EN SENS CONTRAIRE
M. Gintl est le premier qui soit parvenu à ce résultat en appliquant son système à un télégraphe électro-chimique; et ses expériences, commencées en 185o, eurent lieu publiquement en 1854, telles qu'elles sont décrites dans le numéro 2,075 du répertoire Y Autriche.
Plusieurs physiciens se sont occupés depuis de celle importante question, cl à l'Exposition universelle de 1855 on a pu voir marcher plusieurs télégraphes de Morse, au moyen de dispositions diverses, bien que se rattachant toujours au principe proposé par M. Gintl. Les plus remarquables étaient ceux de MM. Siemens cl Halske, Edlund et Wartman.
La figure 200, (pic nous empruntons au Traité tV électricité M. Becquerel, peut donner une idée du principe de cette application, telle que 1 ont proposée MM. Edlund et Siemens.
M et M' représentent les deux stations télégraphiques, pourvues l'une et l'autre d'appareils identiques cl reliées par un seul conducteur EE', et deux plaques métalliques LL', sou terrées pour établir le circuit par la terre. Les mêmes lettres indiquant les mêmes objets dans les deux stations, il suffira, par conséquent, d'en décrire une. P est une pile locale dont le pùlc négatif va en G; l'autre pôle est le point d'où partent deux fils métalliques qui s'enroulent en sens inverse autour de l'élcclro-aimant du relais S; l'un de ces fils représenté par ABCDE est relié en E au conducteur de la ligne EE', tandis que le second, représenté par abede, se relie au fil ef, passe par le rhéostat R, qui peut, par conséquent, faire varier la résistance du circuit, et vient au point //, où il se réunit avec le fil métallique HL, communiquant avec la terre.
Il résulte de cette disposition que, tant que les deux points G et H sont séparés, les circuits se trouvent ouverts et l'électricité ne circule pas: mais, si on joint G et //, le courant de la pile P
se divise, passe en deux sens inverses par les fils du relais S de cette station, et ne produit par conséquent aucun effet magnétique si les deux courants sont de la même intensité, c'est-à-dire
si les résistances'sonf les mêmes dans les deux circuits. Le premier de ces deux circuits se compose, comme nous l'avons dit, du fil ABCDE, du conducteur EE''et de [la terre, parce que 'e
courant revient de il à L jusqu'au pôle négatif de la pile. Le second circuit se compose seulement du fil abcde et du rhéostat ; mais, en variant la longueur du fil de ce dernier, on peut faire qu'il présente la même résistance que l'autre circuit; les courants qui traversent en sens inverse l'électro-aimant S seront donc égaux, et leur action magnétique sera nulle. On conçoit alors que, si l'on place en GH une clef ou manipulateur, comme celui du télégraphe de Morse, on pourra établir et interrompre le circuit par intervalles; mais, ni dans l'un ni dans l'autre cas, il n'y nura effet magnétique dans l'électro-aimant S, car, dans le second cas, il n'y a pas de courant, et, dans le premier, quelle que soit leur intensité, les deux courants partiels se détruisent mutuellement.
• Si l'on considère l'effet produit par les piles dans les appareils de l'autre station, on verra que les actions ne s'annulent pas Quand on ferme le circuit en GH avec le manipulateur, un seul des courants partiels passe par EE. Ce courant circule par le fil E'UGBA\ et, s'il ne trouve pas G' en communication avec H\ c'est-à-dire si le manipulateur G'H' est ouvert, il passe ensuite par le fil a'b'c'd'ëf pour arriver à la terre en L' et retourner à la pile P en passant par le rhéostat R et par H'; mais, en traversant deux fois le relais S', il ne le fait pas en sens inverse dans chaque fil, comme quand il traverse le premier relais S, mais dans la môme direction; par conséquent, il produit une aimantation double dans l'électro-aimant, c'est-à-dire qu'il fait agir le re- . lais S' et les appareils télégraphiques qui sont en rapport avec lui, sans produire aucun effet en S.
