‹ L'élagage des arbres;Chapitre 11 sur 41 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

L'outil essentiel pour élaguer convenablement est une serpe à

Instrumenés à employer.

lame droite. Toute la réussite dépend de la netteté de la coupe, et il est impossible de la pratiquer convenablement avec les différentes serpes à lame courbe en usage dans la plupart des contrées de la France. La meilleure sans contredit est la serpe en forme de couperet (fig. 17), employée depuis es à longtemps par quelques élagueurs de

forcée. Moatle Flandre et perfectionnée par M. de

RE Courval. Son poids doit être assez élevé ;

gueurtotale 1l varie habituellement entre 1250 et

CFO RE 1500 grammes, et peut mème le dépasser, suivant la force de l’ouvrier.

Pour avoir plus de coup, la lame est renforcée vers le milieu, ce qui con-

Fig.18.- Crochet Serve le poids sous une momdre surporte-serpe. face et rend le tranchant plus solide!. 1 On peut se procurer tous les instruments d’élagage chez . M. P. Moine-Bourgine, taillandier, 10, rue Saint-Placide, à Paris. Leur bonne qualité et la modération des prix m'en-.

L'ouvrier du Nord la porte habituellement suspendue à un crochet de fer (fig. 18) passé dans une courroie bouclée autour du corps (fig. 49). Il est ainsi libre de ses mouvements, mais pendant le travail ce mode de suspension n’est pas toujours sans inconvénients : la serpe peut se trouver accro-

Fig. 19. — Serpe portée Fig, 20. — Serpe portée en ceinturon. en bandoulière.

chée par quelque branche et tomber ; sans compter la difficulté et le temps perdu pour aller la ramasser, on aurait alors à redouter des accidents s’il se trouvait quelqu'un au pied de larbref.

gagent à recommander ce fabricant. On trouvera la nomenclature des principaux à la fin de ce volume.

1La maison Moine-Bourgine fabrique de nouveaux crochets d’un modèle fort ingénieux à l’aide desquels la serpe ne peut plus tomber.

Lorsqu'on a affaire à des arbres très-élevés et d’un accès difficile, il est donc préférable de passer la courroie en bandoulière; la serpe se trouve suspendue sous le bras et ne risque plus de tomber (fig. 20). En pareil cas, certains ouvriers sont dans l'usage de fixer solidement autour de leur ceinture une corde qui entoure l'arbre et les soutient au besoin.

La hachette est un autre outil très-nécessaire et qui facilite beaucoup la besogne; elle se manie d’une seule ou des deux mains, et sert à abattre les grosses branches, les protubérances cariées, les chicots desséchés, lesquels sont souvent d’une extrème dureté et peuvent émousser ou ébrécher le taillant de la meilleure serpe.

Enfin la scie peut rendre de grands services, notamment pour enlever de gros-chicots, mais elle exige une grande habitude, en sorte qu’on ne doit pas la recommander indifféremment à tous les élagueurs.

Écheïles. — Chaque ouvrier doit être muni d’échelles légères et proportionnées à la hauteur du tronc des arbres sur lesquels il doit opérer; il est important qu'elles soient un peu plus larges à la base qu'au sommet. M. de Courval recommande d’en appointir les montants, par en bas, pour les empêcher de glisser sur le sol ; c’est une excellente prétaution, mais elle ne suffit pas, car il est indis=

très-rares exceptions,

pensable de maintenir le sommet de Péchelle à l’aide

d’une forte cordeæui embrasse le tronc de l'arbre

et s’oppose à ce qu’elle tourne ou à ce qu’elle soit

renversée par la chute des branches (fis. 21). Le

métier d’élagueur serait :

très-dangereux s’il n’était exercé avec la plus srande prudence; mais en observant les précautions que nous indiquerons, oh se préservera facilement des accidents.

