer l'ensemble avec lés besoins réels de la province ; elle arrêterait et déterminerait une classification par grands et petits canaux, leur direction, leur nombre, leur débit et leur plan d'eau, le type des berges ^ ainsi que la quantité
de biefs de partage, pour les retenues d'eau à observer, le type de ces canaux devant autant que possible être établi dans le but d'utiliser les dragues à couloirs; elle déterminerait le nombre des ateliers de réparation, des magasins ainsi que leur importance et leur emplacement.
9"* Enfin, pour procéder à la formation de toutes les commissions indiquées au programme ci-dessus, il faudrait nécessairement un personnel nombreux, capable et dévoué, et nous croyons qu'en grande partie ou pourrait le rencontrer parmi les indigènes ou Européens actuellement en fonction, au gouvernement; le choix d'ailleurs pourrait s'établir par le dossier de chacun d'eux, en y comprenant également les militaires faisant partie de FÉtat-major égyptien, duquel sortent en majorité les ingémeurs des travaux publics, tous instruits, actifs, soumis Btjdévoués.
Il suffit de lire ce programme pour concevoir combien son exécution serait féconde en résultats et capable d'assurer une grande prospérité au pays.
Il est évident que l'exécution d'un pareil programme exigerait du temps et des dépenses, mais ses bienfaits seraient si immédiats qu'en procédant avec soin on pourrait en cinq ou six années arriver à l'exécution complète, non seulement sans compromettre, momentanément même, les finances de l'État , mais en provoquant au contraire chaque année leur amélioration. D'ailleurs, par l'aperçu que nous venons de donner, il serait facile de déterminer le temps et les dépenses nécessaires.
Il résulterait immédiatement de l'exécution de ces travaux :
1** La substitution progressive au travail manuel, contingent peu productif et très onéreux, celui des machines, tnode de travail, plus expéditif, moins coûteux, plus digne «t permettant en outre de faire les travaux à toute époque ;
î2° Par un système d'ouvrages^ écluses sur les canaux, en rapport avec les moyens de notre époque, les retenues d'eau devenant générales et permanentes, leur plan d'eau plus élevé et plus régulier, les arrosages seraient plus faciles et moins onéreux ; l'abondance d'eau qui en résulterait permettrait la culture de quantités considérables d'excellentes terres restées jusqu'à présent improductives; les revenus de l'État s'accroîtraient avec ceux dés propriétaires, et les indigènes eux-mêmes y gagneraient une augmentation notable dans le taux de leurs salaires.
Tels seraient les effets que nous entrevoyons de Tapplîcation du programme dont nous venons d'exposer les grandes ligdes. Maintenant^ nous allons entrer dans le détail des moyens que nous croyons être les meilleurs pour l'élévation de l'eau pendant l'étiage, question si importante pour l'Egypte qu'elle a toujours préoccupé quiconque a habité ce pays exceptionnel.
Chaque année, divers projets surgissent et tout récemment encore une Société civile a proposé au gouvernement un système complet d'irrigation au moyen de pompes à vapeur embrassant toute la basse Egypte; c'est d'ailleurs le moyen qui se présente à l'esprit de tous ceux qui sentent le besoin si grand d'avoir de l'eau pendant l'étiage dans les canaux.
Le gouvernement lui-même, impatient dans sa sollicitude pour les intérêts généraux du pays et pensant aussi que ce moyen pourrait utilement répondre aux besoins du moment, n'était pas éloigné d'adopter ce système précaire et si peu approprié aux besoins d'un pfiys comme l'Egypte, oii ne se rencontre aucun des éléments industriels pour la construction des machines et aucun combustible pour leur marche et leur fonctionnement.
L'emploi de ce système obligerait donc le pays à recourir à une importation nouvelle qui ferait sortir encore untv
grande quantité de numéraire, non seulement pour les achats des machines, mais encore chaque année ensuite pour l'acquisition obligatoire du charbon.
Pourquoi lui imposer ce nouveau drainage de Tor et ce tribut obligatoire ?
C^est déjà bien assez de ne pouvoir Téviter pour les chemins de fer dont Tapprovisionnement, soumis à toutes les vicissitudes delà politique européenne, peut à un moment donné être entravé et les transports en Egypte gravement compromis.
Or y qu' adviendrait-il si toutes les récoltes du pays se trouvaient sous le coup de pareilles éventualités ?
