IV INTRODUCTION
Isolés dans cesorganes,disaii-il,lesfluidesne peuvent se combiner que si un circuit métallique leur offre une route, et c'est cette combinaison des fluides qui produit les secousses. Les physiologistes applau- i dirent à cette théorie : la vie était expliquée; Télectricité devenait l'agent qui transmettait la volonté aux muscles. Séduisante hypothèse, qui aveuglait l'esprit par des mots vides de sens et devait s'évanouir au contact de la raison.
Expérience de Gai va ni.
Pour reproduire l'expérience de Galvani, on enlève le train antérieur de la grenouille; en écorchànt la partie abdominale, on met à nu les nerfs lombaires, deux Clcts ^blanchâtres qui suivent la
INTRODUCTION'. v
colonne vertébrale ; puis, avec un arc formé d'une lige de cuivre et d'une lige de zinc, on touche à la fois les nerfs lombaires et les muscles de la cuisse. On reconnut bientôt que le zinc était préférable au fer dont Galvani s'était primitivement servi. A chaque contact les muscles se contractent et s'agitent; on dirait que cette moitié d'animal reprend vie et veut sauter. Ces convulsions peuvent être observées quelques heures encore après que la grenouille a cessé de vivre.
Galvani, dans son explication, n'avait tenu compte que des nerfs et des muscles, le circuit métallique n'était qu'accessoire. Un professeur, à Pavie, Alexandre Volta, reconnut, comme Galvani l'avait déjà fait du reste, que les contraclions étaient très-faibles quand le circuit était composé d'un seul métal. 11 attribua donc le développement de l'électricité au contact de deux métaux différents, ou du moins à la rencontre du métal avec les nerfs ou le muscle. C'est, affirmait Volta, seulement parce que deux substances différentes, quelles que soient ces substances, sont en contact, qu'il y a dégagement d'électricité; la grenouille ne sert qu'à manifester ce dégagement
Un débat mémorable s'engagea alors entre ces
deux savants. Chacun soutint son explication et
voulut l'étayer de faits nouveaux. La théorie de
Volta n'était pas plus vraie que celle de Galvani;
ai heureusement, Volta, pour soutenir son erreur^
VI LNTRODLCTIO.
inventa la pile, de toutes les découvertes la plus féconde peut-être en résultats.
Il avait édiiié sa théorie ; son esprit, absorbé par cette idée, y revenait sans cesse, cherchant le moyen de confirmer ses assertions par des preuves concluantes. Il était alors embarrassé par un fait dont il ne pouvait se rendre compte. Il avait mis en contact deux disques, l'un de zinc, Tautre de cuivre, et sur chacun de ces métaux il avait reconnu la présence de Télcctricité ; mais tous deux étaient électrisés de la même façon, tandis que, d'après sa théorie, ils auraient dû Têtre de la façon inverse.
Un jour, ainsi qu'il ledit dans ses lettres, il lisait dans un journal de Rome le récit de l'élection d'un pape. Malgré lui, son attention ne pouvait , s'attacher à sa lecture, ,sa pensée se reportait sans cesse vers le phénomène inexplicable. Machinalement, ayant détaché un coin du journal et l'ayant mis à sa bouche, il lui vint à la fantaisie, d'employer à son expérience ce petit morceau de papier humidc; Obéissant à cette inspiration, il prit ses disques, et plaça le papier humide sur l'appareil qui lui servait à désigner la nature de l'électricité. La difficulté était vaincue, chacun des métaux était électrisé d'une tnanière différente.
Il comprit alors son erreur. Jusqu'alors, pour reconnaître l'électricité d'un disque, il le mettait en contactavecdu laiton qui est du cuivre presque pur. Le cuivre touchant le laiton, deux substances sem'
INTRODUCTION. vu
blables étaient en contact; le zinc touchant le laiion, les deux mct<iux étaient différents. Volta se trouvait ainsi dans des conditions où il ne croyait pas être, elles résultats n'étaient pas coux qu'il attendait. En touchant le laiton par l'intermédiaire du papier humide, il ne faisait pas intervenir un troisième métal , et rentrait dans les conditions exigées par sa théorie.
Dès lors, la pile était inventée. Volta prit une série de deux disques en cuivre (c) et en zinc {z) , soudés l'un àTautre. Il sépara ces couples par une rondelle de drap imbibée d'eau acidulée (A), il les empila en les superposant. Les quantités d'électricité qu'il retira de cet appareil furent assez grandes pour produire des commotions et même des étincelles; ces effets furent obtenus d'une façon continue, sans qu'on eût besoin de rechercher conti-
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nuellement la pile comme on devait couple de voUa. le faire avec la machine électrique.
Lorsqu'on eut ainsi trouvé un appareil fournissant de l'électricité à toute heure, en toute circonstance, et d'une manière régulière et continue, Tétude de ces phénomènes devint à la fois plus simple et plus facile. On perfectionna d'abord la pile, puis on tira les innombrables conséquences qui nous remplissent encore aujourd'hui d'une profonde admiration. ^
Maintenant si l'on considère la route qui, depuis
VIII ISTRODUCTIOK.
deux tiers de siècle, a été parcourue et celle quia élé déblayée en avant ; si l'on songe aux travaux dé\h accomplis et à ceux qui sont devenus possibles; si l'on compte toutes les découverles dont nous jouissons aujourd'hui, grâces A la pile ■ Volta, et toutes celles dont ■ jiiiiiront les générations qui vont nous succéder ,■ l'on ne saurait iTinnquer de se sentir au cœur un Hiouvement de joie. Un senlimenl lie fierté s'empare de nous à ce ^rand spectacle du travail de l'iniilligence humaine. Les secrets les plus insondables de la nature, nous uirvenons à les dérober; les agents redoutables el inconnus, la foudre elle-même, nous avons l'espoir de i vaincre et de les soumettre .'i noire usage. Chose étrange!
I l.a force la plus effrayanlc que nous ayons conquise sur la nature, s'est aussi montrée la plus docilect la plus féconde en services.
Devant ces grands résultats, disparaissent tous les petits hasards heureux qui les ont amenés. On oublie la lutte entre les deux illustres créateurs de cette partie de la science, et on n'aperçoit plus que les immenses bienfaits dont ils ont doté l'humanité.