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APPLICATIONS DIVERSES DE LA GALVANOPLASTIE

Les procédés galyanoplastiques peuvent s'appliquer toutes les fois que Ton veut recouvrir de cuivre un objet quelconque. Quel que soit le support employé, on le rend conducteur de Félectricité par la plombagine, et on le plongé dans le bain avec des précautions convenables. Toutes les substances, la soie, les fruits, les feuilles, les tiges dorés, sont ainsi transformés en métal ; les feuilles de cerfeuil, de fenouil même, dont le limbe est si finement découpé, ont servi à faire des bijoux imitant parfaitement la nature. Bien plus, on a présenté, un jour, à l'Académie des sciences, le corps d'un pauvre enfant, mort en naissant, recouvert d'une couche de cuivre. Ce fait, trop excentrique, montre du moins que rien ne limite dans ce sens les applications de la galvanoplastie.

Ajoutons toutefois que, dans beaucoup de circonstances, il y a nécessité, comme nous allons l'indiquer, de modifier légèrement les procédés ordinaires.

ÉLECTROTYPIE

La galvanoplastie est devenue Tauxiliaire active de rimprimerie : elle sert à reproduire les gravures sur bois, de telle sorte que, par son aide, on peut tirer d'un même dessin un nombre considérable d'exemplaires. Autrefois on tirait les épreuves sur le bois luimême, tel qu'il avait été livré par le graveur; le dessin était promptement fatigué et usé, les contours s'émoussaient, et bientôt on était obligé de faire recommencer la gravure. On a fait ensuite des clichés de plomb. Aujourd'hui, on coule sur le bois de la gutta-percha, et Ton porte ensuite ce moule dans un bain de cuivre; le cliché obtenu est dressé au tour ou bien au rabot, iixé sur un bois d'épaisseur, et il est utilisé tout à fait comme une planche gravée sur cuivre. Si le dépôt est très-lent, le cuivre est très-dur, et l'on peut, sans usure apparente, tirer soixante à quatre-vingt mille épreuves.

Ces diverses manipulations n'augmentent pas le prix de revient. Avant la galvanoplastie, un atlas composé de 80 grandes cartes coûtait environ 500 francs, prix exorbitant, et accessible seulement aux grandes bibliothèques ou aux riches familles. Une seule carte gravée sur bois revient à 1,800 francs, et en tirant sur le bois même, on ne peut avoir que 2,000 épreuves convenables ; encore les dernières commencent-elles à être défectueuses. Par la galvanoplastie, on reproduit la planche aussi souvent qu'on le veut, sans recourir à de nouveaux frais de gravure, et toutes les épreuves sont aussi parfaites que le dessin buriné par l'artiste.

Aujourd'hui le même atlas ne coûterait guère qu^une trentaine de francs. Cette réduction provient uniquement de ce que le tirage n'est plus limité.

Quant à la reproduction des planches stéréotypées, des clichés, ou des caractères d'imprimerie, il est rare qu'on ait recours aux procédés électriques ; les moyens industriels sont assez perfectionnés et assez économiques pour être généralement employés.

Certains desrins veulent être reproduits avec la fidélité la plus scrupuleuse, par exemple , les timbresposte, les billets de banque, etc. Un dessin qui serait fait d'après un modèle, en différerait toujours par quelque point, et ne tromperait pas des yeux très-exercés. 11 faut que Tadministration puisse reproduire à volonté des épreuves entièrement identiques au modèle, et que le type une fois arrêté, ne soit plus exposé à être refait. Voici comment l'on procède. Un timbre-poste a été buriné avec soin sur une plaque d'acier et on a pressé sur cette plaque une lame de plomb qui en a pris exactement la contre-épreuve. Cette lame de plomb forme la matrice des timbres-postes ; c'est sur elle qu'il reste à opérer.

On dépose d'abord du cuivre galvanoplastique sur le creux un certain nombre de fois , et l'on a ainsi autant de reproductions du modèle primitif qu'on le désire, reproductions parfaitement identiques à ce modèle, et qui pourront le remplacer pour toutes les opérations suivantes. On agit sur les premières reproductions comme sur le modèle primitif, et les secondes épreuves, assemblées en planches, servent à la gravure.

Lorsque par suite d'un long usage, une de ces plan-

ches est usée et déformée, on en fabrique une autre avec la première reproduction ; on n'a donc que trèsrarement besoin de recourir à la matrice.

On a établi à Vienne une imprimerie célèbre. Tous les ouvrages sortis des presses de cette imprimerie impériale sont parfaits sous le rapport typographique. Dans cet établissement, la galvanoplastie joue un rôle très-important : elle reproduit non-seulement les gravures sur bois ou sur planches, ainsi qil'il vient d'être dit, mais encore les fleurs, les tiges des plantes, les feuilles, etc. On place ces objets entre une lame de plomb et une lame d'acier ; puis on presse brusquement et avec force. Le plomb prend l'empreinte exacte de l'objet, jusque dans ses détails les plus délicats ; cette empreinte en cuivre est soumise aux mêmes opérations que la matrice des timbres-poste. Il est vrai que, par ce procédé, les organes végétaux doivent être plus ou moins écrasés et déformés; mais il parait que la déformation est moins grande qu'il ne semble naturel de le supposer.

