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APPLICATION AUX OPÉRATIONS MILITAIRES

En 1865, la Russie a introduit dans son armée un corps d'électriciens. Ce sont des soldats dressés au service et à tout ce qui regarde rélectricité, explosion de mines, lumière électrique, etc. Ces soldais suivent l'armée, et lui rendent une foule de services. Les divers corps de troupes qui opèrent dans une campagne sont toujours, autant que possible, réunis entre eux télégraphiquemcnt, et le général en chef peut, de son quartier, transmettre immédiatement ses ordres, et recevoir des communications qui ont quelquefois une importance capitale. De plus, Tarméc est réunie télégraphiquemcnt à sa base d'opération, çest-à-dirc aux villes d'où elle tire ses vivres, ses armes et ses munitions. Dans aucun cas, l'armée ne doit se laisser couper de sa base d'opération; il en résulterait les plus grands désastres. Outre une communication militaire, il faut encore conserver une communication télégraphique.

C'est dans la guerre d'Italie que la télégraphie militaire a fait ses premiers essais ; et, quoique la question

n'eût pas été bien étudiée d'abord, quoique une foule (le difficultés imprévues aiojit surgi au moment même où Ton cherchait à se servir du système, les résultats ont été remarquables et bien plus complets qu'on ne pouvait l'espérer.

Avant Tarrivée de Tarmée française, les Picmontais et les Autrichiens avaient installé, chacun de leur côté, une ligne aérienne à peu près ordinaire ; les poteaux étaient petits et légers ; il en résultait beaucoup d'inconvénients. Sur les routes il y a toujours, à pareil moment, encombrement de voitures et de fourgons, de piétons et de cavaliers. Ces lourdes pièces heurtaient contre les poteaux et même contre les fils, et les lignes primitives furent rapidement détruites. Aussitôt qu'ils furent arrivés, les Français remplacèrent ces communications par une ligne aérienne ordinaire à poteaux bien solides. Des modifications importantes furent faites dans la pose des fils; en de pareilles circonstances, on doit rechercher moins l'économie pécuniaire que la rapidité d'exécution.

Les appareils télégraphiques étaient ordinaires; ils étaient enfermés, avec les ustensiles nécessaires, dans une boîte très-solide et facile à transporter. C'était une disposition analogue à celle que M. Bréguet avait adoptée pour le télégraphe mobile des chemins de fer. La boîte était entourée de courroies et formait une sorte de havre-sac que Ton portait sur le dos. M. Lair, chef de ce service, a reconnu qu'il fallait munir les boites de boussoles et de parafoudre de rechange, ces appareils étant très-facilejncnt dérangés. •

Mais la plus grande difficulté était dans le transport du

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matériel. Il fallait faire porter les perches et les fils sur des charrettes quelconques, nullement appropriées a cet usage et susceptibles d'un très-faible chargement. Les voituriers piémontais, requis pour ce service, ne travaillaient qu'avec contrainte ; aussitôt qu'ils n'étaient pas sévèrement surveillés, ils se sauvaient avec leurs voitures, abandonnant leur chargement au hasard . Les poteaux, une fois transportés, durent être plantés, et ce fut encore une grande difficullé. Il était impossible de distraire de l'armée un certain nombre d'hommes, et l'on dut s'adresser aux municipalités, ce qui occasionnait des perles de temps continuelles. Les ouvriers étaient inhabiles et fournis en nombre trcsinsufflsant : non-seulement il fallait les diriger dans leurs travaux, mais encore les forcer à travailler, et môme les punir, extrémité toujours fâcheuse, et le temps s'écoulait rapidement dans ces hésitations. Malgré tous ces obstacles , les essais furent considérés comme ayant réussi. -

Depuis ce moment, l'administration française a établi des fourgons spéciaux pour le transport du matériel. Ce sont des chariots couverts, portant sur le devant une sorte de coupé, véritable poste ambulant. Toutes les difficultés signalées par M. Lair dans son rapport sur les o|)éralions télégraphiques pendant la campagne d'Italie, seront probablement atténuées, sinon entièrement résolues, par la création imminente de brigades enrégimentées pour le service télégraphique. Nous aurons alors entièrement imité la Russie.

Il serait cependant désirable que la télégraphie électrique se réduisît à son rôle pacifique, et que tous ces

systèmes militaires fussent abandonnés. 11 serait désirable qu'aprt s avoir tant et tant perfectionné ce qui a rapport à la guerre, on perfectionnât définitivement celle-ci en la supprimant tout à fait. Belle utopie qui fit regarder comme insensé le pauvre abbé de Saint" Pierre, mais dont on ne peut abandonner l'espérance !

SERVICES SÉM^PHORIQUES.

