‹ L'électricité dans la maison:Chapitre 10 sur 29 · TÉLÉPHONES A PILE · texte numérisé non relu

TÉLÉPHONES A PILE

Les téléphones magnétiques conviennent surtout pour de petites distances et des locaux assez silencieux, dans lesquels la conversation téléphonique n'est troublée par aucun bruit extérieur. Dans les usines, les ateliers, les fermes, les administrations, etc., il faut donner la préférence aux transmetteurs téléphoniques à pile, qui présentent incomparablement plus de puissance et de netteté.

Avant d'indiquer les dispositions de ces postes téléphoniques, (lisons quelques mots de la pile, du transmetteur et du récepteur. Pile. — Pour les communications téléphoniques comme pour les sonneries domestiques, c'est à la pile Leclanché que nous accordons la préférence ; les nouveaux éléments à plaques agglomérées sont supérieurs aux anciens éléments à vase poreux dont la résistance intérieure est plus grande et exerce une influence nuisible. Il ne faut cependant pas perdre de vue que les éléments Leclanché se polarisent lorsqu'on les maintient pendant un certain temps en circuit fermé sur le téléphone ; aussi doit-on avoir bien soin de rompre la communication avec le circuit dès que la conversation est terminée.

La pile de Lalande et Chaperon ainsi que les accumulateurs donnent aussi d'excellents résultats.

Transmetteur. — Les transmetteurs téléphoniques varient à rinfini comme formes et comme dispositions ; au début de leur invention, on avaitcru devoir les distinguer en deux classes : les transmetteurs à charbon et les microphones. C'est là une classification absolument artificielle et nous nous étonnons de la retrouver encore dans certains ouvrages spéciaux, car il est aujourd'hui très difficile d'établir une distinction, par suite du nombre incalculable d'appareils qui sont venus s'intercaler entre les deux systèmes parfaitement distincts à l'origine. ^

Nous conserverons donc ici à dessein le nom général et vague de transmetteur (1), et nous l'appliquerons à tout appareil qui, sous l'influence d'un son quelconque, est susceptible de modifier sa résistance électrique d'une manière ondulatoire et concordante avec les vibrations du son qui l'influence.

Nous ne nous proposons pas ici de passer en revue tous les transmetteurs connus susceptibles de rendre pratiquement de bons services ; il en existe déjà plusieurs centaines, tous ont leurs qualités et leurs défauts dont le principal est, en général, de coûter beaucoup plus cher qu'ils ne valent en réalité. Les meilleurs sont les plus simples et surtout ceux que l'on construit soi-même à l'aide de quelques crayons de charbon, — les charbons à lumière électrique conviennent parfaitement à cet usage.

Microphone de Hughes. — Le plus simple des transmetteurs est le microphone de BugheSj représenté figure 42.

Il consiste en un petit crayon de charbon de cornue A terminé en pointe à chacune de ses extrémités ; il est légèrement soutenu dans une position verticale entre deux godets creusés dans deux petits dés de charbon CC, fixés contre une table mince d'harmonie posée sur un plateau solide D. Ces dés CC sont reliés à la pile et au fil de ligne qui conduit au téléphone. Cet

(1) Sous-entendu à pt7e, puisque c'est seulement des transmetteurs à pile que nous nous occupons en ce moment.

Là TÉLtl>80:ilE DOMESTIOUK. «t

înstrumcol, dans sa grossière èbaocbe. est d'une surprenaQle cl merveilleuse délicatesse.

Il présente une très grande sensibilité, trop grande mëmv, puisqu'on est obligé de la diminuer pour détniire les çmcMtnentt produits par les bruib trop intenses.

On y arrive par plusieurs oiovens : tantôt on incline la plancbette qui supporte les dés de charbon jusqu'à la mettre parrai-

Fi;. 1ï. ^ Mkroplianp <te Hagbes.

tement horizontale ou légcremenl inclinée comme un pupitre ; tant^ïl, comme l'a indiqué le premier M. Boudet de Paris, on place un petit papier replié en forme de Ventre la planchette et le cravon de charbon ; l'éiasticilé du papier surfil. pour diminuer la trop grande mobilité du crayon et pour éteindre presiiue coni plélementles crachements.

