‹ L'Election de Léopold Ier, d'après des documents inéditsChapitre 6 sur 16 · L ELECTION DE LEOPOLD T · texte numérisé non relu

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rence des cinq plénipotentiaires, mais l'obstacle à vaincre sera grand, surtout de la part de la Russie. Cependant ne croyez pas que, si la Conférence changeait l'esprit de son protocole, ce changement soit d'une bien facile et bien prompte exécution. Les négociations pourraient encore durer longtemps, au lieu que si les Belges adhéraient aux principes du protocole du 20 janvier, tout pourrait se terminer dans le plus bref délai; que quant à la clause qui remet la fixation des frontières à la délimitation et au statu quo de 1790, nous pourrions, eu égard à l'administration de Maestricht et des communes du Limbourg, faire valoir nos prétentions ; que si elles étaient trouvées fondées, sans aucun doute la Conférence y obtempérerait, mais qu'avant tout le protocole devait être accepté, du moins son principe. Sur l'observation que l'acceptation pure et simple d'un pareil acte était chose impossible auprès du Congrès, tel que maintenant ce corps était composé, et contraire à l'esprit d'homogénéité qui animait la nation ; que plus tard, et après l'avènement du prince, ces difficultés disparaîtraient vis-à-vis de nouvelles Chambres, et qu'alors la nation plus rassisse, sentant mieux la nécessité de céder, céderait. 11 répondit que c'était justement là une question, qu'il n'était point certain que la nation céderait, qu'il ne conseillerait point au prince de se mettre dans cette position difficile, et qu'en tout cas les puissances ne pourraient qu'avec peine le reconnaître. Que du reste le prince était en cela libre d'agir comme il le trouverait convenable, mais que, pour lui, tout en approuvant notre choix, tout en

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manisfestant le désir de voir un tel choix couronné de succès, il ne pouvait, comme ministre, se départir de ses principes et du texte des traités; il a insinué en passant qu'on pourrait bien en venir plus tard à une occupation de la Belgique, mais cela légèrement et sans entrer dans aucun détail.

« Il nous semble résulter de cette conversation que lord Grey veut à notre égard paraître insister sur le maintien des conventions, mais que son désir est grand pour en modifier les bases en notre faveur; que ses efforts vont dorénavant tendre vers ce but, mais que l'Angleterre, ne voulant point rompre avec les puissances, ne fera rien sans elles, et que tout dépendra de la bonne volonté de celles-ci. Qu'ainsi les négociations vont probablement reprendre leur cours, avec cette différence que, suivant toute apparence, elles nous seront plus favorables. Le prince en attendra peut être l'issue, mais notre marche à nous est de le presser continuellement. Nous ne nous départirons pas de ce dessein et, tant par notre insistance que par tous les bons motifs que nous lui communiquons de votre part, nous espérons, Monsieur le Ministre, parvenir à notre but. h

Les commissaires étaient alors pleins d'espoir; en effet, dans une lettre particulière du même jour, M. H. de Brouckere disait :

« ... Je sors de chez le prince, et cette fois les choses se sont passées à mon gré; nous l'avons, à différentes reprises, serré de si près,

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que j'ai vu le moment où il allait nous donner la réponse que nous sollicitions; il ne l'a pas fait cependant, mais pour se taire, il a eu l'air de devoir se contraindre; or, pour moi, il ne me reste plus aucun doute sur ses intentions; puissent-elles ne point changer!...

