TÉLÉGRAPHES IMPRIMEURS
Dieu que M. Vail la revendique pour lui-même, c'est à Wheatstone que revient la gloire d'être parvenu le premier à faire imprimer par le télégraphe lui-môme les dépêches transmises d'une station à une autre. Il atteignit ce résultat en substituant au disque de papier de son télégraphe à cadran un disque mince en cuivre ou en bronze, divisé, du centre à la circonférence, en vingt-quatre secteurs disposés de manière que chacun formait un ressort sur les extrémités duquel on plaçait les caractères en relief. Un mécanisme additionnel, avec un échappement qui était mis en mouvement par un électro-aimant, obligeait un marteau à appuyer la lettre contre un cylindre, autour duquel étaient enroulées plusieurs couches de papier blanc et de papier rouge ou noir à calquer : on obtenait ainsi, sans créer de nouvelle résistance sur la roue motrice, plusieurs copies imprimées de la dépêche transmise.
Télégraphe de m Bain. — Plusieurs personnes prétendent que le premier qui ait appliqué la télégraphie électrique à l'impression des dépêches est M. Bain, qui construisit en 4845 un télégraphe de cette espèce n'exigeant qu'un seul fil conducteur; mais, en réalité, son télégraphe était le même que celui de Wheatstone % et ne différait qu'en ce que l'impression se faisait au moyen d'un second cadran indicateur pressé contre le papier chargé de noir de fumée. Depuis il en a changé la disposition et a adopté celle que nous allons faire connaître sommairement.
Comme dans les télégraphes français à cadran, un mécanisme d'horlogerie met l'appareil en mouvement; mais, au lieu de se servir d'un électro-aimant pour faire marcher ce mécanisme, M. Bain a utilisé la réaction d'un faisceau magnétique sur un cadre galvanométrique qui l'entoure. Les appareils sont identiques dans toutes les stations, et le mouvement des mécanismes d'horlogerie est synchronique dans tous, quand l'échappement part simultanément; on comprend alors que, si l'interrupteur
510 I/ÉLECTR1CITÊ ET LES CUEMINS DE FEH.
du courant est disposé de manière que ce soit l'arrêt de la roue portant l'aiguille indicatrice qui produise l'interruption quand l'aiguille se trouve en face du signe que l'on veut transmettre, toutes les aiguilles des différents appareils s'arrêteront devanl le môme signe; et, si le mécanisme est combiné de telle sorte qu'il fasse tourner dans le môme rapport un tambour sur lequel sont soudées les vingt-cinq lettres de l'alphabet, en relief, il sera facile de faire arriver en face d un point fixe la lettre que l'on veut imprimer.
A coté du cylindre ou tambour sur lequel sont les caractères en relief, et auquel on donne le nom de roue des types, sur un axe qui porte une vis sans fin, est monté un autre tambour entouré d une feuille de papier. Du côté opposé à celui de la roue des types, il y a un autre mécanisme d'horlogerie, qu'on nomme mécanisme imprimeur, dont l'échappement ne devient libre que quand le mouvement du premier s'arrête, et alors, au moyen d'un excentrique, il donne un mouvement d'impulsion à un levier coudé qui agit par pression sur la roue des types. 11 résulte de cette disposition qu'au moment où la lettre en relief que l'on veut transmettre s'arrête devant le tambour recouvert de papier, le mécanisme imprimeur se met en jeu, le levier coudé presse fortement la roue des types contre le papier, et, s'il y a devanl celui-ci une feuille de papier noirci, la lettre reste marquée. Pendant ce mouvement, le régulateur à force centrifuge, mis en liberté par l'échappement du mécanisme imprimeur, et recevant son mouvement du mécanisme de la roue des types, soit du télégraphe proprement dit, redevient sans action et retient le mouvement du mécanisme imprimeur au moyen d'un second arrêt, jusqu'à ce que, mis en marche de nouveau, il abandonne cet arrêt pour opposer le premier, et alors l'excentrique exerce une nouvelle pression.
Si le tambour sur lequel se trouve la feuille de papier engrène avec un pignon mû par une roue à rochet avec son arrêt, en rapport avec le levier coudé, chaque coup de presse fera avancer la surface du tambour de l'intervalle d'une lettre, et, comme la vis sans fin lui donne un mouvement de translation en même
temps qu'a lieu celui de rotation, les mots de la dépêche resteront imprimés en spirale sur la surface du cylindre de papier.
Télégraphe de m. Siemens. — Au télégraphe à cadran que nous avons déjà expliqué, son auteur a ajouté, pour l'impression des dépèches, un mécanisme assez compliqué dont le principe est le même que celui qui a servi de base à son télégraphe à cadran; mais, au lieu d'aiguilles, l'axe de la roue à rochet porte la roue à types de Wheatstone, divisée en autant de secteurs faisant ressort qu'il y a de signes au cadran, chaque secteur portant un poinçon. Dans le mouvement de la roue, la lettre correspondante à celle qu'indique à chaque instant l'aiguille du cadran se trouve précisément au-dessus d'un marteau. Au-dessus de la roue est disposé un rouleau noirci, et entre ce rouleau et le poinçon passe la bande de papier à imprimer.
Il ne s'agit donc plus, pour imprimer, que de faire en sorte que chaque fois que l'on abaisse une touche du clavier d'un des télégraphes, le marteau frappe son coup de bas en haut : or il y a dans l'appareil un second aimant temporaire d'une grande puissance, qu'on appelle Vannant d'impression, et dont les bobines sont en relation avec une pile locale.
Nous ne nous arrêterons pas à expliquer comment l'armature de l'aimant d'impression fait tourner le rouleau chargé d'encre, ni à décrire les autres particularités de l'appareil : cela nous entraînerait trop loin, et nous avons seulement à faire connaître le principe sur lequel il est fondé. Cependant, comme la condition la plus difficile à remplir, dans ces télégraphes, est celle de faire agir le mécanisme imprimeur au moment où la lettre désignée se présente, et non pas avant, nous constaterons que M. Siemens y est parvenu en construisant son électro-aimantd'impression de manière qu'il ne s'aimante suffisamment pour agir qu'après un intervalle de temps appréciable depuis la fermeture du circuit. Dans les ouvrages de MM. Moi g no et Schellen, dont nous avons déjà parlé, on trouvera la description complète de cette partie du télégraphe de M. Siemens, non moins ingénieuse assurément, niais peut-être moins sûre que le cadran em-
ployé sur les lignes de chemins de fer allemands, et que nous avons expliqué avec plus de détail.