Des griffes ou

éperomns. — Sauf de NS \

quand il s’agit de traiter D Re a enno ou

des arbres gisantesques : He de l’arbre par une corde. Au dernier barreau est suspendu le

on ne doit jamais se Ser- vase de coatar.

vir de ces griffes ou épe- |

rons employés par certains élagueurs nomades, que

je conseillerai toujours de repousser.

Ces hommes, payés à tant par pied d'arbre ou en raison du bois qu’ils abattent, n’ont qu’un but, savoir de couper le plus rapidement possible la plus grande quantité de bois; ils sont généralement recherchés par les fermiers auxquels leurs baux accordent le produit de l'élagage. Ceux-ci ont un

double intérêt à faire ainsi mutiler les arbres : le premier, de se procurer du bois; $# second, d'éviter à leurs récoltes un ombrage plus ou moins préjudiciable. Plus l'arbre souffrira, moins il les gènera : que leur importent sa valeur et sa conservation?

L'usage des griffes, même employées par des hommes moims dangereux, doit donc être proscrit toutes Îles fois qu’il y a moyen de se servir d’échelles. tout particulièrement sur-les arbres jeunes dont l'écorce morte ou liége n’a pas acquis une épaisseur suffisante pour pouvoir supporter impunément l'atteinte de ces horribles pointes de fer; elles détermineraient une foule de plaies, dont le moindre inconvénient serait de favoriser le long du tronc le développement d’une multitude de rejets parasites. De plus, la trace de ces griffes se retrouve toujours dans le bois, même après de longues années, et en déprécie singulièrement la valeur.

L’ouvrier chargé d’élaguer un bois doit être bien pénétré de l’importance des intérêts qui lui sont confiés. (est de lui que dépend l'avenir : son travail, selon qu'il est bien ou mal exécuté, devient la plus utile ou la plus désastreuse des opérations. Voilà pourquoi de très-habiles forestiers en sont arrivés à répudier l’élagage; mais leurs craintes sont exagérées et rien n’est plus facile que d’écarter les graves inconvénients que nous avons signalés.

Avant tout, l’élagueur examinera d'en bas et avec

attention l’arbre sur lequel il va opérer, il en fera

le tour à une certaine distance, afin de se rendre bien compte des branches principales qu'il doit raccourcir où supprimer pour attemdre la forme voulue.

Au premier abord cela peut embarrasser les personnes tout à fait novices. J'ai donné le nom de dendroscope à un petit instrument bien simple et dont la figure 22 montre l’emploi. [l consiste en une planchette ou un morceau de carton, une carte à jouer par exemple, dans lequel on a découpé un vide traversé de haut en bas par un fil et semblable à la figure qui représente la forme indiquée pour la catégorie à laquelle l’arbre appartient (fig. 13, 14, 15 et 16). On le place à la hauteur de l’œil en re-

gardant Parbre de manière à faire coincider la base

avec le pied et le haut avec le sommet de Parbre; il est aimsi très-aisé de voir au premier coup d'œil quelles sont les principales opérations à faire. Un dendroscope est placé à la fin du volume.

Se rappelant que dans les circonstances habituelles la première condition de beauté et de vigueur d’un arbre est qu'il soit vertical!, et que la tête, bien d’aplomb sur le tronc, soit équilibrée de ma-

1 La ligne verticale est celle qui suit la direction du fil à plomb.

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APPLICATION GÉNÉRALE DU SYSTÈME. 39 mère à ne l’entrainer ni d'un côté ni de l’autre, tous ses efforts tendront à établir cet équilibre.

La tête, dont la hauteur est, dans un même sol, subordonnée à la grosseur du tronc et à l’époque où a été commencé l’élagage du sujet, doit toujours avoir

Fig. 23. — Chêne de so':aate ans environ. Établissement de la flèche au moyen d’une branche verticale d'aplomb sur le tronc.

la forme ovoïde, ainsi qu'il a été dit précédemment. De là 1l résulte qu'il faut

Choix de la flèche.

choisir, pour former la flèche, celle des branches verticales du sommet qui est plus d’aplomb sur le tronc, et Je dirai comme règle absolue, du moims pour les baliveaux et les modernes, que toutes les fois qu'une branche verticale de la cime (fig. 23)

se trouve d’aplomb sur le tronc ou même sur un point quelconque du tronc, elle doit être conservée comme flèche unique.