Le moyen le plus sage et le plus rationnel est donc de remplir les canaux par des barrages sur le Nil, ouvrages qui assureront à jamais Tirrigation naturelle des terres et pourraient au besoin, le cas échéant, suppléer à la voie ferrée pour les transports par le Nil et les canaux qui seront toujours remplis, à toute époque de l'année.
En dehors des avantages résultant de l'exemption du tribut à payer pour le combustible et les machines, il y a ceux même qui résulteraient de la construction qui, aujourd'hui, peut se faire relativement bon marché avec les matériaux du pays et dans un délai aussi prompt que celui qui serait nécessité pour l'installation de tout autre mode d'élever l'eau en grandes quantités.
Le moyen d^élévation de l'eau par des barrages en travers des rivières a été de tout temps reconnu le plus efficace, parce qu'il remplit deux buts à la fois, celui d'élever l'eau non seulement au point où l'ouvrage est construit, mais encore et en même temps sur une longue distance en amont et suivant un plan décroissant avec la distance dans une 'progression constante à la hauteur de retenue et de la pente.
Les riverains ont ainsi la facilité d'utiliser l'eau sur
tout ce parcours et sur chacune des rives du fleuve, puis enfin la. navigation s'en trouve en même temps facilitée notablement.
Un barrage est un ouvrage qui peut se faire, pour la plus grande partie, avec les matériaux qui se trouvent dans le paysy et par conséquent Fargent dépensé resterait sur place; puisqu'il estTobjet d'une répartition du gouvernement qui dépense aux indigènes qui reçoivent, le coefficient de richesse ne subit donc aucun dommage : or un ouvrage de cette nature et de cette importance est une œuvre stable et perpétuelle dans sa durée, l'entretien et la manœuvre en sont relativement insignifiantes comme dépense, il s'y joint une considération des plus intéressantes, à savoir : qu'à chaque plan d'eau de retenue correspond un débit certain d'une quantité de mètres cubes d'eau déterminée, et que nulle fraude ni mauvais vouloir ne peut empêcher l'eau de s'écouler dam les canaux et, par conséquent^ en assure la distribution équitable.
De ce côté le gouvernement serait assuré qu'aucune plainte ne serait possible, tandis que le contingent d'eau à fournir par des pompes, quelle que soit l'activité déployée parle contrôle, donne lieu souvent à discussion.
Ce sont là des avantages si. considérables qu'il suffit do les entrevoir pour en comprendre toute l'importance; l'adoption du double barrage par Méhémet-Ali sur les deux branches du Nil à Foum*el-Bar démontre suffisamment le bien fondé des avantages que nous venons d'énoncer. Nous vendons plus loin, à l'appui de ce dire, le rapport le plus enthousiaste sur les heureux effets que devait produire pour le pays la construction de ce barrage.
Ce rapport a été fait par S. E. Linant-Pacha et signé par les plus éminents ingénieurs égyptiens de l'époque. Aussi a-t-on été surpris que le plus enthousiaste d'entre eux ait, dans ces dernières années, émis des conclusions
22 DES IRRIGATIONS KN KGYPTE.
opposées, et se soit associé aux promoteurs du système' des pompes, après avoir été si convaincu du merveilleux résultat qu'offrait le barrage. Nous avons donè recherché la cause de ce changement d'attitude et nous avons reconnu que lui-même, comme ceux qui préconisent le système des pompes, avait dû être également effrayé par les responsabilités à encourir sur la non-réussite de nouveaux barrages en présence du précédent, encore tout récent qu'il avait devant les yeux, « le barrage de Foum-el-Bar, non achevé et incapable même, dans l'état où il se trouve, de pouvoir être utilisé après avoir tant coûté d'argent et de temps » . Il préféra donc comme pis aller le système des pompes qui lui paraissait sinon meilleur, mais du moins plus prompt à établir et qui surtout lui enlevait toutes perplexités et assurait la quiétude pour l'avenir. C'est là, il faut en convenir, une base de raisonnement très judicieuse au point de vue personnel, mais qui ne détruit en rien les avantages immenses qui existent entre le mode d'élever l'eau au moyen de barrages et celui dQ l'élever au moyen de pompes, surtout si les difficultés à vaincre et les dépenses à faire sont aujourd'hui maintenues dans des limites modérées et économiques.
