‹ L'élément érotique dans la caricature; un document à l'histoire des meurs [sic] publiquesChapitre 22 sur 109 · Figures de plomb · texte numérisé non relu

Figures de plomb

i — 3 ■ Amulettes phalliques. 4. Croix d'évèque. 5. Caricature de la lubricité des moines.

totale. A Zurich, aux fêtes à annuelles des corporations, on comptait par tête, seize mesures de vin. Le meilleur buveur de nos temps peut prétendre à l’épithète d’abstème à côté de ces héros de jadis! Lorsqu’ à la cour d’Ernest le Preux de Saxe-Gotha, en l’année 1648, l’ordonnance des libations de cour porta que: „les femmes nobles auraient droit le matin à quatre mesures de bière et, pour le toast du soir, à trois mesures cette motion fut considérée comme ramenant la société à la tempérance. La plaisanterie obscène trouvait une manière toute favorable dans ces excès de chère et de boisson; la rapidité des disgestions, se trouvait, comme on le pense, un élément de grande importance dans la vie stomacale.

Le moyen âge ne traitait pas moins brutalement les êtres et les choses de la volupté. Les six tragédies chrétiennes de la nonne saxonne Hroswitha, qui vivait

en l’an 980, présentent, au point de vue des conceptions érotiques de ce temps, un document de premier ordre. Les épisodes les plus saillants de toutes ces tragédies sont des scènes où s’épanchent tous les besoins naturels de l’humanité, personnifiée de préférence ici par de très chrétiennes jeunes personnes. Et la preuve que ces essais de théâtre de la chaste Hroswitha, ne sont pas l’œuvre de la fantaisie de quelque nonne hystérique, et peuvent au contraire être considérés comme un témoignage valable de la moralité des temps, la preuve, disons-nous, en est, que leur recueil se trouvait parmi les livres classiques de l’éducation des religieuses. Divers passages de „Parsifal“ montrent également toute la rudesse érotique du moyen âge. La société chevaleresque dépeinte par le grand réaliste Wolfram d’Eschenbach, ne semble pas s’être beaucoup préoccupée des règles de la pudeur. Qu’on lise par exemple le récit de la visite de Gavan dans la demeure du roi Wergulast. Gavan, ayant rencontré seule à la maison la sœur de ce dernier, la jeune reine Antikonée, lui demanda aussitôt un baiser; puis il arrive ce qui suit:

Sculpture grotesque dans une église de Bohème.

Auprès de la pucelle, s’assied Aussitôt l’indomptable épée Ils engagent de doux propos L’un et l’autre, cordialement Et, souvent, l’un répétait Sa prière, et l’autre son refus 11 sc plaignait de cette rigueur Et la suppliait de céder...

La fille qui leur avait versé à boire Etait maintenant sortie Les femmes qui lui tenaient compagnie Ne pouvaient pas oublier plus longtemps Qu’elles étaient appelées au dehors Et le chevalier aussi était sorti

Que la reine lui avait présenté Alors le héros pensa ceci Que (comme tous étaient sortis)

Souvent une autruche âgée Peut prendre un petit aigle;

Il la saisit sous sa robe Et je crois qu’il lui prit les reins Alors survint une certaine difficulté Mais la belle comme l’homme Eprouvèrent un tel besoin d’amour Que peut s’en fallut qu’une chose se passât Que des yeux indiscrets n’auraient pas cru Ils étaient prêts l’un et l’autre Voilà qu’elle se prépare des peines de cœur!

C’est l’enfance de la galanterie!

Et, en effet, on voit qu’à peine l’hôte était-il seul avec la jeune reine qu’il voyait pour la première fois, il lui mettait, avec la plus grande désinvolture, la main aux jupes; c’est à dire qu’il estimait comme tout à fait de circonstance une manifestation amoureuse dont aujourd’hui un grossier valet d’écurie, dont le seul émoi consisterait en l’appétit sexuel, userait à l’égard de quelque fille de labour. Mais Gavan avait raison, car la jeune reine trouve ses motifs très valables, et la voici tout près de lui accorder ce qu’il lui réclama dès l’instant où il regarderait la jeune fille arrivée à maturité.

Et si ,,la chose11 ne se fit pas, ce fut à cause de l’entrée inopportune d’un gêneur. Et qu’on veuille ne pas oublier que cette belle épée, Gavan, est le modèle du chevalier dans le poème, à chacune un gulden d’Eschenbach. Donc ne nous

créons point de chimères sur la morale des temps chevaleresques. Voici, encore, une description que fait, dans son carnet de notes, le chevalier Haas de Schevenichen, de l’issue d’une fête à la cour de Mecklembourg.

