I. ELECTION DE LÉOPOLD I
et d'autres documents, sans parler des lumières qui lui sont arrivées de Bruxelles (d'une source à nous connue) l'aideront puissamment à l'éclairer sur l'état de nos affaires. Quant aux Ministres, les grandes occupations de ces Messieurs (la réforme, le parlement, etc.,) ont pu depuis quelques jours entraver leurs affaires extérieures, mais j'ai vu évidemment qu'il s'était déjà abouché à notre égard
« P. S. Que ceci vous rafraîchisse le sang, vous soutienne dans vos traverses politiques, où il faut tenir ferme, sans cependant prendre trop vite un espoir trop grand ('). »
La seconde entrevue des députés du Congrès avec le prince Léopold eut lieu le 24 avril. Ils en rendirent compte à M. Lebeau dans le rapport suivant :
» Hier vers trois heures, un aide de camp du prince
président du comité diplomatique et d'ancien ministre des affaires étrangères, avait déposé un rapport sur la situation des relations extérieures de la Belgique au 15 mars 1831. (') Lord Palmerston écrivait, le 22 avril, au vicomte Granville, ambassadeur d'Angleterre à Paris, que le prince Léopold ne pouvait prendre aucune résolution jusqu'à ce que les Belges se fussent mis d'accord, quant à leurs limites, avec les cinq puissances. (Voir The Life of lord Palmerston, t. II, p. 76.)
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Léopold est venu à notre hôtel pour nous inviter à nous rendre à quatre heures au palais. Nous n'avions pas lieu de dous attendre à cette visite, parce que, entre midi et une heure, nous avions reçu une invitalion à dîner chez lui, pour demain, et qu'il était hors de toute vraisemblance qu'un second message dût nous être envoyé dans la journée, de manière que trois de nous étaient sortis. L'aide de camp étant retourné pour en informer le prince, il nous fit à l'instant prier de vouloir remettre l'entrevue à aujourd'hui à onze heures.
a Nous venons de quitter le prince, avec lequel nous avons eu un entretien de près de deux heures. En voici le résumé. Après avoir échangé quelques compliments, quelques paroles indifférentes : » Maintenant, dit-il, venons en à notre sujet principal. Si j'ai bien compris, le but de votre voyage est de vous assurer de mes intentions, dans le cas où le Congrès m'appellerait au trône de la Belgique. Depuis avanthier j'ai pu voir plusieurs personnes et prendre des renseignements; vos limites sont la grande difficulté; le protocole du 20 janvier est chose irrévocable; les cinq grandes puissances sont décidées à le maintenir, et la France même, qui d'abord avait hésité, aurait refusé son adhésion, l'admet aujourd'hui sans restriction. Il serait donc à désirer que vous vous missiez d'accord à cet égard avec les puissances, quand ce ne serait que relativement au principe; pour la mise à exécution, on pourra entrer en négociation. Cela fait, je ne dis pas que je n'accepterai point l'offre flatteuse que vous voulez bien me faire, mais bien entendu
toutefois pour autant qu'une grande majorité participât à mon élection, parce que sans cela je pourrais être dès le principe une cause de désuDion. »
a La conversation s'engagea alors et fut assez animée; nous commençâmes par lui dire que du moment où nous pourrions être sûrs de son acceptation, nous n'hésiterions pas à lui garantir qu'un grand nombre de voix se réuniraient pour l'appeler au trône ; nous lui expliquâmes très longuement tout ce qui concerne les limites, et lorsqu'après avoir répondu à toutes les objections relatives au Luxembourg-, nous eûmes aussi parlé du Limbourg, le prince nous dit : » Pour le Limbourg, je crois qu'il n'y aura pas de difficulté ; le point principal, celui sur lequel les puissances ne veulent nullement céder, c'est le Luxembourg 1 . Or, vous sentez, dit-il, combien ma position serait pénible, si j'étais maintenant à la tête de vos affaires : car supposé qu'il y eût nécessité de renoncer à une partie du territoire, c'est de la part du Gouvernement que devrait venir la proposition, et alors des défiances pourraient s'élever contre moi ; on pourrait supposer, quoique bien à tort, que je prête l'oreille à d'autres intérêts que les vôtres : tandis que si le Congrès voulait conclure un arrangement, la nation elle-même serait censée l'avoir fait, et toute défiance deviendrait impossible. » Il compara sa position d'aujourd'hui avec celle où il se trouva, lorsque le trône de la Grèce lui fut offert; alors aussi les puissances voulaient séparer de la Grèce l'Acarnanie et l'Étholie ; le sénat grec refusait d'y consentir. Voyant, d'un côté, l'impossibilité de faire triompher les vues du sénat, d'un autre côté,
ne voulant pas paraître l'instrument des puissances, il préféra renoncer au trône.
