Le Rédempteur du Monde
Bronze phallique grotesque.
L'Original se trouve à Rome, au Musée du Vatican.
relevée par-dessus la tête, comme ,,si elle se plaisait à offrir son terroir de honte à tous les regards11.
Chez les égyptiens le culte d’Osiris se manifeste innombrablement dans toutes sortes de figures grotesques et phalliques. De l’antique civilisation mexicaine, il reste ce qu’on appelle des ,, démons phallophores11 dont le membre s’érige avec une grotesque emphase. Mieux que toute description, la sculpture que nous avons reproduite (PI. 15) montre à quelles gigantesques proportions en matière phallique les Indiens sont parfois arrivés. Ce haut relief symbolise la régénération éternelle. Ces modes assez risqués de conjonctions sexuelles signifient, qu’un sexe se régénère et se fortifie à la sève de l’autre. Au surplus, la culmination de l’art caricatural appliqué à ce culte phallique, se place aux époques du classicisme grec et latin.
Pour nous résumer il faut donc bien dire que le principe érotique élevé au rang de culte, amena d’abord les artistes à faire appel au grotesque, lequel, par la suite, devait devenir un art autonome, et qu’il est en quelque sorte la source originelle de la caricature. Une patiente étude du monde antique a pu dégager des décombres sous lesquels se trouvaient ensevelies les civilisations mortes, les probants témoignages documentaires touchant les créations de cet art. Nous nous bornerons ici à l’étude de la culture hellénique, et nous nous contenterons de simples aperçus touchant l’Egypte, l’Orient ancien et l’ Inde. Car l’hellénisme en ce qui concerne l’art dont nous nous occupons nous a légué un incomparable trésor d’œuvres diverses, et le culte de Vénus et d’Adonis a atteint en Grèce d’infranchissable cîmes de beauté.
C’est d’Asie que ce culte a émigré en Grèce. Mais tandis qu’en Phénicie, il se cristallisait dans un petit nombre de personnages, peu complexes, chez les Hellènes, il s’épanouit, immédiatement, et affecta une variété inouie de formes toutes harmonieuses et belles. Les Grecs ne se contentèrent pas, en fait de divinités, de l’Amour, d’Aphrodite et d’Adonis. Ils en multiplièrent les personnifications. Vénus eut partout scs temples et ses statues, sous des noms divers. Les prêtres
ij. Bas relief; trouvé en 1825 à Nimes, et qui se trouvait encasiré dans le mur extérieur du théâtre antique.
et les poètes, qui inventaient et chantaient l’histoire des dieux, ne travaillaient que sur ce thème unique: la volupté. Dans cette merveilleuse mythologie, si artistement conçue, Eros apparaissait à tout instant, sans cesse varié en ses caractéristiques et surtout ses allures épisodiques, et l’histoire de toute divinité n’était rien d’autre qu’un hymne en l’honneur des sens.
Un peuple dont la religion n’était en somme qu’une compilation d’axiômes érotiques, ne pouvait qu’être supérieurement doué au point de vue sensuel; la sensualité, fatalement, jouait chez lui un rôle prépondérant dans la vie journalière, privée, publique, civile. Mais cette sensualité se trouvait ennoblie par un sentiment profond du Beau. Le Beau, dans l’antiquité classique, se présentait comme le motif primordial de toute religion.
On considérait le Beau comme sacré et divin, car il apparaissait comme la matérialisation tangible de l’idée même du divin.
Or le Beau, chez les Grecs, se trouvait synonyme de Perfection. 11 fallait que tout fut beau et parfait. Homme ou femme, tous briguaient le triomphe dans la beauté. A toute occasion, des joûtes de beauté avaient lieu, sous forme de jeux ou de festivités religieuses ou civiles. Le rhéteur grec Alkiphron, dans une lettre bien
curieuse, nous donne une idée d’une fête d’hétaïres, où des danseuses et des joueuses de flûte se disputaient la palme de la beauté, en même temps que la suprématie de la volupté. Le jury se composait d’un , .délicieux aéropage de femmes demi-nues“.
Voici ce que raconte Alkiphron:
„Bientôt s’éleva une discussion, qui augmenta encore notre plaisir. Il s’agissait, de décider qui de Thryallis ou de Myrrhina se trouvait la mieux douée sous le rapport de cette beauté spéciale dont témoigne Vénus dite Callipyge. Myrrhina dénoua sa ceinture, sa tunique était transparente, elle se tourna plusieurs fois et il nous semblait entrevoir des lis ou du cristal. Elle imprima à ses beautés un léger tressaillement, et elle souriait regardant en arrière, à cette partie de son corps abondamment révélée. Puis elle poussa, comme si Vénus elle même soucieuse de son triomphe l’y eut habitué, un soupir si doux qu’il me transporte encore lorsque j’y pense. Cependant Thryallis ne s’avouait pas encore vaincue, intrépide elle s’avança, et dit: ,,Je ne lutte pas derrière un voile, je veux paraître telle qu’aux travaux du gymnase ; une telle joûte ne comporte pas de vêtement." A ces mots elle laissa tomber sa tunique de sorte qu’elle fut toute nue devant nous, et, tournée vers sa belle rivale: ,, Regarde, oh Myrrhina, cette courbe des mes reins, la blancheur et la finesse de ma peau, et ces roses que dessina avec tant de savante mesure la main de la volupté; ces deux globes, dans leur ligne voluptueuse, n’ont pas l’inconsistance de ceux de Myrrhina, et leur mouvement est pareil â celui des vagues. Et peu â peu Thryallis multipliait ses mouvements avec une telle harmonie, qu’elle obtint l’assentiment unanime de l’assemblée, et fut déclarée victorieuse. L’on passa ensuite â d’autres luttes. La beauté du ventre fut discutée. Mais aucune de nous n’osa concourir avec le ventre si ferme, si lisse et si exactement proportionné de Philoméne. Cependant la nuit interrompit ces réjuouissances, qui se terminèrent par des malédictions sur nos amants (c’est une femme qui parle) et par une prière â Vénus, que nous suppliâmes de nous procurer chaque jour un adorateur nouveau, car la variété est le plus cher trésor de l’amour. Nous étions toutes grises, en nous séparant."
Le charme callipyge n’était pas moins révéré des Romains que des Grecs, et les meilleurs écrivains ont entonné en son honneur, des hymnes de gloire. Lucien, par exemple, dans ses ,, Dialogues des courtisanes11 s’exprime en ces termes:
Grands dieux! quelle belle chute de reins! que ces tranches arrondies remplissent agréablement les mains d’un amant. Quelle heureuse proportion dans cette croupe rebondie! Elle n’est point fixée sur des os arides, et elle n’offre pas non plus un embonpoint excessif ou dégoûtant!
Il n’est point d’expression qui peigne les grâces répandues sur les moelleux contours de ces cuisses, et qui puisse dignement louer les proportions heureuses de ces belles jambes et du joli pied qui les termine si amoureusement!
En Grèce il existe toujours un canon de beauté relatif à toute partie du corps. Aristenatus dit, à propos des seins de la jeune Laïs: ,,Les peintres se servaient de sa poitrine comme modèle pour figurer la gorge d’Hélène11. La situation privilégiée des courtisanes en Grèce ne provient-elle pas aussi uniquement de ce fait que la Beauté était l’objet d’une véritable religion. Leur beauté se trouvait en quelque