« Ne perdez point courage là-bas vous autres, tandis que nous,qui sommes sur les lieux, nous en avons beaucoup. Si seulement nous avions un peu plus de temps devant nous, j'oserais garantir le succès. Malheureusement, nous sommes pressés, et un long retard équivaudrait à une défaite.... »

Le 8 mai, les commissaires, ayant eu avec le prince une dernière entrevue officielle, adressèrent à M. Lebeau le rapport suivant :

» Lord Grey nous a hier reçus. Il est très disposé à voir nos affaires se terminer et désireux d'un arrangement définitif. Il a très bien saisi la question du Luxembourg- qu'il voudrait aussi voir traiter à part. Il sent la difficulté de laisser aux Hollandais cette province. Mais le point principal à ses yeux est l'affaire du Limbourg. Il ne conteste point qu'il y aurait à cet égard moyen de s'accommoder par un sacrifice pécuniaire. Il a été jusqu'à nous demander : » Eh bien, que donnerait la Belgique pour conserver toutes les parties du Limbourg? « Cette entrevue a été généra -

lement satisfaisante. Il s'est cependant exprimé sur l'acceptation du prince, » acceptation, dit-il, dont le « prince est seul l'arbitre », mais qu'il ne peut lui conseiller sans le concours de la Conférence.

» Aujourd'hui, lord Palmerston nous a, de son propre mouvement et sans demande préliminaire de notre part, convoqués en audience au Eoreing Office. Après s'être excusé sur les embarras de son élection, qui toute la semaine dernière l'avait empêché de s'occuper sérieusement de nos affaires: » Eh bien, » dit-il, pouvons-nous espérer d'en finir? » Après lui avoir répondu que tout dépendait de l'acceptation du prince : « Cette acceptation est très difficile, à mon » avis, si vous ne reconnaissez point les principes du » protocole du 20 janvier. » La conversation a, peu après, longtemps roulé sur ce protocole. Il nous en a fait lecture, article par article, et s'est montré moins favorable que lord Grey à terminer à l'amiable les difficultés de territoire.

» La position des Belges peut devenir bien fâcheuse, „ dit-il, s'ils n'adhèrent point au protocole du 20 jan- » vier ; car, jusqu'à ce jour, vous n'êtes point indé- „ pendants, vu que l'on n'est indépendant que quand « on a été reconnu comme tel par toute l'Europe. » Remplissez donc les conditions pour les devenir. „ Avant de se séparer de nous, lord Palmerston cous a promis d'expédier, ce soir même, un courrier à lord Ponsonby ('), pour appeler celui-ci à Londres,

(') Lord Pcnsonby, commissaire de la Conférence à Bruxelles, était beau-frère de lord Grey.

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afin de s'éclairer des renseignements que lord Ponsonby lui donnerait sur le pays.

» A trois heures, nous étions chez le prince Léopold. Celui-ci s'est avancé beaucoup plus encore que les précédentes fois. Il nous a exprimé le regret de ce que la Conférence n'avait pu se réunir plus tôt, vu la dissolution du Parlement et l'absence de lord Palmerston.

» Après lui avoir dépeint combien tous ces retards et l'indécision de son acceptation causaient de malaise dans la Belgique, et que, vu cet état de choses, le Gouvernement lui-même ne pouvait répondre, d'un moment à l'autre, d'une explosion fâcheuse, le prince nous répondit : « Votre position est sans doute inquié- » tante, et il est fort à désirer qu'elle cesse au plus " tôt. » Sur le désir que nous lui témoignâmes de lui voir accepter notre couronne : » Je suis, dit-il (et ici » ce sont ses expressions textuelles), je suis très dis- » posé, et je m'estimerais heureux d'être à la tête d'un » si beau royaume, si un arrangement définitif pou- » vait être conclu. « Il s'est aperçu, comme nous, que le Congrès ne peut prendre l'initiative, à l'effet d'en venir à cet arrangement, et a paru presqu'amené à convenir avec nous que son premier acte, vu la gravité des circonstances, devrait être l'élection. Cependant, avant toute chose, il aimerait à savoir les intentions formelles de la Conférence, disant qu'il fallait qu'elle s'expliquât. Pressé par nos observations, que jusqu'ici le public, en Belgique, ignorait entièrement le résultat de nos démarches, il nous a autorisés à faire connaître que ses intentions étaient très favo-

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râbles aux Belges, et que tous ses désirs étaient de voir leur bonheur accompli.... »