Télégraphe 4e m. Brett. — Quelques personnes regardent ce télégraphe comme le plus parfait qui ait été imaginé pour imprimer les dépèches, et il mériterait bien certainement que nous en donnassions une description complète pour faire connaître tout le talent de celui qui Ta construit; mais cette description nous prendrait trop de temps et d'espace; et nous recommandons de nouveau à cet égard l'ouvrage de M. l'abbé Moigno; nous nous bornerons à donner ici une idée de cet appareil d'après le résumé fait par M. du Moncel dans ses Applications de l'électricité.
Comme dans les télégraphes de MM. Bain et Siemens, la roue des types a pour moteurs des mécanismes d'horlogerie spéciaux, disposés de manière que le mouvement du levier d'impression est produit par la roue des types, qui est mue à son tour par l'action d'un électro-aimant interposé dans le circuit de la ligne, action qui s'exerce sur une ancre d'échappement dont la roue n'est autre que la roue des types elle-même. Ces types sont en acier et soudés autour de la roue, sur la circonférence de laquelle sont plantées des chevilles qui servent à l'échappement.
Le cylindre sur lequel est placé le papier se trouve fixé sur un axe horizontal ù vis sans lin, qui permet d'obtenir le même effet que celui déjà indiqué à propos du télégraphe de M. Bain. Ce cylindre, placé à peu de distance de la roue des types, qui est verticale, peut, au moyen de deux bielles à excentriques, appuyer contre elle et recevoir ainsi l'impression du type qui se présente à cet instant. Le mouvement de va-et-vient du cylindre, ainsi que le mécanisme destiné à le faire correspondre exactement au passage de chaque lettre par le point de langence avec la roue des types, a exigé une foule de précautions, que M. Brelt a su prendre en considération et dont il s'est tiré avec une simplicité admirable; néanmoins nous n'en ferons pas la description, non plus que de la disposition adoptée pour faire en sorte qu'il n'y ait pas impression au passage de chaque lettre, mais seulement au passage de celle qu'on veut marquer; nous dirons seu-
lement que l'inventeur emploie à cet effet un appareil hydraulique, qu'il nomme gouverneur, et dont l'objet est de faciliter le mouvement d'ascension et de rendre très-lente la descente d'un levier qui comprime le cylindre du papier contre la roue des types.
M. Brett a donné plusieurs formes à son communicaleur : ce fut d'abord un clavier, comme celui de M. Froment, et depuis il le remplaça par un interrupteur circulaire mobile, comme ceux que Ton emploie communément dans les expériences de démonstration, c'est-à-dire une roue dont la circonférence est divisée en autant de parties qu'il y a de signes; mais ces parties sont alternativement isolantes et conductrices.
L'appareil avertisseur ou sonnerie fait partie du récepteur; il est excessivement simple; c'est tout bonnement un timbre dont le Marteau est mis en mouvement par une came, comme ceux des moulins à farine.
M. Brett a modifié et perfectionné son télégraphe à plusieurs reprises, et il appelle très-particulièrement l'attention sur Tordre dans lequel il a placé les lettres autour de la roue des types, ordre nécessaire pour abréger la transmission des dépèches, car dans la langue anglaise, et plus encore dans la langue allemande, la lettre E, par exemple, se présente trois mille fois, tandis que la lettre Z n'apparaît qu'une seule fois. Le télégraphe de M. Brett est connu aux États-Unis sous le nom de télégraphe de House.
Télégraphe de n. Freytei. — Ce télégraphe, qui a figuré à l'Exposition universelle de 1855, imprime la dépêche non plus sur une bande de papier plus ou moins longue, mais sur une large feuille, en lignes droites et superposées.
Ce télégraphe est basé sur ce qu'un électro-aimant, ayant deux armatures avec des ressorts antagonistes de différente force, peut agir sur l'une avec un courant d'une certaine intensité sans agir sur l'autre. Partant de ce principe, M. Freytel divise sa pile en deux parties, faisant agir une des deux moitiés sur l'armature qui commande le mécanisme télégraphique, et les deux ensemble sur le mécanisme imprimeur, qui fonctionne directement sans mouvement d'horlogerie.
M. Theiler, horloger du canton de Schwifz, a inventé et construit un télégraphe typographique qui a mérité les suffrages les plus élogieux d'une commission composée de MM. de la Iii\e. Colladon, Warlman, et autres personnes compétentes.
L'appareil a un clavier, composé d'autant de touches qu'il y a de signes, et communique par un seul til conducteur avec la station de réception, où se trouve un mécanisme destiné à limpression des dépêches, au moyen de deux roues dont le contour porte des types en relief qui prennent constamment l'encre en passant devant un rouleau d'imprimerie, et qui «s'abaissent au moment opportun pour marquer sur le papier le signe voulu.
Le mécanisme du manipulateur a une certaine analogie avec celui qu'a inventé et exécuté M. Froment; mais il en difj^re essentiellement en ce qu'il suffit d'ouvrir et de fermer le circuit une seule fois pour la production de chaque lettre ; le jeu des touches est combiné avec un mécanisme à mouvement uniforme et exactement de la môme vitesse que celui d'un autre mécanisme situé dans le récepteur, de manière qu'au lieu d'avoir une série d'interruptions cl autant de fermetures du circuit qui mettent en communication les roues à impression avec les touches, c'est un mécanisme à échappement qui procure ici l'uniformité.
Après avoir énuméré quelques-unes des modifications que M. Theiler pourrait introduire dans son télégraphe, les membres de la commission terminent en disant : « En résumé, ce télégraphe, comme tous ceux qui servent à imprimer, a l'avantage de ne rien laisser a l'adresse ni à l'attention de l'employé, et présente en outre plusieurs combinaisons mécaniques trés-ingénieuses, parmi lesquelles nous sommes heureux de citer :
« 1° L'application de l'échappement libre au jeu du récepteur;
« 2° La disposition au moyen de laquelle on réduit à deux les parties du commutateur qui agissent pour la transmission de chaque lettre;
« o* Le mécanisme destiné à tendre le ressort qui commande le rouleau où se meut la bande de papier continu ;
« 4° L'aiiiticc au moyen duquel l'intervalle entre deux lettres reste constant et à l'abri de toute impression. »
Télégraphe typographique de 211. Dumoulin. — Cet habile COn-
structeur, qui s'est fait remarquer à l'Exposilion de 1855 par quelques appareils très-ingénieux, a construit un télégraphe typographique qui mérile de figurer à coté de ceux que nous venons de mentionner; et, comme il n'a pas, que nous sachions, été décrit jusqu'à présent, nous nous y arrêterons un peu plus que sur les autres, et nous ajouterons à notre explication une figure, afin de nous mieux faire comprendre.
Le communicateur et le récepteur sont dans une même boite, ou, pour mieux dire, chaque appareil sert.de communicateur et de récepteur; et, comme dans l'appareil de M. Theiler, il suffit, pour imprimer chaque lettre, d'établir et d'interrompre une seule fois le circuit.