» Nous répondîmes à toutes ces objections ; nous lui fîmes voir l'impossibilité où était le Congrès d'admettre en principe que le roi Guillaume avait conservé tous ses droits sur le Luxembourg, d'abord parce que, dans différentes occasions, il avait proclamé le contraire, et que l'état de la question n'était nullement changé ; ensuite, parce qu'en admettant que les Luxembourgeois n'avaient pas le droit de secouer le joug qui pesait sur eux, nous condamnions notre révolution toute entière, puisqu'ils s'étaient comme nous soulevés unanimement et de leur plein gré, et que leurs relations avec le roi Guillaume étaient les mêmes que les nôtres. Nous lui répétâmes que dès le commencement ils avaient fait cause commune avec nous, que nous ne pouvions les abandonner sans renoncer à l'honneur national ; que plutôt d'en venir là, nous étions décidés à imiter les braves Polonais, etc., etc. Tout cela suaviter in modo , fortiter in re.
» Le prince nous parla des traités et du respect qui leur était dû, de la ténacité du Gouvernement hollandais, et du peu de chances qu'il y avait à le faire renoncer à ses prétentions. Nous répondîmes que les traités avec la Confédération Germanique seraient scrupuleusement observés; qu'il n'y aurait de changement que dans les personnes, et que certes la Confédération n'aurait pas plus de répugnance à traiter avec Son Altesse qu'avec le roi Guillaume. Que quant à ce qui regarde le gouvernement hollandais, il ne fallait pas confondre le chef de ce Gouvernement avec
la nation ; que celle-ci commençait à montrer de l'énergie, et qu'elle n'avait pas le moindre intérêt à conserver une province éloignée et qui ne lui était d'aucune utilité; que la chose serait même impraticable, puisqu'il faudrait mettre une garnison dans chaque village; que nous étions convaincus que tout se résoudrait en une question d'argent ; mais que nos négociations seraient extrêmement difficiles et gênées, tant qu'elles se feraient au nom du Congrès, et qu'elles seraient bien plus tôt conduites à bonne fin si elles pouvaient être dirigées par Son Altesse.
» Ces négociations, dit le prince, eussent en effet pu avoir un plein succès en décembre, parce qu'alors les puissances ne s'étaient pas formellement prononcées ; mais aujourd'hui qu'elles ont pris une résolution, il n'y a guère d'espoir de les en faire revenir. — Nous nous permîmes de lui faire observer que plusieurs fois déjà, elles étaient revenues de résolutions prises par elles, et nous citâmes pour exemples, entr'autres, les protocoles relatifs aux dettes. Enfin nous lui fîmes entendre, avec tous les ménagements possibles, qu'il s'identifierait bien plus complètement avec la nation belge s'il se mettait à sa tête, lorsqu'elle a encore des obstacles à surmonter, que s'il ne venait chez nous que lorsque toutes nos affaires seraient arrangées ; que la Belgique aimerait à voir en lui non-seulement son Roi, mais en quelque sorte sou sauveur; que la reconnaissance entourerait sou trône naissant, et que les Belges, qui bénissent encore aujourd'hui le nom de Marie-Thérèse, ne perdent jamais le souvenir des bienfaits qu'ils doivent à leur souverain.
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a Le prince parla avec beaucoup d'éloges de notre nation, et nous répéta que c'était pour ainsi dire en Belgique que l'Angleterre même avait puisé sa civilisation. Mais on m'objecte, ajouta-t-il, et ce quand je parle dans votre intérêt, que les Belges seraient par trop heureux, si, après quelques mois, ils obtenaient avec leur indépendance tout ce qui fait l'objet de leurs prétentions, tandis que tous les autres peuples ont dû souffrir et combattre pendant des années pour conquérir cette indépendance; il cita la Hollande et l'Amérique.
