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AVENIR DE LA TÉLÉGRAPHIE

La télégraphie électrique nous a déjà rendu de bien grands services : nous sommes en droit d'en attendre encore beaucoup d'autres. Le monde ya se transformant, les idées s'échangent entre les peuples comme les produits et les marchandises; les lumières se propagent, la nuit disparait peu à peu ; l'humanité se voit et se reconnaît sous la grande clarté de la science ; il n'y aura bientôt plus de barrières factices entre les peuples. Ce besoin qui s'impose aux hommes d'élargir les . limites de ses affections, quelle institution mieux que celle du télégraphe électrique peut le satisfaire et le développer? Par ce moyen, l'action d'un homme est multipliée, et chacun possède cet étrange pouvoir d'ctre en même temps présent en plusieurs lieu5[, d'y agir et d'y penser. Ainsi s'effacent toutes les différences de lieux et de caractères dont l'ignorance faisait d(?s obstacles insurmontables; ainsi doivent disparaître les haines, les rivalités qu'accumulait une incomplète connaissance réciproque ; ainsi se nivellent les intérêts, tendant dorénavant tous au même but, la civilisation et la vérité. Nous sommes loin, bien loin d'être arrivés à ces dernières et sublimes conséquences ; mais, quand on songe à l'élan puissant imprimé au travail de la société par la découverte de la télégraphie électrique, quand on s'aperçoit que ce ne sont plus seulement les intérêts privés, les petites préoccupations de la vie, mais aussi les grandes idées qui sont transmises à travers l'espace, on ne peut s'empêcher d'avoir confiance en l'avenir.

Déjà toute l'Europe est couverte de fils télégraphiques,

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qui, comme les nerfs dont le corps humain est sillonné, répandent le mouvement et la vie jusque dans les régions les plus reculées. Déjà les grands gouvernements de l'ancien monde communiquent entreeux;rÂfrique et l'Asie, dans leurs régions civilisées, sont traversées de lignes qui transmettent les idées ; l'Amérique, elle aussi, en est entièrement couverte ; et voici qu'un autre projet véritablement gigantesque s'exécute avec toutes les chances de succès : une ligne télégraphique partant des États- Unis, s'avance dans l'Amérique du Nord, traverse le détroit de Behring, parcourt toute la Sibérie et les steppes désertes de l'immense empire russe, et viendra à Saint- Pétersbourg se relier aux lignes continentales. Le monde entier sera alors ceint d'une ligne électrique. Le télégraphe russo-américain devait être terminé en 1867, des retards inséparables d'une aussi prodigieuse entreprise on ont fait reculer rachcvement. Lorsque ce projet aura été mené à bonne fin, les dépêches partant de Paris, ou d'un point quelconque de l'Europe, quelque perdu qu'il soit sur la carte, arriveront en Amérique en quelques minutes. Une heure à peine sera nécessaire pour obtenir la réponse du correspondant. Cette ligne qui rendra presque inutile le câble transatlantique, aura une immense longueur et le soleil luira sur elle pendant 21 heures et quart par jour.

Nos pères ont inventé le télégraphe, nous l'avons perfectionne et nous lui avons fait accomplir de grandes choses. Mais nous laissons beaucoup à faire encore à nos descendants. Quelque simples qu'ils soient, les appareils télégraphiques sont trop compliqués, et leur

entretien est fort coûteux. D'un côté les prix d'achat, de l'autre les frais d'entretien limitent l'emploi de ce f puissant moteur. Il n'y a guère que des gouvernements, des compagnies ou des administrations régulières, qui paissent en faire un usage régulier. C'est donc du côté économique que doivent tendre les efforts des savants et des praticiens. Il faut, non pas seulement perfectionner telle ou telle petite chose, mais rechercher le véritable télégraphe, celui qui sera simple, commode à manier, peu coûteux et surtout celui qui marchera sans pile. C'est qu'en effet, tant qu'il y aura une pile dans un télégraphe, les dépenses d'entretien seront toujours énormes et feront obstacle à l'intervention des petites bourses. Il ne faut pas se récrier et penser que la pile est absolument nécessaire à la production de l'éieclricité. Un télégraphe qui s'en passe fort bien existe déjà, celui de M. Siemens, et je parlerai plus tard de ce système ingénieux : il a été essayé, il a donné de bons résultats : donc le but poursuivi n'a rien d'impossible. Mais ce manipulateur nouveau est encore trop cher, et l'administration française, munie de bons appareils, recule devant les frais d'achat.

En France, les lignes télégraphiques appartiennent au gouvernement, sauf cette exception que chaque compagnie de chemin de fer possède son télégraphe particulier, et que la compagnie internationale a généralement la propriété des lignes frontières, comme le câble anglo-français. L'administration des autres lignes dépend jusqu'à présent du ministère de Tintcrieur. Il n'en est pas de môme dans tous les pays. En Angleterre, en Suisse, en Amérique, ce sont des compagnies

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indépendantes qui possèdent les lignes télégrapfaiqiiei| et elfes sont ainsi soumises à toutes les chances d'usé concurrence possible. 11 y a donc une question trèsgrave à poser : quel est celui des deux systèmes qm parait le plus avantageux?

En octobre 1864, la France convia toutes les nations à un congrès télégraphique. Presque tous les gouvernements répondirent, et c'est dans cette réunion qu'i été rendue uniforme la taxe intérieure et internationale, et qu'ont été prises aussi des précautions pour la i rapidité et la régularité du service, de telle sorte qu'une ^ dépêche puisse être expédiée d'un pays à un autre, sans | être contrôlée par les pays intermédiaires. On a adopté â un alphabet commun ; c'est le système Morse qui à ob- j tenu la préférence. En 1862, avant le congrès, alors " que la taxe fut réduite et rendue uniforme sur toute retendue de l'empire français, on avait déjà reconnu une augmentation de 500,000 dépêches pendant dix mois, c'est-à-dire une augmentation de 150,000 francs i de bénéfice malgré la notable réduction de la taxe, j Depuis la tenue du congrès, les relevés n'ont pas été J publiés. '

Un projet , né en France lors de la discussion au ( Corps législatif du pantélégraphe Caselli, repoussé d'à- j bord de notre pays, fut adopté primitivement par l'Espagne et la Prusse. Chacun pourrait écrire la dépêche chez soi, sur papier libre, en langage ordinaire ou en signes télégraphiques, et l'envoyer au bureau d'une

manière quelconque ; le pli serait revêtu d'un timbre télégraphique et payant les frais de l'expédition. Cette importante modification de service commence à être

introduite en France, et il n*y a pas à douter que Tusagc du télégraphe n*en soit beaucoup plus répandu.

Déjà on a permis d'affranchir la réponse d'avance, en déposant 1 franc ; le facteur, chargé d'apporter le message, attend la réponse pour la transmettre immédiatement au bureau voisin. Ces simplifications du service, si faibles en apparence, ont pourtant de grands et d'immenses résultats. Si l'envoi d'une dépêche est débarrassé de toute entrave, *on écrira des télégrammes aussi facilement qu'on écrit les lettres, et les communications seront multipliées. C'est là le but pratique où doit tendre la télégraphie électrique.

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