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CHAPITRE V

TRAITEMENT DES ANCIENNES PLAIES NATURELLES OU ACCIDENTELLES. — ÉMONDAGE DES REJETS.

Bes écorechures, plaies anciennes, ulcères, gouttières ete. — Toutes les fois qu'il existe sur le corps des arbres quelques plaies, écorchures ou soulèvements d’écorce occasionnés par le frottement des voitures ou par toute autre cause, il faut mettre la blessure à vif Jusqu'à l’endroit où l'écorce est bien en végétation et adhérente à l’aubier. car, une fois soulevée, l’écorce ne se recolle jamais. Quelques personnes soigneuses essaient bien parfois de la fixer au tronc de l'arbre avec des clous ou par d'autres procédés, soit dans lPespoir d’une* reprise sans exemple, soit pour conserver à l’aubier Pabri de son vêtement naturel; malheureusement ces précautions ont un résultat tout opposé à celui qu'on en avait attendu: la séve qui se trouve dans Pécorce et dans le bois attire par sa décomposition des nulliers d'insectes, lesquels y trouvent un excellent abri et une nourriture abondante, s’y multiplient ef activent la carie de l'arbre. |

En pareil cas il faut enlever foute la portion d’écorce décollée, en donnant à la plaie une forme

bien régulière, surtout par en bas: car on sait déjà que si on laissait une portion d’écorce À (fig. 54) même adhérente au tronc, sans communication avec les feuilles, elle ne tarderait pas à se dessécher, puis à pourrir. — On appique alors le pansement au coaltar.

L'exemple que nous citons se rencontre fréquemment sur les vieux arbres des promenades de Paris, notamment sur lesplanade des Invalides, où les soms que nous recommandons ici ont été

pratiqués récemment! et de la manière Ja plus satisfaisante.

Soulèvements d’écoree non apparents.

— Îlest essentiel de visiter attentivement le pied des arbres, surtout lorsqu'ils commencent à vieillir; on trouve souvent là des causes de mort et on est tout étonné de reconnaitre que de larges portions d'écorce sont détachées du tronc sans que rien lindique si ce n'est le son creux rendu quand on frappe avec le dos de la serpe. Non-seulement la circulation de la séve n’a plus lieu, mais une foule d'insectes et de larves v ont

1 Fin de 1863.

TRAITEMENT DES ANCIENNES PLAIES. TE fixé leur séjour et travaillent à la destruction de l'arbre. Il faut enlever avec soin jusqu’au vif toutes les parties d’écorces mortes, au risque de faire des plaies énormes, et par une bonne application de coaltar aller poursuivre jusque dans leur demeure tous ces ennemis cachés. Le travail réparateur commence immédiatement, et dans un temps donné ces pluies peuvent être entièrement recouvertes.

On doit également apporter une grande sollicitude aux meurtrissures causées par la chute d'arbres voisins. Souvent elles ne sont pas apparentes, même après plusieurs années, et on ne peut reconnaitre leur présence que par le moyen indiqué ci-dessus, c'est-à-dire le son creux rendu en frappant avec le dos de la serpe; les soins sont les mêmes.

Trous dans le corps des arbres, — Quelquefois le mal est encore plus avancé et 1l se trouve, dans les corps des arbres, des trous causés par la décomposition des branches mortes, brisées, ou élaguées d’après les systèmes dont on connait les tristes résultats. Dans l'obligation de conserver de tels arbres , car le choix n'appartient pas à l’élagueur, sil ne peut avoir la prétention de guérir le mal existant, il lui est aisé d’en arrêter les progrès et il ne doit pas hésiter à le faire. Après avoir mis bien à vif les bords du trou en supprimant avec soin toute la portion d’écorce qui rentre à l’intérieur, il enlève

les parties décomposées, où se trouvent toujours des légions d'insectes, de vers, de larves etc. On épuise du mieux que l’on peut l’eau qui peut s’y trouver, l'intérieur est enduit de coaltar et on bouche hermétiquement l'ouverture avec un tampon de cœur de chène bien sec, qu’on fait entrer de force avec le dos de la hacheîte; puis la partie extérieure de ce tampon est soigneusement parée, comme s’il s'agissait d’une branche coupée. Si la cavité est trop vaste, elle est bouchée avec un morceau de planche ou de madrier de chêne, de manière à affleurer exactement la plaie ; on applique alors le coaltar, le bourrelet se reforme par-dessus et recouvre parfaitement. |

S1 les pics venaient à attaquer la planche, comme ils ne tarderaient pas à creuser un nouveau trou, le nieux, dès qu’on s’en aperçoit, est de elouer sur la plaie une plaque de zinc ou autre métal, de facon que le bourrelet en se formant puisse la recouvrir.

