H. S. Beharn: Au bain des femmes
„Une jeune femme m’a invité, me proposant de me prêter son bouclier, dans lequel on peut piquer avec des lances nues, et entrer avec l’épée. J’allais donc me divertir chez elle et je lui fis voir ma perche; elle en fut si effrayée, qu’elle tomba sur le dos. Alors je lui montrai tant de vigueur qu’elle me dit, sérieusement: ,,je voudrais que ce fut une vraie perche de porteur d’eau, pour que je puisse m’en servir nuit et jour. Jamais de ma vie je ne demeurai si longtemps avec une fille".
Un autre dit:
, , Je suis veuf, robuste et fier, et j’ai, en bas, un bon épieu, avec lequel je châtie si bien les femmes, qu’elles me laissent volontiers dormir dans leurs bras. C’est pourquoi c’est à mon corps défendant que je demeure veuf et je cherche à trouver une épouse, car je ne trouve pas de repos durant la nuit; le coquin a presque fini par percer ma couverture; et lorsque le jour je regarde une femme, il gonfle et devient si gros, que je ne sais où le mettre. Alors il a fallu que je prenne femme à nouveau."
Comme les femmes, à ces grosses farces, devaient rire sous cape! Comme les plaisanteries équivoques devaient fuser de toute part! Et de quelle vigoureuses bourrades, à ces traits de primitive salacité, le voisin ne devait-t’il pas favoriser sa voisine. Car dans l’assistance, étaient mêlés jeunes et vieux, jouvenceaux et pucelles; ces sortes de Mardis- Gras s’adressaient au Public, sans exclusion d’âge ni de sexe. Il est certain, qu’à l’issue d’une pareille représentation, l’on ne se trouvait guère d’humeur à regagner paisiblement et chastement son domicile; chacun se sentait plutôt prédisposé à achever dans le même style, le journée ou la nuit. Bien des bachelettes, en ces occasions, jetaient de propos délibéré, leur bonnet par dessus le moulin, et les chroniqueurs, dans leurs descriptions, notent maints ,,écarts“ à l’occasion de cette fête, presque païenne. On se montrerait au surplus bien peu logique d’exiger, après de pareils spectacles, quelque décence dans les ébats amoureux des couples surexcités!
Lorsqu’on feuillette les pages de l’histoire, on se rend facilement compte du mode d’expansion de cet érotisme. Exemple: en l’an de grâce 1267, une foule de gentilshommes s’étaient réunis à Bâle, à fin de fête le Mardi-Gras. Ils durent cependant se livrer à quelques excès de ,,galanterie“ car on finit par en venir aux mains entre bourgeois et nobles. Parmi ces derniers, à en croire la chronique, plusieurs furent tués et blessés et cela sur le sein même des demoiselles.
Un contemporain dit, en parlant des Viennoises du Moyen-âge que peu, d’entre elles, se contentent d’un seul homme; souvent des nobles viennent faire la cour aux bourgeoises; le mari apporte du vin afin de faire honneur à l’hôte de qualité, puis il le laisse seul avec sa femme.
Beaucoup de notables commerçants de Vienne s’honoraient même de ce commerce adultère entre leurs épouses et les gentilshommes, et tel d’entre eux „ montait sévèrement la garde afin que rien ne vint troubler le noble visiteur, pendant qu’il se livrait aux voluptueux ébats de l’amour avec la belle hôtesse11.
Si l’on peut dire avec raison que les fêtes du Mardi- Gras étaient des Saturnales du Moyen-âge, une autre particularité de cette époque, qu’on pourrait également à divers points de vue, rapprocher de l’antiquité, consistait en l’usage qu’on fit des bains publics. L’histoire de la vie des bains au Moyen-âge, nous démontre que l’Erotisme était l’axe autour duquel évoluait toute l’existence sociale; cette constatation au surplus, n’est pas pour relever à nos yeux la moralité du temps. La vie des bains était publique: hommes, femmes, moines, nonnes, citoyens de
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