La gravure galvanique, telle qu'elle a été inventée par M. Smée, donne des effets identiques à ceux delà gravure en taille-douce ordinaire, mais plus beaux et plus nets que ceux de la gravure à Teau-forte. On se rappelle que, dans un bain de dorure, on met au pôle positif une plaque d'or qui se dissout peu à peu et entretient le bain toujours à un même état de saturation. Ce que Ton fait dans le bain d'or peut se faire également

dans le bain de cuivre, si Ton a soin de prendre alors pour le cuivrage un appareil composé. C'est d'après cette observation que M. Smée a été conduit à inventer la gravure galvanique.

Sur une plaque de cuivre, entièrement recouverte • d'un léger vernis isolant, on a tracé un dessin ; la plaque est plongée dans le bain de cuivre et placée au pôle positif. Le pôle négatif mis en regard du premier est formé par une lame de métal de même* dimension que la premier^. Quand le courant passe, le cuivre se dépose sur la plaque négative et se dissout peu à peu au fond de traits marqués sur la plaque positive, d'où le vernis isolant a été enlevé. A la fin de l'opération, la planche reproduit de la fajçon la plus nette et la plus régulière.

M. le prince de Leuchtenberg a renversé le résultat de M. Smée. D'après son procédé, on dessine sur le cuivre même, avec une encre grasse, la plus fluide qu'on puisse avoir; on dessine avec soin, effaçant, corrigeant le trait aussi souvent qu'on le veut. Puis cette planche est portée dans le bain de cuivre au pôle positif. Quand le courant passe, le métal qui n'est pas recouvert d'encre isolante, se dissout, et les parties qui en sont couvertes restent en relief. Plus l'encre est épaisse, plus le relief est accusé. L'épreuve qu'on obtient ainsi est le dessin lui-même.

PLANCHES DAGUERRIE.NNES

On a longtemps essayé de graver les épreuves du daguerréotype de manière à pouvoir tirer à l'encre les

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images obtenues par le soleil. La galvanoplastie a permis de résoudre ce problème, quelle que soit l'image daguerrienne.

On sait qu'on obtient les épreuves du daguerréotvj c • sur une plaqut? d'argent poli ; les ombres sont produites par la surface brillante de l'argent lui-mcme, et les clairs par des gouttelettes de mercure attachées à l'argent, d'après le procédé même de Daguerre. Plus cette couche de mercure est épaisse, plus le point sera clair. Divers moyens avaient été successivement essayas pour graver la plaque; M. Grove y est arrivé en appliquant le procédé imaginé par M. Smée pour la gravure.

La plaque daguerrienne est couverte, sur la face postérieure, d'un vernis de gomme laque, qui protège les parties inutiles au dessin. Puis elle est plongée dans un bain au pôle positif ; ce bain n'est composé que d'acide chlorhydrique dissous dans l'eau. Tandis que l'argent est promptement attaqué par cet acide, le mercure ne l'est que lentement et peu à peu. Aussi opèret-on très-vite. On place le pôle négatif, qui est une lame de platine de même dimension que la plaque, trèsprès de celle-ci. Le courant passe, et au bout de trente secondes environ, on retire la plaque daguerrienne, où l'argent seul a été attaqué. On lave avec une eau ammoniacale pour dissoudre les composés formés, et il resle une épreuve où les noirs sont représentés par des creux, les clairs par des pleins. On peut tirer à l'encre cette planche, ou bien en prendre une contre-épreuve par le cuivrage galvanique.

Cette reproduction est d'une fidélité extraordinaire. M. Grove a aiiisi obtenu un écusson de 2 millimètres et

demi de hauteur, sur ic(|uel étaient tracées cinq lignes

d'inscriptions. Après la reproduction, on a pu lire

Irès-distinctement cette inscription, avec la même

loupe dont on était obligé de se servir pour lire Técus-

son lui-même.

Ce procédé et celui de M. Smée ont été appliqués ù l'Imprimerie impériale de Vienne, et les épreuves obtenues ont toujours été magnifiques. On peut en voir de beaux modèles dans les galeries du Conservatoire des arts et métiers. Le seul inconvénient qu'on puisse reprocher à ces planches est une fragilité qui ne permet de tirer qu'un petit nombre d'exemplaires. Mais on peut reproduire les mêmes épreuves par les moyens précédemment indiqués.