Ces opérations, qui ont la plus grande analogie, si on veut bien me pardonner la comparaison, avec celles que pratiquent les dentistes sous le nom de plombage, ont donc pour résultat d'arrêter radiealement les progrès de la carie. Les influences extérieures n'agissant plus, les causes de destruction étant écartées, l'arbre cessera de se détériorer.

Vole-t-on le marchand de bois? — Le seul inconvénient de ces traitements est que, par

PANSEMENT DES PLAIES ANCIENNES. 79 suite du recouvrement complet, il n’est plus possible de distinguer parmi les arbres sains celui qui, à l’in- . térieur, possède un défaut. Quelques personnes, d’une délicatesse exagérée selon moi, pourraient objecter que ce procédé est une supercherie au détriment du marchand de bois.

Tout en respectant leurs scrupules, je me contenterai de ne pas partager leur opinion et de dire quequand même, dans une coupe iraitée d’après mes conseils,

É Fig. 55. — Trou ancien pansé et il se trouverait un petit bouché, recouvert, après vingt ans, de bois sain et de droit fil. — La même plaie abandontaurés à 1l n’en serait pas née et portant la carie au cœur de l’arbre.

nombre d'arbres ainsi res-

moins vrai que l’ensemble du lot serait dix fois, cent fois plus sain que dans toute autre condition quelconque; il n’y a donc pas de raison pour laisser empirer un mal qu’on peut si aisément arrêter.

La fig. 55 indique ce qui se passe en pareil cas. On voit d’un côté la plaie bouchée; de nouvelles couches de boïs sain et de droit fil se sont formées par-dessus, la circulation de la séve se fait régulièrement et l'arbre à recouvré la santé. A côté de cela, jetez les

yeux sur la plaie abandonnée. À l’époque de la coupe suivante, elle semble à la vérité presque refermée à l'extérieur, et 1l est souvent très-difficile de s’en apercevoir tant que l’arbre est sur pied; cependant la carie a fait de funestes ravages, l'humidité pénétrant incessamment par les fibres longitudinales a atteint le cœur de l'arbre; et une portion du tronc, longue souvent d’un mètre et plus, a perdu complétement sa valeur à l’endroit où l'arbre en a davantage. Si l’on compare la très-réelle perte éprouvée dans cette circonstance par le marchand de bois ou l'acquéreur de l'arbre, avec ce qui se passe dans l’autre cas, on cessera de dire qu’on le vole en bouchant les trous résultant de l’abondon ou de pratiques vicieuses. |

Pinaies occasionnées par les éclats de branches. — Tout ce qu'on vientde dire s'applique également aux larges blessures causées par l’éclat des branches brisées par les vents ou toute autre cause (fig. 4). Le traitement est absolument le même et se rapporte aux lignes qui précèdent.

Ici se termine la première série des opérations de l’élagage. Une dernière reste à traiter et ce n’est pas

la moins importante.

Émondage des rejets. — Dès le printemps qui suit l’élagage, plus tôt même si l'opération a été : faite pendant que les arbres étaient en séve, on voit

ÉMONDAGE DES REJETS. 81 paraitre le long des troncs, et particulièrement vers la partie inférieure des sections de branches, une quantité de rejets plus ou moins abondante, mais éminemment variable : tels arbres en ayant beaucoup, d’autres un petit nombre, sans que souvent on puisse bien se rendre compte de la cause de ces différences. On ne peut pas attribuer leur formation uniquement à l’élagasge, puisqu'ils se montirent aussi sur les arbres non élagués. Il est clair cependant qu'il existe un certain rapport entre le développement des rejets et la proporüon des branches coupées; cest pour ne pas multiplier les premiers que nous avons recommandé une grande prudence dans la suppression des branches.