D y a dans l'appareil un mécanisme d'horlogerie qui sert à mettre en mouvement quelques pièces du récepteur et du communicateur à la fois. La partie principale de ce dernier est représentée dans la figure 192. Elle consiste en une planche en bois
Fig. lltt.
où se trouvent trente-deux plaques métalliques correspondant à un nombre égal de touches, avec lesquelles on indique et on imprime, comme nous allons le voir, un nombre double de signes. -Chacune de ces plaques est mise en communication avec un des
pôles de la pile quand on abaisse la touche correspondante du clavier, car ces touches portent un appendice élastique de cuivre argenté qui, en descendant, se met en contact avec les plaques. Celles-ci communiquent avec chacun des trente-deux ressorts qui entourent, en forme de rayons, le trou circulaire qui so trouve au milieu delà planche en bois. Tous ces ressorts appuient oontre un disque en laiton D, qui est en contact avec le second pôle de la pile, après que le courant a parcouru les pièces correspondantes du récepteur à l'autre station. Nous savons, par conséquent, comment on établit le circuit; mais il nous resté à dire comment on peut l'interrompre sans cesser d'appuyer sur la touche si la marche de l'appareil l'exige. Le disque D, qui ton ne par l'effet d'un mécanisme d'horlogerie, porte incrusté sur un point de son contour une petite lame d'ivoire qui. à mesure que tourne le disque, passe au-dessous de tous les ressorts communiquant avec les plaques métalliques, et, en arrivant Ile qui transmet le courant, celui-ci se trouve interrompu. Voyons maintenant l'effet que produisent sur le récepteur la formelui et l'ouverture du circuit ; nous avons recours pour à une figure de convention qui ne représente que la position «les organes essentiels du récepteur (fig. lî)3).
Le courant de la pile, qui parcourt le commuiiicateu dans le récepteur par l'électro-aimant E d'un relais, dont l'armature A, selon qu'elle est ou non attirée, peut faire passer le courant de la pile locale P' par un autre circuit, en parcourant différentes pièces de l'appareil. Quand on abaisse une touche et que le courant passe, l'armature du relais est attirée par l'électroaimant; elle touche la vis !P, et le courant de la pile locale passe par le circuit PTE', suivant la direction des flèches. En E', le courant aimante le fer doux d'un électro-aimant circulaire que fait tourner l'action du mécanisme d'horlogerie M; il attire vers lui l'armature A\ qui est un disque en fer doux aussi, monté sur le même axe que la roue R; les deux pièces suivent alors le mouvement rotatoire de l'électro-aimant circulaire, et, par conséquent, entraînent dans ce mouvement la roue des types 7\ qui tourne aussi pendant tout le temps que dure le passage du cou-
rant. Mais, aussitôt que la pitec en ivoire du communicaleur interrompt le circuit principal, l'armature A du relais cesse d'être attirée et se sépare de la vis V pour se mettre en contact avec
vis T", et alors le courant de la pile locale passe par le circuit PT'E"; le fer de l'élcctro-aimant circulaire perd son aimantation, l'armature A' s'en sépare et cesse de le suivre dans son
mouvement de rotation, ainsi que la roue R et la roue des types, qui reste fixe, présentant la lettre désignée devant le papier et la presse qui se trouvent en P".
Nous avons dit que le courant de la pile locale passait au circuit PT'E", dans lequel il parcourt les spires de l'électroaimant E", dont l'armature A" se met en mouvement en produisant deux effets : le premier, avant d'arriver au terme de son parcours, consiste à bien régler la position du type devant la presse, et, pour cela, il agit sur un levier terminé par la pièce triangulaire /, qui entre exactement dans l'espace triangulaire correspondant de la roue R"; le second effet consiste à faire appuyer la presse P" contre la roue des types, et, comme le papier passe entre elles deux, la lettre se trouve imprimée.
Tel est le mécanisme essentiel du télégraphe imprimeur de M. Dumoulin. Il embrasse encore une multitude de détails et d'accessoires aussi ingénieux les uns que les autres, comme, par exemple, la répétition des signes sur un cadran par une aiguille mise en rapport avec la roue R; et, le mécanisme d'horlogerie ne la faisant tourner dans le communiealeur qu'après que le courant a parcouru le récepteur, celle indication fait savoir à l'employé qui transmet si la lettre a été imprimée à l'autre station et si c'est bien celle qu'il voulait transmettre; elle permet aussi à l'employé qui reçoit de lire en mémo temps, ce qui peut être fort utile dans certaines circonstances, comme, par exemple, lorsqu'il s'agit d une dépèche si pressée, qu'on ne puisse attendre, pour ch prendre connaissance, que l'impression en soit entièrement terminée; comme aussi lorsque l'encre de la roue S est trop sèche cl que les types ne marquent pas très-bien ; lorsque le papier se déchire, ou qu'il n'y en a plus, et qu'on ne peut pas sacrifier un instant pour en mettre de nouveau; enfin, c'est un excellent vérificateur. M. Dumoulin emploie deux séries de types semblables pour obtenir deux dépèches identiques, de manière * que, le timbre étant posé sur toutes deux, l'administration expédie l'une d'elles et garde la sienne.
Le procédé mis en œuvre pour que l'impression des chiflres se fit indistinctement avec les mêmes touches et la môme roue
de types qui servent à l'impression des lettres n'est pas moins curieux; l'employé n'a autre chose à faire pour cela qu'à abaisser une touche spéciale, au lieu de presser celle qui correspond aux intervalles de lettre à lettre. A cet effet, dans la roué fT, qui, comme nous l'avons dit, sert à bien fixer à sa place la roue des types, la cavité existant entre chaque dent, laquelle cavité correspond à la touche destinée à substituer les chiffres aux lettres, est beaucoup plus profonde; la pièce triangulaire t s'y enfonce davantage, et le levier, en parcourant l'espace augmenté, pousse latéralement la roue des types de manière qu'elle ne présente plus à la presse la partie de son contour où sont les lettres, mais celle où se trouvent les chiffres ou les autres signaux.
Quand nous examinâmes pour Ja première fois cet appareil, M. Dumoulin n'avait pas cherché à remplir tant de conditions; mais, en revanche, le mécanisme était beaucoup moins compliqué, et, bien qu'il se propose de le perfectionner en simplifiant les transmissions de mouvement, il a, à notre avis, le défaut de tous les télégraphes typographiques, la complication, qui, jointe à la difficulté de faire que les signaux du communicaleur et du récepteur se correspondent exactement, comme il arrive aussi dans les télégraphes à cadran, diminue beaucoup l'avantage qui résulte de la possibilité de transmettre et de recevoir une dépêche, même quand on n'a fait pour cela aucun exercice prépa ratoire.