M. de Brouckere fit suivre ce rapport d'une lettre particulière où il disait :

« Nous avons lieu d'être fort contents de lord Grey et des dispositions qu'il nous a montrées : ce n'est pas un diplomate toujours retranché derrière les protocoles, et décidé à ne rien changer à leur teneur; c'est un homme dont le sincère désir est que l'on trouve le moyen de tout arranger. 11 nous a écoutés avec beaucoup d'attention, a compris plus ou moins la position du Congrès, qui ne peut accéder à une cession de territoire, n'a point rejeté notre proposition de faire un sacrifice en argent; il a même en quelque sorte voulu nous prendre au mot en nous demandant combien nous voudrions donner. Notre réponse fut telle qu'elle devait être, que nous n'avions qualité ni pour faire des offres ni pour négocier à cet égard, mais que nous pensions qu'on n'aurait point à se plaindre de la bonne volonté de nos concitoyens.

« Lord Palmerston nous a tenu un langage moins favorable ; mais il ne faut pas perdre de vue qu'il est membre de la Conférence, en même temps que ministre anglais.

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« Chez le prince, nous avons insisté pour une prompte acceptation, avec une persévérance, une ténacité telles, que parfois il en était embarrassé. Il était très occupé de l'état d'agitation dans lequel se trouve le pays, et que nous lui avons représenté comme la suite de l'incertitude où il est sur le résultat de nos démarches; il désire autant qne nous que les choses se terminent; il a, à différentes reprises, manifesté son impatience contre la lenteur et l'indécision de la Conférence, et nous a promis de la forcer en quelque sorte à se prononcer. Il nous fera rappeler le plus tôt possible (bientôt, bientôt, a-t-il dit) pour nous donner une réponse positive.

« D'après l'autorisation que le prince nous a donnée, et dont le rapport fait mention, je vous engage à faire insérer dans l'un ou l'autre journal un article conçu à peu près comme suit :

— On a reçu de la part des commissaires à Londres des nouvelles de la nature la plus favorable. Le prince ne leur a point encore donné une réponse catégorique, mais il ne leur a pas caché qu'il n'est plus retenu que par quelques difficultés accessoires; il les a pour ainsi dire autorisés à communiquer à leurs concitoyens ses dispositions bienveillantes, et tout fait espé-

rer qu'avant peu les commissaires auront terminé leur intéressante mission. (Sauf rédaction.) — Cette nouvelle tranquillisera les esprits. »

Trois jours après, pressé par ses collègues de faire connaître verbalement à Bruxelles les progrès et en même temps les difficultés de leur mission, M. de Brouckere quitta Londres.

C'était un départ « hâté et indispensable; »

il eut un grand retentissement; il laissa supposer que les négociations étaient compromises, sinon rompues.

Or, tandis que M. de Brouckere s'embarquait pour la Belgique, M. Devaux, membre du conseil des ministres, arrivait à Londres. Le d2 mai, M. Devaux écrivit à M. Lebeau :

h Je suis arrivé hier à minuit après avoir fait hâte autant que possible et par tous les moyens. Dès ce matin, ces messieurs ont demandé pour moi une entrevue au prince. Il a été répondu à l'instant que le prince me recevrait ce matin même à onze heures et demie. Nous nous y sommes rendus à l'heure indiquée avec MM. de Mérode, Vilain XIIII et Van Praet. L'extérieur et l'accueil du prince répond exactement à l'idée que je m'en étais faite d'après les rapports de ces messieurs et les portraits. J'ai dit au prince que j'avais pour mission de lui annoncer, en même temps que la convocation du Congrès, l'intention où le Gouvernement était de rendre compte de la mission à

