APPAREILS EMPLOYÉS
Les appareils que l'on emploie pour opérer ces dépôts sont très-simples. Le courant d'une pile Bunsen, ordinaire est amené par des fils à deux tringles métalliques, suspendus au-dessus du bain d'or. Les pièces à dorer sont attachées à des tringles par des crochets également métalliqi^es, et elles plongent entièrement dans la liqueur. Mais il faut bien observer qu'elles sont suspendues à la tringle négative, laquelle communique avec le pôle zinc de la pile; à l'autre tringle est suspendue une feuille d'or ou d'argent, si le bain sert à la dorure ou à l'argenture.
Le courant électrique produit dans la pile se rend aux tringles : de là par les crochets métalliques et les pièces, il descend dans le liquide à travers lequel il passe. On voit qu'ainsi le circuit est complet et que l'électricité peut aller d'un pôle à l'autre. Mais le passage du courant à travers le liquide détermine des' réactions très-curieuses et très-importantes. Ainsi que l'a reconnu Volta, l'électricité décompose les sels métalliques et fait déposer le métal au pôle négatif.
C'est ce qui arrive ici : le sel d'or, traversé par le courant, se décompose ; Torse dépose au pôle négatif où se trouvent les objets, et ceux-ci sont dorés. Mais il faut avoir bien soin d'établir les communications métalliques, pour que les objets soient traversés également par Télectricité, sinon ils ne seraient pas également recouverts.
A mesure que l'or se dépose, la liqueur s'appauvrit ; elle contient de moins en moins de métal précieux. Par suite, si Ton ne prenait aucune précaution, le dépôt, d'abord rapide, se ralentirait de plus en plus et cesserait au bout de -quelque temps ; il pourrait même arriver, surtout si le courant s'arrêtait, que Tor déjà déposé abandonnât Tobjet pour se dissoudre de nouveau. C'est pour éditer cet effet qu'on place au pôle positif une plaque d'or ; à mesure que le bain s'appauvrit d'un côté, il s'enrichit de l'autre ; au pôle positif, une quantité d'or, se dissout précisément égale à celle qui s'est déposée à l'autre pôle.
Considérez encore ici la double pompe : le pôle positif refoule, pour ainsi dire, le métal, et le renvoie dans le liquide ; le pôle négatif l'attire et se l'approprie. 11 n'y a aucune perte, et le bain reste également coi:centré, car il se renouvelle constamment pendant la durée de l'opération. Le même bain ainsi dispose peut servir Irès-longtemps.
L'appareil se compose donc d'une pile, placée à un endroit quelconque, et reliée métalliquemcnt aux tringles de la cuve, puis d'un vase en grès ou en bois contenant le bain, et dans lequel plongent d'un côté les objets à dorer, de l'autre une lame de métal. La çile de-
L'ÉLECTBICITÈ,
gage toujours des vapeurs malsaines ; il est bon de l'éloigner des ateliers ou travaillent les ouvriers. Cliez M. Christolle elle est placée en dehors, dans un grand
hangar ferme et surmonté d'une cheminée à fort tirage. Cet appareil, usité actuellement pour la dorure et l'argenture, s'appelle Vappareil composé ; il est remarquable en ce que l'électricité est produite au dehors du bain.
En sortant du bain, les pièces ont ordinairement une couleur terne qui en réduit beaucoup la valeur. Aussi leur fait-on subir plusieurs opérations finales destinées à les polir et à leur donner la couleur et le : brillant si recherches dans le commerce. |
La première de ces opérations est le gratte-brossage. | On frotte éncrgiquement l'objet avec une brosse en laiton, composée de longs fils réunis en faisceaux parun |
DORURE GALYANI9.IE. 295
bout; l'ouvrier prenti le faisceau par l'autre extrémité, de manière à laisser une longueur.libre plus ou moins considérable, et il frotte la pièce ; il dirige la brosse convenablement, et polit les points particuliers du dessin qui est représenté. Cette opération se fait toujours au sein d'un liquide. Une eau gommeuse, ou mieux encore une décoction de bois de réglisse, est excellente pour cet effet ; il se forme un léger mucilage, et la brosse frotte plus doucement, sans qu'il y ait risque d'écorcher le dépôt déjà formé.
Lorsque les pièces sont unies, sans dessin en relief, on remplace le travail de la main par un travail mécanique. La brosse est disposée sur un mandrin qui tourne d*un mouvement* très-rapide, sous l'action d'un arbre de couche faisant 600 tours par minute. L'ouvrier dirige l'objet et le présente sous la brosse. Un filet d'eau mucilàgineuse tombe constamment sur le gratte^brossc et s'écoule dans un baquet inférieur. Un ouvrier peut faire ainsi un travail égal à celui de 10 hommes brossant à la main.