En supposant maintenant que G' et H' sont en communication, c'est-à-dire que la clef est fermée d'une manière continue, voyons ce qui se passe quand on ferme la clef ou manipulateur de GH, c'est-à-dire quand le courant électrique se présente en E dans le sens EE; alors S' ne s'aimante pas par le courant de F par les raisons que nous avons exposées pour l'autre station ; mais, s'il est vrai qu'au moment où le courant qui vient de M arrive à E' tout effet est nul dans la partie EUE' A' parce qu'il y a deux courants en sens opposé, le courant a'b'dd'e', qui se trouvait annulé
auparavant par AE'C'UE, reprend toute son action et produit l'aimantation de S'.
Nous avons vu que, soit dans le cas où la clef G'H' se trouve ouverte, soit dans celui où elle se trouve fermée, on peut produire un mouvement dans l'électro-aimant S' chaque fois qu'on ouvre ou qu'on ferme la clef GH, et, par conséquent, il arrivera la même chose dans l'autre station, qui est disposée exactement de la môme manière. Un mouvement du manipulateur G'H' produira un mouvement dans le relais S, quelle que soil la position de la clef GH, et partant les deux stations pourront correspondre en même temps par le même fil conducteur. ltira-l-on pour cela que deux courants contraires peuvent traverser simultanément le fil conducteur? Non certainement, et nous allons le démontrer par une observation bien simple.
Quand la clef G'H' est ouverte, c'est le courant de la pile P qui agit, comme nous l'avons vu, sur l'électro-aimant S', parce que la pile P' a l'un de ses pùles isolé et ne fonctionne pas.
Quand la clef G'H' est fermée, c'est l'électricité de la pile P1 qui lait fonctionner le relais S', et non celle de P, comme il arrivait auparavant, parce que le courant venant par E£\ qui, on ne doit pas l'oublier, est la moitié de celui que produit la pile P, se trouve annulé par la moitié du courant provenant de P', dont l'autre moitié, parcourant le fil a'b'c'd'e', reste pour ainsi dire en liberté et produit son action induclive sur l'électro-aimant S\ par l'effet du mouvement de la clef GH de l'autre station M.
De sorte que, dans ce second cas, l'électricité de P n'agit pas directement sur l'électro-aimant .S', elle détruit seulement l'antagonisme des deux courants partiels dans lesquels se divisait le courant sorti de F, en absorbant, pour ainsi dire, l'un des deux, et, quoique le fil ABCDEE'D'C'B'A' reste sans courant actif, le fil a'b'c'd'e' conserve le sien, qui subsiste tant que GH reste fermé, c'est-à-dire aussi longtemps que le désirera l'employé de M. Ce qui pourrait arriver, ce serait que l'employé de M' ouvrit sa clef; mais alors, bien que les choses eussent lieu d'une autre manière, le résultat serait le même, c'est-à-dire que l'électro-aimant S' continuerait à produire le même effet que voulait .V,
quoique induit alors par le courant de P, comme nous l'avons dit plus haut.
Ce système peut s'appliquer de la môme manière aux télégraphes à cadran, aux télégraphes électro-chimiques, aux télégraphes de Morse, et en général à tous ceux qui sont fondés sur l'interruption, et non sur le renversement des courants, mais plus généralement à celui de Morse; et, pour dissiper toute espèce de doute quant à la manière dont s'obtient le double effet dans les deux stations, nous présenterons quelques cas, en rappelant d'abord que dans le télégraphe de Morse les traits et les points se produisent quand le circuit est fermé, et les espaces blancs quand il est ouvert.
Supposons que M veuille faire un trait, tandis que M' veut un intervalle ou espace blanc; on comprendra aisément comment cela s'obtient : en effet, la clef G' H' ouverte laisse reposer la pile P', il n'y a d'autre courant que celui de P, qui va en S', aimante le fer du relais et trace son signe; pendant ce temps-là, le récepteur de M laissera son espace blanc sur le papier, car le relais S ne peut être mis en action que par la clef G'H\ et celle-ci a son circuit ouvert.