Mous relaterons ici, pour venir à l'appui de notre exposé, l'opinion d'hommes compétents qui, depuis longtemps, ont étudié la question des irrigations, et nous citerons :
1 •* Le rapport adressé à Son Altesse Méhémet-Ali, en 1 837 , sur l'efficacité qui résulterait de la construction du barrage de Saïdieh à Foum-el-Bar, il y a quarante-sept ans déjà, auquel nous avons fait allusion à la page précédente;
2° Le rapport de la Commission de savants venus en Egypte pour arrêter les bases du projet du canal de Suez, en 1858, il y a vingt-huit ans;
Et enfin le rapport de l'éminent ingénieur Fowler, adressé également à Son Altesse, en 1874.
Ces trois documents émanent d^autorités si compétentes que nous pensons qu'il y a la plus grande opportunité à les reproduire ici, parce qu'ils contiennent des aperçus généraux sur les irrigations en Egypte, intéressants et utiles à consulter aujourd'hui.
l"* Rapport de, la Commission de 1837 (1).
« La commission nommée par S. E. le ministre des « travaux publics, conformément à l'ordre de Son Altesse « le vice-roi en date du H Rabiakher 1284 (1837), s'est « réunie le 19 du même mois sous la présidence du mice nistre.
« L'ordre de Son Altesse porte :
« Ayant creusé cette année le canal du Katatbé (séfi), il « y aura cette année beaucoup d'eau dans la province. « L'année prochaine, ou creusera aussi dans la même proi( vince du Béhéré le canal d'Abou-Diab et, par consé- « quent, on aura par ces deux canaux suffisamment d'eau « pour les arrosages.
« Dans le Cherkieh et le Dakalieh, Ab-der-Aman-bey a (c fait creuser presque tous les canaux séfi nécessaires à (( cette province.
« Pour le Garbieh, avec les canaux qui existent et ceux « qu'on y fera on aura aussi assez d'eau dans cette pro- « vince.
« On voit donc par là qu'il n'y a que la province de « Gallioub pour laquelle les travaux du barrage du Nil « pourraient être nécessaires, mais avec les canaux que « Ton va faire dans le Gallioubieh.
« A quoi alors les barra ff es serviraient-^ils? Et dans le
(1) Cité dans l'ouvrage de S. E. Linant-Pacha sur le projet du barrage à établir à Saldieh.
« cas où ils seraient exécutés, quels seraient les avantages (c comparés aux dépenses de leur cotistruction ?
« La commission, après avoir examiné les différentes (c questions, a reconnu :
« Pour les canaux déjà creusés ou qui doivent l'être séfl « dans les provinces du Béhéré, de Cherkieh et Dakalieh, le « creusement séfi est à recommencer tous les ans, parce « que les canaux servant à la fois pour l'irrigation et « l'inondation se comblent très vite à cause des barrages (t établis sur ces différents canaux, pour retenir les eaux « et les élever afin d'arroser facilement les terres dans (( toutes les saisons ; d'ailleurs le creusement séfi et les (c barrages n'éviteraient pas l'emploi des sakiehs et des « chadoufs pendant les basses eaux jusqu'à 18 ou 20 lieues « de leur prise d'eau dans le Nil et il n'y aurait donc à « cette distance qu'une très petite partie des terrains qui « pourrait être arrosée par de simples saignées aux <( berges pendant les basses eaux.
« D'ailleurs, dans les cas qui malheureusement peuvent « être fréquents, comme cette année et les précédentes, les « canaux séfi, se comblant et ne pouvant être curés dans « Tannée même et tous à la fois, restent à sec et ne (( donnent plus d'eau du NiL
« On peut citer comme exemple le Nanakieh, le Ser- « sawé, le Bagourieh, le Barchibin, qui, cette année, sont « tout à fait à sec, et par cotiséquent le système de ces « canaux séfi, étant même complété, ne peut être consi- « déré comme suffisamment bon pour les provinces sus- (( nommées.
et Que, relativement à la province de Gallioabieh, les <' canaux séfi lors même qu'ils seraient achevés seraient « également insuffisants pour les raisons exposées plus <( haut et que, de plus, dans le Gallioubieh, ces canaux ne 4^ pourraient servir à l'arrosage qu'en élevant les eaux à
« une grande hauteur au moyen de sakiehs ou autres « machines, parce que toutes les terres de cette province « traversée par ces canaux se trouvent à une distance trop « rapprochée des prises d'eau.