- Nous lui représentâmes que les Belges dans ces dernières circonstances (y compris les habitants du pays de Liège) n'avaient fait que reprendre leur ancien état, et qu'ils ne demandaient rien que de juste; qu'ils jouissaient avant la révolution française des libertés les plus étendues, dont cette révolution les avait privés par la violence ; qu'à l'entrée des troupes alliées en 1814, leurs chefs avaient promis de rendre aux peuples, délivrés du joug français, leurs droits anciens; qu'ainsi les Belges et les Liégeois, en récupérant actuellement leur existence libre et indépendante, ne mangeaient pas du fruit nouveau pour eux, mais recouvraient ce qui leur appartenait précédemment aux titres les plus légitimes ; que s'ils consentaient à se réunir sous le même gouvernement, l'Europe devait favoriser cette association comme un avantage, puisqu'elle tendait à consolider la séparation des provinces belges de la France, objet principal de la sollicitude du Gouvernement anglais...
» En résumé, il nous paraît positif que le prince est
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très disposé à accepter le trône de la Belgique s'il lui est offert par le Congrès à une grande majorité, et que la seule chose qui l'arrête, c'est la difficulté relative au ÎAixembourg. Nous lui avons du reste si amplement et si clairement expliqué tout ce qui concerne cette province, que nous croyons parvenir à lui faire reconnaître le fondement et la justice de nos prétentions, et alors, sans doute, il employera toute son influence pour convertir la Conférence, Il semble être d'accord avec le ministère anglais, et nous a surtout parlé avec avantage du chef du ministère. Demain, nous a-t-il dit, vous dînerez avec tous les ministres, car je veux vous recevoir eu même temps avec cordialité et avec tous les égards qui vous sont dûs, ajoutant a cela des choses flatteuses sur la composition de la députation (').... »
Le 25 avril, les délégués belges assistèrent à un dîner de trente couverts que le prince Léopold donnait en leur honneur. Tous les ministres étaient présents, hormis Palmerston, occupé à se faire reélire a Cambridge (').
Plusieurs grands seigneurs, le duc de Devon-
(') Ce second rapport portait les signatures du comte Félix de Mérode, H. Vilain XIIII, Defoere, H. de Brouc-
kere et Jules Van Praet.
( 2 ) Le bill de réforme, présente par le ministre John Russell le \" mars, ayant été rejeté par les communes le li) avril, la Chambre avait été dissoute.
shire, entre autres, étaient également du dîner. Leur langage à tous fut très encourageant pour la Belgique.
Mais laissons parler un des membres les plus distingués de la députation. Le lendemain, M. H. de Brouckere écrivait à M. Lebeau :
•< ... On vous a sans doute déjà donné d'amples renseignements sur celui que je me plais à regarder dès aujourd'hui comme notre futur roi. Ses traits sont beaux, sa taille élevée, ses manières nobles et distinguées; il y a quelque chose de gracieux et d'imposant dans toute sa personne. Son abord, au lieu d'être froid, comme on nous l'avait dit, est des plus agréables; du moins nous a-t-il accueillis avec un air de douceur et de cordialité qui lui paraît naturel. Dans toutes les conversations, il a fait preuve de beaucoup d'instruction, de jugement et de tact, et parfois même il a montré une grande finesse. Il est extrêmement flatté du message dont nous sommes chargés, ne cache point combien il y est sensible, et, si je ne me trompe, il est très disposé a répondre a nos avances. Quelques difficultés l'arrêtent encore, mais nous parviendrons bien à les lui rendre moins effrayantes. Je souhaite vivement que nous obtenions un plein succès, et si j'avouais
toute la vérité, je dirais que je suis rempli d'espoir; mais j'ai toujours devant les yeux la mésaventure du mois de février (1) et, comme dit le proverbe : chat échaudé craint l'eau froide.
« Le prince nous a donné hier un superbe dîner et nous y a traités avec la plus flatteuse distinction. Toutes les personnes avec qui j'ai causé m'ont répété à l'envi combien elles désiraient que nous réussissions dans notre démarche. Lord Grey m'a dit que nous n'eussions pu faire un meilleur choix; que l'Angleterre, qui avait tant d'intérêt à voir la Belgique florissante, y applaudissait sincèrement; qu'il ne doutait aucunement qu'avant peu le prince fût chez nous, mais que nous devions être raisonnables. Là-dessus une petite discussion s'est engagée, dont les protocoles et le Luxembourg étaient l'objet principal; il voudrait que nous reconnussions le protocole du 20 janvier, seulement pour le principe, dit-il ; quant à l'exécution, il y aura moyen de l'arranger.
Inutile de vous mander quelle a été ma réponse, elle était la répétition de ce que nous avons plusieurs fois dit au prince.
(') L'élection du duc de Nemours.