Si les deux stations veulent marquer un point précisément au même moment, les deux clefs GH et G'H' fermeront les circuits de leurs piles, les deux courants s'élanceront à la fois; les deux moitiés qui se portent sur le conducteur EE' se détruiront; mais il restera en S' le courant partiel a'b'c'd'e' de la pile P', et en S le courant abede de la pile P, les deux clefs s'ouvriront à la fois, et le courant cessera de subsister dans les deux. Il en sera de même si les deux stations veulent tracer deux traits.
Supposons maintenant que l'un des employés veuille marquer un point et l'autre tracer un trait, ou, ce qui revient au même, que les deux employés ne travaillent pas synchroniquement. Au commencement du tracé du plus long des deux signes, les effets auront lieu de la même manière que si l'on voulait tracer deux points; mais, si l'un des employés ouvre G'H', par exemple, sa clef, il laissera sans le courant de la pile P' le relais S', où doit être tracé le signe le plus long; mais peu importe, parce que
l'électricité de la pile P passe alors sans obstacle autour de ce même relais S', et continue l'action jnductive.
Par conséquent, les appareils, quelle que soit la position de leurs clefs ou manipulateurs respectifs, fonctionnent toujours à la volonté de l'employé de l'autre station, tous les deux simultanément, sans que pour cela le courant passe en sens contraire par le même fil conducteur. Tout dépend de la construclion des électro-aimants ou relais SS', et de la graduation des rhéostats BR', qui doivent présenter une résistance égale à celle du circuit du conducteur; égalité difficile peut-être à obtenir dans les lignes aériennes, mais nullement dans les lignes souterraines, et qu'il est surtout très-aisé de rectifier au moyen d'un galvanomètre différentiel.
Quoique fondés sur le même principe, les systèmes employé par MM. Siemens, Edlund et Wartmann diffèrent un peu dans la disposition. MM. Siemens et Halske se sont servis d'un rhéostat semblable à celui que nous avons expliqué, et d'un multiplicateur différentiel pour réduire toujours à 0° l'action magnétique exercée parla pile sur Y électro-aimant; M. Edlund a divisé le fil abedeen plusieurs fils parallèles qui s'enroulent dans le même sens autour de l électro-aimant; et, en introduisant plus ou moins de fils dans le circuit, il obtient le même effet qu'avec le rhéostat isolé. M. Wartmann a proposé, comme M. Gintl, qui, nous l'avons dit, a le premier résolu le problème, deux piles locales, l'une qui n'agit que sur le fil AfîCDE, et l'autre sur le fil abede seulement.
De la série de cas que nous avons présentés pour démontrer de quelle manière se fait la transmission, l'on peut conclure que le meilleur moyen de s'assurer si les télégraphes fonctionnent bien consiste à maintenir fermée l'une des clefs ou manipulateurs, pendant que l'autre transmet la dépêche, car, si on la laisse ouverte, on se trouve dans le cas de tous les télégraphes où l'on ne transmet pas simultanément.
Les appareils sont construits de manière que, dans la station même qui transmet la dépèche, on puisse savoir si elle a été exactement transmise, et, pour cela, le bras du levier du télé-
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graphe Morse, par exemple, qui fonctionne dans la station qui reçoit la communication peut fermer et ouvrir le circuit de la pile locale, et le commutateur est disposé convenablement pour que ce courant soit lancé sur la même ligne et revienne à la première station faire marcher l'appareil télégraphique. Dans ce cas, le récepteur de la seconde station joue le rôle de manipulateur, et renvoie la dépêche à la première station en même temps qu'il l'écrit. Si de la seconde station on envoie de la môme manière la dépêche à une troisième et de celle-ci à une quatrième, on voit qu'au moyen du premier manipulateur la dépèche se transmet et s'écrit simultanément dans les autres endroits; on obtient, en un mot, l'effet produit par le relais rhéotomique de M. du Moncel, expliqué quelques pages plus haut.