(( Il est bon d'observer aussi que la plus grande partie « du Ménoufieh est dans une position plus désavantageuse « que le Gallioubieh pour Temploi des canaux séfi ; car « dans cette partie Tarrosage ne peut se faire que par le « moyen de machines élévatoires, sakiehs, chadoufs ou (( autres.
« Par conséquent, remploi seul des canaux séQ pour ces « diverses provinces, et principalement pour celles de a Gallioubieh et de Ménoufieh, ne peut suffire à tous les « besoins d'irrigations, quelque multiplié que soit le « nombre de ces canaux ; ce qui s'explique d'ailleurs parce « que ces canaux ne peuvent que prendre l'eau à la hau- « teur où elle se trouve dans le fleuve.
(( Le système des canaux ne peut donc être amélioré « que par un autre système pouvant élever les eaux à la « prise d'eau de ces canaux mêmes.
« C'est là le but des barrages sur le Nil, qui dans son « lit même et à la prise d'eau des canaux, ont pour effet « d'élever d'une manière permanente les eaux pour ainsi « dire à la superficie des terrains.
(t La commission arrivée à ce point de son examen a dû « apprécier les avantages généraux des barrages du Nil « comparés aux effets produits non seulement dans la « province de Gallioubieh, mais aussi dans les autres pro- (< vinces, par le système des canaux séfi et l'emploi des « sakiehs, et en second lieu comparer les dépenses de la « construction des barrages avec les bénéfices qu'ils pro- « duiraient et les dépenses nécessaires actuellement par « le système des canaux séfi.
« Les avantages généraux des barrages énoncés par
« M. Linant-bey, discutés d'après les documents et rensei- « gnements fournis par lui sont les suivants :
« l"" L'arrosage possible de 3,800,000 feddans en aval « des barrages dans les plus basses eaux, sans employer « aucune machine, mais seulement par de simples saignées « dans les berges. La moitié de ces terrains pourrait être i( cultivée en produits d'été ou par irrigation ; et il est à « remarquer que dans la culture par inondation pendant « les crues, on pourrait par l'abondance des eaux faire « jusqu'à trois récoltes.
« 2^ L'arrosage de la même manière des teiTains en « amont des barrages jusqu'au Caire, et de ceux jusqu'à (( une distance de 8 lieues au-dessus des barrages par des « tapoutes, comme maintenant dans la basse Egypte seu- « lemerit.
« 3** L'énorme avantage de pouvoir tous les ans, malgré « les mauvaises inondations, les compléter entièrement « dans toute l'étendue des provinces de la basse Égjrpte.
« 4° Pouvoir améliorer sensiblement la navigation pour « les canaux et faciliter les transports si longs et si coû- « teux aujourd'hui.
« S'' Donner au Mahmoudieh assez d'eau dans toutes les « saisons par le canal Katatbé, pour permettre d'y faire « naviguer les plus grandes barques et leur faciliter l'en- « trée et la sortie du Nil à l'Atfé, au moyen de la construc- « tion d'un sas écluse, ce qui ne peut se faire maintenant, « n'ayant pas d'eau à fournir pour la dépense du sas.
« 6** L'avantage de n'avoir plus à creuser que des ca- « naux de 3 ou 4 mètres de profondeur ou nili, au lieu « d'en creuser de séfi, opération si dispendieuse occupant « tant d'hommes qui doivent creuser souvent à 8 mètres « de profondeur, dont deux dans l'eau et dans la boue; « opération qu'il faut recommencer tous les ans pour « beaucoup de canaux.
RAPPORT DE LA COMMISSION I)K \HM. n
(( 7"" L'avantage de pouvoir, dans le kalig du Caice, « avoir une eau courante toute l'année à la hauteur de « celle des inondations, sans avoir besoin de creuser le « canal plus qu'il ne l'est; et il est à remarquer que l'on « ne peut atteindre ce but d'avoir l'eau au Caire, intention « spéciale de Son Altesse, sans d'énormes frais seulement « pour ce canal.
« S"" Entretenir sans aucun frais Teau dans l'ancien « canal de Suez, qui conduisait autrefois par Ras-el- (( Ouadie à Birk-el-Timsah sur la route de Syrie et dans (( les lacs Amers, ce qui alors donnerait dans ces lieux « beaucoup de terrains cultivables à ensemencer ou à (c mettre en pâturages pour y nourrir des troupeaux qui « n'auraient pas à souffrir comme en Egypte, soit de « l'humidité, soit de pâturages peu convenables; déplus, «< par ce facile écoulement d'eau on pourrait former vers (« la Syrie, de Suez à la Méditerranée, par des inondations « une frontière naturellement fortifiée alors par des lacs » et des marais que l'on formerait facilement.
c< 9"* La suppression des sakiebs et des chadoufs.