Télégraphe typographique de M. du Honcel. — M. du Moncel
a publié en 1851 la description d'un système de télégraphe imprimeur qu'il avait fait construire, et qui fonctionnait sans mouvement d'horlogerie, sous l'intluence seule du courant; mais les modifications qu'il y a introduites afin de le rendre pratique en ont fait pour ainsi dire un autre appareil.
La grande difficulté dans les télégraphes typographiques est de parvenir à faire fonctionner le mécanisme imprimeur en n'employant qu'un seul fil conducteur, et de faire en sorte que ce mécanisme, restant immobile pendant le passage successif des
lettres, n'agisse qu'au moment où se présente le signe que l'on veut transmettre. Pour oblenir ce résultat, nous avons vu que M. Bain se servait d'un double système d'arrêts mis en action par un régulateur à force centrifuge; que M. Brett employait un appareil hydraulique à mouvement ascendant accéléré et à mouvement descendant très-lent; M. Freytel rend inégale la tension des ressorts antagonistes des armatures qui mettent en mouvement et arrêtent le mécanisme de l'appareil compositeur et de l'appareil imprimeur; M. Siemens a recours à l'inertie d'aimantation des grands aimants, et M. Dumoulin profile de l'interruption du circuit principal pour faire passer le courant d'une pile locale du circuit où se trouve la roue des types à un autre circuit où se trouve l'appareil imprimeur. Excepté ce dernier, qu'il ne connaissait pas sans doute, M. du Moncel condamne tous les systèmes de télégraphes imprimeurs que nous avons mentionnés : les uns, comme celui de M. Siemens, parce qu'il en croit le principe peu rigoureux; les autres, parmi lesquels celui de M. Theiler, parce que, fondés sur une appréciation de temps, ils doivent se trouver en défaut à la moindre négligence des employés.
Son appareil se compose de deux systèmes tout à fait indépendants l'un de l'autre : le premier sert à faire arriver à un point fixe la lettre que l'on veut marquer, et consiste en un télégraphe à cadran Ordinaire, dont l'aiguille indicatrice est remplacée par une roue très -légère sur laquelle sont fixés les signes ou types. Le second système, destiné à imprimer, se compose d'un piston élastique qui se meut horizontalement sur une coulisse, et dont la tige articulée correspond à une manivelle. Celle manivelle peut être mise en mouvement par un mécanisme d'horlogerie, mais elle est généralement maintenue dans une position fixe par un arrêt soumis à l'action d'un électro -aimant spécial. La palette ou armature de cet électro-aimant est en acier trempé et aimanlé, de manière que la réaction du courant qui met en mouvement le premier système produit sur elle une répulsion quand il passe à travers l'électro-aimant qui lui correspond. La bande de papier sur laquelle doit s'imprimer la dépêche descend verticalement entre la roue et le piston, qui est précisément en face du point
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fixe ou signal; elle glisse sur deux tambours et vient s'enrouler sur un troisième cylindre muni d une roue à rochet avec son arrêt, tic manière qu'à chaque mouvement en arrière du piston la bande de papier avance de l'intervalle de deux lettres, comme dans le système de M. Brelt. Les lettres de la roue des types prennent de «l'encre en passant devant un rouleau d'imprimerie.
Le communicatcur, dit M. du Moncel, peut être celui d'un télégraphe à cadran ordinaire, ou un clavier avec son inverseur, comme celui qu'a construit M. Mirand pour les concierges. Pour comprendre la manière dont fonctionne cet appareil, il faut se rappeler que le mécanisme ne s'arrête que sous l'influence de l'armature aimantée d'un électro-aimant dont l'action attractive est précisément l'inverse de celle qui agit sur le télégraphe. Il arrive donc que, pendant que celui-ci fonctionne, le mécanisme imprimeur reste inaclif; mais, aussitôt qu'on a touché le commutateur de courants, le mécanisme devient libre, sans produire pour cela une réaction sur le télégraphe. Le piston avance alors vers la lettre de la roue des types qui se trouve devant le point de signal, et cette lettre demeure imprimée sur la bande de papier interposée.
Têit^mphe de m. Digney. — Dans la séance du 2*2 décembre 1850, M. Babinet présenta à l'Académie des sciences un télégraphe dû aux frères Digney, et il énuméra les avantages de cet appareil en môme temps qu'il fit voir des échantillons de plusieurs dépêches imprimées en caractères romains.
D'après la note môme des inventeurs, ce télégraphe s'applique principalement et sans complication apparente aux télégraphes à cadran ; c'est-à-dire que, pour la forme, il ressemble à celui de M. du Monccl; mais on peut, par son moyen, obtenir des dépêches tout imprimées, sans modifier d'une manière sensible les appareils actuellement en usage, ni leur manœuvre, c'est-à-dire que les employés s'en serviraient aisément sans nouvelle étude.
Le principe sur lequel est fondé le télégraphe de MM. Digney, et ce qui permet de l'appliquer aux récepteurs ordinaires, c'est qu'il est pourvu d'un manipulateur rhéolomique qui intervertit
le courant pour produire le double résultat de la transmission et de l'impression. Sans entrer dans une description détaillée, qu'on trouvera dans le Cosmos du 27 décembre 1H56, ou dans les Applications de l'électricité de M. du Monccl, nous dirons qu'au récepteur ordinaire d'un télégraphe à cadran on ajoute un autre électro-aimant, ou qu'on substitue à la palelte d'échappement en fer doux un aimant artificiel, en ilxant dans l'axe même de la roue à échappement un disque ayant des lettres en relief sur sa circonférence, et près duquel passe langentiellement une bande de papier qui reçoit l'impression, quand un levier faisant corps avec la. palette de l'élcctro-aimant supplémentaire produit en temps opportun la pression nécessaire.
Déjà, dans ses Recherches sur la télégraphie électrique, M. Gloesencr proposait le plan d'un télégraphe typographique fondé aussi sur le renversement du courant pour arrêter le disque des types et fermer le circuit d'une pile locale qui devait mettre en mouvement le martinet d'impression.
M. Regnard avait proposé aussi un télégraphe typographique, construit comme son télégraphe à écran; mais il ne l'expliquait pas assez dans sa brochure de 1 855 pour qu'on pût juger de son mérite. Dernièrement il a décrit un nouveau télégraphe imprimeur dont le récepteur, dit-il, est construit d'après les mêmes dispositions que son récepteur à cadran. Les électro-aimants animés par la pile du relais agissent aussi par impulsion sur un rochel qui porte, au lieu d'une aiguille, une roue autour de laquelle sont disposés des caractères d'imprimerie qui sont encrés par de petits rouleaux placés à droite et à gauche. La lettre à imprimer est amenée devant un repère par la succession de courants alternés; mais, en ce moment, le courant de la ligne étant interrompu, le relais transmet le courant de la pile locale à un rhéotome, et, au moyen de plusieurs pièces, agit sur l'appareil imprimeur. Le déplacement de la bande de papier s'opère progressivement, sans qu'il y ait besoin d'un appareil spécial, par l'action même de la pile locale.
TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE. 559 Télégraphe Imprimeur de MM. Cousin et MoalDeron. — Ces
messieurs ont présenté d'abord un télégraphe dans lequel les vingt-cinq lettres de l'alphabet sont sur cinq roues de types indépendantes, mobiles dans dt'ux sens, c'est-à-dire pouvant se déplacer latéralement au moyen d'un axe creux glissant sur une tige; de ces roues, il n'en marche qu'une à la fois, suivant le signe à transmettre, par l'action du manipulateur, qui, interrompant une, deux, trois ou quatre fois le courant, fait avancer d'une, deux, trois, quatre ou cinq dents une roue à échappement qui agit sur l'axe creux portant les roues des types et présentant, selon sa position, chacune de celles-ci au mécanisme imprimeur, qui se trouve fixe. Le manipulateur est composé de cinq leviers à manche articulé, dont chacun réalise trois effets différents : d'abord, avant d'atteindre la première lettre de celles qu'il commande, il opère, suivant son numéro d'ordre^ une, deux, trois ou quatre fermetures du courant pour placer la roue des types correspondante en face du mécanisme imprimeur; puis le courant se renverse à un moment donné, et produit une interruption pour la première lettre, deux pour la seconde, etc., jusqu'à la cinquième; enfin, la lettre étant devant le mécanisme imprimeur, le levier reprend sa position primitive, et alors une bascule dont ils sont tous armés renverse de nouveau le courant et détermine la pression.
Un autre appareil des mêmes inventeurs, proposé quelque lemps après, se rapproche davantage des télégraphes typographiques ordinaires, et surtout de celui de M. du Monccl, dit luimême ce savant physicien. Dans cet appareil, ajoute-t-il, le mécanisme compositeur fonctionne, comme celui des télégraphes à cadran, sous l'influence du courant dirigé dans un sens, et le mécanisme imprimeur sous l'influence du courant renversé. Le manipulateur est analogue à ceux des télégraphes à cadran de M. Hreguet.
Télégraphe de M. Grinieaax. — Le manipulateur de ce télégraphe est semblable aussi à celui que nous venons de mentionner, et c'est quand la manivelle arrive au repère, après avoir
été chercher la lettre, que l'inversion du courant s'effectue pour produire l'impression. La roue des types, ici, au lieu de porter les caractères en relief sur son exergue, n'est qu'une simple étoile ayant vingt-huit rayons qui tourne sans mouvement d'horlogerie sous l'influence d'un rochet. L'impression s'effectue par l'action directe d'un électro-aimant qui met enjeu l'inversion du .courant.
Télégraphe de m. Quevai. — Le récepteur de ce télégraphe fonctionne, comme le précédent, sans mouvement d'horlogerie, sous l'influence d'un douhle relais ayant une disposition particulière, et le marteau imprimeur, en réagissant sur la roue des types, forme relais à plusieurs contacts pour renvoyer le courant à différents avertisseurs au moment où il entre en fonction. Le manipulateur est encore le même que celui des télégraphes à cadran de M. Rrcguet, avec certains accessoires.
Télégraphe Imprimeur de H. Bregaet. — Cet appareil, construit
en 1847, dit M. Bregucl lui-même, est resté abandonné pendant dix ans, parce qu'il ne présentait pas de véritables avantages dans la pratique. Cependant son auteur imagina plus tard de n'établir le courant qui fait marcher l'appareil imprimeur qu'au moment précis où cela est nécessaire ; et voici de quelle manière il fit l'application du principe.
« Dans tous mes télégraphes (c'est M. Breguet lui-même qui parle» il y a un échappement dans lequel l'armature, attirée successivement par l'électro-aimanl, fait l'office du balancier dans une horloge. Cette palette est limitée dans ses oscillations par deux vis dites de réglage; contre ces vis vient battre un bras faisant corps avccJa palette.
« Sur le célé de ce bras, qui vient appuyer contre une des vis. quand la palette est attirée par l'aimant, je place un ressort qui, dans ce cas, vient presser sur la vis.
« A l'extrémité de ce bras est un autre ressort qui peut venir toucher à une vis, quand le premier fléchit sous la force de l'aimantation.
« Ce nouveau ressort et la vis sont chacun le pôle d'une pile
TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE. 5<ii
dont le courant passe autour de l'électro-aimant du mécanisme imprimeur. Cet électro-aimant est actif, du moment où ces deux pièces viennent à se mettre en contact.
« En transmettant des signaux à raison de trente-cinq par minute, quand on passe d'une lettre à une nouvelle lettre, le courant circule autour de l'aimant en 0",07, et, au moment où l'on s'arrête sur la lettre que l'on veut expédier, il passe pendant 0',40, à peu près cinq fois plus de temps. Eh bien, dans ce dernier cas, cela suffît pour que l'aimantation fasse fléchir le ressort du réglage et permette à l'autre ressort d'établir le courant de la pile de l'imprimeur. »
Le manipulateur n'a pas besoin d'une fnention particulière, car c'est le même que celui employé par M. Brcguet dans ses premiers télégraphes, où il faisait faire deux oscillations à la palette pour chaque dent de la roue d'échappement, qui en avait alors vingt-six.
Télé^raiphe Imprimeur pour les nlgDAux de M. Chape. — Çc
télégraphe, imaginé et construit par M. Breguet pour obtenir l'impression des signaux télégraphiques de l'ancien télégraphe du gouvernement français, est très-compliqué. Nous nous bornerons à transcrire ici les quelques mots qu'en a dits M. du Moneel.