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l'ouverture de la session, et surtout l'impossibilité de prolonger pendant quinze jours encore l'état d'incertitude du pays. J'ai tâché de faire comprendre l'état du pays sous son vrai jour, très alarmant si l'incertitude ne se termine pas par une acceptation pure et simple, prêt à rentrer dans le calme en quelques semaines ou moins, si un état définitif lui était garanti en quelques jours. Le prince s'est arrêté particulièrement à une idée qu'il a mise en avant l'autre jour, dont M. de Brouckere a été chargé de vous rendre compte, et qui consiste à nous proposer d'accepter les limites de 1790, sauf à ce que le Luxembourg nous reste moyennant indemnité. — Ces messieurs (mes collègues) ne paraissent pas éloignés de cette idée. Le prince croit que la Conférence s'y rangerait, bien qu'elle vienne de faire un nouveau protocole, dont nous ne savons rien encore, si ce n'est qu'on y fixe des dates pour l'exécution, et que MM. Ponsonby et Belliard sont chargés de nous le communiquer avec beaucoup de ménagements. Nous avons tous combattu l'idée d'abandonner Maestricht et Venloo. Pour moi, j'ai déclaré que, dans mon opinion, l'exécution aujourd'hui m'en paraissait impossible, que le Congrès n'avait pas la puissance de le faire, qu'il ne tiendrait pas lui-même devant l'opinion, etc., etc. La conversation a tourné longtemps dans ce cercle, le prince ayant toujours l'air de s'en référer à ce qu'il avait déjà dit à ces Messieurs. J'ai tâché de faire bien clairement comprendre la nécessité et pour la Belgique et pour l'Europe et pour les intérêts du prince luimême d'une acceptation immédiate; j'ai fait voir que

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sans cela nous n'avons d'alternative qu'entre la guerre avec toutes ses conséquences, et l'anarchie, ajoutant que quelles que fussent les chances de la guerre, nous aimerions mieux, s'il le fallait, succomber sous l'invasion étrangère que sous une anarchie honteuse, attendu qu'il n'y a rien de honteux à être soumis par une force supérieure.

» Au sujet de la proposition ou du conseil qui vous aura été transmis par M. de Brouckere, après avoir exprimé à ce sujet mon opinion, qu'il était impossible que le Congrès y souscrivit, j'ai demandé au prince à lui soumettre une idée à cet égard. Je lui ai dit : « Si h Votre Altesse Boyale acceptait purement et simpleii ment, nous, en annonçant ses intentions, nous pourii rions déclarer au Congrès, que par suite de cette a franchise et de cette loyauté dont le prince a fait a preuve sans cesse dans cette négociation, il nous a » priés de ne rien cacher au Congrès de ses opinions h et de l'informer que si le prince faisait le serment de h conserver l'intégrité du territoire, il entendait par h là qu'il ne pouvait pas s'en dessaisir sans l'autori- « sation des Chambres, mais que toutefois il devait à h la vérité de faire connaître au Congrès qu'il ne parii tageait pas toutes nos opinions sur nos droits dans h les questions de limites ; que, quant au Luxembourg, u il était de notre avis, sauf l'indemnité pour les arranii gements de famille, mais que pour la Flandre hol- « landaise et pour le Limbourg, il ne croyait pas que » nous eussions droit à autre chose qu'à ce qui existait » en 1790; qu'à cet égard il n'entendait enchaîner n ni sou opinion ni celle de la couronne. «

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» J'ai ajouté que cette déclaration pourrait être présentée comme un acte de grande franchise. Qu'après cela le Congrès, faisant l'élection malgré cette déclaration, lui donnerait en quelque sorte un assentiment indirect ; que le prince se présenterait ainsi très fort devant les Chambres. Je me suis efforcé de faire bien comprendre quel serait suivant toute probabilité l'esprit de modération des Chambres et la confiance qu'elles devraient inspirer.