« La comparaison des bénéfices dus aux barrages avec « les dépenses de leur construction présente les résultats (( suivants :
« Bénéfices dus à l'augmentation des cultures, - — Les « barrages étant construits, les terrains anciennement a cultivés par irrigation au moyen de sakiebs, tapoutès et « chadoufs, deviennent plus facilement cultivables, de (( sorte qu'un même nombre d'hommes peut cultiver une « plus grande quantité.
« La commission admet qu'il faut un homme par feddan « pour la culture par irrigation, indépendamment des « hommes employés aux sakiebs, tapoutès et chadoufs. « Cela posé, il y a environ 100,000 hommes employés à « ces sakiebs, tapoutès, etc., dans la basse Egypte, et
(( environ 600,000 occupés à cultiver 600,000 feddans asnaf « {ou produits (Pété, cotons, riz, etc.), à raison d'un homme « par feddan; ce qui fait ensemble 700,000 hommes.
« Le barrage fini, les sakiehs, tapoutes, etc., sont supa primées et, la culture étant devenue plus facile, la corn- « mission admet qu'un homme employé auparavant à la « culture d'un feddan pourra suffire à la culture de trois i< feddans, et ce chiiïre est pris au plus bas possible.
.((D'après cette base, les 700,000 hommes disponibles « pour la culture pourront cultiver 2,100,000 feddans, (( ce qui fait 1,500,000 feddans en plus de ce qui existe (( aujourd'hui, par le moyen des canaux séfi.
(( Sur cet objet déjà, le bénéfice du cultivateur sera triplé.
« Gommé culture générale, au lieu du nombre de (( â, 140,000 feddans actuellement cultivés par inondation (( et par irrigation, il y en aurait 3,649,000, ce qui est près (( de la surface cultivable de la basse Egypte, évaluée à (( 3,800,000 feddans.
(( Pour le gouvernement, on peut évaluer le bénéfice dû « H cette augmentation de culture de la manière suivante :
a Ou bien les 1,500,000 feddans en plus seront cultivés « en denrées non achetées par le gouvernement, et alors a le bénéfice aura lieu par l'impôt seulement qui, à raison (( de 45 piastres par feddan, terme'moyen donne, pour les « 1^500,000 feddans rendus à la culture une somme de « 67,500,000 piastres; ou bien la moitié de ces 1,500,000 « feddans, ou 750^000, seront cultivés en denrées achetées (( par le gouvernement, et alors, indépendamment de la « recette par les impôts de 67,500,000 piastres, legouver* (( nement faisant par la vente de ces denrées qu'on ne « peut évaluer au-dessous de 100 piastres par feddan, soit « pour les 750,000 feddans 75,000,000 de piastres, le « bénéfice total serait de 142,5.00,000 piastres ; ou. bien (( enfin la totalité dés feddans, 1,500,000, sera cultivée en
RAPPORT DE LA COMMISSION DE i837.
denrées achetées par le gouvernement et alors le bénéfice à joindre à Timpôt, qui est de 67,800,000 piastres, serait de 150,000,000 piastres, ce qui porterait le bénéfice du gouvernement au total do âl7,S00, 000 piastres.
« Or, d'après le devis, la dépense totale des barrages, y comprîslesécluses,lesquais,etc., s'élève à 188, 163,280 piastres, d'où il résulte qu'en adoptant une des hypothèses ci-dessus, les dépenses des barrages pourraient être couvertes par cette seule classe de bénéfices dus aux barrages en une année et au plus tard en trois années de produit.
« Mais les bénéfices dus aux barrages ne sont pas bornés à un seul résultat; il en est d'autres dont voici rénumération :
« Bénéfices réalisés parla suppression de travail annuel, auquel donnent lieu les travaux des canaux séfi. « La mise en exécution des barrages amène aujourd'hui la suppression des travaux indiqués dans le tableau suivant :
LOCALITES.
Gherkieh. .
Dakalieh.
Garbieh. . .
Ménoufieh .
Béhéré. . .
Gallioubieb