‹ L'élagage des arbres;Chapitre 15 sur 41 · AGES · texte numérisé non relu

AGES

ses plus beaux baliveaux inclinés jusqu’à terre. La

chute des arbres voisins lors de la coupe, ou le

poids du feuillage de leur propre tête dans le cou-

rant de l'été suivant, produisent

| également ce fâcheux résultat.

Toutes les fois qu’on le peut,

! 1l faut les redresser et les fixer

à l’aide d’un fil de fer à un

. arbre voisin, à une branche et . non pas au tronc, car le fil de

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fer couperait l’écorce et pourrait nuire à un gros arbre pour le bien d’un jeune. Par la même raison, le fil de fer doit être attaché à une branche, et ja-

mais, autant que possible, à la

tige du baliveau.

S 1l est impossible de redres-

Fig. 40. — Suppression de l’une des flèches d’un baliveau double.

ser ce dernier (fig. 41), il ne reste qu’un moyen

pour éviter de le couper au pied,

c’est de le rabattre

à quelque distance dê la courbe occasionnée par l’inclinaison de la tête, au point À, de cinquante centimètres à un mètre par exemple, et au-dessus

d’un rameau CG, qui, tout en empêchant le tronçon

de périr, servira de lien pour maintenir dans la direction verticale la jeune branche B, destinée à

former une nouvelle flèche.

Le tronc se relève, on le soutient au besoin à

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Le 41, — Baliveau incliné.

| l’aide dun étai Ur (fig. 49) et il ne tarde pas,

Fig. 42. — Redres.

sement d’un baliveau incliné,

sil est d’ailleurs dans de bonnes conditions, à devenir un très-bel arbre.

Il faut d'autant moins négliger toutes ces pratiques, que nous avons insisté sur l'utilité d'augmenter le nombre des réserves dans les coupes.

Difficulté de trouver dans les coupes le nombre voulu

de baliveaux. Malheureusement 1l est un fait incontestable, c'est qu'il est souvent impossible de

trouver une quantité suffisante de

baliveaux, tandis qu'il est constant, d’après le té-

moignage de tous les vieux bücherons, qu'il y a cinquante ans encore, on en rencontrait en abondance dans la plupart de nos forêts.

À quoi attribuer cette disparition subite? On ne peut admettre un soudain appauvrissement du sol; cette rareté croissante des baliveaux de chêne ne serait-elle pas due à l’éloignement du bétail? Seraitil absurde de prétendre que le piétinement des bestaux, admis au pacage dans les taillis défensables, enterrait le gland à une profondeur suffisante, lui donnait une fumure, le mettait, en un mot, dans des conditions éminemment favorables à la sermination? Sans vouloir m’éloigner de mon sujet de lélagage, je livre cette simple observation aux hommes compétents.

Ce qui est sûr encore, c’est qu’à l’heure qu'il est les baliveaux de chêne ne manquent pas- dans les bois fréquentés par les cerfs, les sangliers et dans ceux où les pores vont à la glandée.

Tous les naturalistes reconnaissent l’action incessante du règne animal dans la production des plantes de toute espèce, des insectes dans la fécondation, des oiseaux dans les ensemencements et en particulier dans les ensemencements forestiers.

L'homme, lorsqu'il prétend se faire conservateur, n'aoit-il pas souvent dans un sens contraire au but

qu'il se propose, en détruisant ou en éloignant aveuglément de précieux et innocents agents de propagation? La grande question est d'agir avec une sage mesure.

Baliverux sur souche. — Quoi quil en soit, le manque de baliveaux francs de pied force en maintes circonstances les forestiers à conserver des sujets qui ne sont que des brins de taillis sur souche. Ce mode est généralement réprouvé, mais il est souventinévitablepour

atteindre le nombre voulu. Il y aurait alors

Fig. 43. — Baliveaux sur souche.

| presque toujoursavantage à conserver plusieurs de ces brins de taillis sur la même souche, au lieu d’un seul. — Supposons, par exemple, que le baliveau réservé se trouve au point À (fig. 43) : le reste de la souche meurt, le baliveau sera d'autant moins beau que, d’un côté au moins, celui de la souche qui est censée lui fournir sa subsistance, son pied sera dépourvu de racines et bientôt ne reposera plus que sur du bois en décomposition. Dans le cas contraire, une multitude de rejets se développent, forment une nouvelle cépée et empêchent le baliveau de profiter. Si, au lieu de

ÉTUDE DES QUATRE AGES. 69 cela, on conserve deux ou plusieurs brins, suivant la forme et l’étendue de la souche, toutes les racines de celle-ci continueront à fournir les aliments puisés dans le sol, et chacun d’eux en sera plus vigoureux. |