« Si les huit positions de chaque aiguille des anciens télégraphes du gouvernement français sont gravées en relief (chacune en particulier) sur huit aiguilles mobiles, on pourra faire en sorte, par la manière dont seront disposés entre eux les appareils trans metteurs et récepteurs, de faire arriver devant un point de repère fixe celle de ces aiguilles qui portera le signe transmis. Supposons donc que ce point de repère se trouve précisément au point de tangence des circonférences décrites par les deux syslè mes d'aiguilles, et admettons que là précisément se trouve disposée en relief une barre placée dans le sens de la ligne qui joint le centre de ces deux systèmes, on concevra que les signes, en arrivant au point de repère des deux côtés de cette traverse, dessineront le signe télégraphique. Pour l'imprimer, il ne s'agira donc i. 36
5G2 l/ÉLECTRICITÉ ET LES CHEMINS DE FER.
que de faire passer une bande de papier au-dessus et de la presser contre les reliefs, soit par l'intermédiaire d'un excentrique mis en mouvement par un mécanisme d'horlogerie détendu à temps, et relevé ensuite par ce mouvement d'horlogerie. Cette partie du mécanisme peut être combinée comme celle des mécanismes imprimeurs que nous avons déjà étudiés. Dans tous les cas, il faut que cette action mécanique soit suivie ou précédée d'une réaction sur les cylindres qui portent la bande de papier, de manière à la faire avancer d une distance suffisante pour que les signes ne se superposent pas. »
Nous n'ignorons pas qu'après le télégraphe de M. Breguet on en a construit d'antres de la même espèce; mais nous ne les connaissons pas, et leur étude n'offre plus grande importance.
Télégraphe de M. Bain. — L'invention de ce télégraphe, établi en Angleterre, de Londres à Manchester, et de Manchester à Liverpool, et sur plusieurs lignes des État-Unis d'Amérique, çsl une de celles q'ui feront époque dans l'histoire de la télégraphie, tant par la nouveauté du principe que par la simplicité du mécanisme, qui l'emporte même sur celle du télégraphe de Morse, car le télégraphe de M. Bain n'exige pas d'élcctro-aimanl.
Voici le principe sur lequel est fondé cet appareil : un courant électrique décompose un sel métallique, en faisant reparaître le métal au pôle négatif; si une feuille de papier, imbibée d'abord d'une dissolution de cyanure de potassium et plongée ensuite dans de l'acide chlorhydrique, est exposée, humide encore, à l'action du courant, qui passe par une pointe de fer ou d'acier en contact avec le pôle positif, la pointe laissera un trait bleu qui se prolongera pendant tout le temps que le courant continuera dépasser; et, au contraire, la pointe ne produira aucun signe sur le papier quand le courant sera interrompu.
On comprend que si le courant passe un moment et disparaît presque instantanément, la pointe de fer marquera un point; si
le courant persiste pendant quelques instants, la pointe marquera un trait; et, à chaque interruption, il restera un espace blanc; on pourra par conséquent obtenir une dépèche écrite en caractères semblables à ceux du télégraphe Morse, composée de point» et de trails combinés, mais sans qu'il soit besoin d'un électro-aimant pour mettre en mouvement la pointe; il suffira que celle-ci reste toujours appuyée sur le papier humide : la simple interruption et la fermeture du circuit dans le manipulateur suffît à marquer un point ou un trait sur le papier, quand celui-ci passe, entraîné par un mécanisme d'horlogerie ou par la main.
Soient F (fig. 194), une bande de papier imprégnée de cyanure de potassium et d'acide hydrochlorique; ft, un rouleau métallique sur le- '/j&r
quel passe la bande de papier; Z, le *»u-ijr- —
pôle négatif de la pile, qui, au moyen Mfp \
d'un ressort mince, au lieu de pointe , se met en communication avec le pa- • 'Ê^i !
pier ; et C, le pôle positif qui commu- fij ^jaM,
nique a\ec le rouleau métallique : si — SM3
dans l'autre station on interpose dans h* m-
le circuit la clef du télégraphe de Morse (fig. 188), les signaux se transmettront comme dans celui-ci.
M. Bain, cependant, a donné une nouvelle forme à son manipulateur pour éviter que ce soit la main de l'employé qui fasse les signaux, et ceux-ci sont produits par un mécanisme sur le quel ils ont été préparés d'avance.
11 découpe dans une bande de papier des trous ronds et d'autres longs, comme les signes que doit tracer la pointe de fer dans le récepteur. 11 enroule ensuite cette bande de papier, ainsi percée, sur une poulie, où elle est, pour ainsi dire, emmagasinée, et un mouvement d'horlogerie la déroule peu à peu pour la faire passer par deux cylindres métalliques, tin de ces cylindres est en rapport avec l'une des branches du circuit, et peut le fermer au moyen d'un ressort qui appuie sur sa surface convexe; mais, comme la bande de papier est interposée entre le cylindre et le ressort, ces deux pièces métalliques ne sont en contact, et, par
conséquent, le courant ne circule que quand le ressort passe sur un des trous du papier. L'impression qui se produit sur l'autre extrémité de la ligne n'a pas besoin d'action mécanique, donc elle est instantanée, et la transmission peut être faite avec toute la rapidité que l'on désire ; elle ne dépend que- de la vitesse du mouvement d'horlogerie qui développe la bande de papier dans le communicateur. Chaque appareil est double et porte ensemble le communicateur et le récepteur.
M. Pouillet dit qu'ayant eu occasion de déchiffrer une dépèche d'une page, transmise de Paris à Paris môme en passant par Lille, c'est-à-dire, par un circuit de 650 kilomètres, à raison de 1,100 à 1 ,200 signes par minute, il n'y trouva pas une seule faute. 11 est donc certain, attendu la simplicité de l'appareil et la rapidité, la sûreté avec lesquelles il transmet par un seul fil conducteur des signes que l'on met tout tracés dans le communicateur, et qui s'obtiennent tout écrits dans le récepteur, sans exiger, par conséquent, l'attention soutenue des employés, qu'il n'y aurait aucun télégraphe qui pût lui être comparé, n'était la difficulté de préparer convenablement le papier; difficulté que n'ont pas pu surmonter d'une manière satisfaisante tous les efforts tentés depuis quelque temps par ceux qui s'occupent de télégraphie élec trique. Dans le télégraphe de M. Bain le papier passe sur un paquet de mèches de coton à moitié plongées dans de l'eau, pour lui conserver constamment l'humidité dont il a besoin pour devenir bon conducteur et subir l'action électrolytique. Quand il est trop humide il est exposé à se briser; quand, au contraire, il ne l'est pas assez, les signaux ne se produisent pas distinctement et exigent que le courant soit plus fort et que le contact entre le papier et la pointe de fer soit prolongé davantage.
M. Varley, ingénieur, employé à la station centrale des télégraphes à Londres, a proposé plusieurs modifications et un télé graphe électro-chimique dans lequel le papier se trouvait imprégné d'iodure de potassium et d'amidon, de manière qu'une pointe de platine ou de tout autre métal, en décomposant l'iodure par l'action électrique, laisse en liberté l'iode, et celui-ci
TÉLÉGRAPHIE. ÉLECTRIQUE. Mft
agit sur l'amidon en le colorant en bleu. M. du Moncel assure que le système de M. Bain est préférable, et probablement M. Varley a reconnu la vérité de cette assertion, car aujourd'hui il applique ses autres perfectionnements au télégraphe même de M. Bain, à celui de M. Morse et au télégraphe à aiguilles, qui est susceptible de les admettre aussi.
