‹ L'élément érotique dans la caricature; un document à l'histoire des meurs [sic] publiquesChapitre 10 sur 109 · La Naissance de la Vapeur · texte numérisé non relu

La Naissance de la Vapeur

D’après un Carton de Wilhelm de Kaulbach. Projet et peinture murale pour une salle d’exposition industrielle.

l’Erotisme y a produit des résultats un peu différents, mais nos connaissances à ce sujet sont trop incomplètes, pour que nous puissions en parler à bon escient. Sans vouloir entrer dans un examen analytique, et sans vouloir appliquer à ces civilisations les lois que nous avons formulées sur le propos de la culture purement européenne, il y a lieu seulement de constater que, jusqu’à présent, l’art de chacun des peuples que nous avons pu étudier, est fondé sur la prépondérance de l’élément érotique. Certains pays orientaux présentent même une telle abondance d’œuvres érotiques, qu’ils laissent loin derrière eux, à cet égard, l’antiquité classique et la culture de l’Europe occidentale. Par exemple le Japon offre un inépuisable trésor érotique. Nous disons inépuisable dans le fond aussi bien que dans la forme, l’interprétation. Les chefs-d’œuvres obscènes y sont légion. L’image érotique s’y rencontre sous tous les aspects et dans toutes les matières: dessins en couleurs sur pages in-folio; rouleaux de papier de cinq mètres de long, ou au contraire d’un tout menu module, soie imprimée, peinte, brodée! et tout cela figure de véritables romans, des drames, des orgies érotiques. Mais c’est sous la forme de livres, aux feuillets imprimés sur recto seulement, selon l’usage Japonais, et comprenant une vingtaine d’images, que, dans l’Empire du Mikado, le dessin érotique se trouve répandu. On les trouve dans tous les formats; ils enseignent minutieusement tous les raffinements de la conjonction des sexes, avec des variantes toujours inédites et inattendues. Les plus illustres noms de l’armorial artistique japonais, figurent sur ces livres et les signent.

i4. Ivoire Chinois. L’Original se trouve dans une collection privée.

A côté de ces peintures, on trouve, également, une infinité de bronzes, de sculptures, de figurines en ivoire ou en laque, de tablettes incrustées, le tout d’un érotisme méticuleux et varié, dont certains spécimens, ne sont rien moins que des chefs-d’œuvres anonymes. II y a un fait certain en tous cas, c’est que l’Erotisme au Japon, a le droit de fleurir, sans restriction et plus complètement que nulle part ailleurs.

La Chine présente également d’abondantes richesses au point de vue de l’art érotique, objets non moins précieux par le travail d’art que la matière employée. On prise surtout les ivoires sculptés de provenance chinoise (fig. 14); cette reproduction ne donne, au surplus, qu’une faible idée de la délicatesse de l’original.

Les Persans, les Indiens, les Turcs, les Russes etc. ., tous, ont possédé leur art érotique, tant il est vrai qu’aucun peuple n’existat qui n’y ait sacrifié.

Le présent ouvrage étant une contribution à l’étude des mœurs, le choix des illustrations est dictée par cette considération: qu’il importe de faire passer sous

les yeux du lecteur des objets qui furent d’usage général et qui pouvaient donner lieu à quelque commerce. Nous devons nous astreindre à exclure rigoureusement tels morceaux qui ne seraient que des fantaisies d’artiste, qui ne peuvent être intéressants qu’au point de vue purement documentaire, ou pour la phsychologie de tel éminente personnalité esthétique. Toutefois les créations érotiques d’un Rops ou d’un Beardsley ne sauraient être systématiquement tenues à l’écart dans l’illustration de notre ouvrage, encore que les œuvres de ces maitres aient, pour la plupart, été publiées à titre de raretés bibliographiques, ou même, ne s’adressant qu’à un nombre limité de connaisseurs et de dilettantes n’existent qu’à l’état de gravures originales. Ne confondons pas, en effet: patrimoine public ne veut pas dire vulgarisation. Et si les œuvres de Rops ou de Beardsley ne s’adaptent pas aux conceptions morales de la masse touchant les mœurs, ils reflètent cependant les tendances d’une portion de la société, bien plus intéressante au point de vue de la culture intellectuelle. Et c’est pourquoi nous les devons prendre en considération.

