‹ L'élément érotique dans la caricature; un document à l'histoire des meurs [sic] publiquesChapitre 26 sur 109 · H. S. Beham: Vénus, Tiré de la Suite des Planètes · texte numérisé non relu

H. S. Beham: Vénus, Tiré de la Suite des Planètes

la ville et étrangers, se baignaient en commun, et dans un espace relativement très limité. La vêtement en usage au bain était d’une simplicité élémentaire. On allait au bain non par hygiène, mais pour se trouver en compagnie. Il n’y avait point d’heures, ou de jours de la semaine spécialement destinés au bain, on y passait souvent des journées entières. Les étrangers fréquentaient la maison de bain et s’y divertissaient comme on ferait sur le Cours, en quelque ville de province moderne. L’Italien Poggio insère, dans sa description des bains d’eaux minérales de la Suisse, parue en 1538, les lignes suivantes touchant ceux de Zürich.

C’est l’usage que les femmes, quand les hommes les regardent, d’en haut, se baigner, leur demandent plaisamment un cadeau. Et souvent, aux plus belles tout au moins, on jette des pièces d’or qu’elles attrapent avec la main ou â l’aide de leur chemise déployée, se bousculant, se poussant et â ces jeux maints charmes secrets se dévoilent. Moi même, attiré par ces réjouissances et ces divertissements si libres, et ne me baignant que deux fois par jour, j’ai passé le reste de mon temps à visiter les autres établissements de bain, et, comme les autres, j’ai lancé dans cette arène liquide, pièces de monnaies et couronnes.

Il s’ensuit donc que les bourgeoises et les jolies femmes qui avaient le temps de demeurer au bain un peu longuement, ne connaissaient pas de divertissement plus agréable que d’aguicher les hommes, amis, connaissances, étrangers, que de se donner en spectacle voluptueux; ainsi donc hommes et femmes passaient la majeure partie de leur temps dans une promiscuité complète, et leur but avoué était aux uns, de voir des nudités que les autres leur découvraient. Notons en passant que cet usage du bain était hygiénique, et qu’on le considérait, à en croire beaucoup de contemporains, comme un remède contre la stérilité des femmes. Répétons pour conclure, qu’il faut considérer ces mœurs avec l’esprit du temps; on y trouve d’ailleurs un nouveau témoignage de la prédominance d’un Erotisme grossier, dans toutes les manifestations de la vie du moyen-âge. Et cette tendance ne fut refrénée ni par les nombreuses ordonnances de police, les pénalités édictées par les magistrats des villes contre les indécences de la mode du jour. Dans tous les cas ces édits prouvent à quel point cet érotisme excessif était passé dans les mœurs.

11 va de soi que cet Erotisme trouvait dans la caricature un mode d’expression tout adéquat: même si l’on n’avait, cà ce sujet, des documents absolument probants,

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