DANS LE MÊME SENS
Le journal la Science, dans son numéro du 27 août 1857, a publié un article de M. Dorville, où ce dernier explique le moyen dont s'est servi M. Stark, de Vienne, pour transmettre simultanément deux dépêches par le même fil conducteur, l'un entre Gratz et Vienne, et l'autre entre Trieste et Vienne, en passant aussi par Gratz, de manière qu'il fallait, en partant de Vienne, agir : 1° sur le récepteur de Gratz; 2° sur celui de Trieste; 5° sur les deux simultanément.
Pour résoudre cet intéressant problème de télégraphie, M. Stark emploie trois courants d intensité différente, indépendants l'un de l'autre dans leur action, dit l'article susmentionné, en modifiant légèrement le manipulateur de Morse, généralement employé.
Nous aurions reproduit ici la description que fait du système de M. Stark le journal la Science, si nous ne l'avions pas trouvée incomplète et obscure; car, bien qu'elle expose très-clairement la manière dont fonctionnent les manipulateurs simultanément et indépendamment l'un de l'autre, et comment sont disposées les piles pour que l'intensité du courant varie selon le manipulateur mis en action, nous ferons remarquer qu elle omet d'expliquer
le mode d'action du courant sur les récepteurs, et à quel artifice il faut avoir recours pour éviter que les mouvements exécuté* avec le manipulateur de courant plus fort agissent, quand il n'en est pas besoin, sur l'armature qui présente moins de résistance, si, comme nous le croyons, outre l'inégalité des courants transmis par les différents manipulateurs, il faut qu'il y ail aussi inégalité de résistance dans les armatures sur lesquelles ils doivent agir.
Avant de mettre sous presse l'édition française de notre livre, nous avons reçu le nouveau volume des Applications de l'électricité de M. du Moncel, qui trouve la même obscurité dans l'article où est décrite l'invention de M. Stark.
Mais le livre du savant physicien nous met à môme d'expliquer le système de M. Dunckcr ayant pour but la solution du même problème, système qui parait plus complet, ou qui du moins est plus clairement décrit.
Les dépêches sont d'abord expédiées par des manipulateurs en communication avec des piles de force régulièrement croissante comme les chiffres 1, 2, 3, 4, etc.; puis on établit aux stations de réception avant le relais du récepteur un appareil auquel l'inventeur donne le nom de distributeur.
(Je distributeur consiste en une série de marteaux de fer doux en nombre égal à celui des stations avec lesquelles on doit correspondre, et qui sont interposés entre les pôles d'un électro-aimant, convenablement disposés, de manière à pouvoir subir de leur part une double réaction en sens contraire, l es marteaux sont fixés à l'extrémité de tiges articulées oscillant entre deux appendices à ressort, lesquels sont mis en relation, du moins pour le premier marteau, l'un avec la terre, l'autre avec le relais. • Des ressorts antagonistes et des bu Hoirs d'arrêt rappellent ces marteaux dans une position fixe, mais la tension des ressorts est différente pour chaque marteau, et se trouve mise en rapport avec les forces croissantes des piles différentes appelées îi réagir sur le distributeur. Il résulte de cette disposition que, si le fil de Félectro-aimant communique avec le fil de ligne et la lige de ces marteaux, ceux-ci pourront être attirés, mais dans des conditions différentes et dépendantes de l'énergie de la force électrique
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transmise, de manière qu'il n'y aura jamais qu'un marteau d'attiré à la fois, et la tige de ce marteau, en réagissant sur l'un des appendices, opérera les liaisons métalliques nécessaires pour la transmission simultanée.
On comprend facilement que, quand le courant envoyé est le plus faible, il n'y aura d'attiré par l'électro-aimant que le marteau dont la résistance est moindre à l'action électro-magnétique; mais il faut que, quand le courant est assez fort pour vaincre la plus grande résistance, il n'y ait non plus qu'un seul marteau suffisamment attiré pour réagir sur les appendices en communication avec le relais. A cet effet, M. Duncker se sert d'un rliéolome combiné avec des piles locales ad hoc qui intervient pour arrêter en temps convenable les marteaux qui doivent rester inactifs : ce rhéotome n'a pas besoin d'une mention spéciale, car on peut lui donner plusieurs formes, et on sait que c'est un problème facile à résoudre.
On voit donc que toute la régularité du jeu du distributeur dépend du rapport exact existant entre l'intensité des courants transmis et la résistance des marteaux à l'action magnétique; cette intensité toujours constante est impossible à obtenir; mais M. Duncker a pu s'en passer au moyen de la disposition des marteaux entre les pôles de l'électro-aimant, car, les deux réactions s'cxerçanl sur eux, quoique l'une soit prépondérante, l'autre n'en intervient pas moins, et cette intervention s'effectue dans le sens des ressorts antagonistes. Avec ce distributeur, une station intermédiaire peut, sans porter préjudice à la transmission simultanée, avoir l'avantage de recevoir directement une dépêche de diverses stations, et savoir par le numéro d'ordre du marteau mis en action celle de ces stations qui a parlé, et cela en combinant convenablement les piles de chacune par rapport aux résistances qu elles doivent vaincre.
Pour la transmission simultanée des dépèches, M. Duncker se sert jde deux manipulateurs, quand il y a deux dépèches à transmettre, et de trois, si c'est avec trois stations qu'on veut correspondre simultanément. Ces manipulateurs ressemblent à celui du télégraphe Morse, mais diffèrent par une touche qui y a
été ajoutée afin de pouvoir établir les liaisons qui sont nécessaires aux transmissions électriques; nous ne nous arrêterons pas à les examiner, nous dirons seulement que, selon que l'on abaisse la touche de l'un ou l'autre manipulateur, leurs piles respectives, dont l'intensité est différente, fera fonctionner séparément le marteau correspondant à cette intensité, et les stations pourront ivcevoir des signaux différents sans aucun dérangement. Quand plus d'un manipulateur fonctionne à la fois, le courant envoyé résultera d'autant de piles qu'il y a eu de touches abaissées, et ces piles réunies en tension auront pour résultat de faire fonctionner un marteau qui n'a pour effet que d'établir une dérivation du circuit sur un relais ; le courant se divisera alors entre deux stations, et les relais respectifs de ces stations fonctionneront comme s'ils recevaient également le courant qui les met en jeu quand les manipulateurs fonctionnent séparément. Ainsi, quels que soient les mouvements exécutés en même temps par les différents manipulateurs, les réactions électriques produites ne peuvent se détruire réciproquement , et arrivent forcément à leur destination. On peut consulter à ce sujet la Revue des applications de rélectrtcî/c de M. du Moncel, qui contient une description plus détaillée, accompagnée de ligures.