‹ L'élément érotique dans la caricature; un document à l'histoire des meurs [sic] publiquesChapitre 9 sur 109 · Scène de bergerie galante · texte numérisé non relu

Scène de bergerie galante

D’après un tableau de Boucher, peint sur l'ordre de Louis XV pour le boudoir de la Marquise de Pornpadour.

Les pays du Nord ne le cédaient en rien à ceux du Midi. Le pur érotisme ne s’affirmait pas moins victorieusement dans les tableaux de Pierre Paul Rubens que dans ceux de Giulio Romano; La ,, Séduction de Callisto“ (P. 9) et la splendide ,,Fête de Venus14 (P. 6) sont des chefs d’œuvre. Jupiter, pour conquérir Callisto, a emprunté, il est vrai, l’aspect de Diane, et nous voilà loin de la turbulence provocante de Romano. Mais il faudrait être aveugle pour ne pas discerner le sujet véritable de l’œuvre, qui est toute pénétrée d’un érotisme ardent. La belle Callisto exquise les dernières défenses mais on sent qu’elle songe, non sans complaisance, à la joie de se rendre à un dieu plein d’amour. Et, de même, Rubens a merveilleu-

Fuchs Ed.: L’élément érotique dans la caricature.

sement représenté, dans sa ,,Fête de Venus'* qui se trouve aujourd’hui à la Galerie de Vienne, tout un délire bachique d’étreintes voluptueuses. Les bras musculeux enlacent passionnément les tailles onduleuses des femmes, et des baisers ardents implorent aux lèvres de l’amante. Ce sont les préludes de la bataille suprême. Nulle pudeur ne s’oppose à l’audace des entreprises mâles, tout n’est que désir éffréné et que consentement voluptueux. Et la fin nécessaire ne va pas tarder de s’accomplir. Déjà les bras puissants soulèvent les corps frêles pour les peser ardemment sur la couche où règne Vénus.

Enfin, Barend van Orley dans son tableau ,, Neptune et Nymphe" (P. 8) qui se trouve actuellement en une galerie privée, montre cette „fin" dans toute sa crudité. Ce sont deux torrents de passion qui se fondent en un seul fleuve. Bien d’autres morceaux de ce genre peuvent se trouver dans des collections privées de France et d’Angleterre ... Ce sont là vestiges d’un riche trésor.

Nous avons au début de ce chapitre, analysé dans ses grandes lignes les imprescriptibles motifs qui conduisent l’art plastique à l’Erotisme. De cette même étude on déduit aussi aisément, quelles sont les lois qui président à la réalisation de ces œuvres. Les tableaux que nous venons de faire passer sous les yeux du lecteur illustrent suffisamment le texte, et nous pouvons dire, pour nous résumer de manière concise et claire: ,,La représentation des sujets érotiques peut être belle dans leurs plus audacieux excès, à condition que par la maîtrise de l’artiste, la sensualité vulgaire en soit éliminée, et que seul s’y découvre, dans sa splendeur, la force créatrice. A cette condition, nécessaire et suffisante, on peut parler d’un droit imprescriptibleàlamatérialisation de l'Erotisme; et l’antiquitécomme la Renaissance l’ont exercé, du reste, abondamment. Sans doute il y a eu de longues périodes d’années, où ce droit se trouvait dénié aux artistes, ou tout au moins, durant lesquelles, on ne leur accordait qu’à regret, sous le vain prétexte des nécessités d’une morale étroite; mais qu’on ne s’y trompe pas: ce fut à des temps, et chez des peuples, qui se distinguaient par une stagnation complète de l’élément artiste, par une absolue impuissance créatrice, qui cherchait haineusement à se venger de la force qui engendre et conçoit. Rien qui puisse étonner dans l’énoncé de cette règle ,, L’impuissant voit dans le fort un accusateur éternel et pour cela même le déteste."