Après cette première opération, les pièces sont mises en couleur. La couleur est ravivée sur certains points spéciaux ; la réunion de ces points mis en couleur, avec des points simplement gratte-brossés, forme les diverses teintes et les nuances dont on tire de si heureux ^ effets. On a une sorte de bouillie, appelée très-improprement or moulu, et qui ne contient que de T alun, du nitre, de l'ocre rouge, des sulfates de zinc et de fer et du sel ordinaire. Ce mélange épais se dispose avec un pinceau sur la surface dorée. Puis on porte les pièces sur un feu de charbon de bois très-clair et sans fumée. La bouillie
206 L'ËLECTUIGITÉ.
fond, se dessèche, prend un aspect brunâtre, et Topération est terminée. On plonge vivement Fobjet dans une eau seconde, contenant de l'acide muriatique; la bouillie est enlevée ; Tobjct est mis à nu ; mais le dépôt a éprouvé en ces points une transformation physique qui en a modifié la couleur. On lave à grande eau, et on sèche à la sciure de bois chaude.
Les objets gratte- brossés ont un poli dur et cru, même sur les points mis en couleur; ils n'ont pas encore ce velouté miroitant qui égalise, pour ainsi dire, le polissage sur toute la surface et adoucit les couleurs. C'est le brunissage, troisième opération qui -donne ce poli aux objets. Le brunissoir se compose ici, comme dans l'orfèvrerie ordinaire, soit de pierres très-dures, agates ou hématites, enchâssées dans des manches en bois, soit encore de morceaux d'acier bien arrondis et bien polis. L'ouvrier prend en main le brunissoir et 11» promène avec force sur tout l'objet, en écrasant le grain endurci. Il frotte pendant quelque temps, jusqu'à ce qu'il s'aperçoive que l'opération est achevée et que la pièce est prête à être vendue.
Ces diverses opérations augmentent beaucoup le prix de revient des objets dorés par rélcctricité ; car la couche est excessivement mince, et ce n'est pas elle qui fait renchérir ces objets. On a trouvé que des cuillers à cnfo ordinaires d'argent sont parfaitement dorées avec moins de 8 décigrammes d'or, c'est-à-dire que chaque cuiller ne prend environ que 35 centimes de ce métal précieux. On paye donc non la couche d'or, mais bien les manipulations qui précèdent ou suivent le dépôt. Cependant, il faut ajouter que les objets ainsi
dorés coûtent environ deux fois moins que ceux que Ton obtenait par les anciens procédés, même à quantité d'or égale.
AROCNTune ÉLECTRO'CHIMIQue
L'argenture est au moins aussi importante que la dorure. Comme la couche d'or est assez difficile à obtenir, ^t que la beauté du dépôt dépend en grande partie de la préparation des surfaces, il arrive souvent qu'on argenté les objets avant de les dorer ; l'argenture est beaucoup plus facile, et une surface argentée est très-convenable pour être mise dans le bain d'or. Or le dépôt d'argent préalable permet d'obtenir une belle dorure, parfaitement mate, sur laquelle les opérations finales seront très-faciles.
L'argenture ne doit donc pas se séparer de la dorure. Ce sont deux opérations semblables qui donnent des effets analogues et souvent se complètent Tune par l'autre.
Les objets à argenter sont soumis aux mêmes soins, aux mêmes décapages que ceux qui doivent être dorés. La composition du bain est la même, et la préparation n'en est pas changée. La cuve est encore en bois doublé de gutta-percha,pour empêcher l'absorption du liquide argentifère; le cyanure d'argent, que l'on mélangera au cyanure de potassium, comme on faisait tantôt pour le composé d'or, doit être excessivement pur, et préparé à l'usine même : celui que l'on trouve dans le commerce ne conviendrait pas à cet usage.
Quand le bain argentifère est préparé, on dispose en-
core au pôle positif des plaques d'argent pur, et au pôle négatif les objets à argenler. Les diverses phases de ropcration sont les mêmes que pour la dorure ; les dépôts se font plus rapidement. Ainsi quatre éléments ordinaires peuvent déposer en quatre heures, environ 450 g.ammcs d'argent, c'est-à-dire argenter très-convenablement près de 5,000 cuillers à. café, en ne supposant aucune perte de temps. — En sortant du bain, les objets sont encore soumis au gratte-brossage et au brunissage comme les autres.
Ordinairement le dépôt d'argent est mat ; il arrive parfois, mais par hasard, et par un concours de circonstances ignorées, que le dépôt est poli. On a cherche depuis^ longtemps le moyen de régulariser ce hasard et de faire à volonté une couche mate ou polie. On a trouvé qu'il suffisait pour cela de verser du sulfure de carbone dans le bain. Environ 10 grammes de ce liquide à odeur infecte suffisent pour 10 litres du bain argentifère. Ce mélange est abandonné à lui-même pendant un jour; on sépare ensuite une sorte de poudre noire qui tombe au fond, et le liquide restant est versé dans la cuve. Il se forme une légère quantité de sulfure d'argent, et c'est probablement, grâce à ce composé, que le dépôt est brillant. Ce procédé, pratiqué depuis M. Elkington, et rendu public seulement depuis quelques années, évite le gratte-brossage : aussi l'emploiet-on assez souvent.