Il importe au surplus, d’indiquer pour bien mettre les choses au point, que nous distinguerons toujours entre obsène et érotique? Nous donnerons la dénomination d’obscène exclusivement à telles figures ou caricatures, dont le sujet se rapporte à la satisfaction de besoins naturels. L’Etymologie du mot, du reste, l’indique. Nous aurons l’occasion de mettre sous les yeux du lecteur une série de caricatures ,,obscènes“ car elles peuvent ,,au même titre que les érotiques11 constituer des documents intéressants au point de vue des mœurs publiques. Mais il est encore un autre motif qui induit à dire que les caricatures les plus obscènes, les plus caractéristiques s’affilient à l’Erotisme. En effet, n’est-ce point le résultat inévitable de ce fait, que la Nature, par une sorte d’ironie, a consacré les mêmes organes à la satisfaction des plus bas besoins du corps, et aussi aux fonctions les plus nobles de l’être? Il en résulte que l’Obscénité fut souvent un auxiliaire à l’Erotisme, à dire vrai, dans ses manifestations les plus vulgaires.

L Antiquité.

La philosophie pratique des peuples s’exprime le plus universellement dans les religions qu’ils créent, c’est à dire dans la manière dont ils se représentent, les dogmes de leur culte. Le fond des religions antiques est toujours le même. C’est la personnification de la Nature, créatrice et dominatrice; c’est le symbole de l’incessante rénovation dans la vie de tous les êtres, phénomène de toutes les minutes, et qui paraissait aux anciens, le plus admirable. Aussi ils ne tarderont pas à diviniser cette loi universelle. Mais comme, généralement, c’est l’élément femelle qui, après sa conjonction fécondante avec l’élément mâle, s’épanouit et enfante, il arriva que ce fut de préférence l’homme et la femme qu’avec les attributs de leur sexe, on divinisa. Les hommes instituèrent le culte de Vénus; les femmes celui d’Adonis. Et qu’on la nommât Melitta, Astarté, Uranie, Isis, Vénus qu’elles qu’eussent été les formes extérieures du culte, ce fut toujours la même divinité, et ce ne sont pas seulement les mythologies de l’Egypte, de l’Orient et de l’Antiquité grecque qui s’apparentent en une identique origine, mais les appellations un peu barbares de ,,Macuilxochitl“ et de ,,Teteoinnan“ se rapportent à cette même divinité révérée sous ces noms par les anciens habitants du Mexique. C’est toujours le principe, mâle le fécondant et l’organe féminin de la conception.

Un profond sentiment religieux se manifeste dans cette divinisation du principe de vie éternelle, et, en effet, il n’y a pas, dans la nature, d’arcane plus secret, ni plus merveilleux, que celui de la conception, de la croissance, de la régénération infinie. Sans doute il faut reconnaître que ce culte portait en lui-même, des germes de destruction qui finirent par prévaloir. Mais, c’est en quelque sorte, une nécessité Magique de la vie, et quoi qu’il en soit il importe d’établir ceci: la culture qui procéda de ce culte, a dans son épanouissement produit les fruits les plus savoureux et les plus murs.

Ainsi bien pour sa signification intime que pour les formes extérieures de ce culte, on reconnaît aisément quelle importance la représentation matérielle du principe fécondant et concepteur acquiert dans notre étude: car l’Erotisme régnant en maître, appela naturellement à son aide la Caricature pour donner corps à ses symboles.

11 ne s’agissait pas, bien entendu, d’atteindre, par des moyens caricaturaux à un effet comique; mais conformément à ce que nous avons expliqué touchant

Couverture du Parnasse Satirique.

Gravure de Félicien Rops.

Supplément à „L’ élément érotique dans la caricature “ par Edouard Fuchs. Edition C. IV. Stem, Vienne. Impression privée,

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