M. Nègre Coste, en France, a perfectionné cette gravure hélio-galvanique, et a rendu les plaques plus solides. L'épreuve daguerrienne est portée dans un bain d'or ordinaire. Toute la surface libre se recouvre d'une légère couche d'or, mais les clairs, où s'est attaché le mercure, sont préservés. Les épreuves en taille-douce, obtenues par M. Coste, sont plus belles encore que celles de M. Grove.

GALVANUGRAPHIE

Dans le procédé imaginé par M. le prince de Lcuchtenberg, vers 1840, on dessine directement sur la plaque de métal poli ; le dessin ne se fait pas à rebours, et l'on a tout le temps de le corriger. Les traits, marqués avec une encre très-fluide et isolante, peuvent être aussi fins et aussi déliés qu'on le désire. Sur cette pla-

que on dépose une couche de cuivre galvanoplastiquc. L'encre isolante préserve du dépôt les linéaments du dessin, et la planche est gravée.

Il semble que Tencre, placée en certains points, est tellement peu épaisse, qu'elle ne se retrouvera plus sous le dépôt. Mais il faut remarquer que les moindres irrégularités du support sont fidèlement reproduites. Et c'est même en voyant exactement reproduites par le dépôt de cuivre les rayures d'une plaque plongée dans le bain électro-chimique, que Spencer découvrit en Angleterre la galvanoplastie et la fit immédiatement serTir à la gravure.

Dans la galvanographie, on se sert de plaques d'argent très-polies, ou encore de plaques recouvertes d'une couche d'argent galvanique, comme celle que l'on emploie dans le daguerréotype.

PROCéOé Di M. DULOZ

Le procédé de gravure de M. Duloz tient à la fois à la gravure ordinaire et à la galvanoplastie ; il est d'autant plus ingénieux qu'il est susceptible d'être modifié sans cesse pour être appliqué dans des cas particuliers. L*auteur, à chaque instant, apporte quelque perfectionnement et fait disparaître quelque difficulté.

On dessine comme à l'ordinaire, sans le faire à rebours, sur une plaque métallique, avec une encre gras:c et isolante ; d'autres fois on dessine sur une plaque enduite d'un vernis isolant et que le crayon enlève dans son Iracé. Sur la plaque ainsi préparée, on verse un métal liquide, par exemple, le mercure, ou l'alliage fu-

sible de d'Arcet, qui fond dans l'eau bouillante. Quand cet alliage, composé de plomb, bismuth et étain, se refroidit peu à peu, il redevient solide et reste aussi dur et aussi solide qu'un autre métal.

On peut remarquer que lorsqu'on verse de Teau sur un corps couvert de graisse ou même de poussière, celte eau ne se répand pas uniformément sur toute la surface ; elle se divise en gouttelettes très-rondes et isolées les unes des autres. Quand un liquide ne mouille pas la surface sur laquelle il est répandu, il tend à se mettre en gouttelettes; et ce fait est appelé, pour des raisons bien différentes, un phénomène de la capillarité.

Lorsque M. Duloz versa un métal sur la plaque, il remarqua que' le métal mouillait le support*, mais ne mouillait pas l'encre grasse. En toute place où le mêlai est mis à nu, l'alliage fusible se répand uniformément ; mais sur les points recouverts d'encre grasse, l'alliage ne se répand pas ; il se forme sur la plaque une série de rigoles, dont les traits sont le fond, et qui, par leur, ensemble, reproduisent le dessin^ tracé . avec autant d'exactitude que de sensibilité. Les moindres points, les traits les plus faibles sont représentés et forment des creux très-fins, dans la répartition du métal liquide.

Quand cette couche d'alliage fusible a été répandue sur la plaque, quand on en a régularisé l'épaisseur, on laisse refroidir et on enlèveT encre grasse ; il reste alors une planche fortement gravée. On la porte dans un bain de cuivre, et on obtient la contre -épreuve en relief. Lorsqu'on a refondu l'alliage, la plaque peut servir plusieurs fois encore.

Si l'on dessine sur un vernis, il faut avoir soin, avant

(le commencer celte série d'opérations, de déposer une couche d'argent aux points où le vernis a été enlevé par le crayon. La couche d'argent suit les traits et les linéaments du dessin, et elle agit comme l'encre grasse, en déprimant l'alliage fusible.

Tel est le principe du procédé de M. Duloz. Mais le procédé en lui-même est sans cesse perfectionné et modifié suivant la nécessité, et ce principe peut être appliqué de cent façons différentes.

On n'a voulu indiquer ici que les procédés qui paraissent les plus utiles et les plus commodes, ceux du moins dont on fait le plus souvent usage. Il en existe beaucoup d'autres. On a appliqué d'autres principes, et on a trouvé d'autres combinaisons aussi ingénieuses que celles que j'ai rapportées. Dans l'impossibilité d'énurer toutes les applications de ce genre, je laisse ce qui a rapport à la gravure pour parler d'autres applications galvanoplastiques.

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