Il peut se faire que, malgré les précautions prises, les objets soient mal recouverts, et que, si l'on ne veut pas perdre la matière précieuse, on soit obligé de dédorer ou désargenter les objets. Si le support qui a été
mal argenté est en cuivre, on le plonge dans un bain composé d*un mélange d'acides azotique et suiruri(|uc étendus d*eau; on chaulTc à 70** environ ; Targent se dissout lentement; le cuivre n'est pas attaqué sensiblement au début; parle poids on peut juger la quantité d'argent qui a été enlevée. Pour le bain de dédorage, on ajoute du sel marin et on opère à froid. — Si le support est en fer ou en acier, on le débarrasse de la couche par le courant électrique même, en le suspendantau pôle positif. Ce procédé ne peut être employé pour le cuivre qui se dissoudrait trop facilement dans le liquide cyanure. L^argenture est une opération plus fréquente encore que la dorure. Aussi c'est à elle surtout que se rapportent les principaux travaux et les remarques faites dans la pratique; le nombre en est grand. Une foule de tours de main, de petits procédés expéditifs, sont mis en usage non-seulement pour faciliter et régulariser le dépôt d'argent, mais encore pour obtenir divers effets. Chaque usine, chaque fabricant a ses secrets que Ton cache à tous les yeux étrangers, que l'on redoute de se voir enlever par une usine rivale. On pousse même la précaution jusqu'à interdire l'entrée de certains ateliers spéciaux, et de ne permettre qu'à regret la visite des autres ateliers. Tous les employés de la même fabrique ne sont pas dans le secret du fabricant ; les ouvriers seuls qui méritent la plus grande contiance, et dont le nombre est le plus restreint possible, possèdent, non pas l'ensemble, mais chacun une partie spéciale des secrets. Défense leur est naturellement faite de travailler devant des étrangers et de dévoiler les procédés. C'est ainsi que, quoique Vensemble des
moyens d'argenture soil bien connu et bien étudie, beaucoup de procédés empiriques, de tours de main, avec lesiuels on obtient des effets particuliers, sont encore tenus secrets. — C'est là le résultat nécessaire de la spéculation et de la concurrence.
Outre les tours de main plus ou moins cachés, et qui ne consistent, il faut bien le dire, qu'en de minimes détails, tels que de faire bouillir un bain avant ou après une certaine opération, plonger la pièce au fond ou près de la surface, etc., il y a quelques observations communes à tous et qui n'ont rien de secret.
On a remarqué que les parties de Tobjet les plus rapprochées des plaques suspendues au pôle positif, se couvraient d'une couche plus épaisse. On a donc soin de placer en ces endroits, les points les plus exposés au frottement et qui ont besoin d'une plus grande épaisseur. — Bientôt l'argent tombe au fond du liquide, et au-dessus il ne reste plus pour ainsi dire que de l'eau pure ; la dissolution d'argent s'est concentrée au fond, de Ja cuve ; les pièces seraient donc très-inégalement argentées ; aussi agite-t-on souvent le bain. -;- L'argent s'épuise, et on le maintient saturé avec des plaques; mais le cyanure de potassium s'épuise également, et au bout de quelque temps, il n'y a plus dans le bain assez d'alcali pour dissoudre le composé d'argent; le liquide ne peut dès lors plus iPonctionner. On le régénère encore en ajoutant de temps en temps du cyanure de calcium ; il se passe alors diverses réactions chimiques, et finalement le composé alcalin est reformé. Cette heureuse modification est due, paraît-il, à un ouvrier de la maison Christofle.
DORURE GALVANIQUE. jOI
Il est utile de connaître ces procédés, autant pour ju- ;er des minutieuses précautions qu'il faut prendre pour voir de bons produits, que pour ne pas être embarassé, si jamais on avait la fantaisie d'argcnter de menus »bjels, ainsi que la mode en régnait au commencement le cette industrie.
RKSIRVES
Dans les belles pièces d^orfévrerie on réunit quelquefois livers métaux. L'or et Targent se mélangent, et, par leur inion, forment d'harmonieux contrastes. C'est, par exemple, une guirlande de fleurs : les tiges, les feuilles sont dorées à For vert, chacune avec des nuances plus 3u moins foncées ; les fleurs seront argentées ; et les étamines, ces délicats réservoirs de miel, sont dorées à l'or ordinaire. Toutes ces nuances imitent entièrement les couleurs naturelles, et de simples ustensiles de fer où de cuivre, deviendront de magnifiques objets d'art, peints et ciselés par l'action lente et silencieuse de l'électricité.