Des grands* réseaux départementaux partent des lignes latérides, dont les fils suivent les côtes de la mer, et se transforment parfois en câbles pour aller atterrir dans une île rapprochée. Sur les falaises arides, sur les rochers escarpés, s'élèvent quelques maisonnettes solitaires, où viennent aboutir ces lignes riveraines. Deux employés habitent ces postes télégraphiques, et sont sans cesse occupés à contempler à tour de rôle l'horizon et la mer. Ces guetteurs^ tel est leur nom, transmettent leurs observations au bureau le plus voisin, avec lequel ils sont en communication directe ; celui-ci les envoie au ministère de la marine à Paris; de plus, chaque malin les guetteurs reçoivent les bulletins du temps et les renseignements qui peuvent les intéresser. Sur tout le parcours des côtes françaises, on comptait en 1864, peu de temps après l'établissement de ce service, 150 sémaphores électriques. Depuis lors, le nombre en a été considérablement augmenté.

Outre les appareils à cadran et tous les ustensiles nécessaires à un poste de chemin de fer, ces sémaphores renferment encore un télégraphe aérien; ils* peuvent ainsi correspondre avec les vaisseaux qui passent au

large, et leur envoyer ou en recevoir d'utiles renseignemenls. Ces signaux n'ont pas été mis d'acoord avec ceux du code Reynolds, télégraphe universel adopté par les marins de tous les pays ; aussi la correspondance n'est pas encore très-facile, mais on espère atteindre bientôt ce désirable résultat.

Le but des sémaphores est donc de signaler les navires qui approchent, de prévenir les sinistres que peuvent courir les vaisseaux passant au large, et d'échanger avec eux des renseignements utiles. Les signaux de leur télégraphe aérien sont visibles à près de 10 kilomètres, par un beau temps. Ainsi, ce sont les électro-sémaphores établis sur les récifs de Belle-lsle, qui signalent vingt-quatre heures avant leur arrivée à Saint-Nazaire les paquebots arrivant du Mexique.

Les sémaphores ont encore une utilité météorologique ; ils donnent des indications nécessaires pour la prévision rationnelle du temps, objet des études de l'Observatoire impérial, à Paris, et fournissent des documents intéressants au service météorologique organisé en France.

€es sémaphores, qui rendent aujourd'hui d*assez grands services à la marine marchande, ont été crées dans un but militaire. On voulait garantir les côtes des surprises ennemies, et étendre pour a'nsi dire à tous les rivages la protection des grands ports miUtaires. On avait intérêt à connaître immédiatement l'arrivée des navires ennemis, et on a cherché un moyen de communiquer facilement les ordres et les avis nécessaires aux vaisseaux de nos escadres qui pourraient tenir la mer en pareille occurrence.

TëLÉaRAPHIE PRIVÉE.

Les Anglais s'occupent plus que les aulrcs peuples (les applications de la télégraphie. Beaucoup d'entre euxontiru, dans Télectricilé, un prétexte à spéculations et à compagnies d'actionnaires , et attendent uniquement, de rinilialive individuelle des compagnies, ce que nous sollicitons longuement du gouvernement.

En \isitant Londres, on aperçoit un câble supporté par des trépieds au-dessus des toits. Ce câble sillonne la ville en tous les sens; il contenait, en 1864, cinquante fils dont chacun est loué par la compagnie à des particuliers pour leurs arfaires personnelles. Un fil est loué pour un an, moyennant une somme assez modique, et le négociant est ainsi en communication électrique avec tous les quartiers. Les offices des grands industriels de Londres sont réunis avec leurs demeures particulières, leurs usines établies dans les faubourgs, leurs entrepôts desDoks. Les grands journaux communiquent avec les agences télégraphiques, le parlement, la Bourse, etc. On ne saurait énumércr tous les avantages que cette ligne procure aux industriels, et le chiffre des dividendes que touchent les actionnaires est très-satisfaisant.

Les différents fils de cette ligne aérienne sont réunis ensemble pour la facilité de la pose. Ils sont enveloppés de coton verni à la gomme laque, et le tout est recouvert d'une enveloppe volante. Aux points nécessaires, le câble se partage, un des fils descend dans la maison, y traverse des appareils télégraphiques particuliers, et

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remonte se réunir au câble pour le suivre de nouveau. L'idée de cette ingénieuse application est encore due à M. Wheatstone; c'est lui qui en a combiné les diverses dispositions et qui a inventé les appareils de facile manœuvre que Ton emploie, appareils qui présen!cnt un immense avantage bien digne d'être signalé, celui de pouvoir marcher sans pile, c'est-à-dire de ne nécessiter ni beaucoup de travail, ni grands fraiâ d'entretien.

« Espérons, dit l'ingénieur à qui nous empruntons ces détails, M. le vicomie Du Moncel, espérons que le peuple français sera un jour assez sage pour jouir de celte prérogative (la prérogative d'user du télégraphe librement et sans l'intervention administrative) qui lui est aujourd'hui refusée ! »

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