L'enlèvement de ces rejets est indispensable et se fait très-facilement au moyen d’un petit émondoir (fig. 56), désigné quelquefois sous le nom de houlette. Cet instrument fort léger peut être employé par un enfant. La lame est très-coupante, agit de bas en haut, c’est-à-dire dans le sens des fibres pour éviter les déchirements :

Emondoir.

le petit crochet arrondi par son extrémité est également très-coupant et sert à enlever ceux des rejets

que la lame n’a pas fait tomber. On peut aussi em-

plover le croissant, moins aisé à manier, mais qui peut servir au besoin à raccourcir quelques branches aux Jeunes baliveaux. |

Voici comment Je conseille de pr atiquer cet émondage: lorsque la seconde pousse (séve d'août) est bien développée, mais que les jeunes rejets sont encore tendres, c’est-à-dire en août ou septembre, un ouvrier muni de deux émondoirs emmanchés sur des gaules très-légères et longues de trois et cinç mètres, portant une serpe suspendue à son crochet (fig. 19), commence par abattre avec cette dernière tous les rejets qui sont à sa portée, soii jusqu'à la hauteur de 2 mètres 50 environ; puis, avec l’un des deux émondoirs 1l enlève ceux qui se trouvent de 3 à 5 mètres; c’est ce travail qui peut être aisément fait par un enfant,

L'autre émondoir sert à faire tomber les rejets qui croissent plus haut; les dimensions indiquées pour : longueur des manches suffisent généralement pour

es arbres de hauteur ordimaire. Si l’on avait affaire à ie arbres beaucoup plus élevés , on serait obligé d'employer des échelles, le travail deviendrait plus long et plus coûteux, mais ce ne serait pas une raison pour le négliger. Il ne faut pas néanmoins s’exagérer l'inconvénient de l'existence de quelques rameaux à la partie supérieure du tronc des grands arbres. Leur situation dans le voisinage des grosses branches

CONSERVATION DES REJETS. 83 et l’ombrage auquel ils sont soumis, préviennent un développement préjudiciable à la cime.

Conservation d’une partie des rejets sur les baliveaux insuffisamment pourvus de branches, — On enlève les rejets jusqu’à la naissance des prenuères branches, excepté à ceux des baliveaux de premier âge, sur lesquels elles ne commencent qu’audessus du tiers ou environ de la hauteur. Comme ïl est nécessaire pour l’aplomb et le grossissement de Parbre que Île tronc soit garni de vé-

gétation à partir de cette élévation,

s’il manque de branches, on laissera ie. 57. Conservation de quei-

quelques rejets qui maintiendront la ques rejets sur un

séve (Hig. 91). baliveau dé- : ches.

la suppression des rejets en deux fois.

Il'faut alors sv prendre vers la première quinzaine de juillet et enlever tous ceux qui sont à hauteur d'homme ou sur la moitié inférieure du tronc; les autres ürent la séve, favorisent la cicatrisation des premières plaies et sont rabattus en septembre. L'opération de l’émondage est indispensable , elle se fait très-rapidement et n’'entraine dans les circonstances ordinaires que des frais minimes. Elle doit

étre renouvelée chaque année tant qu’il se montre des rejets, c’est-à-dire pendant deux ou trois ans, quatre au plus , si l’élagage a été bien fait. Rabattage des branehes mortes à la suite de l’élagage. — Nous avons prévu (p 69) le cas où quelques-unes des branches raccourcies lors de l’élagage viendraient à mourir, soit que ces branches fussent dans un état de dépérissement qu'il n’est pas toujours aisé de distinguer pendant l'hiver,

soit même que ces raccourcissements, opérés par des ouvriers novices encore, alent été trop sévères. On reconnaitra aisémentces branches mortes au moment de l’émondage, puisqu’alors les arbres sont en feuilles : rien n’est plus facile que de les rabattre reztronc immédiatement ou un peu plus tard, et l'arbre n'aura ainsi éprouvé aucun dommage; d’ailleurs elles se trouveront toujours en très-petit nombre.

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