ÉLECTION" DE 1.ÉOPOL11 I er
écrivait un des membres de la députation, il joint un caractère doux et aimable. 11 nous est d'autant plus utile ici qu'il parle fort bien l'anglais. »
Arrivés à Londres, MM. H. Vilain XI1II et Van Praet s'empressèrent, le 22 avril, de voir le colonel Cust, aide de camp du prince Léopold. On lit dans une lettre de Vilain XIIII : « Le colonel Cust semblait déjà tout préparé à nous recevoir et avait l'air au fait de la mission. 11 nous a demandé si nous venions auprès du prince delà part du Gouvernement, du Congrès ou de notre propre mouvement. 11 a bien fallu déclarer que c'était de la part du Gouvernemnet; que cependant notre mission demandait discrétion et célérité. Une heure après le colonel était déjà à notre hôtel, portant l'offre bienveillante de la part du prince de nous recevoir aujourd'hui. »
La première entrevue des délégués avec le prince Léopold de Saxe-Cobourg eut donc lieu à Marlborough-House, le 22 avril. La relation, adressée à M. Lebeau, est datée du môme jour et signée du comte Félix de Mérode, H. Vilain XIIII et H. de Brouckere. En outre, comme présent, Jules Van Praet. Ce rapport était conçu en ces termes :
[/ÉLECTION DE LÉOHOf.n 1«.
» Arrivés ici mercredi soir, notre premier soin a été de faire les démarches nécessaires, pour obtenir une audience de S. A. le prince de Saxe-Cobourg. Cette audience nous fut promise pour aujourd'hui à deux heures, et le prince en même temps nous fit témoigner ses regrets de ne pouvoir nous recevoir plus tôt. Nous nous sommes rendus au palais («) àl'heure indiquée, et nous avons été introduits auprès du prince sans le moindre retard.
« Nous lui avons d'abord fait connaître en peu de mots quel était l'objet de notre mission, il nous a répondu que le message dont nous étions chargés le flattait infiniment, et d'autant plus que nous appartenions à une nation connue par ses sentiments de loyauté et de franchise, et qui surpassait la plupart des peuples en civilisation. Cependant, a-t-il dit, on ne peut se dissimuler que bien de difficultés se présentent encore pour la solution de vos affaires, et surtout en ce qui concerne les limites. — Nous avons répondu que ces difficultés ne nous paraissaient pas impossibles à aplanir et que nous pensions qu'on y parviendrait bien plus facilement, lorsque nous serions définitivement constitués, et que nous pourrions négocier par son intermédiaire. Il a témoigné le désir de causer franchement avec nous et a abordé successivement les questions du Luxembourg, de la Flandre
des états, du Limbourg, de la dette, etc Il nous a
paru très au courant de nos affaires.
a Le Luxembourg semble l'occuper particulière-
{') Miirlborough-House.
l'ÉI.KCTION 1 DE LÉOPOLD 1 er .
ment. Il nous a beaucoup interrogés sur tout ce qui concerne cette province, sur sa situation présente, sur l'esprit de ses habitants, et sur les réponses que nous lui fîmes, il a paru d'accord avec nous qu'il était à désirer en effet que le Luxembourg restât Belge, et ce tant dans l'intérêt de la Belgique et du Luxembourg même que dans celui des puissances voisines, parce que sans cela il pouvait être un sujet continuel de troubles; il aurait été bien à désirer, selon lui, que cette difficulté eût pu être levée avant l'élection du souverain ; cependant il n'a plus insisté, lorsque nous lui eûmes de nouveau fait observer que notre pensée à nous était que les négociations à cet égard rencontreraient moins d'obstacle, si elles pouvaient se faire de souverain à souverain, et que ses relations de famille pourraient exercer en cela une heureuse influence.il nous demanda alors si nous n'entrevoyions point la possibilité de faire de la question luxembourgeoise une question d'argent ; si au moyen d'une indemnité nous ne pourrions pas obtenir de la part du roi de Hollande une renonciation à ses prétentions sur le Grand-Duché. Nous lui avons donné sur ce sujet d'amples explications, et nous lui avons fait connaître comment le Luxembourg se trouvait faire partie de la Belgique, comment une indemnité avait été accordée au prince Frédéric, en compensation des droits particuliers qui lui avaient été reconnus sur le Luxembourg, etc., etc.
n Le prince s'est informé alors de tout ce qui concerne le Limbourg et la rive gauche de l'Escaut ; nos réponses ont paru le satisfaire. Quant aux dettes, il a
trouvé très juste que nous ne fussions pas disposés à payer celtes des autres, et s'est contenté de l'assurance que nous lui avons donnée, que la nation était prête à souscrire à tout ce qu'on pourrait exiger d'elle en bonne justice.
" Il nous a demandé si dans le cas où l'on jugerait convenable de faire quelque changement à la Constitution, cela rencoutrerait des obstacles. " Ce n'est pas, » a-t-il dit, que j'en désirerais dans l'intérêt du pou- « voir ; mais le pouvoir doit avoir pour but unique « l'intérêt du pays, et c'est dans ce but aussi qu'il » pourrait désirer un changement. » Nous avons répondu qu'il serait peut-être imprudent d'en proposer en ce moment, mais que la Constitution avait prévu le cas dont il nous parlait, et indiqué la marche à suivre. Il a senti la justesse de cette observation et a ajouté qu'il trouvait aussi que c'était à l'expérience et à l'expérience seule à indiquer les changements désirables, mais qu'il ne nous parlait de cela que parce qu'il voulait agir envers nous avec une entière franchise, et désirait que nous en fissions de même à son égard. Cette partie de notre conversation nous a laissé la conviction que déjà le prince a étudié les dispositions de notre loi fondamentale.
« Après avoir ainsi causé pendant plus d'une heure, d'une manière confiante et même expansive, le prince nous dit : » Messieurs, puis-je savoir quelles sont vos » intentions? Comptez- vous faire quelque séjour ici? » Nous répondîmes que le but unique de notre voyage étant de nous assurer si, au cas que le Congrès lui conférât la couronne de la Belgique, il serait disposé a