Voici une disposition de microphone duc à M. Bleunard qui a donné d'assez bons résullals, el est d'une construction si facile

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qu'elle ne demande que quelques minutes quand on a les matériaux entre les mains. La figure 43 le représente en grandeur naturelle. La plaque vibrante A se compose tout simplement d'une carte de visite coupée en carré, d'une épaisseur moyenne. La forme carrée est de beaucoup la meilleure ; la forme ronde, plus séduisante en apparence, donne des résultats beaucoup inférieurs. On colle sur cette carte de visite, au moyen de cire à cacheter, trois plaques minces légères; BBB', de cbarbon employé pour la lumière électrique. Ces trois plaques occupent symétri-

Fig. t1. — MicrophaDQ qua l'ou peut conrectionncr soi-mâme.

quement les trois sommets d'un triangle équilatéral; on les met^ en communication au moyen de fils de cuivre &bb. Pour cela ov creuse un petit trou dans chacune, et l'on y adapte rextrémité* d'un GI de cuivre, avec soudure ou simplement par frottement dur. Onromplace avantageusement le cuivre parlepbttne. On réunit enfin ensemble les trois petits fils de cuivre.

Le reste de l'appareil consiste en un pied en bois, de forme carrée. M, supportant trois baguettes prismatiques de charbon CGC, correspondant exactement aux trois plaques BBB'. Deux colonnes CC communiquent par des fils de cuivre ou de pla-

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tine dd ayec une même borne D. La troisième colonne G' communique seule ayec une seconde borne D'. Les extrémités supérieures des colonnes de charbon doivent être taillées en forme de biseau. M. Bleunard a constaté que la forme pointue donnait de mauvais résultats, car les contacts deviennent beaucoup moins nombreux dans le second cas. On fixe également à la cire les colonnes sur le support en bois M.

Ce petit instrument peut devenir fort sensible à la voix et à tous les bruits, pourvu que Ton donne à la plaque A un poids convenable, ni trop lourd ni trop léger. C'est ainsi que Ton entend distinctement la voix, avec son timbre, d'une personne parlant à voix ordinaire à Icxtrémité de la chambre contenant le microphone. Les sons du piano sont particulièrement bien rendus. 11 faut placer l'appareil sur une table, à une distance de deux ou trois mètres, pour qu'il soit à labrit des trépidations du sol. Quant à la pile nécessaire pour actionner ce microphone, on peut faire usage de deux ou trois éléments Leclanché.

Dans le transmetteur de M. Loc/ti-Labye, auquel l'auteur a donné le nom un peu prétentieux de paniéicp/ione, le contact à résistance variable s'établit entre une pièce fixe en platine et une petite pastille de charbon collée sur une plaque de liège suspendue par deux ressorts à sa partie supérieure : la plaque de liège, présentant peu d'inertie et une grande surface, obéit très bien à la Voix.

Un transmetteur fort simple aussi et très facile à construire est celui de M. dArgy. Il présente l'avantage d'être fabriqué avec des objets qu'on trouve sous la main.

On prend une planchette de noyer, de sapin, d'ébonite, ou un écran japonais qu'on fixe verticalement sur un socle à l'aide de deux bouchons sciés. On fixe au milieu de cette planchette deux morceaux de charbon entre lesquels on place une pincée de coke et qu'on maintient à l'aide d'un bout de tube en caoutchouc ou, a défaut, à l'aide d'un bout de biberon. Les vibrations de la plaque réagissent sur le contact à résistance variable formé par le coke en poudre.

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On obtient de bons résultats pratiques en multipliant les contacts et les groupant, soit en tension, soit en quantité. Dans le transmetteur Ader il y a dix charbons qui donneol 20 contacts, 4 en tension, 5 en dérivation; le transmetteur Crosslej renferme 4 crayons, 8 contacts, 4 en tension et 2 en quantité; le transmetteur Gower-Bell, 6 crayons, 12 contacts, 3 en quaDtité,*4 en ■ ■■■"■■ ■■ "■ 'mt, pour

Fig. 4f, — Vue cil dessous et coupe longitudinale du transmetteur de M. Aderdiipc' sur un socle en plomb pour les audiUons tli6itra1es télâpbaniqucs.

obtenir de bons résultats, proportionner le nombre des élémen^^ au nombre des contacts et ù leur disposition ; si les contacts son en tension, il faudra monter les éléments en tension ; s'ils son^ en quantité, il faudra monter les éléments en quantité. La règl^ à suivre est que la résistance intérieure de la pile s'approche le^ plus possible, dans le montage adopté, de la résistance moyenne du transmetteur.