D'abord, on obtient l'or vert en mélangeant un bain d'or avec des proportions plus ou moins grandes de bains d'argent. Le dépôt est un alliage variable d'or et d'argent qui possède une teinte légèrement vcrdàtre. L'or rouge est donné dans un mélange de bains d'or et de. bains de cuivre. L'or jaune est produit dans le bain ordinaire..
Quand on veut obtenir un dépôt sur toute la surface de l'objet, on le plonge entièrement dans le bain. Mais si l'on ne veut avoir de dépôts qu'à des points déterrai-
nés, il faut préserver les points voisins, et les empêcher de recevoir la couche qui va se former ; on pratique alors des réser>es ou des épargnes. Avec un pinceau^ on applique sur les parties qu'on veut conserver un léger vernis formé de copal, d'huile, et de chromafc de plomb ; ce vernis ne laisse pas passer Télectricité. L'objet recouvert par places est plongé dans un bain et travaillé comme à l'ordinaire. Le vernis résiste aux liquides dans lesquels il est plongé, mais on l'enlève en le délayant dans la térébenthine.
Quand on sut dorer et argenter des métaux, on se demanda si l'on ne pouvait pas opérer de même sur des objets de toute sorte. Les savants n'ont en vue que les conséquences les plus importantes; c'est à d'autres personnes, surtout aux industriels, qu'il appartient de chercher ensuite toutes les applications possibles de ces découvertes premières.
Qui pouvait songer d'abord à déposer l'or et l'argent sur la soie? à broder les tissus? à recouvrir les dentelles de couches métalliques si fines et si légères, que 1 aiguille de la plus habile couturière ne puisse les imiter? qui donc aurait eu idée de dorer les robes de bal? Lorsque le problème fut posé, il parut d'une exécution presque impossible. Ke faudrait-il pas plonger les tissus dans les liqueurs corrosives, dessiner'des broderies à la main, forcer l'électricité à attacher l'or aux points indiqués? Sans doute, mais toutes ces questions ont été résolues. On admire quelquefuis dans les bals
des toilettes délicates surchargées de magnifiques broderies. On s'élonne qu'il se soit trouvé une main assez habile pour tisser ensemble tant d'or et tant de soie, et toutefois Ton est surpris de voir combien tout cela est fin et léger. Les fils sont recouverts d'une si mince couche d'or que le poids n'en est pas augmenté et que pour fabriquer la robe de bal la plus riche, on n'a consommé que quelques centimes de ce métal.
Bien plus, on recouvre aussi d'or ou d'argent les matières organiques. A Berlin, on dore des corbeilles et des fruits et des fleurs. Ces petits ornements fort délicats sont très-recherchés. On pique les fruits avec une épingle, et on recouvre doucement toute la surface de plombagine, qui est du graphite mis en poudre très-fine. Puis on porte le fruit dans un bain de cuivre ; il se forme une couche de cuivre, sur laquelle on dépose l'or galvanique. On retire ensuite l'épingle, on laisse sécher le fruit intérieur, et il ne reste plus qu'une enveloppe métallique qui a exactement la forme du fruit, et en reproduit les plus légers détails jusqu'au fin duvet.
En France', on fabrique de petites corbeilles en argent légères et gracieuses. On fait venir d'Allemagne une sorte d'osier très-mince, très-léger ; on tresse les corbeilles, et on les recouvre d'une couche de plombagine. On dépose ensuite autour des brins d'osier une couche assez épaisse de cuivre que l'on argenté; la corbeille est finie; l'osier se dessèche dans sa gaîne' métallique, et Ton a des tiges d'argent très-fines, trèssolides, tressées en corbeilles.
En France, en Belgique, on dore même le verre, la porcelaine, et la couche est adhérente. On commence
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par déposer sur la surface un léger voile d'argent, ce qui se fait dans un bain ordinaire, contenant de ThuiLe d'œillette. Cette huile rend, on ne sait pourquoi, le dépôt d'argent adhérent. Puis on recouvre ce premier dépôt d'une couche de cuivre, et enfin d'une couche d'or. On commence même par faire avec ce procédé ; des miroirs, dans lesquels le tain mercuriel est remplacé par une couche d'argent.
Rien ne limite les appUcations de la dorure et de l'argenture électro- chimique. Les procédés mis en usage sont plus ou moins faciles, plus ou moins connus et expliqués ; mais qu'importe à l'industrie, si la science prudente marche à tâtons dans une v8ie qu'elle explore? L'industrie profite de toutes les découvertes, et il ne lui est même pas toujours indispensable de ks comprendre.