‹ L'élément érotique dans la caricature; un document à l'histoire des meurs [sic] publiquesChapitre 17 sur 109 · Bas relief grotesque et phallique · texte numérisé non relu

Bas relief grotesque et phallique

Trouvé en 1825 à Nimes.

Le sens, l’usage de ces figures phalliques sont aussi variés que possible. La plupart d’entre elles présentent une signification mystique. C’est sous des aspects mille fois diversifiés qu’on portraiturait le dieu Priape, muni de ses attributs grotesquement retracés, afin surtout de se le rendre favorable. L’usage d’amulettes phalliques procédait également d’une certaine gamme du mysticisme religieux. La croyance populaire attribuait à ces amulettes toutes sortes de mystérieuses vertus, en particulier celle de préserver des maladies, d’en hâter au moins la guérison, et surtout de provoquer divers miracles d’amour.

On les considérait également comme propices à combattre la stérilité, et à adoucir les douleurs de la gésine. C’est en raison de ce respect porté à Priape, que, jeunes ou vieux, enfants, adolescents, hommes, femmes, vierges, époux, vieillards, s’en servaient ostensiblement. Les femmes principalement portaient de ces amulettes; et c’est pourquoi on en faisait des manières de bijoux. La figure 23 montre divers spécimens de ces objets phalliques. A côté de ces caricatures à sens religieux et mystique, on trouve des objets de même ordre, mais d’un usage pour ainsi dire, tout mondain et profane. Le signe de Priape fut appliqué à nombre d’objets d’un maniement domestique; notamment à des flambeaux et à des lampes.

En outre, le Phallus a un caractère indicatif, s’il est permis de s’exprimer ainsi par exemple lorsque, de forme colossale, il désignait à Rome l’entrée des lupanars. Et tous ceux qui ont visité les ruines de Pompei ont remarqué de ces enseignes aux demeures où les courtisanes attendaient le passant voluptueux, qui ne risquait pas, pour lors, de se tromper de porte. A considérer cette innombrable profusion de figures phalliques, d’usages si divers, et étant donné que même les regards les plus chastes se trouvaient exposés à en apercevoir de tous côtés, en maintes circonstances, et que du reste il eut été absolument impossible de leur éviter ces visions si fréquentes, une conclusion assez importante s’impose: c’est qu’à cette époque, on n’éprouvait à la vue de ce dieu et de ses emblèmes aucune émotion sensuelle. Car plus l’aspect du Phallus était chose ordinaire et courante, et moins

l’esprit était tenté d’y chercher de l’obscénité. Cet objet — si étrange que cela puisse apparaître — n’avait en lui même aucun caractère érotique.

En ce qui concerne la satire érotique, ses manifestations les plus quotidiennes consistaient en plaisanteries sur les dieux, en mise en scène ironique des légendes relatives aux temps héroïques. On doit vraisemblablement placer la création de ce genre à une époque où les croyances religieuses commencèrent à vaciller. Lors- 26. d’ apr es ^une^ pierre gravée qLie je peuple fut entré dans cette voie, on prit un plaisir

tout particulier à représenter les différentes divinités sous une forme exactement humaine. Hercule s’ébaudissant avec Joie ou Hébé pour se désennuyer des sévérités d’Omphale, Mars en galanterie avec Mme Vénus, Jupiter forçant la pudique Callisto, MelIe Danaé, Europe et autres beautés Olympiennes ou terrestres, voilà ce que, de préférence l’on représentait dans le ,, moment psychologique".

Car ce moment apparaissait pour lors, comme le plus intéressant de l’existence, et toutes les volontés ne tendaient en somme qu’à le vivre.

En cette matière, comme dans les autres, l’antiquité parvint au summum. Aucune civilisation n’a atteint à cette plénitude des vices et des perversions érotiques dont témoignent les époques de décadence des civilisations antiques. Mais, il convient de le répéter une fois de plus, de même que notre conception de la beauté triomphante dans la vie terminée du vieux monde, se trouve forcément incomplète, de même, avec notre idée étroite du bon et du mauvais, du permis et de l’illicite, nous sommes parfaitement incapables de comprendre, dans toute leur grandeur, les péripéties qui marquèrent l’écroulement splendide de ce Monde.

Ce n’est pas ici le lieu de décrire, même superficiellement l’éclat de cette décadence qu’illuminait, tel un flambeau géant, la beauté éternelle. 11 suffira simplement d’en déterminer les lignes principales. Le caractère le plus distinctif de cette époque, c’est que la jouissance tendait, en tout vers l’excessif, de sorte, que les sens finissaient par ne plus s’émouvoir qu’aux seules monstruosités.

Le seul but de la vie était de satisfaire les sens de façon la plus raffinée qui fût; tout le reste n’avait aucune importance; et le crime même pourvu que sa perpétration eut permis d’atteindre cette fin suprême, se trouvait justifié aux yeux de tous. On spéculait constamment sur la beauté de sa femme ou de sa fille, afin d’arriver à la fortune et aux honneurs, c’est à dire de se trouver en mesure d’accomplir tous les forfaits. Bacchus et Cérés, divinités jadis si nobles, devinrent de vulgaires entremetteurs. Des danses lascives, dans les orgies, achevaient d’émouvoir les sens, et l’ivresse relâchait les derniers liens. La pudeur et la bienséance n’étaient plus que des mythes. Le plus chaste succombait dans cette atmosphère de dépravation et de paresse. Les plaisirs de la table avec mille raffinements propices à titiller le palais, les jeux sanglants du cirque, la jouissance rapide et facile de tous les plaisirs qu’offrait le Monde Antique — tout cela envahissait toutes les heures de la vie. L’existence d’un Romain de conséquence, se passait parmi le cortège

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