« Avant de terminer cette lettre, je crois devoir insister sur un point qui me paraît capital, et d'où dépend selon moi tout le succès de notre mission. Trouvez le moyen d'éluder le protocole du 20, tout en ayant l'air de nous y soumettre; de sauver les apparences, de mettre les puissances a même de se justifier aux yeux du roi Guillaume, de paraître condamner notre conduite relativement au Luxembourg, et bientôt tout sera arrangé; le prince acceptera, les puissances adhéreront, et nous serons sauvés. Il ne s'agirait que de pouvoir dire : Vous avez eu raison de vous opposer à ce que nous conservassions le Luxembourg; mais daignez nous le laisser ; nous ferons volontiers un sacrifice pour cela ('). »
Non-seulement lord Grey ne cachait point sa
(') L'abbé Defoere, qui avait assisté, le 24 avril, à la seconde audience du prince, quitta Londres le 26, porteur des dépèches. Il ne retourna pas en Angleterre. Il était directeur du couvent anglais, à Bruges. Le 5 mai, il écrivait de cette ville à M. Lebeau : « J'avais quelque espoir de pouvoir rejoindre mes collègues à Londres; mais je n'ai pu le réaliser. Le commandant hollandais d'Ardenbourgne permet plus au curé de cet endroit, le seul qui puisse me remplacer ici dans mes fonctions, de franchir les frontières de la Flandre hollandaise. >•
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prédilection pour le prince Léopold, niais il avait dit hautement aux députés qu'il espérait bien qu'ils auraient le prince pour roi.
Le Gouvernement anglais voulait-il intervenir pour amener ce résultat ? Quelles étaient ses vues ? Quelle fut sa conduite ?
« La raison qui nous fait incliner pour Léopold à défaut d'un membre de la famille d'Orange, disait lord Palmerston au prince de Talleyrand,c'estque nous pensons qu'il deviendra un bon roi belge, qu'il ne sera pas plus anglais que français, mais qu'il considérera avant tout ses propres intérêts et ceux de l'État qu'il gouvernera ('). »
Quelques jours après, le roi Guillaume IV disait nettement que l'Angleterre n'interviendrait pas en faveur du prince Léopold. 11 dicta, pour être mise sous les yeux de lord Grey, la déclaration suivante : « Sa Majesté ne peut nier qu'elle a trouvé de fortes objections à ce que le prince Léopold fût mis avant avec le concours de l'Angleterre, depuis que l'Angleterre a pris une part si chaude et si décidée
(') Palmerston au vicomte Gran ville, ambassadeur à Paris, 1" avril 1831. The Life of lord Palmerston, t. II, pp. 62 et suivantes.
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contre l'élection du duc de Nemours. Dans la position où le prince Léopold se trouve à l'égard de ce pays, on le regardera, en toute hypothèse, comme étant sous son influence. Il sera dit que l'Angleterre a soutenu la maison d'Orange aussi longtemps qu'un prince étroitement allié à la maison de Hanovre ou sous la dépendance de l'Angleterre n'avait pas été mis en avant, et qu'elle a abandonné les Nassau pour un intérêt égoïste. Ceci sera déclaré ou insinué bientôt par la France et fera naître un sentiment de jalousie parmi les autres puissances; par-dessus tout, cela produira une impression défavorable sur la maison d'Orange et sur tous ceux qui sont alliés à elle. Sa Majesté et sa famille se trouveront ainsi dans une position pénible et peu enviable à l'égard d'une maison à laquelle ils ont pendant si longtemps été attachés par les liens d'une étroite amitié. Le roi considère ensuite que le crédit de l'Angleterre, son propre crédit et celui de son Gouvernement sont intéressés à maintenir le principe élevé d'après lequel la question belge a été traitée jusqu'à présent, et qui serait abandonné si leurs efforts étaient employés en faveur d'un candidat mis en avant sous leur influence. Même, Sa Majesté ne peut se défendre
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du soupçon que Ja France encouragera celte combinaison en vue de déprécier la loyauté delà Grande-Bretagne et d'affaiblir son influence ('). »
L'éminent auteur de la Vie de lord Palmerston ( 2 ) indique les motifs sérieux de l'adhésion donnée par l'Angleterre à la candidature du prince Léopold. Cette candidature n'avait pas été mise en avant par le cabinet de Saint-James. S'il l'approuvait, c'est parce que le prince Léopold était connu des cours du Nord et qu'il ne leur était pas désagréable, qu'il était étroitement allié à la famille royale d'Angleterre, et que vraisemblablement il serait un jour dans les mêmes rapports avec la maison royale de France; parce qu'il était indépendant par sa position, brave et prudent.
