‹ L'élément érotique dans la caricature; un document à l'histoire des meurs [sic] publiquesChapitre 19 sur 109 · La Roue de Bonheur · texte numérisé non relu

La Roue de Bonheur

Dessin français d’après une pierre gravée antique.

Ainsi vécut le Monde Antique, dès l’instant de la décadence, jusqu’à son écroulement et sa régénération par la culture chrétienne.

Dans de pareilles conditions on ne s’expliquerait pas l’absence de figurations érotiques, d’autant que la vue des scènes voluptueuses, fixées par l’image ou la sculpture, était un merveilleux moyen d’agir sur les sens, un véhicule de débauche et de joies lubriques. Les murs des salles à manger étaient souvent tout entiers peints de fresques érotiques; on en a trouvé de monstrueux spécimens à Pompei. Sur des socles on disposait des groupes de marbres ou de bronze, aux lignes voluptueuses, et toute la vaisselle était abondamment ornamentée de motifs licencieux. Presque tous les Musées possèdent des vases décorés de cette manière. C’est cependant aux collections privées qu’on en a trouvé les plus curieux modèles, et nous avons eu l’occasion de voir de véritables chefs-d’œuvres du genre chez des amateurs de Paris et de Munich. L’antique fournit à grand nombre les camées érotiques. L’art de la gravure en pierres dures avait atteint à Rome un haut degré

Dessins d’après des pierres cl des verres gravés antiques.

de perfection, et, comme nous l’avons déjà dit, on ne peut que s’émerveiller des joyaux que nous a légué cet ars minor. Les sujets les plus courants en furent l’interprétation érotique des amours des dieux, principalement l’aventure de Léda avec le Cygne, les fêtes de Priape, les différentes postures usitées dans l’union des sexes, chez les hommes et parfois les animaux. Le camée fut, sans contredit, une des principales denrées commerciales de l’époque.

Beaucoup de ces camées ou de ces intailles, présentent, en outre, un caractère nettement marqué de caricature humoristique, car le badinage érotique a été reconnu comme un stimulant de premier ordre par les anciens. C’est pourquoi il mêlait toujours sa note joyeuse et comique aux plus effrénées des bacchanales. Voyez la fig. 29, la ,,Roue du bonheur'1; l’artiste cynique y a voulu prouver que la femme n’était pas seulement l’instrument de la volupté, mais qu’elle cherche à jouir par tous ses sens de l’amour, dont elle désire tous les fruits.

On trouve encore sous d’autres formes, des figures d’un caractère humoristico-satiriques, par exemple des sculptures. Ainsi, on nous sculpte un fier Priape sous les espèces d’un porteur d’eau: mais ce n’est pas avec ses bras qu’il soulève sa lourde charge.

Cependant ce serait une conception tout à fait fausse que de croire que la grande et vengeresse satire n’a pas trouvé son expression dans la caricature de cette époque, quelqu’eut été son degré restreint de moralité. Ses œuvres littéraires sont illustres et, depuis longtemps se sont trouvées considérées comme de véritables monuments de l’histoire des mœurs; qu’on se rappelle, par exemple, la sixième satire de Juvénal et particulièrement ce qui s’y rapporte à Messaline, l’imperatrice-courtisane. D’autres documents au surplus, où l’esprit satirique se manifeste par le pinceau ou le burin, méritent, sinon l’admiration, du moins beaucoup de respect. Certe, il serait hyperbolique de prétendre qu’en jaillit l’ironie vengeresse d’un Juvénal;. et de même, nous n’irons pas prétendre

La fontaine de Jouvence

L’Original se trouva

Supplément à » L'élément érotique dans la caricature « par Edouard Fuchs.

le Meister, avec les bannières.

»/’ Albertine« de Vienne.

Edition C. W. Stem, Vienne. Impression privée.

33- Fresque grotesco-symbolique, trouvée en parfait état de conservation à Pumpei.

que ces œuvres soient en état de dépeindre à notre fantaisie toute la dépravation brutale de cette Décadence.

Mais il est permis de prétendre qu’elles nous offrent un supplément d’information considérable. Lorsque la graveur sur pierre dure nous représentait Messaline symbolisée à la fig. 22, par sept phallus tendus vers l’effigie de cet animal qui, selon le langage figuré, caractérise les deux sexes, nous avons là un document de réelle valeur historique. Un autre camée (fig. 34) nous montre Messaline se faisant coiffer, en vue d’une du lupanar, où, dans la chambre de Lycisca, elle se tiendra à la disposition de tous, du plus raffiné des princes de la mode comme du dernier des porteurs d’eau. Une autre médaille représente Messaline offrant quatorze couronnes au dieu Priape, dont elle a imploré l’assistance: quatorze mâles, durant la nuit dernière, l’ont possédée et ont avec elle communié en volupté! Et les graveurs satiriques de la Rome décadente, ont pris à partie en même temps que Messaline, toute la criminelle pléiade des Césars. Il y a lieu d’observer que la chose

Fuchs Ed.: L’élément érotique dans la caricature.

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