Les œuvres érotiques des époques de décadence, par exemple du Rococo, malgré leur charme indiscutable et leur grâce, impliquent un jugement moins favorable. On peut être sensible à leur finesse d’exécution mais ce ne seront jamais de ces témoignages intellectuels dont l’humanité peut s’enorgueillir, et qui exaltent chez l’homme normal, la conscience noble de l’Etre. Si la libre Renaissance produit un Giulio Romano, qui de l’étreinte passionnée de deux amants fait un monument éternel à la force créatrice de l’homme, le XVIIIème siècle nous donne un Fragonard, qui, du même sujet, tire indiscutablement quelque chose de supérieurement délicat mais non sans quelque nuance d’équivoque et quelque chose de bassement sensuel; cela résultait d’ailleurs de la morale du temps qui se résumé à l’axiome suivant: , .vivons pour le seul plaisir; et comme il n’en est pas au monde de plus grand que l’œuvre de chair, consacrons nous de notre vivant à la bagatelle! Qu’ elle soit notre but unique! Efforçons nous de goûter en dilettantes les multiples variations de cet air charmant.

Chacun, tenait à l’honneur d’être un fort connaisseur en la matière. C’est conformément à cette mentalité que se développèrent à cette époque la littérature, la musique, la peinture, la sculpture. L’on peignit ce qu’on voulait vivre, et l’on se plut surtout à montrer ,,comment“ on voulait vivre. On fut encore moins symboliste, et, si l’on peut s’exprimer ainsi, plus cru qu’ au temps de la Renaissance, mais on n'exprimait pas, l’on illustrait. Dans le drame il se trouve toujours un instant de paroxysme où tout se tend et se dénoue; au contraire, un badinage comporte dix, quinze, cent situations plus ou moins culminantes. L’art du XVIIIème siècle ne servait qu’à commenter ces situations? De même les romans érotiques de l’époque dénombraient les plaisirs amoureux, et en étudiaient minutieusement les moindres détails. L’action du roman, qu’il s’étendit sur une semaine ou des années, ne tenait que cinquante pages; mais la peinture de quelque épisode voluptueux qui, dans la vie, pouvait bien durer une heure se déversait sur deux cents feuillets. Tout incident érotique comporte presque toujours plusieurs images. On illustrait les ,, Degrés de la jouissance1'.

Chacune de ces peintures porte le signe que leur unique but fut de prolonger le Plaisir. Au lieu des formes éternelles de l’Amour que représentaient les artistes de la Renaissance, ceux du XVIIIème siècle n’en figuraient que l’animalité. La matière fut Dieu, au lieu de la forme intérieure. Les organes qui servent à sacrifier à l’amour devinrent comme des fétiches aux deux sexes et l’art dédia mille autels à ces fétiches. Pas un des attributs érotiques du corps humain, pas un moment de l’extase amoureuse qui ne fût curieusement mis en lumière. On ne traitait les anatomies que d’une seule manière: la ,, galante". L’Olympia de XVII Ième siècle égarait invariablement sa main dans la tunique de Zeus, et Zeus en faisait autant pour sa compagne; et de même, Mars et Vénus, par exemple, se transformaient en simples gens du monde, dernier mot du raffiné et du piquant.

L’art du temps s’était fait le vil esclave des passions basses, et si considérable que soit la valeur artistique de certaines œuvres érotiques du style rococo, on ne saurait leur concéder un véritable prix esthétique.

Le dix-neuvième siècle, qui a reculé à l’infini les limites des conceptions humaines, qui tripla les préoccupations intimes de tout individu pensant, et dans le même temps la responsabilité morale, a fini par extirper jusqu’aux racines, l’Absolutisme. Certes, il ne nous à pas ramené aux temps féconds de la Renaissance, toutefois il a restitué à l’Erotisme dans l’art la place prépondérante qu’il mérite. Et bien que notre morale moderne et notre respectabilité réprouvent encore assez catégoriquement la représentation directe de scènes érotiques, elle n’interdit pas, tout au moins, aux artistes de se livrer dans une certaine intimité, à leur penchant voluptueux. Parmi les artistes contemporains qui, dans ce genre, ont produit de véritables chefs-d’œuvres, nous pouvons citer Rodin, Max Klinger. Si un jour un historien de l’art jouit de sa pleine liberté et peut exposer en toute franchise et dans tout le détail l’œuvre érotique de ces grands hommes, le public verra non sans quelque stupéfaction peut-être, que certains morceaux érotiques que ces grands maîtres, ont dû, par la force des choses, conserver par devers eux, peuvent, sans crainte, soutenir la comparaison avec les plus parfaites productions de l'antique. L’étude de l’art chez les peuples extra-européens, montre que l’influence de

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