11 était très vrai que, dans des vues intéressées, la France avait poussé et semblait pousser encore à l'élection du prince Léopold. Déjà le 7 janvier, Talleyrand avait proposé à lord Palmerston le marché suivant : le Gouvernement français userait de son influence afin d'assurer l'élection du prince et obtien-
(') Voir The Correspondance of the laie earl Grey ivith his Majesly Kinrj William IV, etc., t. I", p. 210. (*) Sir Henry Bulwer (lord Dalling).
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(Irait, pour son amicale intervention, Philippeville et Mariembourg. Talleyrand revint à la charge au moment où la candidature du prince était mise plus sérieusement en avant. Le 29 mars, il vint lire à Palmerslon une dépêche dans laquelle Sébastiani s'engageait à soutenir Léopoki, espérant que l'Angleterre, en échange d'un arrangement si favorable pour elle , consentirait à tous les désirs de la France concernant Bouillon, Luxembourg, Maestricht, etc. (').
Rebuté sans doute par l'espèce de dédain que Palmerston opposait aux insinuations de l'ambassadeur français, Sébastiani devint plus réservé. Le 25 avril, il écrivait au général Belliard : « La France ne prendra aucune part active au choix du prince qui doit régner en Belgique.
Une liberté entière doit être laissée au Congrès pour ce choix, qui ne saurait être trop indépendant. Entre les deux candidats qui paraissent avoir le plus de chances, le prince de Naples et le prince de Saxe-Cobourg, la France veut demeurer complètement neutre, et elle est prête a reconnaître celui qui sera élu ('). »
Quelques jours après, le 29 avril, des rensei-
(') Voir The Lijeoflord l'atmerston, t 11, pp. 28 et 62. (*) Mémoires du générai Belliard, t. II, p. 43.
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gnements curieux étaient adressés à M. Lebeau sur les rapporls des délégués belges avec Talleyrand. Vilain XI1II s'exprimait ainsi qu'il suit :
« 29 avril.
« Aujourd'hui, audience avec Mérode chez Talleyrand; audience tous ensemble chez Palmerston et dîner chez Talleyrand. Voici la conversation de Talleyrand. Le diplomate français a débuté par un grand éloge du prince de Cobourg, disant qu'il convenait aux puissances, qu'il avait de bonnes qualités, mais que nous ne pouvions espérer de l'obtenir ni d'obtenir aucun prince tant que nous n'accéderions pas au protocole du 20 janvier; qu'il se pouvait que le prince acceptât, mais que la Belgique, telle que nous la faisions, n'était pas la Belgique des puissances ('). Quant au Luxembourg (et ceci est
(') Le 2 mai suivant, Sébastiani écrivait à Belliard : «... Vous ne chercherez à influer en rien sur la nomination du candidat qui peut convenir aux Belges. Nous voulons leur laisser, à cet égard, non-seulement la plus complète indépendance, mais encore l'initiative du choix. Quant aux dispositions qui, comme on vous l'a dit, commenceraient à se manifester en faveur du duc de Reichatadt, c'est un incident sur lequel je ne crois pas devoir m'arréter. Il
important à noter), les puissances, et surtout la France, ne souffriront pas que cette province soit livrée pieds et poings liés au roi Guillaume... Il a dit que quant à la démarcation des limites, les puissances nous seraient le plus favorables possible, et que l'on pouvait encore beaucoup l'aire à cet égard; mais, c'est Talleyrand qui dit cela!
« Lord Palmerston, dans son audience, où tous quatre nous étions présents ('), a paru moins traitable. Celui-ci a dit qu'avant toute chose il faut adopter les limites fixées dans le protocole; que les puissances sont engagées par traité avec le roi Guillaume qui a adopté ce protocole, et qu'elles doivent lui en garantir la teneur. Le prince, nous a-t-il dit, peut accepter votre couronne, s'il le veut, mais quant à nous, nous ne pouvons dévier de nos principes... Le rapport officiel vous donnera un détail exact de cette longue conversation. »
Dans leur rapport officiel, qui portait la date
est trop évident que ni la France ni l'Europe ne pourraient reconnaître un pareil choix. » Mémoires du général Belliard, t. 11, p. 47.
l'J MM. Félix de Mérode, H. Vilain XII1I, H. de Brouckere et Van Praet.