Il ne faut donc pas hésiter, quand on manque de beaux baliveaux provenant de glands, à conserver des groupes de deux ou plusieurs brins sur des souches jeunes encore et placées dans de bonnes conditions. Chacun de ces brins prendra autant d’accroissement que s’il était seul, et non-seulement on trouvera à la coupe suivante de superbes billes pour le chauffage, mais si l’on veut les laisser encore sur pied, on obtiendra souvent de magnifiques arbres jumeaux. Cet exemple est très-commun dans les anciennes futaies. Le charme, le châtaignier, le hêtre, offrent sur ce point les mêmes avantages que le chêne. |

MODERNE. — On a vu que dans les bois aménagés à de courtes périodes les soins à donner aux baliveaux sont parfois difficiles. Il n’en est pas de même du moderne. Celui-ci réclame toute l'attention de l’élagueur, comme le plus important, tout en étant le plus aisé à traiter, car il est peu d'arbres de cette catégorie qui ne soient en état, sinon d’être redressés complétement, au moins d'être sensiblement améliorés, si l’on opère hardimentet ju-

dicieusement les suppressions et les raccourcissements nécessaires (fig. 44 et 45).

. À la vérité, bre ainsi traité paraitra souvent

Fig. 44. — Moderne de 40 ans éla- Fig. 45. — Moderne de 60 à 70 ans. gué pour la première fois. — Premier élagage (2e année). fort dénudé au premier abord, mais au bout d’un petit nombre d'années, sa tête aura repris un développement suffisant. Les branches basses, dont l’accroissement exagéré avait souvent empêche la bonne venue des autres branches, étant suffisamment raccourcies, les couronnes s’étagent convenablement. On peut encore, dans la plupart des cas, conserver une flèche unique, ce qui est toujours préférable.

Enfin la tète de l'arbre le plus défectueux pourra presque toujours être ramenée à un ensemble régulier. On évitera ainsi les accidents pour lui-même et il ne sera pas plus nuisible au tallis environnant (fig. 46).

ANCIEN. — Ii va sans dire que les arbres âgés exigent plus de ménagements que ceux qe Jeunes encore, peuvent être pour ainsi dire entièrement remis à neuf. Il n’est plus question de leur constituer une flèche ni de les faire grandir; 1l ne s'agit donc que de bien régulariser leur tête en raccourcissant

les branches trop longues, iso-

lées ou pendantes qui détrui- Fig. 46. — Moderne mal . 54 . conformé. — Premier raient l'équilibre, pourraient he

déterminer la roulure , être brisées par les vents, le givre et les neiges, ou porter préjudice à leurs alentours.

On leur donne ainsi la forme voulue d’un ovoïde plus ou moins arrondi (fig. 47 et 48), en se rappelant que les branches basses doivent ètre les plus courtes, mas sans oublier que c’est particulièrement à cette catégorie d'arbres que s’applique la recommandation de ne pas tomber dans l'excès contraire.

Il faut donc tàcher de laisser de 2 à 4 mètres de lonœueur at INOInS aux tronçons conservés au Corps de l'arbre, davantage même s'ils sont dépourvus de bonnes branches d'appel. On se souviendra aussi

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Fig. 47. Fig. 48.

Chênes de cent ans environ, élagués pour la première fois (2e année).

que, sur le hêtre, on ne doit jamais pratiquer un raccoureissement qu’au delà d’une ou plusieurs branches ou rameaux d’appel.

La juste mesure à observer dans les raccourcissements est sans contredit la plus orande difficulté pour les élagueurs novices. Il ne faut pas trop s’en

effraver, et si quelques branches venaient à mourir, on en serait quitte pour les rabattre au moment de émondage, ainsi qu'il sera dit plus loin (page 84).

On peut couper rez-tronc deux ou trois branches suivant les nécessités, et s’il faut éviter de faire de tropnombreuses plaies, re il y a encore plus d'in- S convénient à conserver des branches épuisées qui ne tarderaient pas à mourir et produiraient par la suite ces cavités que nous vou- Jons avant tout éviter.

Onne manqueraitpour-

tant pas d'en accuser

Fig, 49, — Cheminées.

Des cheminées. — Lorsque près d'un arbre ancien se trouve une jeune réserve destinée à le remplacer, il est important que les branches du premier ne viennent pas gêner sa croissance. Dans ce cas, il ne faut pas hésiter à pratiquer du côté du jeune arbre des raccourcissements de branches beaucoup plus rigoureux qu'on ne l'eût fait si l’ancien avait été isolé (fig. 49).

M. de Courval appelle cela faire des cheminées.

VIEILLE ÉCORCE.: — Si l'arbre s’est trouvé dans

de bonnes conditions, la longueur du tronc doit avoir du tiers à la moitié de la longueur totale. Les opérations à pratiquer diffèrent peu de celles qui ont été indiquées à l’âge précédent. On doit enlever soigneusement tout le bois mort ou mourant, mettre à vif toutes les anciennes plaies qui ne sont pas recouvertes et dont nous verrons le aitement plus loin.

