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COLORATION DE L'ARC VOLTAIQUE

La lumière de l'arc électrique est produite à la fois par le transport des particules incandescentes, et par la combustion très-énergiqùe des charbons ; aussi une grande chaleur règne-t-elle au milieu de cette source lumineuse. Si Ton introduit entre les charbons un fil de fer, ce métal fond d'abord, puis brûle rapidement, et lance de toutes parts jane foule d'étincelles enflammées semblables à une gerbe d*artifices. Les métaux même les moins sensibles à Faction de la chaleur, les plus réfractaires, Targent, l'or, le platine, pris en faibles quantités, sont fondus et volatilisés..

A l'occasion de cette propriété de Tare, on a fait une série d'expériences scientifiques très-curieuses. On taille Je charbon inférieur, qui sera le pôle positif, en forme de petite coupelle; on dépose dans le creux de petits fragments de métaux ; puis fait on jaillir la lumière. Bientôt les métaux sont fondus et réduits en vapeurs ; Ks

particules in^e sont entraînées d*un charbon à l'autre, et on les retrouve parsemées sur la pointe du charbon supérieur.

La lumière est alors colorée. La nuance particulière dune flamme est due, on le sait, aux particules incandescentes entraînées et suspendues au milieu du foyer avant d'être consumées. Portés à une haute chaleur, ces corpuscules entrent en irradiation, deviennent blancs, ou bleus, ou rouges, selon la nature de la substance. Si la flamme est formée de charbon pur, comme celle de l'arc voltaïque, la couleur en sera blanche, aussi blanche que celle du soleil; si la flamme contient du sel marin, comme toutes celles que nous connaissons, comme celles du charbon ordinaire, du gaz d'éclairage, des bougies ou des huiles, la couleur en sera jaunâtre, parce que ces substances renferment toujours, et en grande quantité, des parties de sel marin. Et c*est à cette cause qu'il faut attribuer les reflets bleuâtres qui semblent propres à la lumière électrique. L'œil, accoutumé à la nuance jaune de toutes les flammes dont nous nous servons, compare instinctivement les deux nuances, et celle qui est blanche lui paraît bleuâtre à côté de la jaune. Aussi, soit à cause de sa blancheur éblouissante, soit à cause de sa grande intensité, soit enfin à cause de sa désagréable scintillation, la lampe électrique, pas plus que le soleil, ne peut être regardée en face. Alors, et malgré soi, on la rapproche du soleil, et comme Tinfériorité est évidente, on n est que trop porté à nier les qualités de la lumière électrique ; mais quel foyer, allumé par la main des hommes, pourra jamais égaler la lueur sereine et bienfaisante du soleil?

On peut donc colorer la flamme électrique, et la rendre à volonté blanche ou jaunâtre, suivant qu'on laisse brûler le charbon pur, ou qu'on place du sel marin dans la coupelle du pôle inférieur. La nuance peut être variée, si l'on fait servir le courant à volatiliser des métaux. Avec le cuivre, par exemple, l'arc électrique est franchement bleu ; avec le zinc, il est violet ; avec le lithium, métal particulier qui a peu d'usages pratiques, il est rouge, et avec des mélanges de ces métaux, la nuance que prend Tare voltaïque est formée du mélange des couleurs élémentaires. Mais il faut ajouter que cette propriété de la lumière électrique ne peut pas être appliquée industriellement, caria matière se consume, et bientôt la flamme blanchit et finit par redevenir celle des charbons.

Il est vrai que les rayons électriques sont capables, comme les autres, de traverser des verres colorés et de sortir teints par cette sorte d'écran ou de crible. Mais alors l'intensité lumineuse est fortement diminuée, et elle ne suffit plus pour servira un éclairage quelconque.

L'étude de la lumière électrique est, comme celle du soleil, d'un intérêt infini. Lorsqu'on pratique dans un volet ferme une petite ouverture, par laquelle pénètre un rayon solaire, à travers un prisme en verre bien taillé, la couleur blanche du soleil est décomposée, et se résout en sept couleurs principales, depuis le rouge qui est la première, jusqu'au violet qui est la dernière, en passant paille jaune, le, vert et le bleu. Si l'on prend des précautions convenables, si l'ouverture est assez netite pour ne recevoir qu'un seul rayon lumineux, on

découvre au milieu de cette sorte d'arc-eu-ciel recliligne, qu'on appelle le spectre solaire^ une série de raies noires, très-fines, ayant une position bien déterminéjB, et provenant probablement de rinterpositioii d*une atmosphère particulière autour du foyer solaire, r/estque, dans cette atmosphère, se trouvent une grande quantité de vapeurs métalliques, et les rayons, en les traversant, sont arrêtés en partie, comme par une grille. On peut ainsi analyser et étudier la lumière qui nous vient du soleil, et rechercher même la constitution de l'atmosphère de ce foyer central.

La même étude peut se faire avec la lumière électrique. Le charbon seul donne un spectre continu formé des sept couleursélémentaires, mais ne présentant aucune raie noire. Aussitôt que Tare voltaïque Contient des vapeurs métalliques, les couleurs élémentaires du spectre s'effacent peu à peu, deviennent presque invisibles, et à leur place se dessinent des raies particulières, trèsbrillantes, colorées suivant la nature du métal, et situées à des places parfaitement fixes. Ainsi le sel marin donne deux raies fines jaunes, très-rapprochées l'une de l'autre ; le cuivre donne trois ou quatre raies bleues, le lithium une seule raie rouge. A Taide d'un petit artifice d'expérience, on sait même faire devenir noires ces raies brillantes, mais on ne peut, en aucune façon, en changer les situations respectives. Par l'aspect seul de ces raies, brillantes ou noires, par l'étude de la place qu'elles occupent dans le spectre du charbon, on peut reconnaître le métal qui est volatilisé dans l'arc voltaïque, tant sont fixes et certaines les positions relatives des raies dues aux vapeurs métalliques.

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