„Les jeunes gens, et aussi les jeunes filles disparurent on ne sait où de sorte qu’il ne resta plus avec moi que deux demoiselles et un jouvenceau qui se mit â danser, je l’imitai. Mais, il ne se passa que peu de temps, que mon gaillard s’esquiva avec l’une des bachelettes dans une chambre voisine; jel’ysuivis; comme nous y entrons, nous y trouvons, deux couples couchés: mon compagnon avec sa belle les imita; je demandai à la demoiselle qui avait dansé avec moi, ce qu’elle entendait que nous fissions. Elle me répondit en dialecte mecklembourgeois: que j’ai à me coucher également près d’elle. Et je ne m’en fis pas longtemps prier."

Lorsque quelque puissant Roi ou Empereur faisait son entrée dans une ville, les échevins venaient au devant de lui pour l’honorer. Mais l’honneur spécial du moyen âge admettait, et même exigeait, que le cortège fut précédé d’un bataillon de belles femmes, qui par amour de la simplicité probablement, ne s’ornaient que de la splendeur naturelle de leur corps. C’étaient les plus jolies parmi les filles de joie que recélaient les divers bourdeaux de la cité, qui se présentaient en cortège dans une parfaite nudité, aux yeux de tous et de l’hôte souverain. Il en était encore ainsi aux temps d’Albert Dürer. Lorsque le royal visiteur et sa suite se trouvaient reposés des fatigues du voyage, par divers repas et libations, le premier soin des dignes magistrats était de mettre à la disposition de la noble assemblée, pour

toute la durée de leur séjour, le bataillon des „filles de joie“. One ne croyait pas pouvoir mieux fêter un haut personnage en visite. En 1414 l’empereur Sigisniond fit des re merciments publics au Magistrat de Berne, d’avoir octroyé à la suite impériale, pendant trois jours, le libre accès des lupanars. En 1434 on illumina les rues d’Ulm, lorsque l’Empereur Sigismond s’en allait „voir les filles1'. Lorsque 1471, l’empereur Frédéric 111 se trouvait à Nuremberg, comme il passait près de la halle au blé, deux filles l’arrêterent avec une chaine d’argent de trois toises et dirent ,, Votre Grâce est prisonnière". 11 répondit ,,Nous n’aimons pas être prisonnier, nous voulons être libéré" et donna à chacune un gulden, puis comme il passait à cheval devant la maison de femmes, quatre autres filles l’arrêterent à qui il donna un gulden d’après les Annales de Nuremberg, relatives au XVème siècle.

Il résulte de ceci que les usages du temps permettaient que des filles publiques s’amusassent à leur gré, à l’occasion des visites impériales et que sa Majesté Romaine se trouvât très bien en leur société.

Le cérémonial des poëtournois tiques témoignaient d’une toute semblable rudesse de mœurs érotiques. Souventefois, au lieu de la couronne de lauriers ou de la coupe d’or qu’on décerne aujourd’hui à tel triomphateur, c’était la plus belle, parmi ces demoiselles de joie choisie par le magistrat lui-même, qu’on offrait comme récompense au poète élu. Ce n’était pas, apparemment, pour discuter avec lui des règles de la métrique. Nous avons de cet usage divers témoignages des plus probants. Ce que nous avions théoriquement établi dans la préface, se vérifie en fait par diverses citations; les plaisanteries et les divertissements sont fonctions même de la civilisation.

On ne trouvait rien de plus spirituel que cela, car l’édifice de la morale d’alors n’avait pas de complication, les siècles suivants l’en surchargèrent.

La vie même dans ces lieux, où, selon nos conceptions modernes, devait régner une existence conforme à la plus stricte vertu, n’était ni moins rude ni moins licencieuse. Les célèbres lettres que Pétrarque, aux environs de 1370, écrivait au Pape qui résidait vers ce temps là à Avignon, nous donnent de ce fait un témoignage probant.

,, Sache" dit Pétrarque au lecteur, que la plume même d’un Cicéron, ne serait pas trop puissante à dépeindre ce qui nous entoure. Tout ce que tu as entendu dire de l’Assyrie, de l’Egypte, de Babylone, tout ce que l’on te conta sur les quatre Labyrinthes, les terreurs de l’Enfer, les forêts du Tartare, et ne sont que des contes d’enfant à côté de ce que nous traversons. Voici l’arrogant et terrible Nemrod, voilà la sinisire Sémiramis, le redoutable Minos, Rhadamante, Cerbère dévorant, Pasiphaé qui s’accouple au taureau, et plu loin tu vois la race des hommes annualisés, les rejetons d’une détestable conjonction de sexes.

Certes, Pétrarque faisait preuve de l’exagération et de la grande éloquence communes au moralistes pour stigmatiser les mœurs contemporaines mais en

Page 1