Les perfectionnements proposés par M. Varley consistent : i° en une clef ou manipulateur qui renverse le courant et décharge le fil conducteur à chaque mouvement; 2° en un relais dans lequel on met à profit l'action de la pesanteur pour établir le contact, de manière qu'elle devient un auxiliaire de l'électricité cl qu'on utilise ainsi la somme des deux forces au lieu de la différence ; 7>° en une disposition particulière du relais, par suite de laquelle, en établissant le contact obliquement ou par glissement, on déplace la couche d'air interposée, ce qui permet d'utiliser toute la force de la pile et de faire fonctionner les appareils môme quand il y a quelques pertes d'électricité, faute d'isolement.
D'après le Cosmos, à travers un circuit de 428 kilomètres (200 kilomètres de cûble sous-marin, 40 de lil souterrain et 188 de lil aérien), M. Varley aurait transmis et imprimé 704 mots en vingt minutes et demie : c'est la plus grande vitesse qui ait été obtenue avec un télégraphe écrivant, môme le circuit étant tout entier composé de fils aériens.
M. Gloesener a construit un télégraphe qu'il appelle télégraphe chimique, dans lequel les signes s'obtiennent sur une feuille de papier ordinaire trempée dans une dissolution de teinture de tournesol, tracés par une plume composée d'un fil de platine fixé par une de ses extrémités à une palette d'acier aimanté, et portant à l'autre extrémité un petit cône en pierre ponce plongé dans de l'acide sulfurique concentré. Comme dans les autres télégraphes de M. Gloesener, l'action est à double effet au moyen de deux électro-aimants qui renversent les courants au lieu de les interrompre.
L'auteur assure que ses expériences ont été très-satisfaisantes, que l'action de la plume sur le papier est instantanée et les
points et les traits rouges parfaitement visibles. Toutefois nous ne croyons ce télégraphe ni aussi rapide ni aussi sûr que celui de M. Bain, parce que, en somme, il exige une force mécanique dans l'appareil récepteur, et que la préparation du papier peut avoir quelque influence nuisible sur la netteté des signaux.
TÉLÉGIlAPHES AUTOGRAPHIQUES.
L'idée du télégraphe autographique dut suivre immédiatement 1 invention du télégraphe électro chimique, et MM. Bain et Whoatslone s'en disputent la priorité; mais la première mention do cette merveilleuse découverte se trouve dans la Litterai-y Gazette du septembre 1847 : «On a tait, la semaine dernière, Fessai du télégraphe électrique autographique inventé par M. Backwell, et qui a pour objet de transcrire à distance des copies d'une dépêche écrite, de telle sorte que le correspondant reconnaisse immédiatement l'écriture de celui qui lui adresse une nouvelle ou un ordre. Les expériences ont été faites sur l'embranchement du télégraphe électrique établi par la compagnie générale entre Seymour-Slreet et Slough, et il s'agissait de savoir si le même courant si faible qui met en jeu le télégraphe à aiguilles pouvait suffire à la transmission autographique des dépêches. Nous apprenons que le résultat obtenu est des plus satisfaisants, et que des copies très-lisibles de dépêches écrites de Londres ont été obtenues à Slough avec une rapidité de transmission double de celle qu'aurait donnée le télégraphe à aiguilles. ( m ajoute que M. Backwell s'engage, avec l'aide d'un seul fil conducteur, à faire écrire 400 lettres par minute. »
N'ayant pas eu l'occasion d'étudier le mécanisme du télégraphe autographique de M. Backwell, nous reproduirons ce qu'en pensait M. du Moncel, car, bien qu'il ne le connût pas non plus, il avait pu voir quelques échantillons d'écriture présentés à 1 Exposition de Londres en 1851.
« l u mouvement de va-et-vient d'une pointe métallique mobile peut être facilement obtenu de la part d'un appareil d'horlogerie, et ce mouvement imprimé à la pointe peut, par l'inter-
médiaire d'une vis sans fin, être combiné avec un mouvement de translation dans un sens qui lui soit perpendiculaire. Si cette pointe était un crayon, elle dessinerait des hachures plus ou moins serrées, suivant le pas de la vis, et la surface qu elle devrait couvrir serait d'autant plus vite remplie que le mécanisme d'horlogerie tournerait plus vite aussi. Supposez donc à chaque station un mécanisme ainsi établi, et admettez qu'audessous des pointes métalliques soient placées, d'un coté à la station A, une feuille de papier préparé au cyanure de potassium, comme nous l'avons indiqué précédemment, et appliqué sur une plaque métallique en rapport avec la branche négative «lu courant ; d'un autre côté, à la station B, la dépêche, qu'on aura eu soin d'écrire sur du papier métallique, du papier d étain, je suppose : il arrivera que si le courant passe de la pile à la feuille d'étain, et qu'un fd métallique unisse d une station à l'autre les deux pointes qui seront animées d'un mouvement synchronique par l'effet d'un déclenchement simultané de leur mécanisme d'horlogerie, il arrivera que ce courant ne sera interrompu à la station qui transmet que quand le style de la station B passera sur le corps même de l'écriture. Le style de la station A qui reçoit dessinera donc constamment des hachures bleues (par suite de. la décomposition du cyanure) qui ne seront interrompues qu'aux différents points où le style transmetteur aura rencontré récriture. Or, comme le mouvement des deux styles est synchronique, la série d'interruptions produites par l'écriture sur la feuille d'étain composera, au milieu des hachures bleues de la feuille recouverte de cyanure, une série de points blancs qui reproduiront en blanc l'écriture même de la dépêche. »
M. du Moncel a fait construire un télégraphe de ce genre pour des expériences de cabinet.
L'idée de M. Backwell une fois connue, plusieurs personnes se sont mises à l'œuvre pour résoudre le même problème, tantôt suivant le même principe, tantôt s'en écartant un peu, mais toujours prenant pour base le télégraphe électro-chimique et quelquefois la marche synchronique des appareils placés aux deux stations.