On y trouve souventdes irousdont un seul suffisaitpour perdrel’arbre; nous dirons également comment on doit arrèter les progrès du mal

| (page 77). On raccour- Fig. 50, — Vieille écorce après un

A cit toutes les branches

trop longues, isolées ou nuisibles au taillis environnant. Enfin on peut encore, si on le juge utile, couper rez-tronc une ou deux branches basses, en se souvenant que cette opération peut se faire sans inconvénient et que le résultat sera toujours de reporter la végélation vers la cime (fig. 50).

On voit que, quel que soit l’âge d’un arbre, da

ÉTUDE DES QUATRE AGES. 71 besoin du travail de lPélagueur. Des soins bien entendus prolongeront son existence et conserveront toute sa valeur.

Je citerai pour exemple un chêne de 200 ans environ, croissant sur une haie et qui avait souffert

Fig. 51. — Portion du tronc d’un Fig. 52, — Aspect du tronc du chêne, épuisé par l'abandon et même chêne, deux ans apres les mauvais élagages. le traitement.

autant de l’ineurie que des mutilations dont il avait été l'objet. Sa tige, dans la partie basse du moins, était parsemée de tronçons desséchés (fig. 51) et de protubérances qui recélaient des trous, mais portaient des rejets vigoureux , tandis que la cime commençait à se couronner: l'arbre était en pleine voie de décrépitude.

Ïl n’a pas fallu sur un espace de quelques metres faire moins de sept plaies de 30 à 60 çentumètres, sans compter celles de moindres dimensions (fig. 52).

À la suite de ce traitement sévère, arbre devenu parfaitement sain a recouvré une vigueur étonnante . (fig. 53); la séve, n'étant plus entravée par toutes | ces parties malades, a repris librement son cours; la tête a reverdi et les plaies se cicatrisent avec une grande rapidité.

On ne peut nier que si ce chêne eùt été abandonné dans l’état où il se trouvait, ou qu'on se fût contenté de rabattre, comme on lavait fait jusqu'alors pour obtenir des

fagots, les rejets survenus

Fig, 53. — Chêne de 2m,50 environ à l’empâtement des brande circonférence, ayant recouvré sa vigueur par le seul fait

de nombreuses et larges ampu- pées ou mortes naturelletations.

ches antérieurement cou-

: ment, l'arbre aurait continué à dépérir,- son corps se serait entièrement pourri et il n’eût plus été bon qu'à donner du bois de chauffage de médiocre qualité.

Aux veux de quelques personnes, il semblera peut-être régner une contradiction entre la suppression de plusieurs branches, recommandée comme avant pour résultat de raviver un chêne épuisé, et

le principe émis au commencement de ce petit livre (p. 14) sur le rôle des feuilles dans la nutrition de l'arbre. Or, dit-on, l’élagage ne peut qu'être funeste, puisqu'en retranchant des branches vous détruisez par là même ces précieux organes foliacés dont elles sont les supports. Cette objection provient d’une erreur assez accréditée.

On prétend quelquefois que Ia bonne végétation des arbres dépend du nombre de leurs feuilles. De leur nombre, non; de leur surface, £’est tout une autre chose. Voyez ce qui se passe journellement dans les pépinières ou dans les plantations : des plants provenant de semis, âgés de plusieurs années, porteront, si vous voulez, vingt ou trente feuilles : le jeune arbre est gros comme un tuyau de plume et ne profite pas; coupez-le par le pied au printemps, vous aurez en cinq mois un $CION vigoureux, gros comme le doigt et ne portant que huit à dix feuilles d'une dimension supérieure; le nombre sera momdre, la surface plus grande. Voilà ce que produit lélasage, dont plusieurs opérations, universellement pratiquées , sont connues sous le nom parfaitement exact de rajeunissement. Que l’on veuille bien se rappeler d’ailleurs notre insistance pour la conservation, à l'extrémité des branches, de ramifications horizontales destinées à développer de grandes quantés de feuilles, pour la disposition, par étages, des

branches qui ne se nuiront plus les unes aux autres, seront exposées aux rayons ohbliques du soleil et offriront une immense surface d'absorption; on verra alors que cette prétendue contradiction n’existe pas ei que nous arrivons au contraire à obtenir la plus grande superficie foliacée, tout en occupant le moindre espace possible, ce qui constitue assurément la solution d’un intéressant problème de sylviculture. |

Des tres-vieux arbres. — Au point de vue du produit, il est clair qu’on doit, à chaque coupe, abattre les arbres qui ont cessé d'augmenter de valeur. Je suis bien loin cependant de blâmer la conservation dans les forèts de quelques chènes âgés de plusieurs siècles. Au contraire, on est heureux de rencontirer à un carrefour, sur une lisière, un de ces respectables vétérans qui ont abrité nos aïeux. Ils méritent d'autant plus de soins qu'ils deviennent chaque jour plus rares, mais ils ne sont plus considérés comme valeur commerciale ; nous n'avons donc pas à nous en occuper ici, nous en dirons quelques mois à l’article des arbres isolés.

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