TÉLÉGRAPHE ACOUSTIQUE
On a élé plus loin encore. Transmettre la pensée a dislance est un résultat qui a pu être étonnant jadis, mais auquel on s'est habitué, et dont on use maintenant sans faire naître la moindre admiration. Transmettre récriture, les dessins même, a pu paraître plus difficile, mais aujourd'hui que ce problème est résolu, on s'é tonne à peine de ce qui a été mis en pratique à l'aide de moyens aussi simples; et il faut un nouvel aliment i notre curiosité. Dans quelques années peut-être, ci transportera la parole elle-même, avec rintonation,k timbre, et Taccent du parleur. On a inveoté, il y a quelque temps, un télégraphe acoustique ; le principe est trouvé, il y n'a plus qu'aie rendre pratique et usuel, ce qui ne semble pas impossible.
Un son quelconque est produit par une série de vibrations, plus ou moins rapides, qui, partant du corps sonore, traversent Tair et arrivent à notre oreille. De même qu'une pierre, jetée dans un bassin, y détermine une succession de vibrations circulaires, des ronds, comme on les appelle vulgairement ; de même, un ébranlement imprimé à l'air produit des vibrations analogues bien qu'invisibles, et lorsque notre oreille est frappée, nous percevons un son. Un Allemand trèssavant, iM. Hclmholtz, a décomposé la voix humaine, el en a déterminé la valeur musicale ; chaque voyelle simple est formée par une ou plusieurs notes de la gamme, accompagnées de notes plus faibles qui sont harmoniques des premières; c'est la réunion de toutes ces notes qui donne le timbre à la voix ; chaque syllabe est for-
mée par les noies de la voyelle, accompagnées de différents mouvements des organes de la bouche. D'après les travaux de M. Helmholtz, il serait possible de recomposer la voix humaine en reproduisant artificiellement les sons élémentaires qui la composent. Ce n'est pas ici le lieu de discuter ces affirmations ; mais si on reconnaît, qu'elles ont quelque* vérité, le télégraphe acoustique peut être inventé et peut transmettre la parole.
Une lame vibrante produit un son ; et, selon la rapidité des vibrations, les sons seront plus aigus ou plus graves. A chacune de ces oscillations, la lame vient toucher une petite pointe placée en face, et ce contact suffit pour lancer le courant électrique dans la ligne; lorsqie la lame, terminant son oscillation, revient à sa position d'équilibre, elle ne touche plus la pointe, et le courant est interrompu. On obtient ainsi une série ► d'interruptions plus ou moins rapides. Le courant sera ; lancé dans la ligne et interrompu autant de fois qu'il ' se produira de vibrations.
A l'extrémité de la ligne, le courant aimante un électro-aimant, qui attire aussi une lame vibrante, identiqueà la première. Attirée et repoussée très-rapidement, celte seconde lame donnera un son, qui aura la même valeur musicale que le premier, puisque le nombre de vibrations par seconde sera le même de part et d'autre.
Il est donc possible de transmettre un son télégraphiquement ; de même une série de sons, un air de musique, la parole : mais on n'a pas encore complètement obtenu ce résultat. On a fait divers essais, on a appliqué
de diverses manières le. principe, et tout fait espérei qu'on arrivera à un système parfait. On a disposé plusieurs lames vibrantes, analogues aux cordes d'un4 harpe; chacune d'elles entre en vibration, quand elU est frappée par un son particulier, et l'électricité va déterminer à Textrémitéde la ligne la vibration delà lannc correspondante, c'est-à-dire la production du raênni son.
Ce système est très-ingénieux. Les expériences ont été faites dans \e cabinet, c'est-à-dire dans des conditions tout à fait favorables et qu'il est difficile de rencontrer dans la pratique. On a pu transmettre assez bien un air complet de musique, sans trop le défigyrer. C'est là un heureux commencement; mais il ne faut pas trop se hâter de crier au miracle, d'exalter les avantages de l'appareil futur, de s'abandonner à des accès de lyrisme à propos de celte nouvelle découverte. C'est là un trèsgrand tort. En matière scientifique, plus que partout ailleurs,
Il ne faut jamais dire aux gens :
« Écoutez un récit, oyez une merveille. »
La vraie méthode des sciences, c'est le doute, tant que la vérité n'apparaît pas resplendissan|,e : il faut bien se garder de prendre pour une réalité ce qui n'est qu'un désir de l'imagination ; il faut se défendre de toute admiration prématurée, parce qu'elle affaiblit nécessairement celle qui doit accompagner la découverte de la vérité, parce qu'une déception est cruelle, et qu'alors on nie au lieu de douter et d'attendre.