" Le prince a écouté très attentivement cette idée que j'ai longuement développé : il m'a dit assez faiblement que se serait une position singulière que celle d'un prince qui ferait un serment ainsi expliqué. Enfin, après que la conversation eût duré quelque temps encore, le prince, comme pour prendre congé de nous, dit : Messieurs, je ne puis rien vous dire de plus que ce que je vous ai dit dans notre dernière entrevue, ajoutant une phrase un peu entortillée qui nous a semblé vouloir dire qu'il ne pouvait accepter tant que notre territoire n'était pas définitivement déterminé. Cependant il nous a dit qu'il allait voir Talleyrand, qu'il m'engageait à le voir aussi, ainsi que Palmerston. J'ai demandé ce matin une entrevue au premier, qu'il m'a proposée pour deux heures demain. Ces messieurs en demanderont une aujourd'hui pour moi à MM. Grey et Palmerston avec qui ils dînent. Je vous garantis que je m'efforcerai de leur faire connaître les dangers auxquels ils exposent l'Europe et quelles peuvent être les conséquences de leur obstination. J'ai demandé au prince à avoir encore une entrevue avec lui, avant mon départ, samedi. 11 me

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l'a accordée, et m'a en même temps invité à une soirée chez lui demain.

h Vous voyez que je ne suis guère avancé. Au reste l'entrevue avec Talleyrand est peut-être ce qu'il y a de plus important. Lord Palmerston doit avoir donné à lord Ponsonby, sur la demande de nos messieurs, l'ordre de venir à Londres. S'il en est encore temps, engagez-le à ne pas y manquer. J'ai cru dans tous les cas devoir vous informer de ce qui s'était passé et vous envoyer cette lettre. J'ai pensé que d'ici à la fin de la négociation, il était urgent que vous fussiez mis au courant jour par jour. Demain nous vous écrirons par la poste, après-demain samedi, ou dimanche, je partirai moi-même ; je vous engage à renvoyer un courrier le plus tôt possible.

h II me semble, contre l'avis de ces messieurs cependant, qu'il y avait quelque chose d'un peu sec dans le ton du prince, surtout dans la phrase décisive dont je vous parle. Ces messieurs le connaissent mieux que moi. On vous a dit sans doute que par le statu quo de 1790 on entend garnison hollandaise à Maestricht et administration mixte comme autrefois ; au moins on laisse tout cela dans le vague.

,, Je vous avoue que j'ai peu d'espoir; mais pour ma part, je ne serais pas étonné qu'il y eût quelque proposition nouvelle encore sous jeu. Demain je tâcherai de vous donner le résultat de mes entrevues avec Talleyrand, Palmerston et lordGrey. »

Le lendemain vendredi (13 mai), à huit heures du soir, M. Devaux reprit la plume pour faire

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connaître à M. Lebeau les incidents qui s'étaient succédé depuis la veille.

» ...J'ai été chez le prince, en tête-à-tête avec lui, depuis midi jusqu'à une heure et demie. Après quelques mots insignifiants sur le bal d'hier ('), comme j'avais l'air d'attendre que le prince m'apprît le sujet pour lequel il m'avait appelé, — Monsieur, me dit-il, vous m'avez demandé, hier, une espèce de résumé de ce qui s'est passé entre messieurs les députés et moi ; le voici. — Puis il m'exposa, en peu de mots, ce qui s'était passé entre eux. Comme je ne me rappelais pas d'avoir fait une demande semblable, je crus que c'était une manière d'entrer en conversation et que le véritable objet de l'entrevue viendrait après. Voici toutefois le point principal de ce résumé : - J'ai dit à ces messieurs, me dit le prince, que pour que j'acceptasse, il faudrait, en premier lieu, que ce fût le vœu du pays, et que ce vœu ne fût pas dicté par quelque disposition d'esprit accidentelle et fugitive ; eu second lieu, que le pays fût constitué dans ses limites définitives ; en troisième, j'ai exposé à ces messieurs qu'il pouvait y avoir dans la Constitution quelques dispositions qui pourraient donner lieu à des inconvénients, mais que je ne les regardais pas comme un obstacle. — Dans le courant de la conversation, il m'apprit que ces dispositions étaient relatives à un sénat électif et

(') Les députés, ainsi que M. Devaux, avaient diné la veille chez lord Palmerston, qui les avait conduits ensuite au bal chez le duc de Devonshire.

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