Il est complétement mdifférent que ce soit la flèche primitive ou une branche secondaire. On raccourcit toutes les autres branches à son profit, pour former la charpente de l'arbre, qui se redressera en peu d'années de façon à surprendre tous ceux qui n’ont pas été témoin des effets d’un élagage raisonné, mais dont on se rendra compte facilement en se rappelant les résultats obtenus par les jardiniers, qui élèvent des tiges parfaitement droites, tout en rabattant chaque année la tète de leurs arbres fruitiers.

Si aucune des branches verticales de la cime n’est d’aplomb sûr le tronc, on en conserve deux, trois “ou plus, de manière à former une tête dont l’ensemble offre bien ce caractère (fig. 24). Si l'arbre est encore Jeune, baliveau où moderne, il faut tàcher d'établir cet enfourchement au-dessus du tiers au moins de la hauteur qu'il est supposé devoir attemdre.

En montant sur l’arbre, l’ouvrier, après avoir solidement fixé son échelle à l’aide de la corde suspendue au dernier barreau , a soin d’enlever'le long du tronc toutes les petites branches mortes ou vivantes qui pourraient le gèner dans ses mouve-

APPLICATION GÉNÉRALE DU SYSTÈME. A ments, ou seraient incapables de le supporter; car il suffirait, pour déterminer une chute dangereuse , qu'il mette en descendant le pied sur une branche pourrie ou trop faible.

DÆ

Fig. 24, — Tête irrégulière, chêne auquel il n’est pas possible de constituer une flèche.

Haccoureissement des branches echarpentières. — Arrivé au sommet de l'arbre, car c'est toujours par là qu'il faut commencer, élagueur forme donc sa flèche avec la branche choisie, et constitue la tête avec cette flèche unique, ou avec plusieurs branches s'il n’a pu faire mieux. Il raccourcit ensuite les branches charpentières trop longues, et surtout celles qui se rapprochent de la

direction verticale et que l’on nomme avec raison gourmandes, parce qu’elles prennent une vigueur excessive aux dépens de la flèche. On voit que le point à choisir pour opérer le raccourcissement est celui où la branche devient verticale (A et B, fig. 25).

Fig. 25. — Double raccourcissement de la branche charpentière. — A, Branche gourmande. — B, Branche secondaire. — C, Branche d'appel.

Autant que possible, ce raccourcissement doit s’opérer au delà du point de départ d’une ou de plusieurs branches secondaires; celles-ci, à leur tour, subissent la même opération si on le juge nécessaire, au delà d’un rameau, de façon à changer complétement la direction de la bränche et à diminuer sa vigueur pour la reporter dans la flèche au profit de l’arbre tout entier.

Branches d'appel. — On donne le nom de

branche d'appel, rameau d'appel, à la branche, au rameau ou, à défaut, au bourgeon conservé à lextrémité de Ë Ménètie raccourcie. Son nom indique ses fonctions, qui sont d'attirer, d'appeler la séve nécessaire à la végétation. Quelquefois la longueur des branches est telle qu'il est impossible à lélaqueur d'attendre le point où se développent les rameaux d'appel. Pour le chène, qui bourgeonne trèsfacilement, cela n’a pas grand inconvénient, si ce n’est pour le coup d'œil; et pourvu que la portion de branche conservée soit d’une certaine longueur, de 3 à 5 mètres par exemple, si elle est volumineuse et sur un gros arbre, on est toujours assuré qu'il se développera'une quantité de bourgeons bien suffisante pour entretenir la végétation. — Il n’en est pas de même sur le hêtre, qui bourgeonne beaucoup moins que le chène; il faut donc toujours, sur cet arbre, opérer le raccourcissement au delà de branches ou rameaux d’appel bien établis.