Télégraphe «le n. Ca*eui. — M. Caselli est celui qui parait avoir le mieux réussi à donner une solution au problème; mais nous ne nous arrêterons pas à décrire son système, qui, quoique imparfaitement connu jusqu'à présent, a été longuement expliqué par M. du Moncel dans le quatrième volume des Applications de l'électricité; il suffit de dire que M. Caselli obtient un synchronisme parfait au moyen d'un pendule moteur à chaque station, pendule qui est lui-môme un électro-aimant, ou plutôt qui se termine par un électro-aimant semblable à ceux qu'emploie M. Cecchi dans sa machine d'induction et qui, en réagissant aux deux extrémités de l'arc d'oscillation sur deux armatures de fer doux, peut arrêter momentanément le mouvement avant les oscillations rétrogrades, el ne le laisser continuer qu'après un temps déterminé. À cet effet, le courant qui anime l'électroaimant de chaque pendule n'est fermé qu'à la fin de chaque oscillation, et est assez énergique pour réagir sur une masse aussi pesante que celle présentée par les pendules; ceux-ci font automatiquement l'interruption du courant, de manière qu'elle est la conséquence d'une de leurs positions déterminées et symétriques, et enfin, l'oscillation terminée, quoique animés chacun d'un mouvement mathématiquement différent, ils restent maintenus aux points extrêmes par l'adhérence, de mànière à perdre leur vitesse acquise et à se trouver au commencement de chaque oscillation dans des conditions identiques. On conçoit que, ces problèmes partiels étant dûment résolus (et ils le sont, d'après M. du Moncel, si sévère d'ordinaire), le crayon ou style interrupteur étant attaché à un chariot mobile mis en rapport avec la tige du pendule, l'effet du télégraphe de M. Backwell sera produit, avec cet avantage qu'au lieu que l'écriture soit prise en travers, moyen qui exige un grand nombre d'interruptions faites à de très-courts intervalles de temps, les lignes seront prises dans le sens de la longueur, même quand elles auraient 30 centimètres, de manière que, l'intervalle des courses étant beaucoup plus long, l'effet se produira cependant en moins de temps.
M. Caselli parait être parvenu aussi à obtenir récriture du télégraphe Backwell renversée, c'est-à-dire que,-au lieu d'être
blanches sur un fond bleu, les traces éleclro-autographiques sont bleues sur un fond blanc. Cette partie de l'invention de M. Casclli est encore un secret, ses droits n'étant pas suffisant ment garantis. M. du Moncel croit avec raison qu'un principe analogue à celui employé pour la transmission simultanée de deux dépêches en sens contraires pourrait résoudre ce problème. {Voyez à la fin de ce chapitre.)
Télégraphe de m Boneiu. — Afin d'éviter la complication des appareils qu'exige le synchronisme parfait des systèmes Backwell et Casclli, M. Bonelli propose de se servir de deux peignes métalliques composés de cinquante dents toutes isolées les unes des autres et assez serrées pour être contenues dans une largeur de 1 centimètre. Le mécanisme n'est pas bien compliqué, car il suffit de passer en môme temps ces deux peignes, qui constituent l'un le récepteur et l'autre le transmetteur, sur la bande de papier d étain où se trouve écrite la dépêche et sur le papier électrochimique qui doit la recevoir; mais l'embarras, c'est qu'il faut cinquante fils de ligne. Inutile de nous arrêter à d'autres considérations, celle-là suffit pour faire comprendre combien l'invention de M. Bonelli est peu pratique, car il ne s'agit plus ici de pouvoir isoler les fils, comme il prétendait le faire pour ses bobines économiques; et même, l'isolement obtenu, il resterait encore d'autres difficultés à vaincre, et des inconvénients graves, tels que l'action des courants d'induction les uns sur les autres, les frais de construction, etc., etc.
Télégraphe aato^raphique de m. Hipp. — Ce télégraphe diffère de ceux que nous venons d'expliquer en ce que la pointe métallique, au lieu de tracer une série de lignes droites presque en contact les unes« avec les autres, parcourt un chemin sinueux. Quoique très-ingénieux, cet appareil n'est pas véritablement un télégraphe autographique.
« La partie active de ce télégraphe, dit M. du Moncel, est un mouvement d'horlogerie qui à pour effet de faire parcourir à une t'ge métallique un chemin sinueux ayant la forme de la figure 1 05 :
chaque station a un mécanisme semblable, et tous ces mécanisme sont soumis, sous l'influence du courant, à un mouvement synchronique. Les appareils des deux stations sont disposés de m;i
l nière que les tiges mobiles soient constamment appuyées, l'unesur une band«
^de papier recouverte de cyanure de potassium qu'entraîne d'un mouvement uniforme et saccadé le mécanisme d'horlogerie, l'autre sur le plateau métallique où se place le papier chimique. Un commutateur en rapport avec ce plateau et le fil de la ligne permet de fermer le courant en temps oppor- »i«.i*5. tun.
« Si l'on examine que les sinuosités parcourues par les pointes peuvent, suivant que l'on considère telle ou telle partie de leur contour, représenter les différentes lettres de l'alphabet, ou comprendra qu'il suffira d'appuyer le doigt sur le commutateur de la station qui parle, précisément au moment où elle commencera à décrire la sinuosité qui représente la lettre à transmettre, pour qu'en ce moment même le courant soit fermé et fasse marquer # cette lettre à la pointe de fer agissant sur le papier recouvert de cyanure de potassium. »
Plusieurs autres télégraphes autographiques ont été proposés, notamment ceux de MM. Lacoine, Kienaymé et Lucy, que nous n'essayerons pas de décrire, mais que nous voulons seulement indiquer sommairement.
M. Lacoine a tenté de résoudre le problème mécaniquement fondé sur ce que tout mouvement peut être produit par la combinaison de deux mouvements rectangulaires. En effet, au moyen d'une équerre (au sommet de laquelle se trouve un crayon qui sert à tracer les lettres), il transmet deux courants en relation avec les deux branches de I équerre qui font répéter les mêmes mouvements, à l'aide des deux roues interruptrices, à une autre équerre qui constitue le récepteur et dont le crayon marque les
mômes sinuosités que le transmetteur; car les deux branches au sommet desquelles il se trouve avancent au moyen de deux crémaillères et de deux roues dentées mises en mouvement par deux électro-aimants, et ceux-ci ne fonctionnent que d'après le nombre d'interruptions qu'ont subi les courants dans l'autre station. C'est le môme principe que celui du télégraphe à cadran.
M. Bienaymé parait avoir cherché à résoudre le même problème, mais il s'est proposé d'employer un seul fil télégraphique, et, par conséquent, son mécanisme est différent; cependant la transmission s'y fait de la môme manière au moyen d'un crayon attaché à une pièce qui rend ou non conductrices quatre lames, selon que le mouvement se fait à gauche, à droite, vers le haut ou vers le bas. On obtient les mêmes mouvements dans le récepteur à l aide du même principe qui fait fonctionner les télégraphes à cadran.
Quant à l'idée de M. Lucy, nous dirons seulement qu'elle exige le synchronisme comme celle de M. Backwell, bien qu'il ne se serve plus du papier électro-chimique, mais d'un tire-ligne qui marque sur le papier quand le style du transmetteur passe par les interruptions du papier métallique où sont tracés les lettres nu signes.