Transmetteur Ader. — Ce transmetteur, de beaucoup le plus employé en France, se compose (fîg. 44} de dis petits crayons

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de charbon AA disposés en deux séries en tension de cinq en quantité, et s'appuyant par leurs extrémités sur trois traverses en charbon BCD fixées sur une petite planchette en sapin qui reçoit les vibrations et sert en même temps de couvercle à l'appareil. Dans les postes ordinaires, il est directement fixé sur une planchette; pour les transmissions (hédlrales téléphoniques, il est assujetti sur un socle en plomb P supporté par quatre pieds en caoutchouc qui l'isolent des trépidations du plancher de ta scène.

Microphone I>anand. — Ce trausmetteur micropbonique, dans lequel les contacts sont à l'abri de l'air et de la poussière, semble présenter quelques avantages. 11 se compose {fig. 45) de deux plaques métalliques A.V fixées dans une bague en bois et formant une boite hermétiquement close dans laquelle lo système microphonique est entièrement à l'abri de l'air et de la poussière qui vient si souvent encrasser les contacts des microphones ordinaires. Chacune de ces plaques porte une petite pastille de charbon BB' collée en son milieu. Enlru ces deux pastilles de charbon se trouve un petitmorceau de charbon en forme d'olive

et d'une longueur wi peti plus grande que la distance des faces internes des pastilles de charbon. Cette olive est prise par son milieu par un filde laiton F tendu diamétralement, fixé à une de ses extrémités et relié à son autre extrémité à un bouton Ë. En tordant le fil plus ou moins, on applique l'olive avec plus ou moinsde force contre tes deux pastilles, et l'on rend le microphone plus ou moins seosible. Un index fixé au bouton Ë se meut devant un cercle divisé et permet de graduer très facilement la torsion du fil pour proportionner la sensibilité de l'appareil ù la nature des sons qu'on veut transmettre. On produit les variations

de résistance en parlant devant Tune des plaques; deux personnes parlant Tune devant A, l'autre devant A', peuvent même transmettre un duo que Fappareil récepteur reproduit avec fidélité et netteté, sansaucun égard pourTinsuffisance souvent absolue des expérimentateurs.

Modes de fonctionnement. — Un transmetteurpeutactionner un récepteur téléphonique de deux manières distinctes :

1® Directement, sans Tintermédiaire d'une bobine d'induction ;

2* Indirectement, à l'aide d'une bobine d'induction.

Le premier système, le plus simple, ne peut s'appliquer qu*à des distances très courtes, l'intérieur d'un appartement, par exemple, avec un téléphone à fil relativement gros. On comprend, en effet, qu'à mesure que la ligne augmente, la résistance totale du circuit constitué par la pile, le transmetteur, le récepteur et la ligne, augmente aussi, tandis que les variations de résistance du transmetteur conservent toujours leur môme valeur absolue. L'influence de ces variations sera donc d'autant moins sensible que la distance sera plus grande ; elle finira bientôt par devenir insuffisante et les sons cesseront alors d'être perceptibles.

11 n'en est plus tout à fait de même dans les systèmes à bobine d'induction.

Le transmetteur travaille sur un circuit de résistance fixe constitué par sa résistance propre, la résistance de la pile et celle du circuit primaire ou inducteur de la bobine, tandis que le récepteur et la ligne sont reliés au circuit induit de la bobine ou circuit secondaire. Dans ces conditions, l'influence de la longueur de la ligne est indirecte et on peut toujours la réduire dans une certaine proportion en employant des bobines d'induction et des téléphones récepteurs à fil d'autant plus fin que la ligne est elle-même plus longue. La plupart des postes téléphoniques construits aujourd'hui sont munis de bobines d'induction et fonctionnent facilement jusqu'à 10 et 20 kilomètres de distance et souvent davantage.

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