Suppression de l’une des doubles branches.

Lorsqu'une branche est double près du tronc ou géminée, la base grossit toujours trop. On supprimera l’un des bras À fig. 26); mais, par contre, si les ramifications sont nuisibles près du tronc, elles sont nécessaires à l'extrémité des branches. Toutes les fois qu’on le peut, les branches raccourcies doivent, par conséquent, se terminer par

des fourches horizontales, ce qui leur conserve un aspect naturel et divise la séve en prévenant le développement de pousses trop vigoureuses, qui, se redressant, seraient le point de départ de nouvelles flèches ou de branches gourmandes. La mème raison

Fig. 26. — Kuppression de l’une des doubles branches A. — Conservation de fourches horizontales à l'extrémité des branches raccourelics.

oblige d'abattre toutes les branches où rameaux

avant une direction verticale ou insérés au-dessus

de la branche raccourcie, pour éviter leur tendance

à prendre un trop grand développement au détri-

ment de la flèche (fig. 27).

Gette prescription, très-essentielle pour les jeunes arbres, n’a pas le même intérêt quand il s’agit de sujets âgés chez lesquels l'ampleur de la tête s’oppose au développement des branches gourmandes ;

il faut, au contraire, chez ces derniers, prolonger avant tout l'existence des branches raccourcies.

Il est presque superflu de dire qu’on ne doit con-

server que les branches charpentières dirigées vers

l'extérieur de larbre, et que celles qui par une

Fig. 27. — Inconvénient üe la conservation d’un rameau sur le essus de la branche raccoureie. — A, Rameau conservé sur le dessus et ayant pris un développement exagéré. — B, Rameau d'appel conservé en dessous et suffisant pour entretenir la végétation de la branche sans lui donner trop de vigueur, |

cause quelconque se replient vers l’intérieur de la

circonférence, doivent être retranchées, de même

que celles qui sont trop pendantes; le plus souvent

il suffira de raccourcir les unes ou les autres pour

leur donner une bonne direction.

Lorsque plusieurs branches se sont développées

à la même hauteur et forment ce que les botanistes

appellent un verticille, on évitera de les supprimer

toutes en même temps, afin de ne pas entamer l’écorce sur une trop grande surface, ce qui nuirait à la circulation de la séve. On ne doit en couper qu’une ou deux à la fois, pour y revenir quand les premières plaies seront recouvertes.

Tout en descendant, l’ouvrier a soin d’enlever le bois mort ou mourant, dont la présence est toujours une cause d’altération pour lParbre; il y aurait aussi grand avantage, surtout pour les jeunes réserves, à faire tomber avec le dos de la serpe les lichens et végétations parasites situés sur la flèche et sur le tronc. Le plus dangereux des parasites, le oui, doit être toujours abattu, mais on ne réussit à s’en débarrasser qu’en retranchant la portion de branche qui le porte. :

Je ne saurais trop insister sur la nécessité de commencer l’élagage par le sommet de Parbre : c'est le seul moyen d’étager bien régulièrement les branches ; mais 1l est un motif plus sérieux encore, celui de la sécurité de l’élagueur.

Un moment d’oubli de cette recommandation, cent fois renouvelée, a failli récemment amener un srand malheur. Un excellent ouvrier termimait la taille d’un hêtre, il ne lui restait plus qu'à raccourcir deux branches assez minces, mais très-longues (A et B, fig. 28); il eut la mauvaise inspiration de couper d’abord la plus basse; les rameaux de l’ex-

trémité se trouvant enchevêtrés, la branche B en tombant entraïna la branche À, qui se brisa sous le poids de la première, et, frappant l’élagueur à la tête, lui fit une grave blessure et le précipita d’une hauteur de sept à huit mètres.

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JB

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